Ne pas savoir s’arrêter
Le dimanche sans programme angoisse, les vacances à la plage sont une torture au bout de deux jours, et l’on finit par repeindre la maison de location.
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L’enfant qui escalade le canapé, se balance sur sa chaise et parle sans reprendre son souffle. L’adulte qui ne sait pas rester assis à un dîner, tapote du pied en réunion et sort des vacances plus épuisé qu’avant. L’hyperactivité change de visage avec l’âge, mais le moteur est le même. Comprendre ce besoin de bouger permet d’en faire un allié plutôt qu’un ennemi.
L’hyperactivité, c’est un niveau d’activité motrice et verbale nettement supérieur à celui des personnes du même âge, qui se manifeste là où l’on attend du calme : en classe, à table, en réunion, au cinéma. Ce n’est pas seulement « avoir de l’énergie ». Beaucoup d’enfants sont pleins de vie et savent pourtant s’asseoir pour écouter une histoire. L’enfant hyperactif, lui, a un moteur qui continue de tourner même quand la situation demande de couper le contact.
Imaginez un colibri enfermé dans le corps d’un élève de CE2. Le colibri n’est pas méchant, ni mal élevé : il est simplement fait pour battre des ailes des dizaines de fois par seconde. On peut lui demander de rester immobile sur une branche, il essaiera de bonne foi, et au bout de quelques minutes, ses ailes recommenceront à frémir. Voilà ce que vivent beaucoup d’enfants avec un TDAH quand on leur répète « tiens-toi tranquille ».
Le DSM-5-TR décrit six symptômes d’hyperactivité : remuer les mains ou les pieds, se lever quand il faudrait rester assis, courir ou grimper de façon inadaptée, avoir du mal à jouer calmement, être « toujours sur la brèche », parler beaucoup. Ils sont détaillés, avec leurs équivalents chez l’adulte, dans la page les symptômes du TDAH. L’hyperactivité va souvent de pair avec l’impulsivité, avec laquelle elle forme l’une des deux grandes familles de symptômes.
C’est la question que se posent beaucoup de parents, souvent après une remarque de l’école. La frontière n’est pas toujours nette, et il faut du temps et plusieurs regards pour la tracer. Faites glisser le curseur pour parcourir des repères, qui sont pédagogiques : ils ne servent pas à classer un enfant.
Grimper partout, ne jamais marcher quand on peut courir, passer d’un jeu à l’autre en trente secondes, ne pas rester assis au moment du regroupement. À cet âge, tous les enfants bougent, et la prudence s’impose. Ce qui alerte : une agitation extrême par rapport aux autres enfants, des mises en danger répétées, des difficultés à jouer avec les autres. Le diagnostic est rarement posé si tôt, mais les parents peuvent déjà être conseillés.
C’est l’âge où l’hyperactivité se voit le plus, parce que l’école demande de rester assis de longues heures. La chaise se balance, le crayon tapote, l’enfant se lève pour tailler son crayon pour la troisième fois, parle à son voisin, fait le clown. Les « mots dans le cahier » s’accumulent, et avec eux l’impression d’être « le méchant de la classe ». Voir le TDAH de l’enfant.
L’agitation devient souvent plus discrète : jambe qui tressaute, stylo qui tourne, bavardages, besoin de sortir de la classe. L’adolescent peut aussi la canaliser dans le sport, ou au contraire la déplacer vers des comportements à risque. L’ennui devient insupportable. Voir le TDAH à l’adolescence.
La plupart des adultes avec un TDAH ne grimpent plus sur les meubles. L’hyperactivité a appris les bonnes manières… et s’est réfugiée à l’intérieur. Le DSM-5-TR le reconnaît : chez l’adolescent et l’adulte, l’agitation peut se limiter à un sentiment d’impatience. Beaucoup la décrivent comme un moteur qui ronronne en permanence, un bourdonnement de fond qui empêche de se poser.
Le dimanche sans programme angoisse, les vacances à la plage sont une torture au bout de deux jours, et l’on finit par repeindre la maison de location.
Pied qui tressaute, stylo qui claque, envie irrépressible de se lever, de chercher un café, d’aller « juste vérifier un truc ».
Plusieurs projets en même temps, des activités le soir, un agenda saturé. Le mouvement permanent remplace l’agitation physique, et finit par épuiser.
Monologues enthousiastes, digressions, difficulté à laisser des silences. Les proches disent parfois qu’on « remplit l’espace ».
Au moment de dormir, le moteur tourne encore : idées, projets, souvenirs. Voir TDAH et sommeil.
Sports extrêmes, métiers d’urgence, vitesse, nouveauté permanente : certaines personnes trouvent dans l’intensité un calme qu’elles n’ont jamais ailleurs.
Cette agitation intérieure est souvent confondue avec de l’anxiété, et les deux coexistent fréquemment. La différence se fait sur l’histoire : chez la personne avec un TDAH, le besoin de mouvement est là depuis l’enfance, et il n’est pas centré sur des inquiétudes. Voir le TDAH de l’adulte et TDAH, anxiété et dépression.
Pendant longtemps, on a considéré le mouvement comme l’ennemi de la concentration : « Assieds-toi et écoute. » Or plusieurs études suggèrent que, chez certains enfants avec un TDAH, bouger aide à rester mobilisé pendant les tâches difficiles, en particulier celles qui sollicitent la mémoire de travail. Le mouvement fonctionnerait comme une façon de maintenir le cerveau suffisamment éveillé. Lui interdire tout mouvement, c’est parfois lui retirer sa béquille.
Cela ne veut pas dire qu’il faut laisser l’enfant courir dans la classe. Cela veut dire qu’il vaut mieux organiser le mouvement que le combattre : lui offrir des façons de bouger qui ne dérangent pas les autres et qui l’aident à rester présent. C’est le rôle des objets à manipuler, des pauses actives et du sport.
C’est l’une des sanctions les plus contre-productives pour un enfant avec un TDAH. Privé de son temps de mouvement, il revient en classe encore plus agité, et le cercle se referme. Si une conséquence est nécessaire, mieux vaut en choisir une qui ne touche ni au mouvement ni au sommeil. Les enseignants qui le savent proposent au contraire des « missions » qui permettent de bouger : distribuer les cahiers, effacer le tableau, porter un message.
Les « fidgets », du mot anglais qui signifie gigoter, sont de petits objets que l’on manipule pour canaliser le besoin de bouger. Ils ne conviennent pas à tout le monde, et certains deviennent des jouets qui distraient davantage. Retournez les cartes pour découvrir ceux qui marchent le mieux, et leurs règles d’usage.
L’activité physique régulière fait du bien à tout le monde, et particulièrement aux personnes avec un TDAH. Les études montrent qu’une séance d’exercice peut améliorer pendant un moment certaines capacités d’attention et de contrôle, et qu’une pratique régulière aide l’humeur, l’estime de soi et le sommeil. Elle offre aussi un espace où l’énergie devient une qualité plutôt qu’un problème.
Le meilleur sport est celui qui plaît assez pour qu’on y retourne. Certains sont souvent appréciés : les arts martiaux, qui associent mouvement, règles claires et contrôle de soi ; la natation et l’escalade, très engageantes pour le corps ; les sports collectifs bien encadrés ; la danse, le vélo, le trampoline. L’essentiel est un encadrement bienveillant, qui valorise les progrès plutôt que de sanctionner l’agitation.
Un enfant hyperactif n’est pas un élève qui refuse d’apprendre. C’est un élève qui apprend mieux quand l’environnement tient compte de son besoin de bouger. Beaucoup d’aménagements sont simples, gratuits, et profitent à toute la classe.
Pour aller plus loin, la page apprendre à l’école avec un TDAH détaille les aménagements, et la page le quotidien des parents aide à organiser la maison.
Besoin de bouger une minute entre deux exercices, deux courriels ou deux réunions ? Choisissez le lieu, touchez le bouton, et laissez le hasard décider. Toutes ces pauses durent environ une minute et ne demandent aucun matériel.
Touchez le bouton pour tirer une pause au hasard.
Comme l’inattention, l’agitation a de nombreuses causes possibles. Avant de parler de TDAH, le clinicien en écarte plusieurs, et vérifie que l’agitation est ancienne et présente partout.
Chez l’enfant, le manque de sommeil ou des apnées donnent souvent de l’agitation plutôt que de la somnolence. Un sommeil réparateur peut tout changer.
L’anxiété peut rendre fébrile, incapable de tenir en place. Elle se reconnaît à ses inquiétudes et aux situations qui la déclenchent.
Après des événements difficiles, l’agitation peut traduire un état d’alerte permanent. Voir TDAH et trauma et TDAH ou traumatisme.
Une agitation inhabituelle, récente, avec peu de besoin de sommeil et une humeur très haute, doit faire penser à un trouble de l’humeur. Voir TDAH et bipolarité.
Une thyroïde trop active, certains médicaments ou une consommation importante d’excitants peuvent donner de l’agitation. Le médecin les recherche.
Un enfant à haut potentiel qui s’ennuie peut s’agiter en classe, et seulement là. Voir TDAH et HPI.
Affirmation 1
Non. L’hyperactivité du TDAH a une origine neurodéveloppementale, en grande partie héréditaire. L’éducation peut aider ou compliquer, mais elle n’en est pas la cause.
Affirmation 2
Les études n’ont pas confirmé cette idée très répandue. L’excitation des goûters d’anniversaire tient plutôt… à l’anniversaire.
Affirmation 3
Vrai pour l’agitation visible. Mais elle se transforme souvent en agitation intérieure, et l’inattention persiste davantage.
Affirmation 4
Vrai. Des études suggèrent que le mouvement aide certains enfants avec un TDAH à rester mobilisés. D’où l’intérêt des fidgets et des pauses actives.
Affirmation 5
Faux. L’écran capte puissamment l’attention et peut immobiliser même un enfant très agité. C’est justement l’un des pièges des écrans dans le TDAH.
Affirmation 6
Le sport aide beaucoup, mais il ne « vide » pas le TDAH. Un enfant épuisé peut même être plus agité. Le sport est un allié, pas une solution unique.
Ce questionnaire, rédigé pour ce guide, s’adresse aux parents d’enfants de 6 à 12 ans. Pensez aux six derniers mois, et comparez votre enfant à d’autres enfants du même âge. Il ne pose aucun diagnostic : il aide à savoir s’il est utile d’en parler à un professionnel. Pour vous-même, adolescent ou adulte, voyez plutôt le test de repérage général.
Un enfant plein d’énergie sait se poser quand la situation le demande. Dans l’hyperactivité, l’agitation est nettement supérieure à celle des enfants du même âge, présente dans plusieurs lieux, depuis longtemps, et elle lui cause des difficultés. Seule une évaluation permet de trancher.
Oui, mais elle change de forme. L’agitation visible diminue souvent et devient une agitation intérieure : difficulté à se poser, besoin d’être toujours occupé, impatience, parole abondante.
Ils peuvent aider certains enfants à canaliser leur besoin de bouger et à rester attentifs, à condition d’être silencieux, discrets et utilisés comme un outil, pas comme un jouet. On les choisit avec l’enfant et l’enseignant.
Le meilleur sport est celui qui lui plaît. Les arts martiaux, la natation, l’escalade, la danse ou les sports collectifs bien encadrés sont souvent appréciés. Un encadrement bienveillant compte plus que la discipline choisie.
Oui. Dans la présentation inattentive, l’hyperactivité est absente ou très discrète. C’est fréquent chez les filles et chez les adultes, souvent diagnostiqués plus tard.
Au cabinet, la neuropsychologue évalue l’attention, l’agitation et les fonctions exécutives lors du bilan TDAH, et le psychothérapeute accompagne l’enfant, l’adolescent ou l’adulte ainsi que sa famille, sur place ou en téléconsultation. Les parents épuisés peuvent aussi être reçus pour eux-mêmes.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.