Rester assis six heures
Pour un enfant qui a besoin de bouger pour penser, l’immobilité imposée consomme toute l’énergie qui devrait aller à l’apprentissage.
Cette page n'est pas encore publique. Entrez le mot de passe pour la consulter.
« Il est intelligent, mais il ne se concentre pas. » « Elle connaissait sa leçon hier soir, et ce matin plus rien. » « Les devoirs, c’est la guerre tous les soirs. » L’école demande exactement ce qui coûte le plus à un enfant avec un TDAH : rester assis, attendre, écouter longtemps, s’organiser seul. Bonne nouvelle : on peut apprendre autrement, et l’école peut s’adapter. Voici le mode d’emploi, pour les parents, les élèves et les enseignants.
Le TDAH n’est pas un trouble de l’intelligence. Les enfants concernés ont tous les niveaux intellectuels, du plus fragile au plus élevé. Ce qui est touché, ce sont les fonctions exécutives : l’attention qui doit tenir, le frein qui doit retenir, la mémoire de travail qui garde la consigne en tête, l’organisation qui planifie. Or une journée d’école est une suite ininterrompue de demandes adressées précisément à ces fonctions.
Pour un enfant qui a besoin de bouger pour penser, l’immobilité imposée consomme toute l’énergie qui devrait aller à l’apprentissage.
« Prenez votre cahier rouge, page 32, faites l’exercice 4 sauf la dernière question, et soulignez les verbes. » À la troisième étape, la mémoire de travail a débordé.
Lever les yeux, retenir, baisser les yeux, écrire, retrouver sa place : chaque aller-retour est une occasion de se perdre.
Lever la main, attendre, garder sa réponse en tête pendant que d’autres parlent : l’impulsivité pousse à répondre tout de suite.
Le cahier oublié, la feuille perdue, le devoir fait mais pas rendu. L’enfant a travaillé, mais le travail n’arrive pas jusqu’à l’enseignant.
Un enfant avec un TDAH reçoit beaucoup plus de remarques négatives que ses camarades. À force, il se croit nul, ce qui fait baisser encore la motivation.
S’y ajoute une injustice que les parents connaissent bien : la variabilité. Un jour l’enfant réussit tout, le lendemain il échoue au même exercice. Les adultes en concluent qu’il « peut quand il veut ». En réalité, l’attention dans le TDAH est irrégulière par nature : la variabilité est un symptôme, pas une preuve de mauvaise volonté. Voir le TDAH de l’enfant et l’inattention.
Les troubles dys (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie, trouble du langage) sont fréquemment associés au TDAH. Un enfant qui lit mal peut paraître inattentif parce que la lecture l’épuise ; un enfant inattentif peut faire des fautes qui ressemblent à une dysorthographie. Le bilan neuropsychologique, complété au besoin par un bilan orthophonique, permet de faire la part des choses. Voir TDAH et dys et les troubles associés.
La plupart des aides en classe ne coûtent rien, ne demandent aucun diagnostic et profitent souvent à toute la classe. Ce sont des réglages simples, que les enseignants expérimentés connaissent bien.
Vous avez vingt-cinq élèves, peu de temps et beaucoup de demandes : personne ne vous demande de tout faire. Deux ou trois ajustements tenus dans la durée valent mieux qu’un grand plan abandonné en novembre. Les adaptations utiles sont souvent précisées dans le compte rendu du bilan.
Après une journée entière à se retenir, l’enfant avec un TDAH rentre souvent vidé. Lui demander de se remettre au travail à 17 heures, c’est un peu comme proposer un marathon à quelqu’un qui vient d’en courir un. Les devoirs deviennent alors le théâtre de cris, de larmes et de portes qui claquent. Quelques principes changent l’ambiance.
C’est un signal à prendre au sérieux. Il peut indiquer que la quantité de travail n’est pas adaptée, qu’un trouble dys s’ajoute, que l’enfant est anxieux ou que la relation autour des devoirs est devenue trop conflictuelle. Il est utile d’en parler avec l’enseignant, et de demander, si ce n’est pas déjà fait, une évaluation. Voir le quotidien des parents.
Relire passivement sa leçon trois fois est la méthode la plus utilisée et l’une des moins efficaces, pour tout le monde. Pour un élève avec un TDAH, c’est même un supplice : l’attention s’évapore dès la deuxième ligne. Les méthodes qui marchent le mieux, d’après les recherches sur la mémoire, sont justement des méthodes actives, qui conviennent bien au cerveau TDAH.
Fermer le cahier et essayer de se souvenir. Cartes questions-réponses, quiz faits par un parent, page blanche à remplir. Chaque effort de rappel grave l’information plus profondément qu’une relecture.
Réviser un peu le jour même, puis le lendemain, puis trois jours après, puis la semaine suivante. Quatre séances de dix minutes valent mieux qu’une séance de quarante la veille.
Faire le professeur devant un parent, un petit frère, un doudou ou le chat. Expliquer oblige à organiser ce qu’on sait et montre ce qui manque.
Faire une carte mentale, un schéma, une frise, une bande dessinée de la leçon. Transformer l’information, c’est déjà la travailler.
Réciter en marchant, lancer une balle à chaque réponse, réviser les tables en sautant à la corde. Le mouvement aide beaucoup d’enfants à rester accrochés.
Un chronomètre à battre, des points à gagner, un défi avec un parent. Le cerveau TDAH répond mieux à une récompense immédiate qu’à un objectif lointain.
L’idée selon laquelle chacun aurait un style d’apprentissage fixe (visuel, auditif, kinesthésique) et apprendrait mieux s’il est enseigné dans ce style est très répandue, mais les recherches ne l’ont pas confirmée. Ce qui aide, c’est de varier les façons d’apprendre et de rendre l’apprentissage actif, pour tous les élèves. En revanche, un enfant peut avoir des forces et des faiblesses réelles, par exemple dans la mémoire verbale ou visuelle, que le bilan neuropsychologique met en évidence.
Cela dépend des enfants. Une musique sans paroles, régulière, à faible volume, aide certains élèves avec un TDAH à se poser ; des chansons avec paroles gênent la plupart des tâches de lecture et de mémorisation. Le plus simple est de tester sur une semaine, avec et sans, et de regarder honnêtement le résultat.
Le temps de l’observation. Beaucoup de jeunes enfants sont agités ; le diagnostic est rarement posé avant 6 ans, mais une agitation très marquée, des difficultés à jouer avec les autres ou des accidents répétés peuvent justifier une consultation. L’essentiel à cet âge : un cadre bienveillant et prévisible, beaucoup de mouvement, des consignes très courtes. Voir le diagnostic précoce.
Le temps où tout se voit. L’entrée au CP demande de rester assis et attentif plus longtemps : c’est souvent là que les difficultés apparaissent. Les apprentissages fondamentaux (lecture, écriture, calcul) méritent une attention particulière, car un retard pris à ce moment pèse ensuite. La relation avec l’enseignant et l’estime de soi sont deux priorités.
Le temps de la désorganisation. Un professeur par matière, un emploi du temps qui change, des devoirs donnés pour dans une semaine, un agenda à tenir seul : le collège met l’organisation à rude épreuve. Un professeur principal informé, un agenda unique (papier ou numérique) vérifié le soir, et un cartable préparé la veille avec une liste affichée aident beaucoup. L’adolescence ajoute ses propres défis. Voir le TDAH de l’adolescent.
Le temps de l’autonomie et de l’orientation. Le volume de travail augmente, les révisions doivent être planifiées sur plusieurs semaines, et les grands choix d’orientation arrivent. Les aménagements d’examen doivent être demandés à l’avance. C’est le moment de choisir une voie qui s’appuie sur les intérêts du jeune, et non seulement sur ses notes.
Le temps de la liberté qui piège. À l’université, personne ne contrôle plus rien. Beaucoup d’étudiants découvrent leur TDAH à ce moment-là. Le service handicap de l’établissement peut proposer des aménagements. Voir TDAH au travail et dans les études.
L’école française dispose de plusieurs dispositifs pour adapter la scolarité d’un élève. Les noms se ressemblent et les familles s’y perdent souvent. Voici l’essentiel, présenté simplement. Les modalités précises dépendent de l’établissement et de l’académie : l’équipe éducative et le médecin scolaire restent vos premiers interlocuteurs.
| PAP | PPS | |
|---|---|---|
| Nom complet | Plan d’accompagnement personnalisé | Projet personnalisé de scolarisation |
| Pour qui | Un élève dont les difficultés durables sont liées à un trouble des apprentissages, dont le TDAH | Un élève en situation de handicap reconnue, quand les besoins dépassent les adaptations pédagogiques |
| Passage par la MDPH | Non | Oui |
| Qui le déclenche | La famille ou l’école, avec l’avis du médecin scolaire | La famille, par une demande à la MDPH |
| Ce qu’il contient | Des aménagements pédagogiques : place, consignes, supports adaptés, temps, évaluation | Les aménagements, et selon les besoins un accompagnant (AESH), du matériel, une orientation spécifique |
Quand un médicament doit être pris pendant le temps scolaire, un PAI (projet d’accueil individualisé) peut organiser cette prise avec l’établissement. Pour les examens (brevet, baccalauréat, concours), les aménagements d’examen comme un temps majoré se demandent à part, selon une procédure et un calendrier propres aux examens : il faut s’y prendre tôt.
Le PAP s’appuie sur un constat des troubles, fait par le médecin scolaire à partir des éléments fournis par la famille. Un compte rendu de bilan neuropsychologique est très utile : il décrit précisément les difficultés et propose des aménagements concrets, que l’équipe peut reprendre. Le cabinet rédige ses comptes rendus dans cet esprit. Pour un dossier MDPH, voir TDAH et MDPH et le site www.bilan-mdph.fr.
Non. Ces dispositifs sont réévalués régulièrement et peuvent être arrêtés quand ils ne sont plus nécessaires. Ils ne figurent pas sur les diplômes. Leur but est de donner à l’élève les mêmes chances que les autres de montrer ce qu’il sait.
Parents et enseignants veulent la même chose : que l’enfant apprenne et se sente bien. Pourtant, la relation se tend facilement : les parents se sentent jugés, les enseignants se sentent mis en cause. Quelques habitudes aident à rester du même côté.
Une feuille simple : ce qui aide mon enfant, ce qui le met en difficulté, ses points forts, comment nous joindre. Les enseignants lisent rarement un compte rendu de dix pages ; une page, toujours.
Demander une rencontre dès les premières semaines, avant que les difficultés s’accumulent, pour se présenter et convenir d’un mode de communication.
Un petit mot quand ça va bien, de l’école vers la maison et de la maison vers l’école. Le carnet de liaison ne doit pas être seulement le carnet des reproches.
« Ce qui marche à la maison, c’est… est-ce que ce serait possible en classe ? » ouvre plus de portes que « il a droit à… ».
Si la relation est vraiment bloquée, une réunion de l’équipe éducative, avec le directeur ou le professeur principal, le médecin ou le psychologue scolaire, permet de reprendre les choses à plusieurs. Le harcèlement, plus fréquent chez les enfants avec un TDAH, doit toujours être signalé. Voir TDAH et harcèlement.
Associez chaque difficulté à l’astuce qui y répond le mieux, puis vérifiez.
Ce petit jeu, inventé pour ce guide, s’adresse aux collégiens, lycéens et étudiants (ou aux parents qui répondent avec leur enfant). Il ne mesure pas un « style » : il repère l’obstacle principal pendant les révisions et propose la méthode à essayer d’abord. Ce n’est pas un test de TDAH.
Une situation inventée pour ce guide.
Situation
Léo apprend sa dictée chaque soir avec sa mère. Il la réussit à la maison, mais fait beaucoup de fautes le vendredi en classe. Sa maîtresse pense qu’il ne révise pas. Léo pleure et dit qu’il est nul.
Quelle est la première piste à explorer ?
Laisser d’abord un temps pour se défouler, garder un rituel fixe dans un coin calme, travailler par blocs courts avec un minuteur et des pauses en mouvement, commencer par une petite victoire, et encourager plutôt que refaire le cours. Si les devoirs durent trop longtemps, en parler à l’enseignant.
Le PAP est un plan d’aménagements pédagogiques mis en place par l’école, sans passer par la MDPH, avec l’avis du médecin scolaire. Le PPS concerne un élève en situation de handicap reconnue par la MDPH et peut inclure un accompagnant, du matériel ou une orientation adaptée.
Les méthodes actives : se tester plutôt que relire, espacer les séances, expliquer à quelqu’un, transformer la leçon en schéma, bouger en apprenant, et travailler par blocs courts avec un défi. Elles sont efficaces pour tous les élèves, et particulièrement adaptées au TDAH.
C’est en général utile, car cela permet d’adapter la classe et de lire autrement certains comportements. Une fiche d’une page qui décrit ce qui aide votre enfant et ses points forts est souvent mieux reçue qu’un long compte rendu.
Oui. Avec un cadre adapté, des méthodes actives, des aménagements quand ils sont nécessaires et une estime de soi protégée, beaucoup d’enfants avec un TDAH font de belles scolarités et des études supérieures.
Le bilan neuropsychologique décrit précisément l’attention, la mémoire, les fonctions exécutives et le raisonnement de votre enfant, avec une échelle de Wechsler (WISC), et propose des aménagements concrets pour l’école. Le cabinet accompagne ensuite les enfants, les adolescents et leurs parents.
Cliquer sur la photo ou utiliser + et − pour zoomer. Échap pour fermer.
Chargement de l'article…
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.