Le sentiment d’être soi
La continuité du moi traverse les décennies. On reconnaît sa voix intérieure, ses goûts, ses colères. C’est elle qui proteste quand le miroir ou le regard des autres disent autre chose. Voir le corps et l’image de soi.
Cette page n'est pas encore publique. Entrez le mot de passe pour la consulter.
« Dans ma tête, j’ai toujours quarante ans. C’est mon genou qui en a soixante-dix-huit. » Ce genre de phrase, lancée avec un demi-sourire, nous la connaissons bien. Elle dit l’écart si particulier au vieillissement : un moi qui se sent à peu près le même depuis des décennies, et autour de lui un corps, un agenda, une famille, un cercle d’amis qui changent sans demander la permission.
Ce dossier parle de cet écart. La retraite, le corps, la mémoire, les deuils, le couple, les petits-enfants, la question du sens : nous les avons écrites comme nous en parlons en séance, avec des exemples, des auteurs que nous aimons, quelques jeux pour apprendre, et la conviction que l’on peut changer, comprendre et se soigner à tout âge. Bien vieillir, ici, ne veut pas dire rester jeune. Cela veut dire rester vivant, désirant et relié.
Une petite scène animée montre ici un arbre au fil des saisons ; les feuilles tombent, mais les racines tiennent, des fruits mûrissent et de jeunes pousses apparaissent autour.
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
En 1930, Carl Gustav Jung, qui avait alors cinquante-cinq ans, a consacré une conférence aux « étapes de la vie ». Il y comparait l’existence à la course du soleil, et il en tirait une idée qui nous accompagne souvent en consultation : l’après-midi de la vie ne se vit pas selon le programme du matin. Ce qui comptait énormément à trente ans (se faire une place, prouver, accumuler) perd de son poids ; d’autres choses, longtemps reléguées, demandent à passer au premier plan. Jung s’étonnait qu’il n’existe pas d’écoles pour les quadragénaires, qui les prépareraient à cette seconde moitié comme on prépare les jeunes à la première.
Cette école n’existe toujours pas. Chacun improvise. Et c’est souvent là que les choses se compliquent : on aborde la retraite, les premières douleurs, le départ des derniers enfants ou la disparition d’un ami avec des outils forgés pour une autre saison. Rien d’étonnant à ce que cela grince.
Bien vieillir psychiquement, tel que nous le voyons, ce n’est donc ni « faire jeune », ni se résigner. C’est une capacité à perdre sans se perdre : laisser partir certaines choses, en faire le deuil, et continuer à désirer, à apprendre, à aimer, à s’indigner, à rire. Les personnes qui y parviennent ne sont pas celles à qui il n’arrive rien. Ce sont souvent celles qui ont trouvé à qui parler de ce qui leur arrive.
La continuité du moi traverse les décennies. On reconnaît sa voix intérieure, ses goûts, ses colères. C’est elle qui proteste quand le miroir ou le regard des autres disent autre chose. Voir le corps et l’image de soi.
Le travail s’arrête, le corps réclame plus d’égards, la place dans la famille se déplace. Ces changements demandent un réaménagement intérieur, pas seulement pratique. Voir la retraite.
Les pertes se rapprochent avec l’âge. Ce n’est pas leur nombre qui fait le plus de mal, c’est de devoir les traverser sans témoin. Voir pertes et solitude.
Moins d’urgence, plus de choix. Transmettre, créer, renouer, regarder sa vie en face. Voir les liens entre générations et le sens et la finitude.
Vers la fin de sa vie, Cicéron a écrit un petit dialogue, Caton l’Ancien, plus connu sous le titre De la vieillesse. Il y fait parler un vieux sénateur romain à deux jeunes gens qui s’étonnent de le voir si peu accablé par ses années. Caton recense alors les quatre raisons pour lesquelles, dit-on, la vieillesse serait malheureuse : elle écarte des affaires, elle affaiblit le corps, elle prive des plaisirs, elle rapproche de la mort.
Ce qui nous frappe, en relisant ce texte, c’est que les quatre reproches sont encore exactement ceux que nous entendons aujourd’hui, à peine reformulés. Les réponses de Caton ne suffisent pas toutes, deux millénaires plus tard ; mais elles ont le mérite de déplacer la question. Retournez les cartes.
On peut sourire de l’optimisme un peu appuyé du vieux Caton. Mais son geste reste précieux : il prend chaque reproche au sérieux et refuse d’en faire une fatalité. C’est à peu près ce que nous essayons de faire dans ce dossier, avec les connaissances d’aujourd’hui en plus, et la psychanalyse, qui lui manquait.
On se représente volontiers le vieillissement comme une pente descendante, régulière, la même pour tous. Ce que nous voyons ressemble davantage à une frise faite de saisons inégales, avec des paliers, des remontées et des écarts considérables d’une personne à l’autre : il y a des septuagénaires épuisés et des nonagénaires curieux de tout. L’âge inscrit sur la carte d’identité dit finalement peu de choses. Les chercheurs ont d’ailleurs montré que la plupart des gens se sentent plus jeunes que leur âge civil, et que cet écart grandit avec les années.
Faites glisser le curseur : à chaque saison correspondent des questions qui reviennent souvent, sans que personne soit obligé de les vivre dans cet ordre, ni de les vivre toutes.
Cette frise est un outil de pensée, pas un calendrier. Une maladie précoce, un deuil, une retraite prise à 55 ans ou un travail poursuivi jusqu’à 75 bousculent l’ordre des saisons.
Les phrases ci-dessous sont des exemples fictifs. Les personnes n’existent pas ; leurs mots, en revanche, ressemblent beaucoup à ce que l’on entend quand on reçoit des personnes âgées depuis longtemps. Sous chacune, ce que nous entendons, nous, derrière les mots.
Annick, 63 ans
« Je n’ai plus de raison de mettre un réveil. »
Une liberté longtemps espérée, et pourtant une voix un peu blanche. Le réveil organisait la journée, mais il disait aussi : on t’attend quelque part. Ce qui manque, ce n’est pas le travail, c’est d’être attendue.
Jean-Pierre, 71 ans
« Je ne vais pas embêter mes enfants avec ça. »
« Ça », c’est une douleur qui dure, ou des nuits trop courtes, ou une inquiétude. La pudeur d’une génération qui ne se plaint pas protège les enfants, mais laisse l’homme seul avec ce qui l’abîme.
Lucienne, 79 ans
« Je ne retiens plus rien, je deviens gâteuse. »
Une peur énorme, souvent nourrie par le souvenir d’un parent malade. Elle mérite qu’on la prenne au sérieux, sans la confirmer ni la balayer : une évaluation de la mémoire rassure plus souvent qu’on ne le croit. Voir la mémoire.
Marcel, 84 ans
« Ils sont tous partis, il ne reste que moi. »
Le frère, la femme, les copains du régiment. Survivre à ses contemporains est une expérience que peu de gens ont l’occasion de raconter. Elle demande un interlocuteur qui ne détourne pas la conversation.
Fatima, 68 ans
« Depuis que je suis grand-mère, je repense sans cesse à ma mère. »
Devenir grand-parent réveille sa propre enfance et la façon dont on a été élevé. Le passé revient non pour accabler, mais pour être enfin regardé.
Geneviève, 93 ans
« Je n’ai plus peur de mourir. J’ai peur de déranger. »
Une phrase d’une grande lucidité, qui dit où se loge la vraie souffrance du grand âge : moins dans la mort que dans la crainte de devenir un poids. C’est sur ce point qu’un accompagnement aide le plus.
Aucune de ces voix ne demande qu’on la console à tout prix. Elles demandent qu’on les écoute jusqu’au bout, ce qui est plus rare qu’on ne le pense : la conversation avec une personne âgée glisse si vite vers « mais non, tu as encore de belles années » que beaucoup finissent par se taire.
Freud a écrit en 1915 une phrase qui surprend et rassure à la fois les personnes qui avancent en âge : les processus inconscients sont intemporels. Les désirs, les peurs et les souvenirs qui habitent cette part de nous ne prennent pas de rides. C’est pour cela qu’une femme de quatre-vingts ans peut revivre une jalousie de petite sœur avec l’intensité de ses six ans, tomber amoureuse comme à vingt, ou se mettre en colère contre un père mort depuis quarante ans. Ce n’est pas un retour en enfance ; c’est la preuve que la vie psychique reste entière.
Cette intemporalité a un revers douloureux, puisque les vieilles blessures restent vives, et un versant précieux : la parole garde à tout âge le pouvoir de déplacer les choses. Ce qui a été noué peut encore se dénouer à soixante-quinze ans.
Verdi a composé Falstaff, son opéra le plus joyeux, à près de quatre-vingts ans. Matisse, opéré et contraint de travailler assis ou alité dans ses dernières années, a inventé les papiers découpés, que beaucoup tiennent pour l’un des sommets de son œuvre. Ce ne sont pas des exceptions à admirer de loin : ce sont des exemples de ce que fait un désir qui trouve un autre chemin quand le premier se ferme.
On apprend une langue, un instrument, l’usage d’une tablette pour voir ses petits-enfants à l’autre bout du monde. On se fait de nouveaux amis, on rencontre un nouveau compagnon, on se réconcilie avec un frère. Le rythme change, la mémoire demande d’autres ruses, mais la porte reste ouverte. Voir la mémoire et aimer de nouveau.
Beaucoup d’enquêtes montrent d’ailleurs que le bien-être émotionnel tient bon chez une majorité de personnes âgées, malgré les pertes. C’est une raison de plus pour ne jamais banaliser une humeur qui s’effondre : la page dépression et anxiété après 60 ans explique ce paradoxe et ce qu’il implique.
« À mon âge, il faut bien s’attendre à ça. » La phrase est parfois sage. Elle devient dangereuse quand elle sert à ranger dans la case « vieillesse » des souffrances qui se repèrent et se soignent. Voici celles que nous voyons le plus souvent banalisées, par les personnes elles-mêmes autant que par leur entourage :
Ce dernier point appelle une réponse sans attendre : le message d’urgence placé en tête de page indique la marche à suivre immédiate ; pour savoir comment ouvrir la conversation avec un proche, lisez idées suicidaires : en parler. Pour la dépression du grand âge, souvent masquée par des plaintes du corps ou de la mémoire, voir aussi la dépression de la personne âgée.
Exemple fictif
Exemple fictif : Robert, 76 ans, ancien boulanger, ne va plus au club de belote où il retrouvait ses amis chaque jeudi depuis vingt ans. Il dit à sa fille qu’il « n’a plus la tête aux cartes ». Il dort mal, mange peu, et s’agace quand on insiste. Sa fille hésite : faut-il respecter ce qu’il présente comme un choix ?
Qu’en pensez-vous ?
Idée reçue 1
Le cerveau garde une plasticité tout au long de la vie, et le psychisme aussi. On apprend une langue, on renoue avec un enfant, on quitte une vieille peur à quatre-vingts ans. Le changement prend parfois un autre rythme, mais il reste possible.
Idée reçue 2
La tristesse passagère face aux pertes est humaine ; la dépression, elle, n’est pas une étape normale du vieillissement. La grande majorité des aînés n’est pas déprimée, et ceux qui le sont peuvent être soignés.
Idée reçue 3
C’est même fréquent. Moins pressé par l’avenir, on trie davantage ses priorités et ses fréquentations, on s’épargne des combats inutiles. Ce que les chercheurs appellent le paradoxe de l’âge est détaillé dans notre page sur l’humeur des aînés.
Idée reçue 4
Certains oublis le sont, beaucoup d’autres non. Chercher un nom, égarer ses lunettes, perdre le fil quand on est fatigué fait partie du vieillissement ordinaire ou de l’anxiété. Ce qui compte, c’est le changement par rapport à avant et le retentissement au quotidien. Voir la page sur la mémoire.
Idée reçue 5
Ils se transforment, ralentissent parfois, prennent d’autres formes, mais ne disparaissent pas par principe. Beaucoup de couples âgés le vivent très bien ; d’autres souffrent de ne pas pouvoir en parler. Voir couple et sexualité après 60 ans.
Idée reçue 6
Oui. La retraite, un deuil, une hospitalisation ou simplement le temps libre laissent remonter des souvenirs tenus à distance pendant des décennies. Ils peuvent se travailler, en parole comme en EMDR, à tout âge.
Nous recevons des personnes qui ont soixante, soixante-quinze ou quatre-vingt-dix ans, seules, en couple, ou accompagnées d’un enfant inquiet. Certaines viennent pour une question précise (une retraite qui tourne mal, des oublis qui font peur, un veuvage), d’autres sans savoir exactement pourquoi, avec le sentiment que « quelque chose ne va plus ». La première rencontre n’engage à rien : elle permet de démêler ce qui se passe et de décider ensemble de la suite.
Deux regards se complètent. Le psychothérapeute accompagne ce que l’avancée en âge fait vivre, par l’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, et par l’EMDR quand un souvenir, une perte ou un choc garde toute sa charge ; les outils des TCC viennent en complément, notamment pour l’anxiété, le sommeil ou le rythme des journées. Il réalise aussi les bilans psychologiques. La neuropsychologue réalise les évaluations cognitives après 60 ans, au cabinet, quand la mémoire, l’attention ou l’organisation posent question.
Le cabinet vous reçoit dans ses trois lieux, en Île-de-France comme en Ardèche ; si vous ne sortez plus guère, la téléconsultation vous évite le trajet. Les séances de couple ou de famille s’étendent sur 80 minutes. Avant tout bilan, un rendez-vous préliminaire ; après, un compte rendu écrit. Si vous l’acceptez, nous restons en contact avec votre médecin et les autres soignants. Tout cela est développé dans la page sur notre accompagnement.
Quiz pédagogique, ni test validé ni diagnostic : rien n’est enregistré. Il ne mesure rien ; il vous indique simplement la page du dossier qui parle le plus de ce que vous vivez, ou de ce que vit la personne pour qui vous lisez.
Dix pages, que l’on peut lire dans le désordre. Chacune a sa forme : une frise, des cartes, un cas à résoudre, des paroles, des repères concrets.
C’est garder la capacité de traverser les pertes de l’âge (un rôle, des personnes, certaines capacités) sans s’y perdre, et continuer à désirer, à apprendre, à aimer et à être en lien. Il ne s’agit ni de rester jeune ni de se résigner, mais de réaménager sa vie intérieure à mesure que la vie extérieure change.
Il n’existe pas de frontière nette. On parle souvent de plus de 60 ou 65 ans, et les gérontologues distinguent un troisième âge, plutôt autonome, et un quatrième âge marqué par la fragilité. Mais l’âge vécu compte davantage que l’âge civil, et la plupart des gens se sentent plus jeunes que l’âge inscrit sur leurs papiers.
Être triste face à une perte est normal à tout âge. En revanche, une tristesse ou une lassitude qui durent des semaines, avec moins d’appétit, un sommeil perturbé et un repli, ne font pas partie du vieillissement ordinaire. Le bien-être reste stable chez beaucoup de personnes âgées : une humeur qui s’effondre est donc un signal à prendre au sérieux.
Pas forcément. Chercher un nom, égarer un objet ou perdre le fil quand on est fatigué sont fréquents avec l’âge. Le signal à prendre au sérieux, c’est un changement marqué par rapport à vos habitudes, des oublis qui gênent la vie quotidienne ou que l’entourage remarque. Une évaluation cognitive, réalisée au cabinet par la neuropsychologue, aide à faire la part des choses.
Oui. Rien ne fige la vie psychique à un âge donné, et l’avancée en âge apporte des questions qui gagnent à être parlées : la retraite, le corps, les deuils, le couple, la transmission, la mort. Beaucoup de personnes commencent une thérapie après 70 ans et y trouvent un apaisement réel.
D’abord une première rencontre, qui ne vous engage pas. Ensuite, selon ce qui se présente : l’écoute analytique et l’EMDR avec le psychothérapeute, des outils de TCC en appoint, un bilan psychologique, et, au cabinet, une évaluation cognitive après 60 ans menée par la neuropsychologue. On consulte sur place, dans l’un des trois lieux, ou de chez soi en téléconsultation.
Vous traversez l’une de ces saisons et elle vous pèse plus que prévu, ou vous vous inquiétez pour un parent qui change ? Une première rencontre suffit souvent pour poser les choses et voir quelle suite leur donner. Elle n’engage à rien, et peut se faire sur place ou depuis chez vous.
Cliquer sur la photo ou utiliser + et − pour zoomer. Échap pour fermer.
Chargement de l'article…
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.