Idée reçue 1
« Se sentir irréel, c’est le début de la folie. »
Non. Dans la dépersonnalisation et la déréalisation, on sait que ce n’est qu’une impression : le sens de la réalité est conservé, ce qui les distingue d’une psychose.
Cette page n'est pas encore publique. Entrez le mot de passe pour la consulter.
Comprendre, accompagner, transmettre : quelques repères de psychopédagogie, nourris de notre pratique et de notre passion, à partager avec nos patients.
Se sentir loin de soi, comme spectateur de sa propre vie. Voir le monde derrière une vitre. Arriver quelque part sans savoir comment. Ne plus se souvenir d’une dispute, d’une soirée, d’une année. Ces expériences inquiètent beaucoup, et pourtant elles sont fréquentes, souvent passagères, et elles ne signifient pas que l’on « devient fou ». Ce dossier explique, avec sérieux et douceur, ce qu’est la dissociation, d’où elle vient, quand s’en préoccuper, et comment nous l’accompagnons au cabinet.
Une petite scène animée montre une personne derrière une vitre embuée, le monde flou et lointain, puis la buée qui s’efface peu à peu à mesure qu’elle retrouve ses appuis : ses pieds au sol, les couleurs, les sons, les autres.
D’habitude, notre expérience forme un tout. Ce que nous percevons, ce que nous ressentons dans le corps, nos émotions, nos souvenirs et le sentiment d’être nous-mêmes s’assemblent sans effort, comme les fils d’un même tissu. La dissociation désigne le moment où ce tissage se relâche : un morceau de l’expérience se met à l’écart. On se sent loin de soi, le monde paraît irréel, une émotion ne monte plus, un souvenir manque, ou un geste semble se faire sans nous.
C’est d’abord une capacité normale de l’esprit : tout le monde dissocie un peu, quand il conduit en pilote automatique ou se plonge dans un film au point d’oublier la salle. C’est aussi une protection : face à un danger dont on ne peut ni s’échapper ni se défendre, se couper de ce qu’on ressent permet de traverser l’insupportable. Elle devient un problème quand elle se déclenche trop souvent, trop fort, sans qu’on la choisisse, et qu’elle empêche de vivre, de se souvenir ou de sentir ce qui compte.
Les mots savants désignent des expériences précises. La dépersonnalisation : se sentir étranger à soi-même, spectateur de sa vie. La déréalisation : le monde paraît irréel, lointain, comme un décor. L’amnésie dissociative : des trous de mémoire qui dépassent l’oubli ordinaire. Et, plus rarement, des perturbations de l’identité, comme si des parties de soi agissaient seules.
Si vous lisez cette page parce que vous venez de vivre un épisode d’irréalité, voici l’essentiel. La dépersonnalisation et la déréalisation sont des phénomènes fréquents : environ un adulte sur deux en a vécu au moins un épisode bref au cours de sa vie, le plus souvent après une nuit blanche, une crise d’angoisse, un choc, un gros stress ou la prise d’un produit comme le cannabis. Dans la grande majorité des cas, l’épisode s’estompe en quelques minutes, quelques heures ou quelques jours.
Ce n’est pas la folie. Pendant ces moments, le sens de la réalité est conservé : vous sentez que le monde paraît irréel, mais vous savez qu’il ne l’est pas. C’est même ce qui distingue ces expériences d’un trouble psychotique. Le fait de vous inquiéter de ce que vous vivez montre que votre capacité à interroger vos perceptions fonctionne.
Ce qui fait le plus souffrir, souvent, c’est la peur : la peur que cela ne parte jamais, la surveillance permanente des sensations, les heures passées à chercher sur internet. Cette peur entretient le symptôme. Comprendre ce qui se passe, protéger son sommeil, utiliser des exercices d’ancrage simples et, si cela dure, en parler à un professionnel permettent de sortir de ce cercle. La page « comme dans un rêve » propose un exercice d’ancrage 5-4-3-2-1 interactif, à faire tout de suite.
Si vous commencez à croire que le monde ou vous-même avez réellement changé, que quelqu’un vous contrôle, ou si vous entendez des voix venant de l’extérieur, parlez-en rapidement à un médecin. Ce n’est pas forcément grave, mais cela demande un autre regard. De même, une première impression d’irréalité après 40 ans, ou accompagnée d’absences, de mouvements involontaires ou de maux de tête nouveaux, mérite un avis médical.
Les cliniciens décrivent plusieurs grandes familles d’expériences dissociatives. Les connaître aide à mettre des mots sur des impressions difficiles à décrire, et que l’on n’ose pas toujours confier. Retournez les cartes.
Ces familles se combinent souvent. La dépersonnalisation et la déréalisation, de loin les plus fréquentes, ont leur propre page : dépersonnalisation et déréalisation. Les catégories officielles sont présentées dans les troubles dissociatifs dans le DSM-5-TR et la CIM-11.
La dissociation n’est pas tout ou rien. À une extrémité, des expériences que tout le monde connaît ; à l’autre, des troubles qui demandent des soins spécialisés ; entre les deux, toute une gamme de vécus. Faites glisser le curseur pour parcourir ces étapes. C’est un repère pédagogique, pas un outil pour se classer.
Ces quatre situations sont fictives, inventées pour ce dossier à partir de ce que nous entendons souvent. Elles montrent à quel point la dissociation peut prendre des visages différents. Choisissez un onglet.
Exemple fictif. Camille, 19 ans, étudiante. Après une soirée où elle a fumé du cannabis, elle fait une crise d’angoisse. Depuis, elle se sent « comme dans un jeu vidéo » plusieurs fois par semaine, vérifie sans cesse si « c’est encore là » et n’ose plus aller en amphi. Ce qu’elle vit ressemble à une déréalisation entretenue par la peur. Comprendre le cercle de la surveillance, arrêter le produit, protéger son sommeil et travailler le souvenir de la première crise peuvent l’aider à en sortir. Voir « comme dans un rêve ».
Exemple fictif. Thomas, 45 ans, chef d’équipe. Depuis un grave accident de la route il y a deux ans, il revit la scène quand il entend un crissement de pneus, dort mal, et se sent parfois « à côté de lui », comme anesthésié, notamment avec ses enfants. Sa dissociation s’inscrit dans un stress post-traumatique. L’EMDR, recommandée pour le stress post-traumatique, fait partie des pistes, après une préparation adaptée. Voir trauma, mémoire et dissociation.
Exemple fictif. Amina, 33 ans, infirmière. Elle a peu de souvenirs de son enfance, « des trous entiers ». Dans son couple, elle « décroche » dès que le ton monte, et ne se souvient plus bien des disputes. Elle découvre parfois des messages qu’elle ne se rappelle pas avoir envoyés. Ses expériences méritent une évaluation soigneuse, éventuellement un bilan dissociatif, avant toute thérapie centrée sur les souvenirs. Voir quand consulter.
Exemple fictif. Julien, 9 ans. Sa maîtresse le dit « dans la lune » et évoque un TDAH. Ses parents remarquent qu’il se fige quand ils se disputent, et qu’il ne se souvient pas toujours de ce qui s’est dit. Un regard croisé, sur l’attention et sur le vécu émotionnel, aide à démêler ce qui relève d’un trouble de l’attention, d’une réaction au climat familial, ou des deux. Voir l’enfant et l’adolescent.
Ces chiffres sont des ordres de grandeur, qui varient selon les études et la manière de poser les questions. Ils disent une chose importante : l’expérience est banale, le trouble durable beaucoup plus rare. Les troubles dissociatifs plus sévères, comme le trouble dissociatif de l’identité, font l’objet d’estimations très variables et discutées ; ils sont souvent reconnus après des années de parcours de soins.
Idée reçue 1
Non. Dans la dépersonnalisation et la déréalisation, on sait que ce n’est qu’une impression : le sens de la réalité est conservé, ce qui les distingue d’une psychose.
Idée reçue 2
La dissociation est involontaire. Les trous de mémoire, l’anesthésie émotionnelle ou les absences ne sont pas des choix, et ils sont souvent source de honte.
Idée reçue 3
Vrai : l’hypnose de la route, l’absorption dans un film ou la rêverie sont des formes ordinaires de dissociation. C’est la fréquence, l’intensité et le coût qui font la différence.
Idée reçue 4
Non. Les personnes concernées cachent le plus souvent leurs symptômes, les changements sont discrets, et elles sont bien plus souvent en danger que dangereuses.
Idée reçue 5
C’est plus nuancé. Une dissociation intense et ancienne est très souvent liée à des traumatismes, mais des épisodes peuvent venir du stress, de l’angoisse, de la fatigue, de produits ou de causes médicales.
Idée reçue 6
Non. Le soin travaille avec ce qui est présent : émotions, sensations, déclencheurs, croyances sur soi. Il ne cherche pas à « faire remonter » des souvenirs.
Il n’y a pas une cause unique. Une même impression d’irréalité peut naître de contextes très différents, qui se combinent souvent.
Une nuit blanche, un épuisement, une période de grande pression : le cerveau fatigué décroche plus facilement. Les épisodes sont alors le plus souvent passagers.
L’irréalité fait partie des symptômes possibles d’une attaque de panique, et peut ensuite devenir elle-même un objet de peur. Voir crise d’angoisse et panique.
Face à une menace inévitable, le cerveau se fige puis se coupe. Ce réflexe peut ensuite se déclencher hors de propos. Voir trauma, mémoire et dissociation.
Un enfant qui ne peut fuir les adultes dont il dépend apprend parfois à partir « dans sa tête ». Voir traumatisme d’attachement.
Le cannabis, la kétamine ou les hallucinogènes peuvent déclencher une déréalisation qui dure. Voir cannabis et drogues.
Certaines épilepsies, migraines ou médicaments donnent des sensations proches : d’où l’intérêt d’un avis médical dans certaines situations.
Quand la dissociation est fréquente, ancienne et marquée, une histoire traumatique est très souvent retrouvée, parfois après un long moment, précisément parce que la dissociation l’avait mise à l’écart. Mais nous ne concluons jamais trop vite : seule une évaluation attentive permet de comprendre d’où vient la dissociation de chacun.
Quelques termes reviennent souvent dans ces pages. Dépliez-les pour en lire une définition simple.
La zone d’activation dans laquelle on peut ressentir et penser en même temps. Au-dessus, l’alarme (panique, colère) ; au-dessous, la coupure (vide, figement, dissociation). Le soin vise à élargir cette fenêtre et à apprendre à y revenir plus vite.
L’ensemble des gestes qui ramènent dans le présent par les sens et le corps : regarder et nommer ce qui nous entoure, toucher une texture, sentir ses pieds au sol, boire de l’eau fraîche, dire la date et le lieu. C’est un outil de base de la stabilisation.
La première phase du soin quand la dissociation est importante : comprendre ce qui se passe, se sentir en sécurité, installer des ressources (lieu sûr, contenant, ancrage) avant d’aborder les souvenirs difficiles. Sa durée varie beaucoup selon les personnes.
Le passé revécu au présent : une image, une sensation, une émotion surgissent avec la force du premier jour, souvent réveillées par un détail. C’est l’un des signes du stress post-traumatique, et une forme de dissociation.
Une manière de décrire, en clinique, des états de soi qui semblent ne pas communiquer : « une partie de moi sait que c’est fini, une autre a encore peur ». Dans la plupart des cas, ce ne sont pas des « personnalités ». Seule une évaluation soigneuse permet de parler d’un trouble dissociatif de l’identité, partiel ou complet.
La dissociation se soigne, dans un ordre précis. On ne commence pas par raconter l’événement le plus dur : on commence par construire un sol.
Mettre des mots, savoir que le sens de la réalité est intact, comprendre le cercle de la peur : la première marche, pour la personne comme pour ses proches.
Les sens, le mouvement, l’orientation dans le présent, le lieu sûr : apprendre à revenir dans la fenêtre de tolérance. Voir la fenêtre de tolérance.
Quand le sol tient, retraiter par petites touches les souvenirs, les émotions et les déclencheurs qui alimentent la coupure, et préparer l’avenir. Voir EMDR et dissociation.
Comprendre ce que la coupure protège, ce qui se répète, et relier ce qui était séparé dans une histoire qui fait sens. Voir la psychanalyse.
Réduire les vérifications et les évitements, repérer les déclencheurs, réguler les émotions : des outils concrets, en complément.
Quand la dissociation semble importante, préciser de quoi il s’agit pour choisir le bon rythme de soin. Voir le bilan dissociatif.
Aucun médicament n’a clairement fait ses preuves sur la dissociation elle-même ; un médecin peut en revanche traiter une anxiété ou une dépression associée. Les recommandations internationales placent l’EMDR et les thérapies cognitives et comportementales centrées sur le trauma parmi les traitements de référence du stress post-traumatique ; pour les troubles dissociatifs, la pratique s’appuie sur des consensus d’experts qui privilégient un soin par phases. Le détail est dans notre approche.
Si des idées de mort, des envies de vous faire du mal ou des mises en danger pendant les épisodes apparaissent, pour vous ou pour un proche, contactez sans attendre votre médecin traitant ou les services d’urgence. Vous pouvez aussi en parler lors d’un rendez-vous au cabinet.
La dissociation demande un cadre prudent, des cliniciens formés et du temps. Au Cabinet Bouche & Chmura, deux regards se complètent. Le psychothérapeute et psychanalyste, spécialisé dans le traumatisme, associe les deux axes principaux de notre pratique, l’EMDR et l’écoute analytique, avec les outils des TCC en complément ; il réalise les bilans psycho-traumatiques et dissociatifs, et reçoit aussi les couples et les familles. La psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie évalue la mémoire, l’attention et les fonctions exécutives, et aide à distinguer la dissociation de ce qui peut lui ressembler : épilepsie, TDAH, troubles du sommeil, signes évoquant une psychose.
Ces derniers mois, le psychothérapeute a suivi plusieurs formations de plusieurs jours consacrées spécifiquement à la dissociation : l’adaptation de l’EMDR aux traumatismes complexes et aux troubles dissociatifs ; la stabilisation dans les traumas complexes, éclairée par les regards psychodynamique, développemental, systémique et de l’attachement ; le trouble dissociatif de l’identité, sa forme partielle, les présentations imitées et les faux positifs ; et une formation prévue en novembre 2026 aux Pays-Bas sur le diagnostic différentiel des troubles dissociatifs et des autres troubles liés aux traumatismes.
Cette expertise se traduit par une manière de travailler : prendre le temps d’évaluer avant d’agir, ne jamais rendre la dissociation spectaculaire ni la nier, ne pas chercher à « faire remonter » des souvenirs, doser la stabilisation au cas par cas, et associer quand c’est utile le regard de la neuropsychologue. Les deux cliniciens se concertent, avec votre accord, et travaillent avec votre médecin quand un avis médical est nécessaire. Les proches peuvent être reçus, en couple ou en famille, pour comprendre ensemble ce qui se passe.
Consultations à Colombes, aux Pavillons-sous-Bois, en Ardèche et en téléconsultation, pour les adolescents, les adultes, les couples et les familles. Le bilan dissociatif est proposé à partir de 12 ans. Voir notre approche de la dissociation et le bilan dissociatif.
Parce que l’EMDR demande de rester présent tout en revisitant le passé. Chez une personne qui se coupe facilement, un retraitement trop rapide pourrait accentuer la coupure. Repérer la dissociation, son type et son intensité permet d’adapter le rythme : plus de stabilisation, un retraitement par petites touches, des retours fréquents au présent.
Cinq questions pour vous orienter dans le dossier. Quiz pédagogique, ce n’est ni un test validé ni un diagnostic. Pour faire le point sur des symptômes de stress post-traumatique, le cabinet propose un questionnaire de repérage validé, la PCL-5.
Chaque page est longue, illustrée, interactive, et se termine par des questions fréquentes. D’autres pages du site approfondissent certains aspects.
C’est un relâchement involontaire du lien entre des fonctions qui marchent d’habitude ensemble : la perception, les émotions, la mémoire, le sentiment d’être soi et dans son corps. Elle va de la rêverie ordinaire aux troubles dissociatifs, en passant par des épisodes passagers de dépersonnalisation ou de déréalisation, très fréquents.
Non. La dépersonnalisation et la déréalisation sont fréquentes, souvent liées au stress, à la fatigue ou à l’angoisse, et le sens de la réalité reste conservé : on sait que ce n’est qu’une impression. C’est ce qui les distingue d’un trouble psychotique. Si cela dure ou se répète, une consultation permet d’en comprendre l’origine.
Pas toujours. Des épisodes brefs peuvent venir du stress, de la fatigue, d’une crise d’angoisse, de produits ou de causes médicales. Quand la dissociation est fréquente, ancienne et marquée, une histoire traumatique est très souvent retrouvée, mais seule une évaluation attentive permet de le dire.
Par les sens et le corps : l’exercice 5-4-3-2-1, de l’eau fraîche sur les mains, le mouvement, dire à voix haute la date, le lieu et ce que l’on fait. Ces ancres ramènent dans le présent et deviennent plus efficaces avec l’entraînement. Si les épisodes reviennent souvent, un accompagnement aide à comprendre ce qui les relance.
Oui, à partir de 12 ans. Il associe une longue consultation clinique et plusieurs évaluations psychométriques, dont des entretiens structurés de référence, puis une analyse, une restitution et un rapport. Il aide à préciser le type de dissociation et à adapter la thérapie, notamment l’EMDR.
Un premier rendez-vous permet d’entendre ce que vous vivez, sans rien forcer, de faire le tri entre ce qui demande un avis médical, un bilan ou un accompagnement, et de construire un rythme qui vous respecte. Au cabinet ou en téléconsultation.
Cliquer sur la photo ou utiliser + et − pour zoomer. Échap pour fermer.
Chargement de l'article…
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.