Affirmation 1
« La mémoire enregistre tout, comme une caméra. »
La mémoire reconstruit à chaque rappel. Elle garde l’essentiel, perd des détails, en ajoute parfois. C’est vrai pour tous les souvenirs, y compris les souvenirs traumatiques.
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Pourquoi certaines personnes se figent, se sentent sortir de leur corps ou perdent le fil pendant un événement terrible ? Pourquoi certains souvenirs reviennent en éclats, tandis que d’autres manquent ? Cette page explique, sans dramatiser, comment le cerveau se protège face au danger, ce que cela fait à la mémoire, et comment on reprend pied, à son rythme.
Devant une menace, le corps ne demande pas notre avis. Un système d’alarme très ancien, que nous partageons avec de nombreux animaux, choisit en une fraction de seconde la réponse qui a le plus de chances de nous garder en vie. On connaît bien les deux premières : se battre ou fuir. On connaît moins les suivantes, qui surviennent quand ni le combat ni la fuite ne sont possibles : se figer, puis parfois se couper, s’effondrer, se soumettre.
Retournez les cartes : elles décrivent ces réponses, que les chercheurs appellent parfois la « cascade de défense ». Aucune n’est un choix, et aucune n’est un signe de faiblesse.
Ces deux dernières réponses sont fréquentes, bien plus qu’on ne le croit. Lors d’agressions, et en particulier d’agressions sexuelles, une immobilité involontaire est très souvent rapportée par les victimes. Savoir que le corps a choisi pour elles soulage souvent une culpabilité immense : « pourquoi je ne me suis pas défendue ? » La réponse honnête est que, dans ces circonstances, le cerveau a jugé que l’immobilité ou la coupure étaient le meilleur moyen de survivre.
« Tout s’est passé au ralenti. » « J’avais l’impression de regarder un film. » « Je me voyais d’en haut. » « Je ne sentais plus la douleur. » Ces phrases décrivent ce que les cliniciens appellent la dissociation péritraumatique : les modifications de la conscience qui surviennent pendant l’événement ou juste après. Le temps se déforme, le monde paraît irréel, le corps semble ne plus nous appartenir, certaines parties de la scène disparaissent de la mémoire.
Pendant longtemps, la recherche a vu dans cette dissociation au moment du choc l’un des signes annonçant un stress post-traumatique ultérieur. Les travaux plus récents nuancent : c’est surtout une dissociation qui persiste dans les semaines suivantes qui semble compter, davantage que la coupure sur le moment, très fréquente et souvent sans suite. Autrement dit, s’être senti irréel pendant un accident ne condamne à rien. En revanche, si l’irréalité, les trous ou la sensation d’être coupé continuent des semaines après, il est utile d’en parler.
Dans le mois qui suit un événement traumatique, beaucoup de personnes vivent des réactions intenses : cauchemars, sursauts, images qui s’imposent, irritabilité, sentiment d’irréalité. Le DSM-5-TR décrit un « trouble de stress aigu » quand ces réactions sont nombreuses et durent de trois jours à un mois ; la CIM-11 parle plutôt de « réaction de stress aiguë », considérée comme une réaction normale à une situation anormale. Dans la plupart des cas, ces réactions s’apaisent progressivement. Un soutien, du repos, la présence des proches et, si besoin, quelques consultations aident à traverser cette période.
Un souvenir ordinaire ressemble à une histoire : il a un début, un milieu, une fin, une date, un lieu, et il est rangé « au passé ». On peut le raconter, il évolue un peu avec le temps, et il ne fait plus revivre l’émotion avec la même force. Un souvenir traumatique, lui, est souvent stocké autrement : en fragments sensoriels (une odeur, un bruit, une image, une sensation dans le corps), avec l’émotion d’origine intacte, et sans l’étiquette « c’est terminé ».
| Repère | Souvenir ordinaire | Souvenir traumatique |
|---|---|---|
| Forme | Un récit, avec une chronologie | Des éclats : images, sons, odeurs, sensations |
| Temps | Vécu comme passé | Revécu comme présent (reviviscence, « flash-back ») |
| Émotion | Atténuée avec le temps | Intacte, parfois aussi forte qu’au premier jour |
| Déclenchement | On va le chercher | Il surgit, réveillé par un détail |
| Trous | Oubli banal des détails | Morceaux manquants, parfois au cœur de la scène |
Le modèle de l’EMDR, appelé traitement adaptatif de l’information, part de cette observation : une expérience trop intense reste stockée « en l’état », avec ses images, ses émotions et ses sensations d’origine. Un ton de voix, une porte qui claque, une odeur peuvent alors la réveiller. La dissociation peut faire partie du tableau de deux manières opposées : le souvenir revient trop (il envahit), ou il ne revient pas du tout (il est mis à l’écart). Souvent, les deux coexistent chez la même personne, à des moments différents. Pour approfondir, voir le modèle du traitement adaptatif de l’information.
Affirmation 1
La mémoire reconstruit à chaque rappel. Elle garde l’essentiel, perd des détails, en ajoute parfois. C’est vrai pour tous les souvenirs, y compris les souvenirs traumatiques.
Affirmation 2
Oui : sous l’effet du stress, l’attention se resserre sur certains éléments (une arme, un visage, un bruit) au détriment du reste. Des fragments très nets côtoient des zones vides.
Affirmation 3
Des oublis partiels sont fréquents après un événement très violent, et l’amnésie dissociative est décrite par les classifications. L’absence de souvenir ne prouve rien, dans un sens comme dans l’autre.
Affirmation 4
C’est plus nuancé. Des souvenirs oubliés peuvent revenir, et beaucoup correspondent à des faits réels. Mais la mémoire est sensible à la suggestion : un thérapeute sérieux n’oriente pas, n’invente pas, et ne cherche pas à « faire remonter » des souvenirs.
Certaines personnes ont des trous dans leur histoire : des années de l’enfance presque vides, une soirée dont il ne reste rien, des moments de la vie courante qu’elles ne retrouvent pas. Les classifications décrivent l’amnésie dissociative : une incapacité à se rappeler des informations personnelles importantes, souvent liées à un événement traumatique ou très stressant, qui dépasse de loin l’oubli ordinaire et ne s’explique ni par un produit, ni par une maladie neurologique, ni par un choc à la tête.
Il faut cependant beaucoup de prudence. Tout le monde oublie une grande partie de sa petite enfance (avant trois ou quatre ans, c’est la règle). La fatigue, la dépression, l’anxiété, un trouble de l’attention, certains médicaments ou l’alcool provoquent aussi des oublis. Et la mémoire est reconstructive : elle peut se tromper de bonne foi, mélanger des souvenirs, intégrer des éléments entendus ou imaginés.
Notre position au cabinet tient en trois points. Nous ne mettons jamais en doute par principe ce qu’une personne rapporte de son histoire. Nous ne cherchons pas non plus à « faire remonter » des souvenirs, par des questions orientées, l’hypnose ou l’EMDR : ce n’est pas leur rôle, et cela risquerait de créer des certitudes fragiles. Et nous travaillons avec ce qui est là : les émotions, les sensations, les déclencheurs, les fragments, ce qui pèse aujourd’hui. Le soin n’a pas besoin d’un récit complet pour avancer.
Pendant une séance, il arrive que des détails ou des souvenirs associés reviennent spontanément. Mais l’EMDR n’est pas une technique pour retrouver des souvenirs, et elle ne garantit pas leur exactitude. Elle sert à apaiser la charge de ce qui est déjà présent et dérangeant. Si une procédure judiciaire est en cours, il est important d’en parler avant de commencer un travail sur les souvenirs, car il peut modifier la manière dont ils sont vécus et racontés.
Un bilan neuropsychologique mesure la mémoire avec des tests étalonnés : apprendre et restituer une liste, une histoire, des images, retrouver des souvenirs autobiographiques. Il aide à distinguer une plainte de mémoire liée à l’attention, à la fatigue, à l’anxiété ou à la dépression, d’un vrai déficit qui demanderait un avis neurologique. Il peut aussi repérer des fluctuations importantes d’un moment à l’autre, qui orientent vers d’autres pistes. Voir le bilan neuropsychologique.
Une image aide beaucoup nos patients : la fenêtre de tolérance. À l’intérieur, le système nerveux fonctionne bien : on ressent, on réfléchit, on reste en lien. Au-dessus, c’est l’hyperactivation : panique, colère, agitation, vigilance. En dessous, c’est l’hypoactivation : engourdissement, vide, figement, dissociation. Après un traumatisme, cette fenêtre se rétrécit, et un rien suffit à en sortir, par le haut ou par le bas.
Faites glisser le curseur pour parcourir ces états et voir ce qui aide dans chacun.
Tous les traumatismes ne se ressemblent pas. Un accident unique, chez un adulte qui allait bien, n’a pas les mêmes effets que des violences ou une négligence répétées pendant l’enfance, infligées par les personnes mêmes qui devaient protéger. Un enfant ne peut pas fuir ses parents. Quand la personne dont il dépend fait peur, se dérobe ou disparaît, il lui reste une issue : partir « dans sa tête ». Ce réflexe, appris tôt et répété, devient parfois une manière habituelle de réagir au stress, aux conflits, à l’intimité.
La CIM-11 décrit le trouble de stress post-traumatique complexe (code 6B41) : aux symptômes du stress post-traumatique s’ajoutent des difficultés durables à réguler ses émotions, une image de soi très négative (honte, culpabilité, sentiment de ne rien valoir) et des difficultés dans les relations. La dissociation y est fréquente, sans être obligatoire. Les liens avec l’attachement sont développés dans la page traumatisme d’attachement et EMDR, et ceux avec le trouble borderline dans trauma, attachement et trouble borderline.
Pour décrire ce qui se passe chez les personnes très dissociées, certains modèles cliniques parlent de parties de la personnalité restées séparées : une partie qui « fait tourner la vie quotidienne » (aller au travail, s’occuper des enfants, faire comme si de rien n’était), et une ou plusieurs parties restées fixées sur la menace, la défense, la douleur. Dans la plupart des cas, ces parties ne sont pas des « personnalités » au sens du trouble dissociatif de l’identité : ce sont des façons de sentir et de réagir qui semblent ne pas communiquer. « Une partie de moi sait que c’est fini, une autre continue d’avoir peur. » Ces modèles sont des outils de compréhension et de soin, pas des diagnostics.
D’une certaine manière, oui : chacun connaît des états différents selon les situations (au travail, avec ses parents, en vacances), et des conflits intérieurs (« une partie de moi a envie, une autre non »). C’est normal. Ce qui caractérise la dissociation, c’est que ces états deviennent très séparés : on ne se reconnaît pas dans ses réactions, on a des trous de mémoire, on a l’impression que quelque chose agit à sa place. C’est là qu’une évaluation soigneuse est utile.
Le trouble de stress post-traumatique (CIM-11 6B40) associe des reviviscences (le passé revécu au présent, en images, en sensations, en cauchemars), un évitement de ce qui rappelle l’événement, et un sentiment de menace persistant (sursauts, hypervigilance). Le DSM-5-TR prévoit une précision « avec symptômes dissociatifs » lorsqu’une dépersonnalisation ou une déréalisation persistante ou récurrente s’ajoute au tableau. Les reviviscences elles-mêmes sont déjà une forme de dissociation : pendant un flash-back intense, une partie de la personne n’est plus dans le présent.
Pour faire le point sur des symptômes de stress post-traumatique, le cabinet met à disposition un questionnaire de repérage validé, la PCL-5. Il ne pose pas de diagnostic, mais il donne une mesure utile à apporter en consultation. D’autres repères sur les différentes formes de trauma sont dans la page les types de trauma selon la CIM-11 et le DSM-5-TR.
Un rappel important : le trauma n’est pas la seule source de dissociation, et la dissociation ne prouve pas qu’un trauma a eu lieu. Des épisodes de déréalisation surviennent aussi avec la fatigue, l’angoisse, certains produits ou certaines causes médicales. Et un trauma peut ressembler à d’autres troubles : chez l’enfant, il est souvent confondu avec un TDAH, comme l’explique la page TDAH ou trauma.
Associez chaque phrase, inventée pour ce jeu, au mécanisme qu’elle illustre le mieux. Ce jeu sert à affiner la compréhension, pas à poser un diagnostic.
Quand la dissociation est liée à un trauma, le soin suit en général un ordre précis. On ne commence pas par raconter l’événement le plus dur : on commence par construire un sol.
Les recommandations internationales placent l’EMDR et les thérapies cognitives et comportementales centrées sur le trauma parmi les traitements de référence du stress post-traumatique. Pour les troubles dissociatifs eux-mêmes, il n’existe pas de recommandation aussi solide : la pratique s’appuie sur des modèles cliniques et des consensus d’experts, qui privilégient un travail par phases. La durée de la stabilisation fait débat : des études récentes suggèrent qu’elle n’a pas besoin d’être longue pour tout le monde, d’où notre choix de la doser au cas par cas. Tout cela est détaillé dans notre approche de la dissociation.
Si vous vous sentez en danger, ou si des idées de mort ou l’envie de vous faire du mal apparaissent, pour vous ou pour un proche : contactez sans attendre votre médecin traitant ou les services d’urgence. Vous pouvez aussi en parler lors d’un rendez-vous au cabinet.
Quiz pédagogique, ce n’est ni un test validé ni un diagnostic : six questions de connaissances pour vérifier ce que vous retenez de cette page.
Non. La dissociation est très souvent liée à des traumatismes, surtout quand elle est fréquente, ancienne et marquée, mais elle peut aussi venir de la fatigue, de l’angoisse, de certains produits ou de causes médicales. À l’inverse, beaucoup de personnes traumatisées ne dissocient pas. Seule une évaluation attentive permet de comprendre d’où elle vient.
Parce que, face à un danger dont on ne peut ni s’échapper ni se défendre, le cerveau déclenche automatiquement le figement ou la coupure. Ce n’est pas un choix, encore moins un consentement. Comprendre ce mécanisme aide souvent à apaiser la honte et la culpabilité, qui peuvent ensuite être travaillées en thérapie.
Non. Le soin travaille avec ce qui est présent : les émotions, les sensations, les fragments, les déclencheurs actuels, les croyances sur soi. Il n’est pas nécessaire, ni souhaitable, de chercher à reconstituer un récit complet. Le but est que le passé cesse d’envahir le présent.
C’est un traumatisme répété ou prolongé, souvent dans l’enfance et dans les relations proches, dont on ne pouvait pas s’échapper. La CIM-11 décrit le stress post-traumatique complexe (6B41), qui associe les symptômes du stress post-traumatique à des difficultés durables de régulation des émotions, d’image de soi et de relations.
Un questionnaire de repérage validé comme la PCL-5 donne une mesure utile, mais il ne pose pas de diagnostic. Celui-ci repose sur un entretien avec un professionnel, qui tient compte de votre histoire, de la durée des symptômes et d’autres explications possibles.
Un premier entretien permet d’écouter votre histoire sans rien forcer, de repérer d’éventuels signes dissociatifs et de construire avec vous un rythme de travail qui vous respecte. Au cabinet ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.