Traitement adaptatif de l’information : comment un souvenir se bloque, puis se transforme
Pourquoi un événement vieux de dix ans peut-il encore serrer la gorge comme au premier jour, alors qu’un autre, tout aussi pénible, s’est rangé tranquillement dans le passé ? Le traitement adaptatif de l’information, ou modèle TAI, est la réponse proposée par Francine Shapiro. C’est la carte qui guide toute thérapie EMDR : elle explique comment la mémoire digère nos expériences, ce qui se passe quand un souvenir reste coincé, et comment le retraitement l’aide à rejoindre le reste de notre histoire.
Sur cette page, vous trouverez le modèle expliqué sans jargon, ce que la recherche confirme et ce qui reste discuté, et un jeu pour relier vous-même les fils d’un réseau de mémoire.
Le modèle du traitement adaptatif de l’information en quelques mots
Le modèle TAI (en anglais Adaptive Information Processing, abrégé AIP) repose sur une idée simple : une bonne partie de nos difficultés d’aujourd’hui viendrait d’expériences passées qui n’ont pas été « traitées » jusqu’au bout. Elles restent stockées telles qu’elles ont été vécues, avec leurs images, leurs émotions, leurs sensations et la pensée sur soi qui s’y est accrochée. Le jour où quelque chose les réveille, elles reviennent intactes, comme si le temps n’avait pas passé.
La thérapie EMDR s’appuie sur ce modèle pour choisir ce que l’on travaille et dans quel ordre. L’idée centrale est la suivante : une fois ces souvenirs travaillés jusqu’au bout, en s’aidant de la stimulation bilatérale alternée, les symptômes qu’ils entretenaient tendent à reculer. C’est en ces termes que le groupe international de chercheurs et de cliniciens réuni sous le nom de Council of Scholars a défini la thérapie EMDR en 2021. Pour une présentation générale de la méthode, voyez la page qu’est-ce que l’EMDR.
À retenir
Le TAI ne dit pas « vous êtes malade ». Il dit plutôt : votre mémoire a gardé quelque chose en l’état, faute d’avoir pu le digérer, et cela continue de colorer votre présent. Le travail consiste à relancer ce processus naturel, pas à effacer le passé.
Un cerveau qui sait, d’ordinaire, digérer les expériences difficiles
Francine Shapiro est partie d’un constat que chacun peut faire. Une dispute, une mauvaise nouvelle, une frayeur : sur le moment, c’est intense. On y repense, on en parle, on dort dessus. Quelques jours plus tard, l’événement est toujours là dans la mémoire, mais il a changé de texture. On peut l’évoquer sans revivre la scène, on en a tiré une leçon, il s’est relié à tout ce que l’on sait par ailleurs.
Le modèle suppose donc l’existence d’un système naturel, inné, qui traite l’information émotionnelle et la conduit vers une forme « adaptative », c’est-à-dire utile pour la suite de la vie. Le mot « adaptatif » est la clé : un souvenir bien traité ne disparaît pas, il devient une expérience dont on peut se servir.
Selon l’IFEMDR, la plupart des personnes qui traversent un événement traumatique isolé d’intensité moyenne parviendraient à l’intégrer par elles-mêmes. Mieux vaut retenir l’idée que le chiffre, qui n’est appuyé sur aucune étude citée : la digestion spontanée est fréquente, et c’est quand elle n’a pas lieu qu’une aide devient utile.
1. L’événement
Il arrive, chargé d’émotion. Le corps se met en alerte, l’attention se resserre.
2. Le traitement
Dans les jours qui suivent, la mémoire le rapproche d’autres expériences, de ce que l’on sait, de ce que les autres nous disent.
3. Le souvenir rangé
L’événement fait partie de l’histoire. Il peut rester triste, mais il ne se rejoue plus à l’identique.
Les réseaux de mémoire : pourquoi le présent réveille le passé
Dans le modèle TAI, les souvenirs ne sont pas rangés dans des tiroirs séparés. Ils forment des réseaux : chaque expérience est reliée à d’autres par des ressemblances d’émotion, de sensation, de lieu, de situation. C’est ce qui nous permet d’apprendre. Une expérience nouvelle se raccroche à ce que l’on a déjà vécu et prend sens grâce à lui.
Un même fil pour le meilleur et pour le pire
Ce câblage a un revers. Une perception actuelle (un ton de voix, une odeur, un regard, une situation de dépendance) peut activer automatiquement un souvenir ancien qui lui ressemble. Si ce souvenir est bien intégré, on réagit avec le recul de l’adulte d’aujourd’hui. S’il ne l’est pas, c’est l’ancienne réaction qui se déclenche, avec la peur, la honte ou la colère d’origine. Un article de synthèse publié en 2017 dans Frontiers in Psychology par Hase et ses collègues décrit précisément ce lien automatique entre les perceptions présentes et les souvenirs restés en l’état.
Ce que l’on ne relie pas toujours soi-même
Ces mêmes auteurs relèvent aussi qu’un souvenir resté bloqué ne s’accompagne pas toujours du sentiment de « se souvenir ». On ressent une réaction disproportionnée, on ne comprend pas d’où elle vient, et l’on ne fait pas forcément le rapprochement avec un épisode ancien. Une partie du travail consiste justement à retrouver ces liens, en douceur.
À retenir
Une réaction trop forte par rapport à la situation actuelle est souvent un signal : le présent vient de toucher un réseau ancien. Ce n’est ni un caprice ni une faiblesse, c’est la mémoire qui fait son travail d’association avec des informations restées brutes.
Quand un souvenir reste bloqué, ou « non digéré »
Selon la description reprise par l’IFEMDR, un souvenir traumatique serait conservé en morceaux séparés : une image, un bruit, une odeur, une sensation dans le corps, une émotion, une pensée sur soi. Ces fragments restent figés, isolés du réseau de mémoire plus large où se trouvent les informations utiles (« je suis en sécurité maintenant », « ce n’était pas ma faute », « j’ai survécu », « d’autres m’ont aidé »). Ils ne peuvent pas « rencontrer » ces informations, donc ils ne se mettent pas à jour.
Ce qui peut empêcher la digestion
Le modèle ne se limite pas aux grands événements de type attentat ou accident grave. Hase et ses collègues citent plusieurs conditions qui pourraient enrayer le traitement naturel, en précisant que leur liste reste à compléter par la recherche :
- un sentiment d’impuissance totale au moment des faits ;
- le fait d’avoir perçu la situation comme extrêmement dangereuse, même si elle ne l’était pas objectivement ;
- des émotions très fortes héritées d’expériences antérieures ;
- chez l’enfant, l’absence d’un adulte capable de rassurer et d’aider à comprendre ;
- la maltraitance ou la négligence ;
- l’épuisement, une maladie physique ou l’effet de substances.
L’IFEMDR rappelle aussi, en s’appuyant sur une série d’études, que des expériences qui ne relèvent pas du traumatisme au sens strict (événements de vie difficiles, violences verbales entre enfants, punitions physiques sévères) peuvent laisser des traces comparables. Ces études sont citées sans évaluation de leur qualité : elles donnent une piste plus qu’une preuve. C’est un point central pour comprendre les blessures d’enfance et les traumatismes d’attachement. Pour distinguer les différentes formes de traumatisme selon les classifications, voyez la page les différents types de trauma.
Comment reconnaît-on un souvenir encore « actif » ?
Il n’existe pas de signe unique, mais plusieurs indices reviennent souvent : le souvenir surgit sans qu’on le cherche, déclenché par un détail ; il se vit au présent plutôt qu’il ne se raconte ; le corps réagit (cœur, souffle, gorge, ventre) ; une pensée négative sur soi y reste collée, même quand on sait qu’elle est fausse ; on organise sa vie pour l’éviter. Hase et ses collègues proposent de parler de souvenirs « pathogènes » lorsque leur réactivation provoque ce type d’intrusions et d’activation du corps, quelle que soit la gravité apparente de l’événement d’origine.
Ces indices orientent la réflexion. Ils ne posent aucun diagnostic : seule une évaluation avec un professionnel permet de comprendre ce qui se passe pour vous.
Le souvenir bloqué est-il forcément un souvenir dont on se souvient bien ?
Pas toujours. Le modèle décrit des souvenirs stockés de façon fragmentée, ce qui veut dire que certains morceaux peuvent être très vifs (une image, une sensation) pendant que le récit d’ensemble reste flou. Le praticien EMDR ne cherche pas à reconstituer une version exacte des faits : il travaille avec ce qui se présente, tel que la personne le vit aujourd’hui.
Le retraitement en EMDR : relier le souvenir à ce que l’on sait aujourd’hui
Retraiter, dans le langage de l’EMDR, c’est remettre en marche ce système de traitement qui s’était enrayé. On active le souvenir cible, puis on laisse le cerveau faire ce qu’il sait faire : associer, comparer, mettre à jour.
Comment une séance de retraitement s’organise
- On choisit une cible avec la personne : l’image la plus parlante du souvenir, la pensée négative sur soi qui l’accompagne (« je suis en danger », « c’est de ma faute »), la pensée que l’on aimerait pouvoir croire à la place, l’émotion et l’endroit du corps où elle se loge.
- On mesure deux choses. La perturbation ressentie, sur une échelle de 0 à 10 (SUD, de l’anglais Subjective Units of Disturbance), et la crédibilité de la pensée positive, sur une échelle de 1 à 7 (VOC, Validity of Cognition).
- On retraite par séries de stimulations bilatérales (mouvements des yeux, sons ou tapotements alternés). Entre deux séries, la personne dit en quelques mots ce qui lui vient : une image, une sensation, un autre souvenir, une pensée nouvelle.
- On consolide la pensée positive une fois la charge apaisée, puis on vérifie que le corps est au calme lorsqu’on repense à la cible.
Le point le plus surprenant pour beaucoup de patients est que le chemin n’est pas tracé d’avance. Le praticien guide et sécurise, mais il n’impose pas de contenu : c’est la personne qui fait les liens, souvent de manière inattendue. Pour le détail concret d’une séance, consultez la page déroulement d’une séance d’EMDR.
Ce qui change quand un souvenir est retraité
D’après les descriptions cliniques et les travaux de laboratoire, plusieurs changements vont souvent ensemble. L’image devient moins nette, plus lointaine. Des expériences menées en laboratoire, comme celles de Smeets et ses collègues en 2012, suggèrent d’ailleurs que la netteté baisse avant la charge émotionnelle. Le corps se calme à l’évocation. Et la pensée positive, qui semblait abstraite au départ (« j’ai fait ce que je pouvais »), commence à être ressentie comme vraie, et pas seulement sue.
Le Council of Scholars associe cette résolution à une reconsolidation de la mémoire : un souvenir réactivé redeviendrait modifiable pendant un temps, puis serait réenregistré sous sa nouvelle forme. C’est une hypothèse de travail sérieuse, pas une certitude démontrée chez l’humain en thérapie.
À retenir
Retraiter n’est pas oublier. Le souvenir reste disponible. Ce qui change, c’est sa charge et ce qu’il dit de vous.
Passé, présent, futur : comment le TAI organise les huit phases de l’EMDR
Parce qu’il relie le présent au passé, le modèle TAI donne à la thérapie EMDR une structure en trois temps. On commence par les souvenirs qui ont posé les fondations de la difficulté, on poursuit avec les situations actuelles qui la déclenchent encore, et l’on termine en préparant l’avenir.
Les expériences anciennes, souvent précoces, qui ont fixé la réaction et la croyance sur soi.
Les déclencheurs d’aujourd’hui qui réactivent encore une réaction trop forte.
Les situations à venir, que l’on prépare avec le scénario du futur pour y répondre autrement.
Ce parcours se déploie au fil des huit phases du protocole standard, telles que les énumère l’association EMDR France. Les phases 3 à 7 forment le cœur du retraitement.
- Histoire de vieRecueil de l’histoire et plan de traitement.
- PréparationAlliance, explications, outils pour se stabiliser.
- ÉvaluationChoix de la cible, mesures de départ.
- DésensibilisationSéries de stimulations bilatérales.
- InstallationRenforcement de la pensée positive.
- Scan corporelVérifier que le corps est apaisé.
- ClôtureTerminer la séance dans un état stable.
- RéévaluationFaire le point à la séance suivante.
Si les trois lettres EMD, EMDr et EMDR vous intriguent, la page EMD, EMDr, EMDR : trois pratiques explique comment l’étendue du réseau travaillé change selon la situation.
Jeu interactif : reliez le réseau de mémoire
Trois petites expériences pour sentir le modèle de l’intérieur. Rien n’est enregistré ni envoyé : tout se passe dans votre navigateur.
Relier les fragments aux informations d’aujourd’hui
Situation imaginaire, créée pour l’exemple : il y a dix ans, une personne a eu un accident de voiture sans blessure grave. Elle n’y pense pas tous les jours, mais certains détails la ramènent d’un coup dans la scène.
Choisissez un fragment resté figé (à gauche), puis l’information actuelle qui lui répond le mieux (à droite). Au clavier, utilisez Tab puis Entrée.
Fragments figés
Ce que je sais aujourd’hui
Les valeurs affichées sont imaginaires et servent seulement à illustrer le principe. En séance, ce n’est pas le praticien qui relie les fils à la place du patient : les liens se font d’eux-mêmes pendant le retraitement, à leur rythme.
Souvenir bloqué ou souvenir retraité ?
Dix phrases, dix façons de vivre un souvenir. Pour chacune, décidez si elle décrit plutôt un souvenir encore bloqué ou un souvenir qui a été digéré.
Repère personnel : ce souvenir est-il encore actif ?
Pensez à un souvenir pénible qui vous revient parfois. Inutile de vous y replonger : répondez d’après ce que vous savez déjà de vous. Si penser à ce souvenir vous met en difficulté, arrêtez-vous, ce questionnaire peut attendre.
Questionnaire original de réflexion. Il ne remplace pas une évaluation par un professionnel et ne pose aucun diagnostic. Vos réponses restent sur votre appareil et disparaissent quand vous fermez la page.
Que se passe-t-il dans le cerveau pendant l’EMDR ? Les hypothèses
À ce jour, personne ne sait encore expliquer avec certitude pourquoi l’EMDR agit. L’IFEMDR le reconnaît lui-même et précise que le modèle TAI n’est rattaché à aucun mécanisme neurobiologique précis. Cette incertitude n’a rien d’exceptionnel : l’IFEMDR rappelle que la neurobiologie ne permet encore de trancher pour aucune forme de psychothérapie. L’efficacité de l’EMDR dans le trouble de stress post-traumatique est en revanche bien documentée, ce qui lui vaut d’être recommandée par plusieurs instances de santé.
Plusieurs pistes coexistent. Dans sa synthèse, l’IFEMDR place en tête deux d’entre elles : la mémoire de travail et le réflexe d’orientation.
La mémoire de travail : un souvenir qui doit partager la place
Notre mémoire de travail, celle qui tient les informations « en main » quelques instants, a une capacité limitée. Si l’on évoque un souvenir pendant que les yeux suivent un mouvement rapide, les deux activités puisent dans ce même réservoir. Le souvenir occupe moins de place, il paraît plus pâle et moins chargé, et c’est cette version adoucie qui serait ensuite gardée en mémoire.
Une méta-analyse de Lee et Cuijpers (2013), citée par l’IFEMDR, trouve un effet propre des mouvements oculaires, modéré dans les études cliniques et plus net en laboratoire. Une étude de van Schie et collègues (2016) suggère qu’une tâche plus exigeante produit un effet plus marqué. Ces expériences portent souvent sur des volontaires sans trouble et des souvenirs peu intenses : on ne peut pas les transposer telles quelles à la thérapie.
Le réflexe d’orientation : une alerte qui retombe
Un stimulus qui alterne de gauche à droite attire naturellement l’attention, comme lorsqu’on tourne la tête vers un bruit. Ce réflexe s’accompagnerait d’une forme de détente qui contrarie l’état d’alerte lié au souvenir. Des mesures physiologiques vont dans ce sens, avec une baisse de certains marqueurs d’activation pendant les mouvements oculaires, mais elles portent sur de petits groupes. D’autres recherches restent nécessaires.
La double attention : un pied dans le passé, un pied dans le présent
Pendant les séries, l’attention fait des allers-retours entre le souvenir intérieur et le stimulus extérieur, dans la relation avec le praticien. On revisite le passé sans s’y perdre. L’idée est séduisante, mais son support biologique n’est pas connu, et la recherche sur l’exposition montre qu’une distraction peut affaiblir le travail au lieu de l’aider. L’hypothèse reste ouverte.
Le parallèle avec le sommeil paradoxal
Première hypothèse historique : les mouvements des yeux évoqueraient ceux du sommeil des rêves, période pendant laquelle le cerveau réorganise la mémoire. Le chercheur Robert Stickgold a développé cette piste. Elle est intéressante, mais elle n’a pas été confirmée directement.
Le passage de l’alerte à l’apaisement
Un souvenir traumatique maintiendrait le système nerveux en état de survie, peu propice au traitement de l’information, qui demande un minimum de calme. La stimulation bilatérale favoriserait le versant apaisant du système nerveux. Quand la tension baisse, le champ des associations s’élargit et le souvenir peut se relier à des pensées plus justes. Les données disponibles viennent surtout de petits groupes : elles sont prometteuses, pas définitives.
Un cadre récent : le cerveau comme machine à prédire
Un article publié en 2026 dans Frontiers in Psychology propose de relire l’EMDR à la lumière du « traitement prédictif » : certaines souffrances viendraient de prédictions trop rigides (par exemple, que le danger va revenir) que le cerveau continue d’appliquer malgré ce que l’expérience lui montre. Le retraitement aiderait à les mettre à jour. Les auteurs présentent ce travail comme un cadre destiné à orienter la recherche, sans données nouvelles.
Pour aller plus loin sur les mouvements des yeux, les sons et les vibrations, et sur le matériel utilisé en séance, voyez les pages stimulation bilatérale alternée et barre lumineuse, casque et vibreurs.
Le modèle TAI au-delà du traumatisme : estime de soi, anxiété, attachement
Si le présent réagit à travers des souvenirs anciens, le modèle TAI peut éclairer bien plus que le stress post-traumatique. Il considère que les expériences de vie, en particulier les plus précoces, sont souvent à la base des difficultés actuelles, et qu’elles peuvent devenir des cibles de retraitement.
Estime de soi
Une pensée comme « je ne vaux rien » s’enracine souvent dans des expériences précises. Le TAI propose d’aller les chercher plutôt que de seulement contredire la pensée. EMDR, estime et confiance en soi.
Anxiété
Certaines peurs actuelles se nourrissent de souvenirs restés en alerte. Les données sont encourageantes mais moins solides que pour le stress post-traumatique. EMDR et anxiété.
Attachement
Un lien blessé dans l’enfance laisse des attentes relationnelles qui se rejouent. EMDR et traumatisme d’attachement.
Restons honnêtes sur l’état des preuves. Les recommandations officielles concernent le stress post-traumatique. Pour les autres indications (phobies, deuil, douleur, dépression, troubles alimentaires), les études existent mais sont souvent plus petites ou moins nombreuses. La page indications et limites de l’EMDR fait le point, et vous trouverez des exemples d’application sur phobies, deuil et douleur, EMDR et troubles alimentaires ou EMDR et relation toxique.
Et la dissociation ?
Lorsque des souvenirs très lourds se sont accumulés tôt dans la vie, certaines parties de l’expérience peuvent rester séparées du reste. Le modèle TAI s’applique toujours, mais l’accès aux souvenirs se fait alors plus progressivement, après un temps de stabilisation. Voir EMDR et dissociation.
Un modèle utile, pas une loi : forces et limites du TAI
Francine Shapiro présentait elle-même le TAI comme une hypothèse de travail. Dans un chapitre de l’ouvrage collectif Pratique de la psychothérapie EMDR (Dunod, 2017), Ludwig Cornil le décrit comme une approximation de la réalité, à juger sur son utilité plutôt que sur sa vérité. Sa grande force est sa simplicité : il se comprend vite, il se partage avec le patient, il guide le choix des cibles.
Ses limites sont connues. La notion de souvenir « stocké de façon dysfonctionnelle » reste difficile à définir en termes biologiques, comme le reconnaissent Hase et ses collègues, qui proposent un vocabulaire plus facile à tester. Une partie des travaux cités à son appui sont des études de petite taille, présentées sans évaluation de leur qualité. Enfin, plusieurs auteurs de l’article de 2017 sont eux-mêmes formateurs en EMDR, ce qu’ils déclarent.
À retenir
Le TAI est une carte, pas le territoire. Une bonne carte permet de s’orienter ; elle ne dispense pas de regarder le paysage, c’est-à-dire la personne réelle, son histoire et son rythme.
Le traitement adaptatif de l’information, la psychanalyse et les TCC
Ce que le TAI partage avec la psychanalyse
L’idée que le passé agit dans le présent, souvent à l’insu de la personne, est familière à quiconque connaît la psychanalyse. Le TAI la reprend à sa manière, avec un vocabulaire de réseaux et de traitement de l’information. Un article de Bedeschi et Onofri publié en 2026 propose d’articuler l’EMDR avec une théorie relationnelle de la psychothérapie, dite du contrôle-maîtrise : la manière dont le patient met à l’épreuve la relation avec le thérapeute, transfert compris, révèle les croyances qui pèsent sur lui et oriente le choix des souvenirs à travailler en priorité. Les auteurs présentent ce cadre comme un ensemble d’hypothèses, pas comme un protocole validé. Plus de détails sur la page EMDR et psychanalyse et sur la page psychanalyse du site.
Ce qui le distingue des TCC centrées sur le trauma
Francine Shapiro mettait en avant quelques différences pratiques avec les thérapies cognitives et comportementales centrées sur le trauma : pas de devoirs quotidiens entre les séances, pas d’activation prolongée du souvenir, pas d’obligation de raconter l’événement en détail. Sur le fond, plusieurs méta-analyses concluent à une efficacité comparable des deux approches dans le stress post-traumatique : aucune ne surclasse l’autre de façon nette. Voir EMDR et TCC et la page thérapies cognitives et comportementales.
L’intérêt d’une approche intégrative
Au cabinet, le modèle TAI ne se pratique pas en vase clos. L’écoute analytique aide à entendre ce qui se répète et ce que le symptôme raconte. Les outils des TCC apportent de la structure, des exercices de régulation, un travail précis sur les comportements d’évitement. L’EMDR offre un moyen direct de retraiter les souvenirs qui alimentent le tout. Associer ces regards permet d’ajuster le soin à la personne plutôt que l’inverse. Voir la page approche intégrative.
Questions fréquentes sur le traitement adaptatif de l’information
Qu’est-ce que le modèle du traitement adaptatif de l’information ?
C’est le modèle théorique élaboré par Francine Shapiro pour expliquer les effets de l’EMDR et guider la thérapie. Il suppose que le cerveau dispose d’un système naturel pour digérer les expériences difficiles et que certaines difficultés actuelles viennent de souvenirs restés en l’état, sans avoir été reliés à des informations plus adaptées. Le retraitement vise à relancer ce processus.
Pourquoi certains souvenirs restent-ils « bloqués » ?
Le modèle avance plusieurs raisons possibles : une impuissance totale au moment des faits, une peur extrême, des émotions anciennes réactivées, l’absence de soutien chez l’enfant, l’épuisement ou la maladie. Le souvenir serait alors stocké en fragments (images, sons, sensations, émotions, pensées) isolés du reste de la mémoire. La recherche continue de préciser ces conditions.
Que se passe-t-il dans le cerveau pendant l’EMDR ?
On ne le sait pas encore avec certitude. Plusieurs hypothèses coexistent : la charge de la mémoire de travail, le réflexe d’orientation, la double attention, le parallèle avec le sommeil paradoxal, l’apaisement du système nerveux ou la reconsolidation de la mémoire. Selon la synthèse de l’IFEMDR, les deux premières sont aujourd’hui les mieux étayées.
Le mécanisme de l’EMDR est-il entièrement connu ?
Non. L’efficacité de l’EMDR dans le stress post-traumatique est bien établie, mais son mécanisme précis ne l’est pas, ce qui est le cas de la plupart des psychothérapies. Le modèle TAI est un modèle clinique utile, qui n’est rattaché à aucun mécanisme neurobiologique démontré.
Pourquoi le souvenir semble-t-il différent après les séances ?
Après un retraitement, beaucoup de personnes décrivent une image plus floue ou plus lointaine, un corps plus calme à l’évocation et une pensée plus juste sur elles-mêmes. En laboratoire, la netteté et la charge émotionnelle d’un souvenir baissent quand on le rappelle tout en suivant des mouvements oculaires. Une hypothèse avancée est que le souvenir, réactivé, est réenregistré sous une forme nouvelle.
Un souvenir retraité est-il effacé ?
Non. On continue de se souvenir de ce qui s’est passé. Ce qui change, c’est la manière dont le souvenir est vécu : il se raconte au lieu de se revivre, et la pensée négative qui s’y attachait perd de sa force.
Le modèle TAI explique-t-il aussi l’anxiété ou l’estime de soi ?
Il propose une lecture de ces difficultés : des expériences passées, parfois précoces, continueraient de nourrir les peurs ou les croyances négatives sur soi. Cette lecture guide le travail en EMDR. Les preuves scientifiques sont toutefois plus limitées pour ces indications que pour le stress post-traumatique.
Poursuivre la découverte
Un souvenir vous pèse encore ?
Comprendre le modèle est un premier pas. Le suivant consiste à en parler avec un praticien, pour voir ensemble si l’EMDR, seule ou associée à un autre travail, a du sens pour vous. Le premier rendez-vous sert d’abord à faire connaissance et à évaluer votre demande, sans engagement.
Vous pouvez aussi consulter la page EMDR du site ou les tests en ligne.
Besoin d’aide tout de suite ?
Une psychothérapie ne répond pas à l’urgence. Si vous êtes en danger ou si vous pensez au suicide, appelez sans attendre :
- 3114Numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 h sur 24 et 7 jours sur 7, pour vous ou pour un proche.
- 15SAMU, pour toute urgence médicale.
- 112Numéro d’urgence européen, joignable depuis tout téléphone.