Indications de l'EMDR : pour qui, pour quoi et avec quelles précautions ?
Le traumatisme psychique reste la mieux établie des indications de l'EMDR. Pour l'anxiété, le deuil, la douleur ou l'estime de soi, la recherche avance, mais à des rythmes très différents. Cette page fait le tri sans rien enjoliver : ce qui est solide, ce qui reste à confirmer, les précautions à prendre, les effets possibles après une séance, et les situations où l'on choisit de ne pas commencer par là.
À la fin, un questionnaire d'orientation de quatorze questions vous aide à situer votre propre demande. Il ne pose aucun diagnostic et rien de ce que vous répondez ne quitte votre écran.
Pourquoi parler des indications et des limites de l'EMDR
L'EMDR a quitté le cercle des spécialistes. Elle apparaît dans les magazines, les émissions de radio, les conversations entre amis, parfois avec des titres qui laissent croire qu'elle répare tout en quelques séances. Une psychothérapie qui conviendrait à tout le monde et à toutes les souffrances n'existe pas, et l'EMDR ne fait pas exception. Savoir où elle a fait ses preuves, où elle reste en cours d'évaluation et dans quels cas on la reporte, c'est se donner les moyens de choisir en connaissance de cause.
Si vous découvrez la méthode, commencez par la présentation de l'EMDR ou par l'accueil du guide. Vous trouverez ici une lecture plus pratique : ce qu'on sait des indications de l'EMDR trouble par trouble, ce que la recherche ne permet pas encore d'affirmer, et la manière dont l'indication se pose au cabinet lors des premiers entretiens.
- L'indication la mieux étayée de l'EMDR est le trouble de stress post-traumatique, chez l'adulte comme chez l'enfant.
- Pour les autres difficultés, les résultats sont encourageants mais reposent sur des études moins nombreuses et souvent de qualité inégale.
- On parle moins d'interdits que de précautions : l'indication se pose au cas par cas, après une évaluation.
L'indication de référence de l'EMDR : le psychotraumatisme
C'est pour le trouble de stress post-traumatique (TSPT) que l'EMDR a été conçue et que les données sont les plus nombreuses. Une synthèse publiée en 2024 dans le Journal of Traumatic Stress recense plus de trente essais randomisés chez l'adulte et l'enfant, et relève que la plupart des lignes directrices internationales placent l'EMDR parmi les traitements de première intention du TSPT.
Ce que disent les recommandations
- Organisation mondiale de la santé (2013) : ses lignes directrices sur les affections liées au stress retiennent l'EMDR, au même titre que la thérapie cognitive et comportementale centrée sur le trauma, pour le TSPT de l'adulte et de l'enfant.
- Haute Autorité de santé (2007) : le guide consacré aux troubles anxieux graves présente la TCC centrée sur le trauma ou l'EMDR comme traitement de choix du TSPT, en général sur 15 à 20 séances individuelles.
- ISTSS, société internationale d'études sur le stress traumatique (lignes directrices finalisées en 2018, publiées en 2019) : recommandation forte de l'EMDR pour le TSPT de l'adulte, de l'enfant et de l'adolescent.
- NICE, Royaume-Uni (2018) : chez l'adulte, l'EMDR est proposée pour un TSPT lié à un trauma hors combat au-delà de trois mois après l'événement. Chez l'enfant, elle vient en seconde intention, quand la TCC centrée sur le trauma n'a pas aidé ou n'est pas acceptée.
- Association américaine de psychologie (2025) : sa mise à jour place l'EMDR au second rang, derrière trois autres thérapies centrées sur le trauma. Cette position a été critiquée en 2026 par plusieurs chercheurs, qui la jugent isolée face aux autres lignes directrices récentes. Le débat est ouvert et mérite d'être présenté tel quel.
Le détail de ces textes, leur date et leur portée sont développés sur la page EMDR reconnue : ce que disent les autorités de santé. Pour distinguer trauma unique, traumas répétés et TSPT complexe, voyez les différents types de trauma.
« Recommandée » veut-il dire que cela marchera pour moi ?
Pas forcément. Une recommandation résume ce qu'on observe en moyenne sur des groupes de patients, dans des conditions d'étude. Elle dit qu'une méthode mérite d'être proposée en priorité, pas qu'elle réussira à chacun. Certaines personnes répondent vite, d'autres moins, d'autres encore avancent mieux avec une autre approche. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'évaluation de départ compte autant que la technique elle-même.
Et chez l'enfant ou l'adolescent ?
L'OMS et l'ISTSS incluent l'enfant et l'adolescent dans leurs recommandations pour le TSPT. Le NICE britannique est plus réservé et place l'EMDR après la TCC centrée sur le trauma. Le travail avec un enfant suppose aussi d'associer les parents et d'adapter les outils à l'âge : tout cela est détaillé sur la page EMDR chez l'enfant et l'adolescent et, pour les situations familiales, sur EMDR et thérapie familiale.
EMDR pour quels troubles ? Les indications plus récentes
Puisque l'EMDR travaille sur des souvenirs qui continuent de peser sur le présent, on l'a naturellement essayée dans d'autres difficultés où ce type de souvenir joue un rôle. Les résultats existent, mais leur solidité varie beaucoup d'un domaine à l'autre. Le schéma ci-dessous donne une lecture d'ensemble, établie à partir des revues et des recommandations citées en fin de page.
- Trouble de stress post-traumatiqueSolide
- Phobies spécifiquesModéré
- Trouble panique et symptômes anxieuxModéré
- Symptômes dépressifsModéré
- Estime de soiPréliminaire à modéré
- Deuil traumatiquePréliminaire à modéré
- Douleurs chroniquesPréliminaire à modéré
- Addictions (en complément)Préliminaire
- Épuisement professionnelPréliminaire
Schéma qualitatif à visée pédagogique : la longueur des barres traduit un niveau de preuve, pas un taux de réussite.
Phobies, panique et anxiété
Une méta-analyse de 2020 portant sur 17 essais randomisés et 647 participants trouve une baisse des symptômes anxieux, de la panique et des phobies avec l'EMDR. Les effets sont plus nets quand on la compare à l'absence de traitement qu'à une autre thérapie. Pour les phobies, les recommandations françaises citent l'exposition (une technique de TCC) comme référence : l'EMDR y trouve sa place en complément. Ses spécialistes pensent qu'elle aide davantage quand la peur s'est installée après un événement précis, mais cette idée n'a pas encore été démontrée.
Deux études pour se faire une idée
Dans la phobie des soins dentaires, un essai de 2013 mené auprès de 31 personnes a montré une baisse durable de l'anxiété et de l'évitement par rapport à une liste d'attente ; un an plus tard, 83,3 % des participants suivaient des soins réguliers. Dans le trouble panique, un essai de 2017 sur 84 personnes a trouvé des résultats comparables à la TCC sur plusieurs mesures, même si l'effectif est resté plus faible que prévu. Deux signaux positifs, à confirmer par des études plus larges. Chez l'enfant phobique, une étude ancienne donnait l'avantage à l'exposition réelle.
Pour aller plus loin : EMDR et anxiété, EMDR, phobies, deuil et douleur et l'exemple de la claustrophobie.
Dépression et estime de soi
Une méta-analyse de 2024 (25 essais, 1 042 participants) observe une diminution des symptômes dépressifs, mais seules cinq de ces études portaient sur une dépression diagnostiquée. Les recommandations du NICE et de l'APA sur la dépression n'ont pas évalué l'EMDR. Pour l'estime de soi, un essai de 2017 auprès de 30 adultes a trouvé des progrès comparables entre dix séances d'EMDR et dix séances de TCC en groupe. Le raisonnement clinique est le suivant : chaque souvenir travaillé en EMDR est relié à une croyance négative sur soi, que l'on cherche à remplacer par une croyance plus juste. Voir EMDR, estime et confiance en soi.
Deuil, douleurs chroniques, addictions, épuisement professionnel
Le deuil, surtout quand la mort a été brutale
Selon une revue de 2024, la recherche se construit peu à peu : quelques petits essais sont encourageants, en particulier après une mort violente ou soudaine. En revanche, aucune étude n'a encore inclus des personnes chez qui un trouble du deuil prolongé a été diagnostiqué, et l'EMDR n'a jamais été comparée aux thérapies conçues pour ce deuil. L'intérêt clinique décrit tient aux images les plus douloureuses (l'annonce, les circonstances) et à la culpabilité, sans chercher à effacer le lien avec la personne disparue.
Les douleurs chroniques, en complément du suivi médical
Deux revues systématiques, en 2013 et en 2025, rapportent une baisse de la douleur dans les études disponibles, mais les protocoles et les mesures varient beaucoup d'une étude à l'autre. D'après une synthèse de 2020, l'EMDR ne figure dans aucune recommandation sur la douleur. Elle peut avoir du sens quand la douleur est liée à un accident, une opération ou un vécu traumatique, toujours en lien avec le médecin qui suit la douleur.
Les addictions : les traumas sous-jacents plus que la consommation
Une méta-analyse de 2025 sur 14 études trouve un effet à court terme sur l'envie impérieuse de consommer (le craving), sur l'anxiété, la dépression et les symptômes post-traumatiques, mais pas d'effet significatif sur la sévérité de l'addiction. Les études sont jugées de qualité faible. L'EMDR se pense donc ici en complément d'un suivi en addictologie, pour les blessures qui alimentent la consommation.
L'épuisement professionnel
Les données se limitent pour l'instant à des études de faisabilité, comme celle menée en 2022 auprès de 22 soignants britanniques. Un grand essai français auprès de soignants exposés à la crise du covid a été lancé ; ses résultats ne figuraient pas encore dans les sources consultées. L'EMDR peut cibler des événements marquants du travail (agression, humiliation, erreur redoutée), tandis que le repos, l'aménagement du poste et le suivi médical restent premiers.
D'autres pages du site prolongent ces thèmes, comme EMDR et troubles alimentaires, EMDR et relation toxique ou le sommeil de l'enfant. Pour les séances à distance, voyez EMDR en téléconsultation.
Les limites de l'EMDR : ce que la recherche ne permet pas d'affirmer
Une page honnête sur l'EMDR doit aussi dire ce qu'on ne sait pas. Plusieurs limites ressortent des travaux publiés, y compris de ceux menés par des chercheurs qui pratiquent la méthode.
Pas de supériorité démontrée sur les autres thérapies validées
La méta-analyse indépendante de Cuijpers et de ses collègues (2020) trouve un effet net de l'EMDR face à l'absence de traitement, mais un écart plus faible face aux autres psychothérapies, écart qui disparaît dans les études les plus rigoureuses. Ses auteurs estiment les preuves insuffisantes pour conseiller l'EMDR en dehors du TSPT. Une méta-analyse de 2026 sur l'anxiété et la dépression aboutit à une conclusion voisine : une option utile dans certains contextes, sans avantage établi sur les thérapies reconnues.
Des études de qualité inégale
Beaucoup d'essais sont petits, comparent l'EMDR à une simple liste d'attente ou suivent les personnes sur une courte durée. Dans un article préparé avec l'Inserm, le portail Santé.fr rappelle d'ailleurs que l'EMDR n'a rien d'un remède miracle. Bien des points restent à éclaircir : la durée des bénéfices, le cas des personnes qui ne s'améliorent pas, celui des personnes qui arrêtent en cours de route.
Toute difficulté ne naît pas d'un souvenir
L'EMDR cible des souvenirs. Or certaines peurs naissent sans aucun événement vécu : en voyant un proche avoir peur, par exemple, ou à force d'entendre des nouvelles inquiétantes. Une anxiété entretenue surtout par l'évitement et les pensées répond très bien aux outils de la TCC. Une souffrance qui se répète dans les liens prend souvent sens dans un travail analytique. Repérer cela fait partie de l'évaluation.
Et le mécanisme, est-il connu ?
Pas avec certitude. Le modèle du traitement adaptatif de l'information proposé par Francine Shapiro reste un cadre théorique utile en clinique. L'hypothèse de la mémoire de travail s'appuie sur de nombreuses études de laboratoire : une double tâche menée pendant le rappel d'un souvenir en réduit la vivacité et la charge émotionnelle. Son rôle exact en thérapie est encore discuté. Voir le modèle TAI et la stimulation bilatérale alternée.
Contre-indications de l'EMDR : des précautions plus que des interdits
Certains textes affirment que l'EMDR n'a aucune contre-indication. La formule est trop rapide. Il existe peu d'interdits absolus documentés, mais plusieurs situations demandent de la prudence, une préparation plus longue ou un travail coordonné avec un médecin. Voici ce que les sources permettent de dire.
Troubles psychotiques : une contre-indication ancienne, nuancée depuis
En 2007, le guide de la HAS déconseillait l'EMDR aux personnes atteintes d'un trouble psychotique. Un essai randomisé publié en 2015 dans le JAMA Psychiatry, auprès de 155 patients ayant un trouble psychotique et un TSPT chronique, a montré une baisse des symptômes post-traumatiques plus importante qu'en liste d'attente, sans davantage d'événements graves. Une revue Cochrane de 2017 y voit un bénéfice préliminaire, appuyé sur des preuves de très faible qualité. La position actuelle est donc nuancée : ce travail reste possible pour certaines personnes, dans un cadre spécialisé et en lien étroit avec le psychiatre.
Troubles dissociatifs non repérés
C'est sans doute la précaution la plus importante. Des auteurs qui s'appuient sur les recommandations de l'ISSTD (société internationale pour l'étude du trauma et de la dissociation) rappellent qu'utiliser le protocole habituel sans avoir repéré un trouble dissociatif peut réellement nuire à la personne. Un simple questionnaire ne suffit pas à juger si l'on est prêt : il faut un examen clinique. Les signes à connaître sont décrits sur les pages EMDR et dissociation et déréalisation et dépersonnalisation.
Un danger encore présent
Quand les violences sont toujours en cours, la priorité va à la protection. Retraiter un souvenir pendant que le danger continue n'a pas de sens clinique : la sécurité, la relation et le sentiment de garder le contrôle sont des conditions préalables au travail sur les souvenirs.
Une consommation qui déborde
Une consommation d'alcool ou de produits non stabilisée rend le retraitement difficile à mener. On cherche d'abord à sécuriser la situation, souvent avec un suivi en addictologie, avant d'aborder les souvenirs qui l'entretiennent.
Grossesse, épilepsie, problèmes des yeux : en parler avant
Aucune source fiable consultée ne fait de la grossesse, de l'épilepsie ou d'un problème ophtalmologique des contre-indications établies. Le bon sens clinique veut qu'on en parle au thérapeute avant de commencer et, si besoin, au médecin, pour adapter le travail. La stimulation bilatérale ne passe pas forcément par les yeux : tapotements, sons alternés ou vibreurs tenus dans les mains sont d'autres possibilités. Ces différents supports sont présentés sur la page barre lumineuse, casque et vibreurs.
La bonne question n'est pas « ai-je le droit de faire de l'EMDR ? » mais « de quoi ai-je besoin pour que ce travail se fasse en sécurité ? ». La réponse se construit pendant les premiers entretiens.
Effets secondaires de l'EMDR : ce que l'on peut ressentir après une séance
On lit beaucoup de choses en ligne sur de supposés « dangers » de l'EMDR. La réalité est plus calme, et plus incomplète qu'on ne le voudrait. Une revue publiée en 2025 a passé en revue 51 essais randomisés consacrés au TSPT. Neuf seulement parlent des effets indésirables, et un seul les recherche de manière méthodique. Lorsque des effets sont rapportés, ils restent le plus souvent légers et de courte durée. Les auteurs soulignent qu'on connaît encore mal la tolérance chez les personnes qui cumulent plusieurs difficultés.
Ce que les personnes décrivent le plus souvent
- une fatigue le soir de la séance, parfois des maux de tête ;
- des rêves plus intenses, un sommeil un peu agité pendant quelques nuits ;
- des émotions qui montent et redescendent, de la tristesse ou de l'irritabilité ;
- des souvenirs inattendus qui remontent, liés ou non au thème travaillé.
Ces réactions sont habituellement transitoires. Pendant la séance elle-même, l'émotion peut être forte par moments : le thérapeute ajuste le rythme, fait des pauses, et la personne garde à tout instant la possibilité d'arrêter.
L'EMDR peut-elle créer de faux souvenirs ?
Le risque de souvenirs brouillés ou fabriqués a été discuté dans la littérature. La revue de 2025 conclut que les données récentes ne le montrent ni robuste ni préoccupant en clinique. Le thérapeute n'induit pas de contenu : il laisse venir ce qui se présente, sans suggérer ce qui « devrait » apparaître.
Que faire entre deux séances si c'est difficile ?
Noter ce qui remonte, sans chercher à l'analyser, aide à le reprendre la fois suivante. Les exercices appris pendant la préparation (lieu sûr, ancrage, contenant) servent précisément à ces moments. Si le malaise dure ou s'intensifie, mieux vaut prévenir le thérapeute sans attendre la séance suivante. Des exercices de régulation sont aussi proposés sur la page outils psychiques.
Stabilisation : une préparation ajustée à chaque personne
Le travail sur les souvenirs ne commence jamais à froid. Il est précédé d'un temps d'histoire de vie, de construction de l'alliance et de préparation. Dans les traumatismes complexes, l'enseignement de l'IFEMDR s'appuie sur un modèle par étapes hérité de Pierre Janet : stabiliser, puis travailler les souvenirs, puis intégrer et se réorienter vers la vie. La stabilisation apprend à rester dans sa fenêtre de tolérance avec des outils concrets : lieu sûr, ancrage dans le corps, mise à distance, image du contenant.
Faut-il toujours une longue stabilisation ?
La question fait débat. Une thèse néerlandaise soutenue en 2024 rend compte d'un essai randomisé mené auprès de 135 patients dont le TSPT faisait suite à des maltraitances répétées pendant l'enfance. Les uns ont reçu directement seize séances d'EMDR, les autres ont d'abord suivi un entraînement à la régulation des émotions et des relations avant ces mêmes seize séances. Les résultats étaient équivalents après le traitement et six mois plus tard. Une stabilisation systématique et prolongée n'apparaît donc pas nécessaire pour tout le monde. Le repérage des troubles dissociatifs reste indispensable, car un TSPT complexe n'est pas un trouble dissociatif de l'identité.
La préparation se dose : courte quand c'est possible, plus longue quand la dissociation, l'instabilité ou l'absence de sécurité le demandent. Le déroulé complet est décrit sur le déroulement d'une séance d'EMDR.
Les cas où l'on ne commence pas par l'EMDR
Différer l'EMDR ne veut pas dire la refuser. Cela veut dire qu'autre chose doit passer avant, pour que le travail sur les souvenirs soit utile et supportable. Les trois colonnes ci-dessous décrivent des repères généraux, jamais des règles automatiques.
On peut envisager l'EMDR assez vite
- un ou plusieurs événements identifiés qui continuent de faire souffrir ;
- une vie quotidienne qui tient, même avec difficulté ;
- des appuis autour de soi et un peu de temps pour récupérer entre les séances.
On prépare d'abord
- des moments de coupure, d'absence ou de trous de mémoire ;
- des émotions qui submergent longtemps et que rien n'apaise ;
- des traumas nombreux et anciens, surtout dans l'enfance ;
- une consommation de produits qui sert à tenir.
On met d'abord autre chose en place
- un danger ou des violences encore présents ;
- une crise suicidaire : on appelle le 3114 ou les urgences ;
- un épisode psychiatrique aigu, à soigner d'abord avec le psychiatre ;
- une demande qui ne relève pas d'un souvenir, où une autre approche sera plus juste.
Pour un enfant pris dans un conflit entre ses parents ou qui refuse de voir l'un d'eux, le cadre familial compte autant que le travail individuel : voir EMDR et traumatisme d'attachement et la rubrique parents en conflit et rejet d'un parent.
L'EMDR dans une approche intégrative
Connaître les limites de l'EMDR, c'est aussi savoir quoi proposer à côté. Au cabinet, l'EMDR s'articule avec l'écoute analytique et les outils de la TCC. Quand un souvenir fondateur alimente la souffrance, l'EMDR peut le cibler. Quand l'anxiété tient surtout à l'évitement et aux pensées automatiques, la TCC est la référence. Quand la difficulté se rejoue dans les liens et dans l'histoire, la psychanalyse éclaire ce qui se répète. Les trois regards se complètent plus qu'ils ne s'opposent.
Lire aussi : l'approche intégrative, EMDR et TCC, EMDR et psychanalyse. Lorsqu'une évaluation plus poussée est utile avant de décider, un bilan psychologique peut être proposé.
Questionnaire : l'EMDR est-elle adaptée à ma situation ?
Quatorze questions originales, en quatre thèmes : votre demande, votre sécurité aujourd'hui, votre stabilité, votre santé et votre cadre de vie. Répondez spontanément. Le résultat prend la forme d'un profil d'orientation qui comporte trois jauges et des pistes de lecture.
Ce questionnaire ne pose aucun diagnostic et ne remplace pas une évaluation par un professionnel. Il aide à préparer un premier entretien. Vos réponses restent sur votre appareil : rien n'est envoyé ni enregistré.
Questions fréquentes sur les indications de l'EMDR
Pour quels troubles l'EMDR est-elle indiquée ?
L'indication la mieux établie est le trouble de stress post-traumatique retenue par l'OMS, la HAS, l'ISTSS et le NICE (chez l'enfant, le NICE la place en seconde intention). L'EMDR est aussi étudiée dans les phobies, le trouble panique, les symptômes dépressifs, le deuil traumatique, les douleurs chroniques ou l'estime de soi, mais les preuves y sont plus limitées. Dans ces cas, elle se propose souvent en complément d'autres approches.
Existe-t-il des contre-indications à l'EMDR ?
Peu d'interdits absolus sont documentés, mais plusieurs situations demandent de la prudence : trouble dissociatif non repéré, danger encore présent, crise suicidaire, consommation non stabilisée, épisode psychotique. L'ancienne contre-indication en cas de psychose a été nuancée par la recherche récente. L'indication se pose au cas par cas, après évaluation.
L'EMDR comporte-t-elle des risques ?
Les effets indésirables rapportés dans les essais sont en général légers et passagers : fatigue, rêves intenses, émotions fluctuantes. Ils restent toutefois mal mesurés, car peu d'études les recherchent de façon systématique. Le principal risque clinique décrit est d'appliquer le protocole sans avoir repéré un trouble dissociatif, d'où l'importance de l'évaluation de départ.
Peut-on faire de l'EMDR pendant une grossesse ?
Aucune source fiable consultée ne fait de la grossesse une contre-indication établie. Mieux vaut en parler avant de commencer au thérapeute ainsi qu'à la sage-femme ou au médecin qui suit la grossesse, pour choisir le bon moment et adapter le rythme et la forme de la stimulation.
Quels effets peut-on ressentir après une séance d'EMDR ?
Fatigue, maux de tête, rêves plus vifs, sommeil agité, émotions qui montent et redescendent, souvenirs inattendus. Ces réactions sont habituellement transitoires. Les exercices appris pendant la préparation aident à les traverser, et il est utile de prévenir le thérapeute si elles durent.
Dans quels cas l'EMDR est-elle différée ?
Quand la sécurité n'est pas assurée (violences en cours, crise suicidaire), quand un épisode psychiatrique aigu demande d'abord des soins médicaux, quand la dissociation ou l'instabilité émotionnelle demandent une préparation, ou quand la difficulté ne repose pas sur des souvenirs et relève mieux d'une autre approche.
Faut-il toujours une longue phase de stabilisation avant l'EMDR ?
Non. Un essai néerlandais présenté en 2024, auprès de 135 patients ayant subi des abus répétés dans l'enfance n'a pas trouvé de différence entre une EMDR directe et une EMDR précédée d'une stabilisation. La préparation reste nécessaire, mais sa durée s'ajuste à chaque personne, et le repérage de la dissociation reste indispensable.
L'EMDR peut-elle remplacer un traitement médical ?
Non. Pour la douleur chronique, les addictions, l'épuisement professionnel ou un trouble psychiatrique sévère, l'EMDR se pense en complément du suivi médical, jamais à sa place. Aucun traitement en cours ne doit être arrêté sans avis du médecin prescripteur.
Pour continuer la lecture
- Choisir son thérapeute EMDRLes questions à poser avant de commencer.
- EMDR et dissociationRepérer les signes, comprendre la prudence.
- EMDR reconnueOMS, HAS, Inserm et recommandations.
- Le scénario du futurSe préparer aux situations à venir.
- L'EMDR au cabinetPrésentation générale de la pratique.
- Vidéos sur l'EMDRComprendre la méthode en images.
- Tests en ligneD'autres questionnaires d'orientation.
- Thérapie de l'adulteLes accompagnements proposés.
Besoin d'aide tout de suite ? En cas de pensées suicidaires, pour vous ou pour un proche, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24 h sur 24, 7 jours sur 7. En cas d'urgence vitale, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.