Procrastination : comprendre pourquoi on remet à plus tard ce qui compte, et ce que ce « plus tard » protège
Il y a, dans beaucoup de maisons, une enveloppe qu’on n’ouvre pas. Elle a voyagé : de la console de l’entrée au coin du buffet, puis sous un magazine, puis dans un tiroir, « pour ne pas la perdre ». Elle pèse plus lourd qu’au premier jour, alors que personne n’y a rien ajouté.
Ce dossier parle de ce poids-là. Les personnes qui nous parlent de procrastination commencent volontiers par s’en excuser, comme d’un petit défaut de caractère sans intérêt. Au fil du travail, elles découvrent souvent ce que leur « plus tard » tenait à distance : une peur, une colère qui ne se dit pas, un désir qu’on n’ose pas tout à fait, la voix d’un juge qu’on croyait oublié. Vous trouverez ici les rouages de la remise à plus tard, ce qu’en entend l’écoute analytique, son lien avec le TDAH, et de quoi reprendre la main, des révisions aux papiers du quotidien.
Une petite scène animée montre ici une pile de tâches qui grossit pendant qu’une personne détourne les yeux ; en découpant la première tâche en petits morceaux, la pile commence à fondre.
Le journal d’une journée de procrastination, heure par heure
Commençons par une journée. Exemple fictif : Solène, 34 ans, comptable, rêve depuis des années de devenir ébéniste. Elle a enfin trouvé la formation qui lui plaît. Le dossier de candidature tient en quatre pages, la date limite tombe mercredi. Nous sommes samedi. Voici sa journée telle qu’elle pourrait la raconter, et, en petits caractères, ce que nous y entendons.
8 h 15 · « Aujourd’hui, je le fais. »Elle le dit à voix haute en lançant le café. Le dossier est imprimé, posé sur la table, entre le sucrier et les clés.Les grandes résolutions se prennent loin de la tâche. À cette heure-là, elle ne coûte encore rien.
9 h 00 · Un bureau propre, d’abordElle range le bureau, puis l’étagère au-dessus, puis trie les stylos qui n’écrivent plus. Elle en jette onze.Le rangement est le refuge le plus respectable qui soit : utile, visible, et il donne l’impression de préparer le terrain sans jamais s’approcher de ce qui inquiète.
10 h 20 · La rubrique 2Rubrique 1 : nom, adresse, date de naissance. Remplie en deux minutes. Rubrique 2 : « Décrivez votre projet en quelques lignes ». Solène se lève pour ouvrir la fenêtre.La procrastination porte rarement sur une tâche entière. Elle se niche dans une ligne précise, celle où il faut se montrer.
10 h 25 · « Juste la météo »Puis un message, puis une vidéo sur la restauration d’un buffet ancien, « c’est pour le projet, en un sens ». Une heure passe.Le soulagement arrive tout de suite, dès qu’on quitte la ligne qui faisait peur. C’est lui, bien plus que le plaisir de la vidéo, qui apprend au cerveau à recommencer.
12 h 40 · L’après-midi, c’est mieuxEn déjeunant, elle se dit qu’elle a toujours mieux travaillé l’après-midi.La Solène de l’après-midi hérite du dossier. Sur le papier, elle est toujours plus courageuse que celle de maintenant.
14 h 30 · Les courses, et un coup de filElle fait les courses « pendant qu’il n’y a pas trop de monde ». Sa mère appelle et demande : « Et ta formation ? » Solène parle d’autre chose.Une question anodine fait monter la honte. On se met alors à éviter non seulement la tâche, mais aussi les personnes qui pourraient en parler.
17 h 00 · Une phrase, effacéeElle relit la rubrique 2, écrit une phrase, l’efface. En écrit une plus modeste. L’efface aussi.Chaque phrase est jugée avant même d’exister. Le juge intérieur arrive toujours avant l’inspiration, et il a la dent dure.
19 h 30 · Dîner avec des amisElle rit, raconte, reprend du dessert. Une partie d’elle est restée assise devant la rubrique 2.Le loisir pris sur la tâche ne repose pas. C’est même l’une des façons les plus sûres de distinguer la procrastination du repos.
23 h 50 · Le calcul du soirDans son lit, elle compte : il reste quatre jours, « c’est largement assez ». Demain, dès le réveil.Le temps qui reste paraît élastique. La promesse du lendemain apaise juste assez pour s’endormir.
Mardi, 22 h 10 · Vingt minutesLa veille de la date limite, elle écrit la rubrique 2 d’une traite. Ce n’est pas parfait. C’est sincère, et c’est envoyé à 23 h 58.L’urgence a fait le travail que le courage n’avait pas fait : une peur plus grande (rater la date) a recouvert la première (se montrer). Ça marche, parfois. Ça use, toujours un peu.
Personne ne pourrait reprocher à Solène une journée oisive : elle a rangé, fait des courses, vu ses amis, appelé sa mère. Elle a même beaucoup pensé à son dossier, au point d’en être fatiguée le soir. Elle a simplement tourné toute la journée autour de quatre lignes, celles qui demandaient de dire à un inconnu : « voilà ce que je désire, et voilà pourquoi j’en suis digne ».
Ce que cette journée nous apprend
On procrastine en restant très occupé : la remise à plus tard se déguise volontiers en activité utile.
Le blocage se loge souvent dans un point précis de la tâche, celui qui touche à l’image de soi ou au regard des autres.
Le soulagement immédiat, bien plus que le plaisir, entretient la répétition.
Ce qu’on repousse le plus n’est pas forcément ce qu’on aime le moins : un projet très désiré peut être le plus difficile à commencer.
Vingt-cinq siècles de « demain » : une très vieille affaire humaine
La procrastination a l’air d’un mal moderne, né avec les notifications. Les textes anciens disent le contraire. Le poète grec Hésiode, dans Les Travaux et les Jours, conseillait déjà au paysan de ne rien remettre au lendemain ni au surlendemain, parce que le grenier ne se remplit pas chez celui qui diffère. Quelques siècles plus tard, Sénèque ouvre ses Lettres à Lucilius sur une phrase que nous aimons beaucoup, tant elle est sobre : dum differtur, vita transcurrit, « pendant qu’on la remet à plus tard, la vie passe ».
Le plus touchant des témoignages vient peut-être de saint Augustin. Dans les Confessions, il raconte comment, jeune homme, il priait ainsi : « Donne-moi la chasteté et la continence, mais pas tout de suite. » La phrase fait sourire, et elle contient tout : le désir sincère de changer, et le désir tout aussi sincère que ce changement attende encore un peu. C’est exactement l’ambivalence que l’on retrouve devant la déclaration d’impôts ou le chapitre trois d’une thèse.
La sagesse populaire, elle, a fini par en rire. On attribue tantôt à Alphonse Allais, tantôt à Mark Twain le fameux « Ne remettez jamais à demain ce que vous pouvez faire après-demain ». Nous ne savons pas lequel des deux l’a écrit le premier ; il est possible que ce ne soit ni l’un ni l’autre, ce qui serait assez dans le sujet.
Ce qui a changé, ce n’est donc pas la tentation, c’est le nombre de portes de sortie à portée de main. Il fallait autrefois se lever, sortir, trouver quelqu’un à qui parler pour fuir une tâche. Un téléphone en propose des milliers sans quitter sa chaise. Les écrans n’ont pas inventé la procrastination ; ils l’ont rendue confortable, ce qui mérite qu’on s’y arrête. Voir aussi le dossier écrans.
Trois rouages, en bref : émotion, temps, récompense
Pourquoi un être raisonnable agit-il contre son propre intérêt, en le sachant ? La recherche en psychologie a beaucoup travaillé la question. Elle décrit trois rouages qui s’engrènent, et que la page les mécanismes de la procrastination démonte un par un, avec un schéma à manipuler.
Rouage 1
L’émotion qu’on fuit
Devant la rubrique 2, Solène ne s’ennuie pas : elle a peur de se montrer. S’éloigner apaise dans la seconde. Nous procrastinons d’abord pour aller mieux tout de suite, et la tâche fait les frais de cette réparation express de l’humeur.
Rouage 2
Le temps qui trompe
« Quatre jours, c’est largement assez. » Nous estimons très mal la durée de ce qui nous attend, presque toujours dans le même sens : trop court. Et une échéance lointaine pèse si peu qu’elle ne fait bouger personne.
Rouage 3
La récompense trop loin
Le bénéfice d’un dossier envoyé viendra dans des mois ; celui d’une vidéo arrive en trois secondes. Le cerveau humain a un faible très documenté pour le présent, surtout quand l’avenir est flou.
Ces trois rouages tournent chez tout le monde. Ils tournent plus vite chez certains : quand l’anxiété est forte, quand l’estime de soi dépend de chaque résultat, quand un TDAH rend le démarrage et l’estimation du temps plus difficiles.
Ce que le « plus tard » protège
Les rouages expliquent comment on procrastine. Ils ne disent pas toujours pourquoi telle tâche, et pas telle autre, ni pourquoi depuis si longtemps. C’est là que l’écoute clinique devient précieuse : bien souvent, la remise à plus tard protège quelque chose, et l’on comprend mal qu’on ait tant de mal à y renoncer tant qu’on n’a pas vu quoi. Ouvrez les quatre volets.
Il protège l’idée qu’on se fait de soi
Tant que le travail n’est pas rendu, il ne peut pas être jugé. Le dossier qui dort dans le tiroir reste, en imagination, un excellent dossier. Le rendre, c’est accepter qu’il redevienne un simple dossier, avec ses défauts. Chez les perfectionnistes, ce mécanisme est roi, et il peut aller jusqu’à saboter le travail à la dernière minute pour garder une excuse. La page perfectionnisme et peur de l’échec lui est consacrée.
Il protège un refus qu’on n’ose pas formuler
Certaines tâches portent la voix de quelqu’un : un chef, un parent, une administration qui ressemble à un parent. Quand il est impossible de refuser ouvertement, on refuse en retardant. Le retard devient une petite révolte silencieuse, coûteuse pour soi, et souvent incomprise de tous, y compris de celui qui la mène.
Il protège des possibles
Choisir, finir, envoyer, c’est fermer d’autres portes. Tant que la candidature de Solène n’est pas partie, elle peut encore être comptable, ébéniste, ou autre chose. Certains repoussent moins une tâche qu’un renoncement : celui qui accompagne toute décision. Ce rapport particulier au temps est exploré dans la page ce que la procrastination dit de nous.
Il protège parfois un lien
Réussir peut faire peur quand cela revient, sans qu’on le sache, à dépasser un parent, à quitter un milieu, à ne plus avoir besoin de personne. Freud s’est penché sur ces personnes qui s’effondrent à l’instant où ce qu’elles espéraient depuis longtemps devient enfin possible. Remettre à plus tard est une manière feutrée de reculer devant sa propre réussite.
Il n’y a, dans tout cela, aucune faute morale. Ce sont des solutions trouvées un jour, souvent très tôt, et qui continuent de fonctionner bien après avoir cessé d’être utiles. Les comprendre ne fait pas tout, mais cela change la manière de s’en servir des outils.
Entrer dans le dossier par l’endroit où ça coince
Neuf pages, neuf portes. Inutile de tout lire dans l’ordre : prenez celle qui ressemble à votre pile.
Vrai ou faux : six idées sur la remise à plus tard
Quelques idées que l’on entend souvent, y compris dans la bouche de ceux qui procrastinent. Répondez d’instinct, l’explication s’affiche aussitôt.
Idée 1
« Procrastiner, au fond, c’est se reposer. »
Le repos recharge ; la procrastination épuise. La série regardée à la place du dossier se regarde avec un nœud dans le ventre, et l’on en sort plus fatigué qu’avant. C’est d’ailleurs un bon repère : si votre « pause » vous laisse coupable, ce n’était pas une pause.
Idée 2
« On repousse surtout ce qui est difficile. »
En partie. La difficulté compte, mais d’autres traits pèsent autant : une tâche floue, sans structure, ennuyeuse, frustrante, dont on ne voit pas le sens ou qui expose au jugement. Un formulaire de deux pages peut attendre des mois, quand un travail ardu mais clair se fait sans histoire.
Idée 3
« Ceux qui procrastinent ne pensent pas à ce qu’ils ont à faire. »
C’est presque l’inverse. La tâche repoussée occupe l’esprit en permanence, comme un fond sonore. Elle revient au moment de s’endormir, au milieu d’un repas, sous la douche. On y pense beaucoup, on n’y travaille pas : c’est cela qui fatigue tant.
Idée 4
« Se fixer soi-même des dates limites, ça aide vraiment. »
Oui, même si on peut les déplacer. Les économistes Dan Ariely et Klaus Wertenbroch ont laissé des étudiants choisir leurs propres dates de remise : beaucoup s’en sont imposé, et ils s’en sont mieux sortis que ceux qui devaient tout rendre en fin de semestre. Moins bien, cependant, que ceux à qui des dates régulières étaient fixées de l’extérieur. Une échéance compte d’autant plus qu’elle est proche, précise, et connue de quelqu’un d’autre.
Idée 5
« Avec l’âge, ça passe tout seul. »
En moyenne, les études trouvent un peu moins de procrastination chez les personnes plus âgées : on apprend à se connaître, on a des routines. Mais une moyenne ne dit rien de vous. Une procrastination installée depuis l’adolescence peut très bien traverser les décennies, en changeant simplement d’objet : les devoirs, puis les mails, puis les papiers de la retraite.
Idée 6
« C’est un trait de caractère : on naît procrastinateur. »
Il existe des tempéraments plus impulsifs ou plus anxieux que d’autres, et un TDAH change la donne. Mais la remise à plus tard est surtout une habitude apprise, renforcée chaque fois qu’elle soulage. Ce qui s’est appris se désapprend, à condition de ne pas s’y prendre à coups de reproches.
Quand ce n’est plus seulement de la procrastination
Tout le monde repousse quelque chose. Certains signes, pourtant, indiquent que la remise à plus tard est la partie visible d’autre chose, qui mérite d’être regardé pour lui-même. Ce tableau ne pose aucun diagnostic ; il indique seulement dans quelle direction regarder.
Ce que l’on remarque
Ce qui peut se cacher derrière
Où lire la suite
Tout est repoussé, y compris ce qu’on aimait faire ; la fatigue, la tristesse ou le vide s’installent depuis des semaines
Une perte d’élan, parfois une dépression qui commence
Il arrive aussi qu’une procrastination ancienne finisse par abîmer l’humeur : à force de dettes accumulées, de lettres non ouvertes et de reproches à soi-même, on se met à se sentir nul, puis à ne plus rien attendre. Quand le découragement devient profond, ou que des idées noires apparaissent, il faut en parler sans attendre.
Si vous allez très mal
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Ce qui commence à aider, dès cette semaine
La boîte à outils du dossier détaille des méthodes éprouvées, à essayer pas à pas. En attendant, trois déplacements très simples, que nous voyons souvent faire la différence.
Viser la mise en route, pas la fin
« Finir le dossier » est un objectif qui écrase. « M’asseoir devant la rubrique 2 et écrire une phrase, même maladroite » est un objectif qu’on peut atteindre aujourd’hui. Le cerveau résiste beaucoup moins à un début qu’à une montagne. Et une fois la première phrase écrite, la suivante coûte deux fois moins cher.
Écrire la phrase que la tâche vous souffle
Avant de vous y mettre, notez en une ligne ce que la tâche vous fait penser : « on va découvrir que je bluffe », « je n’ai pas à faire ça pour lui », « c’est trop tard de toute façon ». Une pensée écrite perd une partie de son pouvoir ; et elle dit souvent quel rouage est en jeu.
Se parler comme à un ami en retard
Si un ami vous disait qu’il n’a pas encore envoyé son dossier, vous ne le traiteriez pas de bon à rien. Vous l’aideriez à trouver par où commencer. Le reproche ajoute de la honte, et la honte nourrit l’évitement ; la bienveillance envers soi, elle, n’empêche pas d’être exigeant.
Ne pas rester seul avec la pile
Dire à quelqu’un « je l’envoie avant jeudi midi », travailler à côté d’une personne, même silencieuse, demander de l’aide pour le premier quart d’heure : la présence d’autrui rapproche l’échéance et allège l’émotion. On sous-estime beaucoup ce levier-là.
Notre façon d’accompagner la procrastination
Ce qui nous passionne dans la procrastination, c’est qu’elle se laisse prendre par les deux bouts. Par le bout du sens : qu’est-ce que cette tâche réveille, de qui porte-t-elle la voix, que se passerait-il si elle était faite ? Et par le bout du geste : comment, concrètement, s’asseoir et commencer mardi à 9 heures ? Les deux avancent mieux ensemble que séparément.
Nous tenons surtout deux fils. L’écoute analytique, qui doit beaucoup à plusieurs grands psychanalystes, se demande à quoi sert le « plus tard » ; l’EMDR désamorce les vieux souvenirs (une copie rendue sous les moqueries, un parent qui explosait devant le cahier) qui alourdissent encore les tâches du présent. Pour le geste lui-même, nous empruntons aux TCC des outils précis, et, pour qui en a besoin, le cabinet offre la thérapie comportementale dialectique (TCD) au complet, avec son travail individuel, ses groupes et son appui d’une séance à l’autre. Quand un TDAH est évoqué, la neuropsychologue réalise le bilan, toujours après un rendez-vous préliminaire.
Au cabinet
Personne n’est écarté, quel que soit son âge : nous consultons à Pavillons-sous-Bois, mais aussi à Colombes et en Ardèche, et à distance pour qui préfère. Rien ne vous oblige à continuer après la première rencontre ; si vous poursuivez, la fréquence des séances se règle sur votre vie, et nous nous arrêtons de temps à autre pour mesurer le chemin. Les coulisses de ce travail sont racontées sur notre page d’approche.
Par où commencer ? Six questions pour trouver votre page
Quiz pédagogique, ni test validé ni diagnostic : rien n’est enregistré. Pensez à ce que vous repoussez en ce moment, et laissez-vous guider vers la page du dossier qui vous servira le plus.
Tout le dossier procrastination
Les pages du dossier, rangées par familles, et quelques voisines ailleurs sur le site.
Pourquoi est-ce que je repousse justement ce qui compte le plus pour moi ?
Parce que ce qui compte expose davantage. Un projet très désiré engage ce que l’on pense valoir : le rater ferait plus mal qu’un échec sur une tâche indifférente. Tant qu’il n’est pas commencé, il reste intact. Plus l’enjeu est fort, plus la tentation de différer peut l’être, ce qui explique que les romans, les reconversions et les déclarations d’amour attendent parfois des années.
La procrastination est-elle un trouble psychologique ?
Elle ne constitue pas une maladie à elle seule : c’est une façon de faire, que presque tout le monde connaît. Elle devient un vrai sujet de soin quand elle s’étend, dure, fait souffrir ou coûte cher (santé, argent, travail, relations). Elle accompagne aussi souvent une anxiété, une humeur dépressive, un perfectionnisme ou un TDAH, qu’il est utile de repérer parce qu’ils changent la façon d’aider.
Tout faire à la dernière minute, est-ce si grave si le travail finit par être rendu ?
Pas forcément pour le résultat, qui est parfois correct. Mais le prix se paie ailleurs : nuits courtes, tension permanente, travail qu’on ne peut jamais relire, sentiment d’imposture quand cela réussit quand même. Et cette méthode ne fonctionne pas pour ce qui n’a pas d’échéance : la santé, les projets personnels, les relations.
Comment aider un proche qui procrastine ?
En évitant les reproches et les « tu n’as qu’à », qui ajoutent de la honte et renforcent l’évitement. Il aide davantage de proposer une présence concrète (s’asseoir à côté pendant le premier quart d’heure, ouvrir le courrier ensemble), de l’aider à découper la tâche, et de s’intéresser à ce qu’elle lui fait ressentir plutôt qu’à son retard.
Faut-il consulter pour de la procrastination ?
Oui, quand elle envahit plusieurs domaines, qu’elle dure malgré vos efforts, qu’elle abîme votre sommeil, votre travail ou vos relations, ou qu’elle s’accompagne d’anxiété, de découragement ou d’une mauvaise image de vous. Venir en parler aide à voir ce que vos reports mettent à l’abri, et à apprendre une autre manière de vous lancer.
Le cabinet reçoit-il les étudiants et les adolescents qui procrastinent ?
Oui, nous recevons tout le monde. Un adolescent dispose toujours d’un moment à lui, sans ses parents ; ceux-ci ont leur propre temps de parole, à part. On consulte sur l’un de nos trois sites, Pavillons-sous-Bois compris, ou bien en ligne, et l’on reste libre après la première rencontre.
Et si cette fois, le rendez-vous n’attendait pas lundi ?
Vous avez lu jusqu’ici, ce qui n’est pas rien pour un dossier sur la procrastination. Si la remise à plus tard vous coûte du sommeil, de l’argent, des occasions ou de l’estime pour vous-même, une première rencontre, sans aucun engagement, aide à démêler les fils, puis à choisir ensemble la suite, en face à face ou par écran.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.