Procrastination dans les études : révisions, mémoire, thèse, et comment remettre le travail en route
Il y a, dans presque chaque période de partiels, un soir où l’on se découvre une passion pour le détartrage de la bouilloire. Les étudiants qui consultent en rient souvent, puis le rire s’arrête : le mémoire n’a pas bougé depuis Noël, la directrice de thèse attend un chapitre depuis le printemps, le bac blanc approche et le classeur n’a pas été ouvert. Cette page parle des élèves, des étudiants et des doctorants, de ce que la mémoire pense des révisions de dernière minute, et des manières concrètes de remettre un long travail en mouvement.
Trois âges, trois façons de remettre ses révisions à plus tard
On parle de « la » procrastination étudiante comme s’il s’agissait d’une seule chose. En consultation, nous entendons plutôt trois histoires différentes, selon l’âge et le cadre. Le collégien qui repousse ses devoirs n’a pas le même problème que la doctorante qui n’ouvre plus son fichier de thèse : l’un est encore tenu par un cadre extérieur serré, l’autre travaille seule face à un horizon de plusieurs années. Les leviers changent avec la distance qui sépare le travail de son échéance, et avec la place que tient le regard des adultes.
Le temps des devoirs du soir. Le cadre est encore là : des contrôles toutes les deux semaines, des parents qui demandent, un agenda rempli par les professeurs. La procrastination prend la forme du « j’ai rien à faire » prononcé avec aplomb, du cahier de textes oublié au lycée, de l’exposé préparé dans la voiture le matin même. À cet âge, reporter est souvent un moyen de reprendre un peu de pouvoir sur un emploi du temps décidé par d’autres. C’est aussi l’âge où le téléphone devient un concurrent redoutable, parce qu’il apporte en trois secondes ce que la page de maths promet dans trois semaines. Les grandes échéances (le brevet, le bac, les vœux d’orientation) paraissent si lointaines qu’elles ne pèsent rien, jusqu’au mois où elles écrasent tout.
Le grand vide entre deux partiels. L’arrivée à l’université retire presque tout le cadre d’un coup. Plus personne ne vérifie qu’on a lu le polycopié, les cours enregistrés peuvent « se rattraper », et le premier contrôle tombe parfois en décembre. Beaucoup d’étudiants découvrent alors qu’ils n’ont jamais appris à travailler sans échéance proche : au lycée, la contrainte faisait le travail à leur place. Les semaines filent, la pile de cours à rattraper grossit, et l’étudiant oscille entre l’insouciance du mois d’octobre et la panique du mois de janvier. Ceux qui réussissaient sans effort au lycée sont parfois les plus démunis : la première vraie difficulté leur tombe dessus sans méthode pour l’affronter. Voir aussi l’étudiant qui décroche.
Le travail sans fin visible. Le mémoire de master, et plus encore la thèse, changent la nature du problème. Il n’y a plus de contrôle la semaine prochaine, seulement une échéance dans six mois ou trois ans, un sujet qu’on a choisi (donc qui engage), et une solitude que l’on sous-estime. On peut « travailler » des journées entières sans rien produire : lire un article de plus, refaire la bibliographie, réorganiser les dossiers. C’est le terrain de prédilection de la procrastination qui se déguise en travail. Nous y consacrons une partie de cette page, plus bas.
Réviser la veille : ce que la mémoire en pense vraiment
Le bachotage de la dernière nuit a ses défenseurs, et il faut leur donner raison sur un point : on peut, la veille, faire entrer assez d’informations dans sa tête pour tenir une épreuve du lendemain matin. Le problème vient après. À la fin du dix-neuvième siècle, le psychologue allemand Hermann Ebbinghaus apprenait des listes de syllabes sans signification et mesurait, jour après jour, ce qu’il en restait. Il a tracé la première « courbe de l’oubli » : la plus grande partie de ce que l’on vient d’apprendre s’efface très vite, dès le premier jour, puis la chute ralentit. Il a aussi remarqué que des répétitions étalées sur plusieurs jours fixaient bien mieux le même contenu que des répétitions entassées en une seule séance. Plus d’un siècle de recherches a confirmé cet effet d’espacement.
Illustration qualitative, sans échelle : chaque reprise espacée remonte le souvenir, et la chute suivante est plus douce.
Une seconde découverte change beaucoup la façon de réviser. Les psychologues américains Henry Roediger et Jeffrey Karpicke ont comparé des étudiants qui relisaient un texte à d’autres qui, après une première lecture, s’obligeaient à le restituer de mémoire. Une semaine plus tard, ceux qui s’étaient testés en retenaient nettement plus. Le détail le plus parlant est ailleurs : les étudiants qui avaient relu se sentaient plus sûrs d’eux. La relecture donne une impression de familiarité (« ça, je connais ») qui ressemble à du savoir et n’en est pas. Le psychologue Robert Bjork parle de « difficultés désirables » : ce qui demande un effort de rappel, ce qui gratte un peu, fixe mieux que ce qui coule tout seul.
Pour le procrastinateur, ces deux résultats ont une conséquence douce-amère. La révision de dernière minute n’est pas seulement stressante : elle utilise précisément la méthode la moins efficace (tout relire d’un bloc, sans espacer), au moment où le sommeil, dont le cerveau a besoin pour consolider ce qu’il a appris, est sacrifié. On paie trois fois. À l’inverse, vingt minutes de rappel actif répétées sur plusieurs jours valent souvent mieux qu’une nuit entière de surlignage.
Si vous ne deviez retenir qu’un paragraphe
Ce qui est appris en une seule fois la veille s’efface vite ; ce qui est repris à plusieurs jours d’intervalle tient.
Se tester de mémoire (fiches retournées, exercices sans corrigé sous les yeux, explication à voix haute) apprend davantage que relire.
L’impression de « connaître » après une relecture est trompeuse : c’est une familiarité, pas un souvenir solide.
Une nuit blanche prive le cerveau du sommeil qui fixe les apprentissages.
Vrai ou faux : les croyances des veilles d’examen
Ces idées circulent dans toutes les bibliothèques universitaires. Certaines sont des demi-vérités qui servent surtout à se rassurer avant de reporter encore un peu.
Affirmation 1
« Relire son cours en surlignant, c’est réviser. »
C’est la méthode préférée des étudiants et l’une des moins efficaces. Une grande synthèse de recherches menée par John Dunlosky et ses collègues classe le surlignage et la relecture parmi les techniques peu utiles, et place en tête le fait de se tester et d’étaler ses révisions dans le temps.
Affirmation 2
« Une nuit blanche, c’est des heures de travail en plus. »
Des heures en plus, oui ; du savoir en plus, rarement. Pendant le sommeil, le cerveau trie et fixe ce qu’il a reçu la veille ; une nuit sans dormir rend l’attention, la mémoire et le raisonnement moins fiables le jour de l’épreuve.
Affirmation 3
« Essayer de répondre avant d’avoir tout appris aide à apprendre. »
Oui, même quand on se trompe. Chercher la réponse prépare la mémoire à recevoir la correction. Attendre de « tout savoir » pour faire des annales est une manière élégante de ne jamais les faire.
Affirmation 4
« Plus je reste longtemps à mon bureau, plus j’avance. »
Le temps passé assis ne dit rien du temps passé à travailler. Beaucoup d’étudiants qui procrastinent passent des journées entières devant leurs cours, téléphone à portée de main, et en sortent épuisés sans avoir rien retenu. Une heure franche vaut mieux qu’une après-midi poreuse.
Affirmation 5
« Si je ne commence pas, c’est que ce cursus n’est pas fait pour moi. »
Parfois, une orientation subie éteint tout. Mais la plupart du temps, la procrastination touche aussi les matières qu’on aime, et parfois surtout elles. Avant de conclure, il vaut la peine de regarder ce que la tâche fait ressentir : ennui, peur d’échouer, sentiment d’être perdu. Voir retrouver du sens.
Le syndrome de l’étudiant : pourquoi on commence toujours au même moment
En 1955, l’historien britannique Cyril Northcote Parkinson écrivait, avec beaucoup d’ironie, que le travail s’étend jusqu’à occuper tout le temps disponible pour l’accomplir. Quarante ans plus tard, Eliyahu Goldratt, qui s’intéressait à la conduite de projets, a donné un nom à un phénomène voisin : le syndrome de l’étudiant. Donnez à quelqu’un deux semaines de marge, il commencera à deux jours de l’échéance ; donnez-lui un mois, il commencera… à deux jours de l’échéance. La marge supplémentaire ne sert pas à travailler plus tôt, elle sert à attendre plus longtemps.
Pour un étudiant, la conséquence pratique est simple : une échéance lointaine ne fait pas travailler, quelle que soit la bonne volonté. Ce qui fait travailler, c’est une échéance proche, et mieux encore une échéance partagée avec quelqu’un (un camarade avec qui l’on a convenu de s’échanger des fiches jeudi, un enseignant à qui l’on a promis un plan). La page les mécanismes explique pourquoi la menace d’une date fond à mesure qu’elle s’éloigne.
Les onglets ci-dessous ne vous feront pas la morale. Choisissez celui qui correspond au temps qui vous sépare de votre prochaine échéance (un partiel, un dossier, un rendu de mémoire) : chacun dit ce qui reste réaliste à ce stade, et ce qu’il vaut mieux abandonner.
Deux mois ou plus. Le moment le plus favorable, et celui où l’envie de commencer est la plus faible, puisque rien ne presse. C’est là qu’une échéance intermédiaire change tout : choisissez une date proche (dans dix jours) et quelqu’un à qui montrer quelque chose ce jour-là. Pour les révisions, c’est le moment de faire des fiches de questions plutôt que des résumés.
Environ un mois. Assez de temps pour espacer : trois ou quatre passages sur chaque chapitre, à quelques jours d’écart, en commençant par les questions et non par la relecture. Le piège de ce stade est le « grand planning » colorié qui prend une soirée et n’est jamais suivi. Un planning utile tient sur un post-it : quoi, quel jour, combien de temps.
Une à deux semaines. On ne pourra plus tout faire parfaitement, et c’est une bonne nouvelle : il faut choisir. Repérez ce qui « tombe » souvent, les chapitres que vous maîtrisez le moins, et passez la majorité du temps sur des exercices et des annales. Gardez vos heures de sommeil : elles travaillent pour vous.
Deux ou trois jours. La panique arrive, et avec elle la tentation de la nuit blanche. Mieux vaut trois blocs de travail franc par jour, téléphone hors de la pièce, et des nuits courtes mais réelles. Faites des sujets complets en temps limité plutôt que de relire l’ensemble. Ce qui ne sera pas vu ne le sera pas : décidez-le, au lieu de le subir.
La veille. Ce n’est plus le moment d’apprendre du neuf. Repassez de mémoire les grandes lignes, préparez le matériel, mangez, et dormez. Le soir même, sans vous juger, notez sur une feuille ce qui vous a fait reporter cette fois-ci : c’est la matière de la prochaine fois.
L’échéance est passée. Le dossier n’a pas été rendu, l’examen a été raté ou manqué. La honte pousse à disparaître : ne plus aller en cours, ne plus ouvrir ses mails. C’est exactement ce qu’il faut éviter. Écrivez dans les quarante-huit heures à l’enseignant ou au secrétariat, simplement, pour connaître les possibilités. Et si ce scénario se répète, il mérite d’être compris plutôt que puni. Voir ce que l’examen réveille.
Le mémoire et la thèse : avancer sur un projet long sans urgence
Ce qui nous frappe chez les étudiants en mémoire ou en thèse, c’est l’écart entre leur intelligence, souvent vive, et la façon dont ils parlent de leur travail : comme d’un animal dont on n’ose plus s’approcher. Le fichier porte un nom terrible (« these_VERSION_FINALE_3_vraie.docx »), on ne l’ouvre plus que pour le refermer. Pendant ce temps on lit, beaucoup. Lire est indispensable, et c’est aussi la manière la plus respectable de ne pas écrire.
Dans un petit livre resté célèbre, Comment écrire sa thèse, Umberto Eco conseillait de restreindre son sujet bien plus qu’on ne le voudrait : un sujet précis se travaille, un sujet immense écrase. Le conseil vaut pour la procrastination. Un projet trop vaste n’a pas de première marche ; il n’offre que des montagnes. Le psychologue américain Robert Boice, qui a suivi pendant des années de jeunes enseignants-chercheurs, a fait une observation qui déroute ceux qui attendent « une grande semaine pour s’y mettre » : les plus productifs écrivaient un peu chaque jour, par courtes séances régulières, alors que ceux qui attendaient l’inspiration écrivaient par crises, rarement, et se bloquaient davantage.
« Comment puis-je savoir ce que je pense avant d’avoir vu ce que je dis ? »
Le romancier E. M. Forster rapporte cette phrase, prêtée à une vieille dame, dans Aspects du roman. Elle dit quelque chose d’essentiel aux doctorants : on n’écrit pas une fois que l’on a fini de penser ; c’est en écrivant que la pensée se forme. Attendre d’avoir les idées claires pour commencer la rédaction revient à attendre que la route soit construite pour commencer à marcher. Voici ce que nous voyons aider, le plus souvent, celles et ceux qui écrivent un long texte :
Un rendez-vous quotidien et court. Quarante-cinq minutes d’écriture, à la même heure, avant les mails. Pas de lecture pendant ce temps : on écrit avec ce que l’on sait déjà, on note « [vérifier] » quand une référence manque.
Un compteur de mots plutôt qu’un compteur de pages parfaites. Anthony Trollope, qui écrivait ses romans le matin avant de partir travailler à l’administration des postes, posait sa montre devant lui et visait deux cent cinquante mots par quart d’heure. Sans aller jusque-là, deux cents mots imparfaits par jour font un chapitre en quelques semaines. Réécrire viendra ; on ne réécrit que ce qui existe.
S’arrêter avant d’être à sec. Quitter sa séance au milieu d’un passage facile, en notant en deux mots la phrase qui vient, c’est se laisser une marche pour le lendemain. Celui qui s’arrête épuisé, au bout de ses idées, retrouve le jour suivant une page vide et une montagne.
Écrire dans le désordre. L’introduction s’écrit en dernier. Commencer par la partie que l’on maîtrise le mieux, même si elle est au milieu du plan, donne de l’élan.
Un lecteur bienveillant, régulièrement. Une collègue de laboratoire, un ami, un groupe d’écriture : quelqu’un qui lit des pages imparfaites et dit ce qu’il a compris. Montrer tôt évite d’arriver, au bout de deux ans, avec un texte que personne n’a vu.
Et si je ne sais vraiment pas par où commencer la rédaction ?
Écrivez une page qui commence par « Dans ce chapitre, je voudrais montrer que… » et continuez sans vous relire pendant vingt minutes. Ce texte ne sera pas gardé, mais il dira où vous en êtes. Beaucoup de doctorants découvrent qu’ils ont une thèse en tête bien plus précise que ce qu’ils croyaient ; d’autres repèrent l’endroit exact où ils ne savent pas encore, ce qui est tout aussi utile.
Le silence avec le directeur ou la directrice de recherche
Il y a une scène que nous entendons souvent, et qui fait plus de dégâts que des mois de retard : l’étudiant cesse d’écrire à son directeur. Il avait promis un chapitre pour septembre ; septembre est passé ; chaque semaine qui s’ajoute rend le mail plus difficile à envoyer, parce qu’il faudrait désormais expliquer le retard, puis le retard sur l’explication. Le silence s’installe. La personne évite le couloir du laboratoire, sursaute à chaque notification, imagine une colère qui grossit de l’autre côté. Bien souvent, le directeur est simplement occupé et un peu inquiet.
Exemple fictif
Exemple fictif : Apolline, 27 ans, est en troisième année de thèse d’histoire. Elle n’a pas répondu au dernier message de sa directrice depuis quatre mois. Elle a beaucoup lu, rempli deux carnets de notes, écrit trente pages qu’elle trouve « indignes ». Elle a refusé deux invitations à présenter ses travaux au séminaire. Le soir, elle rédige des mails d’excuses de deux pages qu’elle n’envoie pas.
Par quoi commencer, à votre avis ?
Le mail de reprise n’a pas besoin d’être brillant. Quelque chose comme : « J’ai pris du retard et je n’ai pas donné de nouvelles, j’en suis désolée. J’ai avancé sur les sources et j’ai une trentaine de pages en chantier. Je peux vous envoyer une partie d’ici au 15. Pourrions-nous en parler ? » Une excuse, un état des lieux, une date, une demande. Les mails d’excuses de deux pages, eux, retardent l’envoi et mettent l’autre dans la position du juge.
Ce que l’examen réveille : être jugé, dépasser, partir
Un examen n’est jamais tout à fait une épreuve de connaissances. Il remet en scène, à chaque fois, une situation très ancienne : être évalué par quelqu’un qui a autorité, attendre un verdict sur ce que l’on vaut. Pour beaucoup d’étudiants, ce n’est qu’un mauvais moment à passer. Pour d’autres, la note a toujours voulu dire bien plus qu’une note : l’humeur du dîner, la fierté ou la déception d’un parent, une place dans la fratrie. Reporter les révisions, c’est alors repousser le moment d’être jugé, et garder un peu plus longtemps l’espoir intact.
Freud a raconté, dans une lettre à Romain Rolland, un étrange malaise ressenti en découvrant l’Acropole d’Athènes, ce lieu dont il avait tant rêvé adolescent. Il l’a relié à un sentiment de faute : être allé plus loin que son père, qui n’avait pas fait d’études et n’aurait jamais pu faire ce voyage, comme si dépasser le père restait interdit. Ce texte, Un trouble de mémoire sur l’Acropole, éclaire des situations très actuelles. L’étudiant qui est le premier de sa famille à entrer à l’université, la jeune femme qui va obtenir le diplôme que sa mère a dû abandonner, le fils qui s’apprête à dépasser un père déçu de sa propre vie : il arrive que la réussite elle-même soit chargée de culpabilité, et que la procrastination vienne, très discrètement, freiner l’avancée.
Reste ce que l’on perd en finissant. Rendre son mémoire, soutenir sa thèse, c’est quitter un statut, une ville parfois, une manière de vivre où l’on était « en formation », donc encore autorisé à ne pas savoir. Nous avons souvent vu des travaux presque terminés rester des mois sur le bureau, à quelques pages de la fin. L’écoute analytique laisse la place d’entendre ces fils-là, qui ne se voient pas dans un planning. Le regard analytique sur la procrastination est détaillé dans ce que la procrastination dit de nous.
Parents d’un collégien ou d’un lycéen : aider sans prendre les commandes
Le parent d’un adolescent qui repousse ses révisions vit souvent une double peine : l’inquiétude pour les résultats, et l’impression de devenir un surveillant à plein temps. Les conflits du soir autour des devoirs finissent par occuper toute la place. Or plus le parent pilote, plus l’adolescent a intérêt à résister, ne serait-ce que pour rester maître de quelque chose. Il ne s’agit pas de lâcher, mais de déplacer la place que l’on occupe.
Ce qui aide, en général
Un moment fixe et court où l’on parle de la semaine à venir, sans reproche sur la précédente.
Demander « qu’est-ce qui est le plus pénible dans ce devoir ? » plutôt que « pourquoi tu ne l’as pas fait ? ».
Être présent dans la pièce, occupé à autre chose, pendant qu’il travaille : la compagnie aide à démarrer.
Laisser une conséquence modeste se produire (une mauvaise note) plutôt que tout rattraper à sa place.
Remarquer à voix haute un effort réel, même petit.
Ce qui enlise, souvent
Consulter les notes en ligne avant lui et l’accueillir avec.
Refaire l’exposé la veille au soir, « pour cette fois ».
Citer en exemple la cousine ou le grand frère « qui, lui, s’organise ».
Confisquer le téléphone en punition, sans en parler, puis le rendre faute de tenir.
Les prédictions sombres (« tu finiras sans rien ») qui ajoutent de la honte à l’évitement.
Exemple fictif : Corentin, 16 ans, en première, a passé le premier trimestre à dire que « ça allait ». Sa mère découvre six devoirs non rendus. La scène qui suit est violente, puis tout le monde se tait. Ce qui débloque, quelques semaines plus tard, ce n’est pas un nouveau planning : c’est que Corentin finit par dire qu’il ne comprend plus rien en physique depuis septembre, et qu’il préférait passer pour paresseux que pour « nul ». Beaucoup de procrastinations adolescentes protègent ce secret-là. Sur la confiance des plus jeunes, voir la confiance chez l’enfant et l’adolescent.
Quand reporter cache autre chose
Reporter ses révisions est banal. Certains tableaux, pourtant, demandent qu’on regarde plus loin que la gestion du temps. Nous y pensons quand :
le mal à se lancer remonte à l’école primaire, touche toutes les matières et s’accompagne d’oublis, de pertes d’affaires, d’un esprit qui s’échappe : un TDAH est alors possible, et la page procrastination et TDAH l’explique en détail ;
la lecture ou l’écriture coûtent beaucoup plus d’effort qu’aux autres, depuis toujours, avec des fautes ou une lenteur persistantes : un trouble des apprentissages peut se cacher derrière l’évitement (voir les difficultés d’apprentissage) ;
un élève brillant s’effondre en arrivant dans une filière exigeante, ou s’ennuie au point de ne plus rien faire : le haut potentiel est parfois en jeu (voir l’ennui scolaire) ;
il ne s’agit plus de reporter les devoirs mais de ne plus pouvoir aller en cours, avec des maux de ventre le matin : on est du côté de la phobie scolaire ;
l’envie a disparu partout, le sommeil est bouleversé, l’étudiant se replie : la tristesse ou la dépression sont à considérer.
Si vous allez très mal
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Ce que nous faisons, au cabinet, avec les élèves et les étudiants
Nous recevons des collégiens, des lycéens, des étudiants et des doctorants, et chaque âge appelle un cadre différent. Avec un adolescent, une part des séances lui appartient en propre : il y parle de ce qui ne se raconte pas au dîner. Ses parents ont leurs propres rendez-vous, à d’autres moments, pour y poser leur inquiétude. Quand un jeune ne quitte presque plus sa chambre, commencer par la téléconsultation est possible. Et lorsqu’une rentrée s’annonce rude, une séance juste avant peut aider à la préparer.
Le travail tient à la fois du concret et de l’écoute. Les outils des TCC servent à réorganiser les révisions (rappel actif, espacement, plages courtes), à découper un mémoire, à préparer le message qu’on n’ose plus envoyer. L’écoute analytique (plusieurs grands psychanalystes nous accompagnent, chacun à sa manière) s’intéresse à ce que l’examen remet en jeu : le jugement, la famille, le fait de partir. L’EMDR peut aider quand un échec ancien, une humiliation devant la classe, un oral catastrophique ont laissé une trace qui se réactive à chaque épreuve ; elle permet aussi de préparer un examen redouté.
Bilans et regards croisés
Lorsqu’un haut potentiel, des troubles des apprentissages ou un TDAH sont en question, la neuropsychologue du cabinet s’en charge et réalise le bilan, sur place, une fois passé un premier rendez-vous de rencontre ; ses conclusions sont rédigées et remises. Avant cela, le psychothérapeute peut voir l’étudiant pour démêler ce qui relève de l’attention et ce qui relève d’autre chose. Le haut potentiel fait partie des spécialités du cabinet. Nous consultons en Ardèche, à Pavillons-sous-Bois et à Colombes, ainsi qu’à distance. Le reste du travail est présenté sur la page consacrée à notre approche.
Les questions qu’on nous pose en période d’examens
Comment arrêter de procrastiner ses révisions ?
En raccourcissant la distance entre aujourd’hui et la première action : une échéance intermédiaire proche, si possible fixée avec quelqu’un, des séances courtes de rappel actif plutôt que de longues relectures, le téléphone dans une autre pièce. Et en se demandant ce que la matière fait ressentir, car on repousse rarement une révision par hasard.
Est-ce que réviser la veille, ça marche ?
Assez pour tenir une épreuve le lendemain, rarement pour retenir. La mémoire efface vite ce qui a été appris en un seul bloc, et la nuit blanche prive le cerveau du sommeil qui fixe les apprentissages. Des reprises espacées sur plusieurs jours, en se testant de mémoire, sont bien plus efficaces.
Mon mémoire n’avance pas : que faire ?
Restreindre le sujet, écrire un peu chaque jour à heure fixe plutôt qu’attendre une grande semaine libre, écrire dans le désordre en commençant par la partie la mieux maîtrisée, s’arrêter au milieu d’une idée facile pour repartir le lendemain, et montrer tôt des pages imparfaites à un lecteur bienveillant.
Je n’ose plus écrire à mon directeur de thèse : comment reprendre contact ?
Par un message court : une excuse simple, l’état réel du travail, une date à laquelle vous pouvez envoyer quelque chose, une demande de rendez-vous. Les longues explications retardent l’envoi et placent l’autre en juge. Reprendre le lien fait souvent baisser l’angoisse qui bloquait l’écriture.
Mon adolescent ne révise jamais : est-ce de la paresse ?
Rarement. Derrière l’évitement, on trouve souvent une matière où il s’est perdu, la peur de passer pour « nul », un téléphone qui gagne à tous les coups, parfois un TDAH ou un trouble des apprentissages. Un moment calme pour parler de ce qui est pénible aide davantage que la surveillance. Au cabinet, une partie des séances revient à l’adolescent seul, et ses parents viennent à d’autres moments.
Procrastiner ses études peut-il venir d’un TDAH ?
Oui, quand le démarrage est laborieux depuis l’école primaire, dans toutes les matières, et s’accompagne d’oublis et de distractions. Le questionnaire ASRS aide l’adulte à faire un premier repérage ; le diagnostic, lui, demande un bilan neuropsychologique, fait au cabinet par la neuropsychologue une fois un premier entretien passé.
Un mémoire immobile depuis des mois, des révisions repoussées d’année en année, un adolescent et des parents épuisés par la bataille du soir : nous pouvons vous recevoir une première fois, sans que cela vous engage, pour comprendre où le travail s’est arrêté et ce qui pourrait le relancer. Au cabinet, ou à distance si c’est plus simple pour vous.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.