Une dépression
Elle ralentit la pensée, vide l’élan et rend tout difficile à commencer. Mais on peut souvent dater son arrivée, et elle s’accompagne de tristesse ou d’un plaisir qui s’éteint. Voir les symptômes de la dépression.
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Il y a ceux qui évitent une tâche parce qu’elle leur fait peur. Et il y a ceux à qui elle ne fait pas spécialement peur, qui savent exactement quoi faire, qui le veulent vraiment, et qui restent pourtant assis devant, comme devant une voiture dont la clé tourne sans que le moteur parte. Beaucoup cumulent les deux. Cette page aide à repérer ce qui, dans une procrastination, peut relever d’un TDAH, ce trouble de l’attention qui s’accompagne ou non d’hyperactivité ; elle explique ce que la neuropsychologue évalue lors d’un bilan, et propose des appuis pensés pour un cerveau qui démarre autrement.
Vues de l’extérieur, elles sont identiques : la tâche attend, l’échéance approche, la personne s’en veut. Vues de près, elles n’ont pas la même texture. La première est surtout une affaire d’émotion évitée, décrite dans les mécanismes de la procrastination. La seconde tient d’abord à la façon dont le cerveau lance, organise et maintient l’action. Il ne remplace aucun examen ; il offre seulement quelques points de repère.
| Repère | Surtout une émotion évitée | Plutôt du côté du TDAH |
|---|---|---|
| Depuis quand | Variable : une période, une tâche, un contexte | Depuis l’enfance, avec des remarques anciennes (« dans la lune », « peut mieux faire ») |
| Quelles tâches | Celles qui font peur, ennuient ou exposent au jugement | Presque toutes celles qui ne passionnent pas, y compris les plus simples |
| Juste avant | Une gêne précise : doute, honte, agacement | Souvent rien de précis : un vide, une impossibilité de « mettre le contact » |
| Une fois lancé | On avance, parfois avec soulagement | On décroche vite, sauf si la tâche devient captivante, et alors on ne s’arrête plus |
| Ce qui débloque | Apaiser l’émotion, réduire l’enjeu | L’urgence, la nouveauté, la présence de quelqu’un, le défi |
| Ailleurs dans la vie | Peu d’oublis ou de retards en dehors des tâches redoutées | Oublis, objets perdus, retards, idées qui fusent, difficulté à finir |
La réalité est souvent mêlée. Un adulte qui vit avec un TDAH depuis quarante ans a accumulé tant d’échecs et de reproches que ses tâches finissent par lui faire peur, elles aussi. Les deux procrastinations se superposent alors, et c’est justement ce mélange qui rend le bilan utile : il permet de savoir quelle part revient à quoi.
On imagine volontiers que commencer une tâche relève de la seule volonté. La neuropsychologie montre que c’est aussi une compétence, qui repose sur ce qu’on appelle les fonctions exécutives : l’équipement mental qui sert à planifier, à écarter une distraction, à garder une consigne en tête, à passer d’une chose à l’autre. Le psychologue américain Thomas Brown, qui a beaucoup travaillé sur le TDAH de l’adulte, place l’activation en tête de ces fonctions : s’organiser, choisir par quoi commencer, et se mettre en mouvement. Quand elle fonctionne bien, on ne la remarque pas. Quand elle coince, la plus petite tâche devient une montagne.
Russell Barkley, autre grand nom de la recherche sur le TDAH, a eu une formule devenue célèbre : dans le TDAH, la difficulté ne porte pas sur le savoir mais sur le faire : on sait parfaitement ce qu’il faudrait, on n’y arrive pas au bon moment. Il en tirait une conséquence pratique très utile : l’aide doit se trouver au point de performance, c’est-à-dire à l’endroit et au moment où l’action doit avoir lieu. Une bonne résolution prise le dimanche soir, dans le salon, ne servira à rien le mardi matin devant l’ordinateur. Un papier collé sur l’écran, avec la première action écrite en gros, servira.
Ce regard soulage souvent beaucoup. Il remplace le reproche moral (« tu ne veux pas vraiment ») par une description plus juste (« ton démarreur est capricieux »). Et un démarreur capricieux, cela s’aide : par l’environnement, par des rituels, par la présence d’autrui, parfois par un traitement que le médecin peut proposer. Voir aussi les fonctions exécutives et l’inhibition.
Le coach américain Brendan Mahan, qui accompagne des personnes avec un TDAH, a proposé une image très parlante : le mur de l’horrible. Chaque tâche ratée, chaque oubli reproché, chaque bulletin décevant ajoute une brique entre la personne et la prochaine tâche du même genre. Les briques sont faites d’émotions : honte, peur de décevoir encore, découragement, colère. Au bout de quelques années, il ne suffit plus de « s’y mettre » : il faut d’abord franchir le mur.
Ce mur explique un paradoxe fréquent. Beaucoup d’adultes qui découvrent tardivement leur TDAH se disent : « si c’était neurologique, je n’aurais pas autant peur de mes papiers ». Justement : le fonctionnement attentionnel a fabriqué, pendant des décennies, des expériences d’échec qui ont fini par charger les tâches d’une émotion très lourde. La difficulté de départ était le démarreur ; elle est devenue aussi une peur.
D’où l’intérêt d’un double travail. Les aménagements et les outils aident le démarreur. Le travail psychothérapeutique aide à démonter le mur, brique par brique. L’EMDR se prête bien à ce chantier, en visant les souvenirs qui ont posé les plus grosses briques : la punition devant la classe, la remarque humiliante d’un professeur, la dispute familiale autour des devoirs. Voir TDAH et EMDR et, sur la honte, TDAH et psychanalyse.
Beaucoup de personnes concernées par un TDAH parlent d’un moteur qui marche en tout ou rien. Une tâche ennuyeuse, même minuscule, reste impossible ; une tâche passionnante, même énorme, absorbe des heures sans effort, au point d’oublier de manger. Cet hyperfocus n’a rien de contradictoire avec la procrastination : c’est l’autre face du même réglage, très sensible à la qualité de la stimulation.
L’intérêt vrai pour le sujet ; la nouveauté (un lieu, un outil, une méthode qu’on essaie pour la première fois) ; le défi (« en vingt minutes, chrono ») ; l’urgence, bien sûr ; la présence de quelqu’un, même silencieuse ; le mouvement (marcher en réfléchissant, dicter debout).
Une tâche floue, sans première étape visible ; trop de décisions à prendre avant de commencer ; un environnement plein d’appels (onglets, notifications, bruit) ; la répétition à l’identique ; les reproches, qui ajoutent une brique au mur ; et la fatigue, qui fait tout tomber en panne en même temps.
Repérer ses propres allumeurs est un travail en soi. Ils diffèrent d’une personne à l’autre et s’usent avec le temps : quand une méthode s’essouffle au bout de trois semaines, rien n’a échoué : elle a perdu sa nouveauté, qui faisait partie du carburant, et il est temps d’en essayer une autre.
Huit questions pour faire un premier point.
La question « est-ce que j’ai un TDAH ? » ne se tranche ni avec un quiz, ni avec un article, ni avec une liste de signes sur les réseaux sociaux. Elle se pose à un professionnel qui prend le temps de l’histoire et du présent. Chez nous, le bilan du TDAH revient à la neuropsychologue, une psychologue clinicienne qui s’est spécialisée en neuropsychologie. Il se fait dans nos murs, et jamais sans un rendez-vous préliminaire : ce premier échange le précède toujours.
La page diagnostic et bilan du TDAH en décrit les ingrédients : un long entretien qui remonte à l’enfance, des questionnaires, des tâches qui mettent à l’épreuve l’attention et l’organisation de la pensée, et une mesure de l’efficience intellectuelle. Le bilan TDAH fait d’ailleurs partie des rares bilans pour lesquels le QI est demandé : il permet de situer les difficultés attentionnelles par rapport aux capacités de la personne. Pour la procrastination, ce croisement éclaire des points très concrets :
À la fin, un compte rendu écrit vous est remis ; une séance permet de le relire à deux, ligne après ligne. Le psychothérapeute ne prend aucune part au bilan TDAH ; vous pouvez néanmoins le voir avant, pour clarifier votre demande et choisir la direction. Quand le bilan confirme un TDAH, la neuropsychologue peut proposer une remédiation cognitive, et la psychothérapie prend le relais pour ce qui relève de l’histoire, de la honte et des émotions. La prescription d’un traitement, si elle est envisagée, appartient au médecin (sur ce point, voir les médicaments du TDAH).
Trois exemples fictifs, choisis pour montrer qu’une même plainte (« je procrastine tout ») peut mener à des conclusions très différentes. Ouvrez chaque onglet.
Exemple fictif. Victor est artisan, très habile de ses mains. Ses devis partent en retard, sa comptabilité s’entasse, il oublie des rendez-vous de chantier. Enfant, il était « intelligent mais dissipé ». Il pense être simplement désordonné. Le bilan montre une attention soutenue et une mémoire de travail nettement en retrait par rapport à ses capacités, avec un raisonnement excellent : le profil est compatible avec un TDAH. La suite : des aménagements très concrets (devis préparés à heure fixe, à deux, dans l’atelier plutôt qu’au bureau), une remédiation cognitive, et quelques séances pour digérer, à quarante et un ans, la colère de ne pas l’avoir su plus tôt.
Exemple fictif. Anouk, doctorante, est persuadée d’avoir un TDAH : elle n’avance plus sur sa thèse, se disperse, passe ses journées sur son téléphone. Mais ses difficultés ont commencé il y a deux ans, et elle était une élève organisée. Le bilan ne montre pas de trouble attentionnel ; les épreuves sont réussies, parfois brillamment. En revanche, l’entretien fait apparaître une anxiété importante et une peur terrible du jugement de sa directrice. La suite : un travail psychothérapeutique sur le perfectionnisme et la peur de décevoir, avec des outils des TCC pour reprendre l’écriture par petites séquences. Le bilan lui a évité une fausse piste.
Exemple fictif. Ismaël a été diagnostiqué TDAH à l’adolescence et traité par son médecin. Son attention s’est améliorée, mais il procrastine toujours ses démarches administratives, au point d’avoir reçu des majorations. Le traitement a aidé le démarreur ; il n’a pas touché au mur. Chaque enveloppe officielle lui rappelle les convocations de son père au collège et les cris qui suivaient. La suite : des séances d’EMDR ciblées sur ces souvenirs, puis un rituel de démarrage simple (le courrier s’ouvre le samedi à 10 heures, avec un café, à deux). Les deux procrastinations, attentionnelle et émotionnelle, demandaient chacune leur réponse.
L’attention est une fonction fragile : beaucoup de choses la troublent. C’est pourquoi le bilan cherche aussi ce qui pourrait imiter un TDAH, ou s’y ajouter. Quelques situations fréquentes :
Elle ralentit la pensée, vide l’élan et rend tout difficile à commencer. Mais on peut souvent dater son arrivée, et elle s’accompagne de tristesse ou d’un plaisir qui s’éteint. Voir les symptômes de la dépression.
Une tête pleine de soucis n’a plus de place pour la tâche. Les ruminations captent l’attention autant qu’une distraction. Voir anxiété généralisée et ruminations.
Une dette de sommeil installée produit distraction, irritabilité et difficulté à démarrer. Elle accompagne aussi souvent le TDAH lui-même. Voir TDAH et sommeil.
Des tâches trop faciles, répétitives, sans défi, peuvent rester en plan chez une personne à haut potentiel, sans trouble attentionnel. Et il arrive que les deux se cumulent : TDAH et HPI fait le point.
Un traumatisme ou une emprise peuvent laisser une concentration et une mémoire en difficulté. Un bilan neuropsychologique est utile si ces plaintes persistent. Voir TDAH et trauma.
Après des mois de surcharge, le cerveau ne suit plus : oublis, dispersion, procrastination soudaine chez quelqu’un qui n’en souffrait pas. Voir les signes du burn-out.
Quand l’anxiété, l’humeur ou l’épuisement semblent au premier plan, on commence plutôt par un bilan psychologique, que mène le psychothérapeute, éventuellement à distance. Les deux cliniciens ne s’excluent pas : le psychothérapeute fait parfois appel à la neuropsychologue pour qu’elle se joigne au travail.
Les astuces de gestion du temps (minuteurs visibles, règle du « fois deux », alarmes qui parlent) sont détaillées dans la page TDAH, gestion du temps et procrastination, et la boîte à outils du dossier propose des méthodes générales. Voici quelques appuis plus spécifiques au démarrage, que nous aimons pour leur simplicité.
Idée 1
C’est l’une des confusions les plus fréquentes. Le TDAH ne supprime pas l’attention : il la rend très dépendante de la stimulation. Un jeu, rapide, nouveau, plein de récompenses, peut captiver des heures, alors qu’un formulaire de deux pages reste impossible. Cette hyperfocalisation fait plutôt partie du tableau.
Idée 2
Un questionnaire de repérage comme l’ASRS aide à faire un premier point, et il est utile pour se décider à demander un avis. Mais il ne pose pas de diagnostic : seul un bilan, qui croise l’histoire depuis l’enfance, des épreuves et un entretien, permet de conclure et d’écarter ce qui pourrait y ressembler.
Idée 3
Oui, et c’est fréquent. Bien des adultes ont tenu longtemps grâce à leur intelligence, à des efforts considérables ou à une organisation de fer, jusqu’à ce qu’une charge nouvelle (un poste, des enfants, une séparation) fasse tout céder. Le diagnostic tardif apporte souvent un mélange de soulagement et de colère. Voir le TDAH de l’adulte.
Idée 4
Chez une partie des personnes, le traitement proposé par le médecin facilite nettement le démarrage et l’attention. Mais il ne retire pas les briques du mur : la honte, la peur d’échouer encore, les habitudes d’évitement installées depuis l’enfance. Ces dimensions se travaillent en psychothérapie et avec des outils concrets.
Idée 5
Oui, et c’est même le cas le plus courant chez l’adulte. Le démarreur capricieux et les émotions accumulées se mêlent. Le bilan permet de doser l’une et l’autre, et l’accompagnement prend soin des deux.
Exemple fictif
Exemple fictif : Yasmine, 29 ans, cheffe de projet, est connue pour sauver les dossiers la veille au soir. Ses collègues l’admirent, ses nuits beaucoup moins. Depuis l’école, elle ne travaille que sous pression ; ses bulletins parlaient d’une élève « vive mais brouillonne ». Elle perd ses clés deux fois par semaine, oublie les anniversaires, et a déjà essayé six applications d’organisation. Elle vient de prendre un poste avec des projets longs, sans échéance proche, et tout s’effondre. Elle se demande si elle est « juste nulle ».
Que lui conseilleriez-vous en premier ?
La procrastination liée à un TDAH est un terrain où le cabinet aime travailler à deux voix. La neuropsychologue examine, pendant le bilan réalisé sur place, l’attention, l’organisation de la pensée et l’efficience intellectuelle ; elle peut ensuite proposer une remédiation cognitive. Le psychothérapeute, qui ne participe pas au bilan TDAH, peut vous recevoir avant pour clarifier la demande, puis accompagner ce que le trouble a laissé dans l’histoire : l’EMDR pour les souvenirs d’humiliation ou d’échec, l’écoute analytique pour la honte et l’image de soi, les outils des TCC pour installer des routines de démarrage.
Tout commence par un rendez-vous préliminaire, sans engagement : aucun bilan n’est réalisé sans lui. Le compte rendu écrit du bilan peut vous être expliqué en détail lors d’une séance. Voir aussi notre façon d’accompagner la procrastination et le double regard sur le TDAH.
Non. La procrastination est très répandue et a de nombreuses causes : anxiété, perfectionnisme, ennui, fatigue, humeur basse. Le TDAH devient une hypothèse quand le démarrage coince depuis l’école, dans presque toute la vie, avec des oublis, une attention qui s’échappe, et l’urgence ou la passion comme seuls moteurs. Seul un bilan permet de conclure.
Parce que le démarrage repose sur des fonctions exécutives, notamment l’activation (s’organiser, choisir par où commencer, se mettre en mouvement), qui fonctionnent de façon irrégulière dans le TDAH. Une tâche peu stimulante ne fournit pas assez d’élan pour lancer l’action. Avec le temps, les échecs accumulés ajoutent une couche d’émotions qui rend le démarrage plus lourd encore.
C’est la neuropsychologue qui le conduit, dans les locaux du cabinet, une fois passé le rendez-vous préliminaire. On y retrouve un entretien sur votre parcours depuis l’enfance, des questionnaires, des épreuves d’attention et d’organisation, et une mesure de l’efficience intellectuelle. Un compte rendu écrit vous est remis, et une séance permet de le parcourir ensemble.
Oui. Il reste en dehors du bilan TDAH, mais vous pouvez le voir avant, le temps de préciser votre question et de choisir une direction. Ensuite, il s’occupe des traces que le trouble a laissées : honte, crainte de rater encore, souvenirs humiliants, réflexes d’évitement. Il dispose pour cela de l’EMDR, de l’écoute analytique et d’outils venus des TCC.
L’ASRS, validé pour repérer le TDAH chez l’adulte, aide à se situer, mais il ne tranche pas. Le diagnostic repose sur un bilan complet, qui recherche aussi ce qui pourrait ressembler à un TDAH, comme une anxiété, une dépression, un manque de sommeil ou les suites d’un traumatisme.
Vous vous reconnaissez dans ces descriptions depuis longtemps ? Commençons par un rendez-vous préliminaire, sans engagement : il dira si un bilan vaut la peine. Le bilan neuropsychologique se fait au cabinet.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.