Paraître organisé
Des listes partout, des excuses prêtes, un contrôle permanent pour que rien ne se voie. Le soir, la fatigue est immense.
Cette page n'est pas encore publique. Entrez le mot de passe pour la consulter.
Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement : ce n’est ni un défaut d’éducation ni un « problème psychologique » à interpréter. Mais une personne n’est jamais seulement son câblage. Des années de remarques, la honte, les échecs qui se répètent, un corps qui ne tient pas en place et qui dit parfois plus qu’il n’y paraît : c’est là que l’écoute analytique a quelque chose à apporter, à côté des outils concrets et des neurosciences, pas contre eux.
Disons-le d’emblée, pour que personne ne lise ce qui n’est pas écrit : le TDAH n’est pas causé par un conflit inconscient, une mère trop ceci ou un père pas assez cela. Les recherches montrent une forte composante héréditaire (de l’ordre de 70 à 80 %), un développement particulier des réseaux cérébraux de l’attention et du contrôle, et une persistance fréquente à l’âge adulte. Les recommandations de bonne pratique placent en première ligne la psychoéducation, les approches cognitives et comportementales, l’accompagnement des parents, les aménagements scolaires ou professionnels et, quand c’est utile, un traitement prescrit par le médecin.
Alors pourquoi une page sur la psychanalyse ? Parce que vivre avec un TDAH, c’est aussi vivre avec ce que le TDAH a fait de votre histoire. Le cerveau zappe, d’accord. Mais c’est vous qui avez entendu « tu le fais exprès » pendant quinze ans de scolarité, vous qui avez appris à faire le pitre pour qu’on rie avec vous plutôt que de vous, vous qui recommencez une formation pour la troisième fois en vous jurant que cette fois sera la bonne. Ces traces-là ne s’effacent pas avec un agenda bien tenu. Elles se parlent, se comprennent, se transforment.
Le TDAH se repère par un bilan, s’apprivoise avec des outils et, si besoin, un traitement ; la personne qui le porte mérite en plus d’être entendue dans ce qu’elle a vécu, ce qu’elle répète et ce qu’elle désire.
En psychanalyse, on parle du « sujet » pour désigner ce qui, en chacun, pense, désire, se trompe, se raconte. Un diagnostic décrit ce que les personnes TDAH ont en commun. Le sujet, lui, est ce qu’aucune grille ne peut résumer. Deux adultes qui ont exactement les mêmes scores d’inattention peuvent vivre leur trouble de façon opposée : l’un en a fait un moteur de créativité, l’autre s’en sert comme preuve qu’il ne vaut rien.
Le diagnostic est souvent un immense soulagement : « Ce n’était donc pas ma faute. » C’est précieux. Mais il arrive aussi qu’il devienne une identité trop étroite. « Je suis TDAH » remplace alors « j’ai un TDAH », et tout passe par ce filtre : la rupture amoureuse, la colère contre un parent, le manque d’envie de faire des études de droit. L’écoute analytique remet de l’espace là-dedans. Elle ne conteste pas le diagnostic, elle demande simplement : et vous, qu’en dites-vous ?
Un TDAH est présent depuis l’enfance. Il a donc accompagné chaque étape : les premiers bulletins, les repas de famille, les amitiés, l’adolescence, les premiers emplois. Chacune a laissé des traces, et ces traces ne sont pas toutes neurologiques. Imaginez un enfant qui reçoit chaque jour davantage de remarques négatives que ses camarades. À dix ans, il a déjà accumulé une bibliothèque entière de « peut mieux faire », de « encore dans la lune » et de soupirs d’adultes. Cette bibliothèque, il la consulte sans le savoir chaque fois qu’il doute de lui.
L’écoute analytique invite à revisiter cette bibliothèque. Pas pour chercher un coupable : les parents ont souvent fait ce qu’ils pouvaient, sans savoir, avec leur propre fatigue et parfois leur propre TDAH non reconnu. Plutôt pour remettre les choses à leur place. Ce qui relevait du trouble devient compréhensible. Ce qui relevait d’une blessure peut enfin être pensé. Et ce qui relevait de votre personne, vos goûts, vos colères, vos élans, retrouve sa légitimité.
C’est fréquent, notamment chez les femmes et chez les personnes qui ont compensé grâce à de bonnes capacités intellectuelles. Le diagnostic tardif provoque souvent un double mouvement : du soulagement, puis une forme de deuil. Deuil de l’enfance qu’on aurait pu avoir si l’on avait su, colère contre ceux qui n’ont rien vu, tristesse pour les années perdues. Ce travail de deuil se fait mieux accompagné. Voir aussi le TDAH de l’adulte et le TDAH au féminin.
Dans une famille, chacun prend une place : l’enfant « difficile », l’enfant « facile » qui ne fait pas de vagues, le parent qui gère tout, celui qui se met en colère. Ces places, utiles un temps, finissent par se figer. Le regard analytique, comme le regard systémique, aide à repérer ce qui se rejoue d’une génération à l’autre. Voir TDAH et famille et la fratrie.
Si l’on devait nommer l’émotion la plus discrète et la plus envahissante chez les adultes TDAH reçus au cabinet, ce serait la honte. Pas la culpabilité, qui porte sur un acte (« j’ai mal fait »), mais la honte, qui porte sur l’être tout entier (« je suis mal fait »). Honte d’avoir encore oublié l’anniversaire, encore perdu les clés, encore coupé la parole en réunion. Honte d’avoir besoin de trois alarmes pour se lever quand le collègue se réveille tout seul à six heures, frais comme un yaourt nature.
La honte a une particularité : elle se cache. On ne dit pas « j’ai honte », on plaisante, on se met en colère, on évite, on ment un peu, on travaille deux fois plus tard le soir pour que personne ne voie le retard. Beaucoup de personnes TDAH ont construit un véritable masque social, épuisant à porter. L’espace analytique, où l’on peut dire ce qui vient sans être jugé, est précisément un lieu où la honte peut commencer à se dire. Et une honte dite perd beaucoup de son pouvoir.
Des listes partout, des excuses prêtes, un contrôle permanent pour que rien ne se voie. Le soir, la fatigue est immense.
Une remarque anodine déclenche une colère disproportionnée : la honte se défend en se changeant en rage.
Ne pas tenter, c’est ne pas risquer d’échouer. L’évitement protège de la honte, au prix de tous les projets.
Pour aller plus loin sur ces émotions : TDAH et émotions, honte et culpabilité et TDAH, anxiété et dépression.
Freud a décrit un phénomène qui intrigue encore : nous avons tendance à répéter, sans le vouloir, des situations qui nous font souffrir. Le même type de patron injuste, le même scénario amoureux, la même façon de saboter un projet juste avant la ligne d’arrivée. Chez une personne TDAH, la répétition a une double origine, et il est utile de les distinguer.
Oublier un rendez-vous, sous-estimer le temps nécessaire, commencer dix choses à la fois. Ces répétitions-là appellent des outils, des aménagements, parfois un traitement. Les interpréter serait une erreur. Voir gestion du temps et procrastination.
Toujours choisir des partenaires qui vous rabaissent, quitter un poste dès qu’on vous félicite, reproduire avec son enfant les cris qu’on a reçus. Ces répétitions-là gagnent à être comprises.
Dans la vraie vie, les deux fils sont souvent emmêlés. Une étudiante rate ses examens : elle s’y est prise trop tard (fonctions exécutives), mais elle s’y prend toujours trop tard quand l’enjeu est de dépasser sa mère, qui n’a pas pu faire d’études (histoire). Les outils de planification l’aideront. Comprendre pourquoi réussir lui fait si peur l’aidera aussi. C’est tout l’intérêt de ne pas choisir un seul regard.
Il arrive qu’un patient TDAH arrive en retard, oublie une séance, puis guette la réaction du thérapeute comme il guettait celle de ses enseignants. Ce moment est précieux : au lieu d’un reproche attendu, il rencontre une curiosité. Que s’est-il passé ? Qu’attendiez-vous que je dise ? Le cadre analytique fait de ces petites scènes une occasion de comprendre, plutôt qu’une énième preuve d’échec. On parle de transfert, l’un des moteurs du travail. Voir le transfert envers son thérapeute.
L’hyperactivité motrice fait partie du TDAH : jambes qui tressautent, mains qui tripotent tout ce qui passe, besoin de se lever, de marcher en téléphonant. Chez l’enfant, c’est souvent ce qui se voit en premier. Chez l’adulte, l’agitation se fait plus intérieure : un moteur qui tourne sans arrêt, une impossibilité de se poser devant un film. Cette agitation a une base neurologique. Elle n’est pas, en soi, un message caché.
Mais le corps n’est jamais seulement une machine. Il exprime aussi l’angoisse, la colère retenue, la tristesse qu’on ne sait pas nommer. Un enfant TDAH peut devenir beaucoup plus agité au moment d’un déménagement, d’une séparation, de l’arrivée d’un bébé ou d’un deuil. Son trouble n’a pas changé ; ce qui a changé, c’est ce qu’il a à porter. L’écoute analytique, attentive au corps comme à la parole, aide à faire la différence entre l’agitation de fond, constante, et l’agitation qui « dit quelque chose » à un moment donné.
Chez les plus jeunes, le jeu, le dessin, la pâte à modeler sont des voies royales. Un petit garçon qui ne tient pas deux minutes assis peut construire pendant toute une séance une histoire de dragons qui cassent tout et se font gronder, puis un dragon qui apprend à voler sans rien casser. Ce que les mots ne disent pas encore, le jeu le met en scène.
On a longtemps présenté la psychanalyse et les neurosciences comme deux camps ennemis. Cette guerre n’aide pas les patients. Les neurosciences décrivent comment le cerveau traite l’attention, la récompense, le temps. La psychanalyse s’intéresse à ce que la personne fait de tout cela dans sa vie, ses liens, ses désirs. Les deux regards portent sur des niveaux différents et se complètent. D’ailleurs, la plasticité cérébrale montre que l’expérience, y compris la parole et la relation, modifie le cerveau.
Comment fonctionne votre attention ? Le bilan neuropsychologique mesure l’attention, la mémoire de travail, l’inhibition, la planification, en partant du fonctionnement intellectuel global. Il décrit vos forces et vos difficultés. Voir le bilan TDAH.
Que faire concrètement, dès cette semaine ? Organisation, gestion du temps, pensées automatiques, émotions, entraînement parental. Voir TDAH et TCC.
Qu’est-ce que cela a fait de vous, et que voulez-vous en faire ? L’histoire, la honte, la répétition, le désir, les liens. Le temps long, à votre rythme.
Un traitement est-il utile ? La prescription et le suivi d’un médicament relèvent du médecin. Un traitement et une psychothérapie analytique se combinent sans difficulté. Voir les médicaments du TDAH.
Au cabinet, ces regards ne restent pas dans des tiroirs séparés : la neuropsychologue et le psychothérapeute se concertent, et le psychothérapeute pratique lui-même les TCC, l’EMDR et l’écoute analytique. C’est ce que nous appelons l’approche croisée.
Bonne nouvelle : la règle de base de la psychanalyse, dire ce qui vient à l’esprit sans trier, beaucoup de personnes TDAH la pratiquent depuis toujours, sans le savoir et souvent à leurs dépens. Passer du coq à l’âne, ici, n’est pas un défaut : c’est la matière même du travail. Le thérapeute ne vous demandera pas de rester « sur le sujet ». Il relèvera plutôt pourquoi, au milieu d’une phrase sur votre travail, vous avez soudain pensé à votre grand-père.
Le psychothérapeute pratique l’écoute analytique, nourrie d’une longue analyse personnelle, d’une pratique hospitalière, d’un contrôle individuel et d’une supervision collective. Il pratique aussi les TCC et l’EMDR : selon le moment, l’un ou l’autre outil prend le relais. La neuropsychologue réalise les bilans et la remédiation cognitive. Voir la psychanalyse au cabinet et l’écoute analytique dans toutes les pratiques.
Ces situations sont inventées pour ce guide, à partir de ce que l’on rencontre souvent en consultation. Pour chacune, quelle piste semble la plus utile en premier ?
Situation 1
Camille, 34 ans, a reçu un diagnostic de TDAH il y a un an. Son traitement l’aide à se concentrer au travail, et elle utilise un agenda partagé. Pourtant, elle vient de quitter son troisième poste en quatre ans, chaque fois quelques semaines après une promotion. « Dès qu’on me fait confiance, je panique. »
Quelle piste semble la plus utile maintenant ?
Situation 2
Noé, 8 ans, a un TDAH confirmé par un bilan. Depuis deux mois, il est beaucoup plus agité qu’avant, en classe comme à la maison. Ses parents se sont séparés au printemps. Il dit que « tout va bien ».
Quelle piste semble la plus utile en premier ?
Ce questionnaire, rédigé pour ce guide, n’est pas une échelle validée et ne pose aucun diagnostic. Il vous aide à repérer si, au-delà des symptômes eux-mêmes, votre histoire avec le TDAH pèse encore : la honte, les phrases entendues, ce qui se répète. Répondez en pensant aux derniers mois.
Affirmation 1
Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement, très héréditaire. Une écoute analytique sérieuse ne cherche pas de coupable : elle s’intéresse à ce que la personne vit et à ce qui se rejoue.
Affirmation 2
Les deux se combinent sans difficulté. Le traitement relève du médecin ; la psychothérapie travaille un autre niveau.
Affirmation 3
Elle ne vise pas les symptômes de fond, qui relèvent plutôt des outils, des aménagements et parfois d’un traitement. En revanche, elle peut apaiser la honte, l’anxiété et les répétitions qui aggravent beaucoup le quotidien.
Affirmation 4
Le cadre s’adapte : face à face, possibilité de bouger, rappels de rendez-vous. Et l’association libre convient souvent très bien aux esprits qui sautent d’une idée à l’autre.
Affirmation 5
Le trouble de fond ne change pas, mais ce que l’enfant porte change. Une aggravation brutale invite à écouter ce qui se passe dans sa vie.
Elle ne remplace pas les approches recommandées en première ligne (psychoéducation, TCC, accompagnement des parents, aménagements, traitement si besoin). Mais elle est très utile pour ce que le TDAH a laissé dans l’histoire de la personne : honte, estime de soi blessée, répétitions, liens familiaux. Le cadre s’adapte aux personnes TDAH.
Certains discours l’ont soutenu par le passé. Ce n’est pas la position du cabinet : le TDAH est un trouble du neurodéveloppement bien documenté, qui se repère par un bilan soigneux. L’écoute analytique s’intéresse au sujet qui vit avec ce trouble, sans nier le trouble.
Oui, c’est même la façon de travailler du cabinet : les TCC pour les outils du quotidien, l’EMDR pour les souvenirs douloureux qui entretiennent l’anxiété, l’écoute analytique pour l’histoire et le sens, en lien avec le bilan neuropsychologique et la remédiation cognitive.
Non. Avec les personnes TDAH, le travail se fait le plus souvent en face à face, et il est permis de bouger ou de tenir un objet. La forme du travail se décide avec chacun lors des premiers entretiens.
Oui, par le jeu, le dessin et la parole, en associant les parents. C’est particulièrement utile quand l’agitation augmente au moment d’une épreuve (séparation, deuil, déménagement) ou quand l’enfant a déjà une image très négative de lui-même.
Un premier rendez-vous permet de faire le point sur ce que vous vivez, de voir si un bilan est utile et de construire un accompagnement qui tienne compte à la fois de votre fonctionnement et de votre histoire. Enfants, adolescents, adultes, couples et familles sont reçus au cabinet ou en téléconsultation.
Cliquer sur la photo ou utiliser + et − pour zoomer. Échap pour fermer.
Chargement de l'article…
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.