Les humiliations scolaires
Être interrogé au tableau sans avoir suivi, voir sa copie brandie comme exemple de désordre, être mis au fond de la classe, entendre « encore toi ».
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Le tableau noir où l’on reste muet devant toute la classe, le bulletin qu’on cache, la fête où l’on n’a pas été invité, les moqueries dans la cour : beaucoup de personnes TDAH portent une collection de souvenirs pénibles qui continuent, des années après, à nourrir l’anxiété et la conviction de ne pas être à la hauteur. L’EMDR, psychothérapie reconnue du trauma, peut aider à « digérer » ces souvenirs. Elle ne soigne pas le TDAH lui-même. Voici ce qu’elle peut apporter, ce que la recherche permet de dire avec prudence, et un test pour faire le point.
Un enfant TDAH vit, en moyenne, beaucoup plus de moments difficiles que ses camarades. Ce n’est pas une question de caractère : c’est la conséquence directe de ses difficultés d’attention, d’impulsivité et d’organisation dans un monde qui exige de rester assis, d’attendre son tour et de ne rien oublier. Les remarques, les punitions, les mises à l’écart s’accumulent. Les études montrent aussi que les enfants et adolescents TDAH sont plus souvent victimes de harcèlement, et qu’ils ont davantage d’accidents.
Être interrogé au tableau sans avoir suivi, voir sa copie brandie comme exemple de désordre, être mis au fond de la classe, entendre « encore toi ».
Redoublement, examen raté malgré l’intelligence, formation abandonnée, emploi perdu. Chacun laisse une trace, et leur somme pèse lourd.
Ne pas être invité, être choisi en dernier, perdre des amis après une parole impulsive. La sensibilité au rejet, fréquente dans le TDAH, en garde la mémoire vive.
Moqueries, exclusion, violences dans la cour ou sur les réseaux. Des souvenirs qui peuvent laisser de vraies séquelles traumatiques. Voir TDAH et harcèlement.
Les cris du soir autour des devoirs, les punitions, le sentiment d’être « l’enfant à problèmes » de la famille.
Chutes, blessures, accidents de vélo ou de voiture, plus fréquents quand l’impulsivité et l’inattention s’en mêlent.
Aucun de ces événements, pris seul, n’est forcément un « grand » traumatisme. Mais leur accumulation fabrique ce que les thérapeutes EMDR appellent parfois des « petits t » : des expériences qui, sans menacer la vie, ont laissé une empreinte émotionnelle tenace et une croyance négative sur soi.
Selon le modèle sur lequel repose l’EMDR, le traitement adaptatif de l’information, un événement très chargé émotionnellement peut rester « mal rangé » dans la mémoire. Il ne devient pas un souvenir du passé comme les autres : il garde ses images, ses sensations, ses émotions d’origine, et il se réactive dès qu’une situation actuelle lui ressemble.
Résultat : une personne TDAH devenue adulte, compétente, appréciée, peut se figer à chaque prise de parole, fuir les évaluations, ou s’effondrer au moindre reproche. Son TDAH n’explique pas tout. Une partie de la réaction vient d’une mémoire émotionnelle qui n’a jamais été apaisée. C’est cette partie-là que l’EMDR peut viser.
L’EMDR (désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires) est une psychothérapie structurée en huit phases. Pendant que la personne garde à l’esprit un souvenir difficile, le thérapeute propose des stimulations bilatérales alternées : mouvements des yeux, sons dans un casque, vibrations dans les mains. Ce double focus, une partie de l’attention sur le souvenir et une partie sur la stimulation, aide le souvenir à perdre sa charge émotionnelle et à rejoindre le passé. L’Organisation mondiale de la santé la recommande depuis 2013 pour le trouble de stress post-traumatique, et la Haute Autorité de santé la reconnaît également.
Le site présente la méthode en détail dans la page EMDR et le déroulement d’une séance.
1. Histoire et plan de traitement. 2. Préparation : comprendre la méthode, installer des ressources et un « lieu sûr ». 3. Évaluation du souvenir : image, pensée négative sur soi, pensée positive souhaitée, émotion, sensation, intensité. 4. Désensibilisation : séries de stimulations jusqu’à ce que la charge baisse. 5. Installation de la pensée positive. 6. Scanner corporel. 7. Clôture, toujours dans le calme. 8. Réévaluation à la séance suivante.
Le travail se pense en trois temps. Il ne s’agit pas de retraiter toute une enfance d’un coup, mais de choisir avec soin les souvenirs qui pèsent le plus sur la vie actuelle.
Les souvenirs sources. La première humiliation au tableau, le conseil de classe entendu derrière la porte, la scène de harcèlement, le jour du licenciement. On retraite ceux qui donnent leur force aux croyances « je suis nul », « je suis de trop », « je vais encore échouer ».
Les déclencheurs actuels. Les situations qui réveillent aujourd’hui l’angoisse : prendre la parole, recevoir un mail du chef, ouvrir un courrier administratif, entendre le ton agacé d’un proche.
Le scénario du futur. Se préparer, mentalement et avec les stimulations, à une situation redoutée : un examen, un entretien, une rentrée scolaire. Voir le scénario du futur.
Les effets recherchés concernent l’anxiété, l’estime de soi, l’évitement, les réactions émotionnelles disproportionnées, parfois le sommeil quand des ruminations anciennes le perturbent. Voir aussi EMDR et estime de soi et EMDR et anxiété.
Un site sérieux doit dire où s’arrêtent les preuves. L’efficacité de l’EMDR est bien établie pour le stress post-traumatique. Pour le TDAH, la situation est très différente.
Garder un souvenir en tête tout en suivant une stimulation demande de l’attention : on pourrait croire que l’EMDR est impossible avec un TDAH. Dans la pratique du cabinet, c’est plutôt l’inverse : à condition d’adapter le cadre, beaucoup de patients TDAH s’y engagent très bien, parfois avec une intensité surprenante.
Avec les enfants, l’EMDR s’appuie sur le jeu, le dessin, les histoires. Les buzzers que l’on tient dans les mains, ou le papillon (se tapoter les épaules bras croisés), sont souvent bien acceptés par les enfants qui ont du mal à suivre longtemps un point des yeux. Les séances sont adaptées à l’âge et les parents sont associés. Voir l’EMDR chez l’enfant et l’adolescent.
Les séances d’EMDR durent 80 minutes, au cabinet ou en téléconsultation. Le psychothérapeute est formé à l’EMDR adulte et enfant, et supervisé régulièrement dans les deux pratiques. Quand le doute porte sur le diagnostic lui-même, un bilan psycho-traumatique et un bilan neuropsychologique peuvent être réalisés au cabinet avant de commencer.
Situations inventées pour ce guide, à partir de ce que l’on rencontre souvent. Quelle cible semble la plus pertinente pour commencer ?
Situation 1
Hugo, 11 ans, TDAH diagnostiqué, refuse désormais de lire à voix haute. Il a des maux de ventre le lundi matin. En CE2, une enseignante l’a fait relire devant la classe en se moquant de ses hésitations. Depuis, il répète « je suis bête ».
Par quoi commencer ?
Situation 2
Sarah, 29 ans, TDAH reconnu à 26 ans, a été licenciée il y a deux ans après une série d’erreurs. Aujourd’hui en poste, bien organisée grâce à ses outils, elle relit chaque mail cinq fois et ne dort plus la veille des réunions.
Quelle cible semble la plus pertinente ?
Ce questionnaire a été rédigé pour ce guide. Il ne reproduit pas une échelle validée et ne pose aucun diagnostic. Pensez aux souvenirs difficiles liés à l’école, au travail ou aux relations, et répondez pour le dernier mois.
Affirmation 1
Non. Elle traite des souvenirs difficiles et leurs effets (anxiété, honte, évitement). Le TDAH de fond relève d’autres aides.
Affirmation 2
C’est ce que montrent de nombreuses études. Ces expériences peuvent laisser des séquelles qui méritent d’être soignées.
Affirmation 3
En adaptant les séries, les pauses et la stimulation, beaucoup de patients TDAH s’engagent très bien dans le travail.
Affirmation 4
Hypervigilance, agitation, difficultés de concentration, troubles du sommeil : le chevauchement est important, d’où l’intérêt d’une évaluation soigneuse.
Affirmation 5
Pour le stress post-traumatique, oui. Pour le TDAH, seules quelques petites études encourageantes existent : on ne peut pas parler de preuve.
L’EMDR ne traite pas le TDAH lui-même. Elle peut en revanche apaiser des souvenirs d’humiliation, d’échec, de rejet ou de harcèlement qui entretiennent l’anxiété et la faible estime de soi, très fréquentes chez les personnes TDAH. Les études spécifiques au TDAH restent peu nombreuses.
Oui. Le cadre s’adapte : séries modulées, pauses, choix de la stimulation et de sa vitesse. Au cabinet, la barre lumineuse rapide capte souvent très bien l’attention des personnes TDAH.
Non. Un traitement prescrit pour le TDAH ne s’oppose pas à l’EMDR. Toute modification de traitement relève du médecin qui le suit.
Cela dépend du nombre de souvenirs à traiter et de la préparation nécessaire. Un souvenir isolé peut parfois se retraiter en quelques séances ; une histoire faite de nombreuses blessures demande plus de temps.
Oui, avec un protocole adapté à l’âge : jeu, dessin, buzzers ou papillon, séances raccourcies et parents associés. Elle est utile quand un événement précis (moquerie, harcèlement, accident) entretient l’anxiété de l’enfant.
Un premier rendez-vous permet de faire le point sur ce que vous vivez, de vérifier ce qui relève du TDAH et ce qui relève de souvenirs non apaisés, et de voir si l’EMDR est indiquée. Enfants, adolescents et adultes sont reçus au cabinet ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.