L’inhibition
Stopper une réponse automatique, résister à une distraction, ne pas dire la première chose qui vient. Sans frein, on agit avant de penser. Voir plus bas, et la page l’impulsivité.
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Savoir quoi faire, et ne pas arriver à le faire : c’est le paradoxe le plus déroutant du TDAH. Il s’explique en grande partie par les fonctions exécutives, ces capacités qui permettent de freiner, planifier, changer de stratégie, garder un but en tête et se lancer. Voici comment fonctionne ce chef d’orchestre, et un jeu pour mettre votre propre frein à l’épreuve.
Imaginez un orchestre. Les violons, les cuivres, les percussions représentent vos capacités de base : voir, entendre, parler, bouger, se souvenir. Chez la plupart des personnes avec un TDAH, ces musiciens jouent très bien. Mais un orchestre a aussi besoin d’un chef : quelqu’un qui donne le départ, fait taire les cuivres quand c’est le tour des flûtes, change de partition quand le programme change, garde le tempo jusqu’au dernier mouvement. Ce chef, ce sont les fonctions exécutives.
Dans le TDAH, le chef d’orchestre n’est pas absent. Il est talentueux, plein d’idées, parfois génial pour improviser. Mais il arrive en retard, se laisse distraire par le public, oublie de faire signe aux percussions, et laisse parfois les trompettes jouer fortissimo pendant le passage le plus doux. Résultat : des musiciens excellents, et un concert qui part un peu dans tous les sens.
Le TDAH n’est pas un trouble du savoir, c’est un trouble du faire. La personne sait souvent parfaitement ce qu’il faudrait faire ; c’est le passage à l’acte, au bon moment et dans le bon ordre, qui coince. Le chercheur américain Russell Barkley a beaucoup insisté sur cette idée.
Les fonctions exécutives dépendent surtout des régions situées à l’avant du cerveau, le cortex préfrontal, et de leurs connexions avec le reste du cerveau. Ce sont les dernières à mûrir : leur développement se poursuit jusqu’au début de l’âge adulte, vers 25 ans environ. Voilà pourquoi on ne demande pas à un enfant de 8 ans de planifier sa semaine, et pourquoi l’écart avec les autres se voit souvent davantage quand l’autonomie augmente : au collège, à l’entrée dans les études supérieures, au premier emploi, à l’arrivée d’un enfant. La page qu’est-ce que le TDAH présente ce décalage de maturation.
Les chercheurs ne découpent pas tous les fonctions exécutives de la même façon. Un modèle très utilisé en retient trois de base : l’inhibition, la mise à jour de la mémoire de travail et la flexibilité. Les cliniciens y ajoutent volontiers la planification et l’initiation, qui en découlent et se voient beaucoup au quotidien.
Stopper une réponse automatique, résister à une distraction, ne pas dire la première chose qui vient. Sans frein, on agit avant de penser. Voir plus bas, et la page l’impulsivité.
Garder une information en tête le temps de s’en servir, et la mettre à jour. C’est le « post-it mental ». Voir oublis et mémoire de travail.
Changer de tâche, de stratégie ou de point de vue quand la situation l’exige. Quitter un jeu, accepter un imprévu, essayer une autre méthode quand la première échoue.
Se fixer un but, découper les étapes, les mettre dans l’ordre, estimer le temps. Préparer un exposé, un déménagement, des vacances. Voir gestion du temps.
Se mettre en route, passer de l’intention à l’action sans attendre l’urgence. La fonction de la procrastination : on sait, on veut, et… on ne commence pas.
Réguler ses émotions, surveiller ce qu’on fait, gérer le temps, maintenir son effort : souvent regroupées avec les fonctions exécutives. Voir émotions et TDAH.
Pas toutes, et pas au même degré. Les études montrent qu’en moyenne, les groupes de personnes avec un TDAH réussissent moins bien les tests exécutifs, mais qu’une partie importante d’entre elles obtient des scores dans la norme. Le TDAH ne se résume donc pas à un déficit exécutif : la motivation, l’aversion pour l’attente, la régulation de la vigilance et des émotions jouent aussi. C’est pourquoi le bilan regarde le profil d’ensemble, et la vie quotidienne autant que les tests.
De toutes les fonctions exécutives, l’inhibition est celle que de nombreux chercheurs placent au centre du TDAH. Le mot évoque la timidité, mais en neuropsychologie, il désigne la capacité à ne pas faire : freiner un geste, se retenir de parler, ignorer une distraction, écarter une pensée, résister à une tentation. C’est un travail invisible et permanent. Chaque fois que vous ne répondez pas à une notification pendant une conversation, votre cerveau inhibe.
Freiner une action déjà lancée. Le gardien de but qui plonge du mauvais côté et tente de se rattraper, l’enfant qui allait traverser et s’arrête au cri de son parent. Dans le TDAH, l’action part souvent avant que le frein n’ait eu le temps d’agir : c’est l’impulsivité motrice et verbale.
Ignorer ce qui n’est pas important. Continuer à lire malgré la conversation d’à côté, ne pas regarder le téléphone qui vibre. C’est le filtre de l’attention. Quand il laisse tout passer, la distraction s’installe. Voir l’inattention.
Écarter une pensée qui s’impose. Mettre de côté la liste de courses pendant une réunion, ne pas suivre chaque idée qui en entraîne une autre. Les personnes avec un TDAH décrivent souvent un flot de pensées qui partent en arborescence, difficile à canaliser.
Ne pas laisser l’émotion décider. Retenir une réplique cinglante, attendre que la colère retombe avant de répondre. Le même frein qui tarde pour les gestes tarde aussi pour les émotions. Voir émotions et dysrégulation.
Pourquoi l’inhibition serait-elle si centrale ? Parce que toutes les autres fonctions en ont besoin. Pour planifier, il faut d’abord résister à l’envie de faire autre chose. Pour garder une information en mémoire de travail, il faut empêcher les distractions de l’effacer. Pour changer de stratégie, il faut stopper l’ancienne. Un frein fragile, c’est un chef d’orchestre qui ne peut jamais faire taire personne : tout le monde joue en même temps.
En 1935, le psychologue John Ridley Stroop a décrit un phénomène étonnant : il est plus long de dire la couleur de l’encre d’un mot quand ce mot désigne une autre couleur. Lire est si automatique que le cerveau doit freiner la lecture pour répondre. Voici une version simplifiée. Deux séries de huit essais : dans la première, des croix colorées ; dans la seconde, des noms de couleurs écrits dans une autre couleur. À chaque fois, touchez la couleur de l’encre, sans tenir compte du mot.
Choisissez une version, puis appuyez sur « Commencer ». Prenez votre temps : la précision compte autant que la vitesse.
Rien ne clignote : chaque mot reste affiché jusqu’à votre réponse, puis une croix apparaît une demi-seconde. Au clavier, utilisez les touches 1 à 4, ou les flèches gauche et droite dans la version sans couleurs, pensée pour les personnes qui distinguent mal les couleurs. Ce jeu n’est pas un test diagnostique.
Si la seconde série vous a paru plus difficile, c’est normal : c’est votre inhibition qui a travaillé. Chez la plupart des gens, elle est plus lente de quelques centaines de millisecondes et compte un peu plus d’erreurs. Dans les bilans, les neuropsychologues utilisent des versions standardisées de cette épreuve, avec des normes par âge, et l’interprètent toujours avec d’autres tests et l’histoire de la personne. Un seul essai en ligne, sur un téléphone, un jour de fatigue, ne dit rien d’un TDAH.
Pour chaque situation de la vie quotidienne, choisissez la fonction exécutive qui est surtout sollicitée, puis vérifiez vos réponses.
Les difficultés exécutives ne se voient pas sur une radiographie, mais elles se voient partout ailleurs. Quelques scènes très ordinaires, et ce qu’elles racontent.
Ces difficultés sont souvent mal comprises, parce qu’elles sont irrégulières. La même personne peut organiser brillamment un événement qui la passionne et ne jamais arriver à trier son courrier. Ce n’est pas de la mauvaise volonté : les fonctions exécutives du TDAH fonctionnent bien mieux quand l’intérêt, la nouveauté ou l’urgence sont là. Voir l’hyperfocus et TDAH, travail et études.
Lors d’un bilan neuropsychologique, la neuropsychologue utilise plusieurs types d’outils, qui se complètent. Aucun ne suffit seul.
Parce que la situation de test est très particulière : une pièce calme, un adulte bienveillant qui donne les consignes une par une, des tâches courtes et nouvelles, donc stimulantes. Exactement ce qui aide un cerveau TDAH. La vraie vie, elle, est bruyante, longue, répétitive et sans personne pour dire « vous pouvez commencer ». C’est pourquoi un bilan sérieux croise toujours les tests avec les questionnaires et l’histoire de vie. Voir le diagnostic et le bilan.
On ne remplace pas le chef d’orchestre, mais on peut lui donner un excellent assistant. Les cliniciens parlent de prothèses exécutives : tout ce qui, dans l’environnement, fait le travail que les fonctions exécutives font mal.
La neuropsychologue évalue les fonctions exécutives et propose des séances de remédiation cognitive, centrées sur des stratégies utiles à l’école, au travail et à la maison. Le psychothérapeute travaille en TCC sur l’organisation, la procrastination et la confiance en soi, et accompagne les familles. Voir aussi la remédiation cognitive dans la page des bilans.
Dix questions rédigées pour ce guide, pour les adolescents et les adultes. Elles dessinent un profil animé de vos fonctions exécutives dans la vie quotidienne. Pensez aux six derniers mois. Ce questionnaire ne pose aucun diagnostic et ne remplace pas un bilan : il aide à repérer où porter vos efforts en priorité.
Ce sont les capacités qui permettent de diriger son comportement vers un but : freiner une réponse automatique, garder une information en tête, changer de stratégie, planifier et se mettre en route. On les compare souvent à un chef d’orchestre.
Beaucoup de personnes avec un TDAH ont des difficultés exécutives, surtout d’inhibition, de mémoire de travail et de planification. Mais pas toutes : le TDAH implique aussi la motivation, la vigilance et la régulation des émotions.
C’est la capacité à ne pas faire : freiner un geste ou une parole, ignorer une distraction, écarter une pensée ou résister à une tentation. De nombreux chercheurs la placent au cœur du TDAH.
C’est une épreuve où l’on doit nommer la couleur de l’encre de mots qui désignent d’autres couleurs. Elle mesure la capacité à freiner la lecture automatique, donc l’inhibition. Des versions standardisées sont utilisées dans les bilans neuropsychologiques.
On peut surtout les soulager et les compenser avec des outils visibles, des routines et des stratégies apprises en remédiation cognitive ou en TCC. Le sommeil, l’activité physique et, si le médecin le propose, un traitement peuvent aussi aider.
Un bilan neuropsychologique décrit précisément vos forces et vos fragilités exécutives, ou celles de votre enfant, et permet de construire des aides sur mesure. Le cabinet reçoit enfants, adolescents et adultes, sur place ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.