L’attention soutenue
Rester concentré longtemps sur la même chose, comme lire un chapitre ou écouter un cours entier. C’est souvent la plus fragile dans le TDAH, surtout quand la tâche est monotone.
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Relire trois fois la même ligne, décrocher au milieu d’une phrase, oublier la pièce jointe, abandonner le dossier à la page deux : l’inattention du TDAH n’est pas un manque de sérieux. C’est un projecteur qui se promène tout seul. Comprendre comment il fonctionne permet enfin de le reprendre en main.
On croit souvent que la personne avec un TDAH « manque d’attention », comme on manquerait de sucre dans un placard. C’est plus subtil, et bien plus intéressant. L’attention n’est pas absente : elle est mal réglée. Elle s’accroche très fort à ce qui est nouveau, urgent, passionnant ou un peu risqué, et glisse comme une savonnette sur ce qui est répétitif, lointain ou ennuyeux.
Imaginez une télévision dont la télécommande serait tenue par un chat. Le chat ne fait rien de mal, il appuie simplement sur ce qui bouge. Une chaîne de cuisine, un documentaire, une publicité, une chaîne de cuisine à nouveau. Le spectateur, lui, voulait seulement regarder le journal. Voilà ce que décrivent beaucoup de personnes avec un TDAH : « Je veux me concentrer, mais ce n’est pas moi qui tiens la télécommande. »
Les neuropsychologues distinguent plusieurs formes d’attention, qui peuvent être touchées différemment :
Rester concentré longtemps sur la même chose, comme lire un chapitre ou écouter un cours entier. C’est souvent la plus fragile dans le TDAH, surtout quand la tâche est monotone.
Garder le cap malgré les distractions : le bruit du couloir, la conversation d’à côté, la notification. Le filtre laisse passer trop de choses.
Faire deux choses à la fois, comme prendre des notes en écoutant. Ici, tout le monde est limité, mais le TDAH sature plus vite.
Passer d’une tâche à l’autre puis revenir à la première. Le retour est souvent le moment où l’on se perd : « J’en étais où, déjà ? »
Il existe aussi une distraction intérieure, moins connue et pourtant centrale chez l’adulte : les pensées qui défilent, les idées qui en appellent d’autres, la rêverie qui s’invite au milieu d’une réunion. Les chercheurs la relient en partie au réseau cérébral du « mode par défaut », celui de la rêverie, qui a du mal à se mettre en veille quand une tâche commence. Ce mécanisme est présenté dans la page qu’est-ce que le TDAH.
Parce qu’elle dépend fortement de l’intérêt et de l’urgence. Face à une échéance pour demain, un jeu passionnant, une discussion qui enthousiasme ou une situation de crise, le cerveau TDAH peut se mobiliser intensément, parfois mieux que les autres. C’est ce qui rend le trouble si déroutant pour l’entourage, et parfois pour la personne elle-même : « Si j’y arrive là, c’est que je pourrais ailleurs, donc c’est que je ne veux pas. » Ce raisonnement est faux, et il fait beaucoup de dégâts sur l’estime de soi. Voir l’hyperfocus.
Voici une petite expérience pour ressentir, de l’extérieur, ce que vivent beaucoup de personnes avec un TDAH de l’intérieur. Lisez le court texte qui va s’afficher, pendant que des messages arrivent doucement. Puis répondez à une question. Rien n’est enregistré.
Quand vous serez prêt, appuyez sur « Commencer ». Le texte restera affiché vingt secondes.
Les messages apparaissent lentement, sans clignoter. Vous pouvez les ignorer… si vous y arrivez.
La plupart des gens trouvent l’exercice agaçant, et beaucoup se trompent à la question alors que le texte était court. Maintenant, imaginez que les notifications ne viennent pas de l’écran, mais de votre propre tête, toute la journée, et que vous ne puissiez pas les couper dans les réglages. Vous avez une idée assez juste de la distraction du TDAH.
Chez une personne avec un TDAH, l’attention se déplace souvent entre des états très différents au cours d’une même journée. Faites glisser le curseur pour les parcourir.
L’enfant regarde l’oiseau sur le rebord de la fenêtre au moment précis où l’enseignante donne la consigne. Il recopie la moitié des devoirs, oublie le livre, lit l’énoncé en diagonale et répond à une autre question que celle posée. Ses cahiers racontent une histoire : début soigné, fin en pointillés. Les commentaires se répètent d’une année à l’autre : « rêveur », « peut mieux faire », « manque de concentration ». Voir apprendre à l’école avec un TDAH.
L’adulte ouvre sa messagerie pour envoyer un fichier, voit un message, y répond, ouvre un lien, lit un article, se souvient d’une facture, cherche le site de la banque, et réalise vingt minutes plus tard que le fichier n’est toujours pas parti. Les réunions longues sont des marathons, les rapports se rédigent la nuit d’avant, les coquilles se glissent partout. Le travail en open space est un enfer, le télétravail aussi, pour d’autres raisons. Voir TDAH, travail et études.
On monte à l’étage chercher un chargeur, on range une serviette en passant, on arrose une plante, on redescend sans chargeur. La casserole déborde pendant qu’on répond à un message. Le linge reste trois jours dans la machine. Les papiers forment des strates géologiques sur le buffet. Rien de tout cela n’est grave pris isolément ; c’est l’accumulation qui épuise, la personne comme son entourage. Voir s’organiser sans s’épuiser.
L’ami raconte ses vacances. Au mot « Bretagne », une idée part sur les crêpes, puis sur la recette de la grand-mère, puis sur le fait qu’il faudrait l’appeler. Quand on revient, l’ami en est au retour en voiture, et l’on hoche la tête en espérant que rien d’important ne s’est dit entre-temps. Voir TDAH et relations sociales.
« Semble ne pas écouter quand on lui parle directement » fait partie des symptômes officiels, et c’est sans doute celui qui blesse le plus les relations. Pour l’entourage, il ressemble à de l’indifférence. Pour la personne avec un TDAH, c’est une perte de signal involontaire, souvent suivie de honte : elle sait qu’elle a raté quelque chose, n’ose pas le dire, et fait semblant.
Trois mécanismes se combinent. L’attention soutenue s’épuise, surtout quand le discours est long ou monotone. La distraction intérieure embarque l’esprit sur une idée née d’un mot. Et la mémoire de travail n’arrive pas à garder le début de la phrase pendant qu’arrive la fin. Ce dernier point est développé dans la page oublis et mémoire de travail.
Le contrôle de mathématiques revient avec un 9 sur 20. L’enfant connaissait toutes les règles. Il a simplement oublié un signe moins, inversé deux chiffres, lu « additionner » au lieu de « soustraire ». L’adulte, lui, envoie le courriel au mauvais destinataire, laisse « Cordialement » au milieu du texte ou réserve le train pour le mauvais mois.
L’étourderie n’est pas une ignorance : c’est une vérification qui ne se fait pas. Dans le TDAH, le cerveau a tendance à passer à la suite dès qu’il a l’impression d’avoir compris, sans l’étape discrète de contrôle qui permet de repérer l’erreur. Les reproches (« fais attention ! ») n’y changent rien, car la personne fait déjà attention de toutes ses forces.
Le DSM-5-TR décrit une tendance à éviter les tâches qui demandent un effort mental prolongé. Vu de l’extérieur, c’est de la mauvaise volonté. Vu de l’intérieur, c’est une sensation physique de résistance, presque une douleur, devant le dossier administratif, le mémoire à rédiger ou le classement des photos de vacances. Plus la tâche est longue, floue et sans récompense rapide, plus la résistance est forte.
Cette résistance nourrit la procrastination : on repousse, l’échéance approche, l’urgence crée enfin assez de stimulation pour démarrer, et l’on travaille en apnée la veille. Cela marche… jusqu’au jour où cela ne marche plus, et à quel prix pour le sommeil et le stress. Cette mécanique est détaillée dans gestion du temps et procrastination.
Plutôt que « rédiger le rapport », on se fixe un morceau si petit qu’il paraît ridicule : « ouvrir le fichier et écrire le titre ». Le cerveau TDAH bute surtout sur le démarrage ; une fois lancé, il continue souvent bien plus loin que prévu. Le morceau ridicule contourne l’obstacle au lieu de l’attaquer de front. On peut l’associer à un minuteur de dix ou quinze minutes, avec la permission explicite de s’arrêter à la sonnerie, ce qui rend le démarrage moins menaçant.
L’inattention est un symptôme très peu spécifique : presque tous les troubles psychiques et de nombreux problèmes médicaux la produisent. C’est pour cela qu’au cabinet, nous ne concluons jamais à un TDAH sur la seule base de difficultés de concentration.
Les inquiétudes accaparent l’attention. La différence : l’anxieux est distrait par ses soucis, la personne TDAH par tout et n’importe quoi, depuis toujours.
La concentration chute avec l’humeur, sur une période datée. Le TDAH, lui, est ancien et ne dépend pas de l’humeur, même s’il peut l’abîmer.
Après un traumatisme, le cerveau surveille les dangers et se concentre mal. Voir TDAH et trauma.
Manque de sommeil, apnées, horaires décalés : chez l’enfant fatigué, on voit même de l’agitation plutôt que de la somnolence.
Un enfant à haut potentiel peut décrocher par ennui. Les deux peuvent aussi coexister. Voir TDAH et HPI.
Quand lire ou écrire coûte énormément, l’attention s’épuise vite. Voir TDAH et troubles dys.
Il faut aussi penser à un trouble de l’audition ou de la vision, à certains problèmes médicaux comme une thyroïde déréglée, et, chez l’enfant, à de très brèves absences d’origine épileptique, qui se repèrent à l’examen médical. Dans la réalité, ces situations se combinent souvent : un TDAH peut s’accompagner d’anxiété, et une anxiété peut masquer un TDAH. Le bilan TDAH sert précisément à démêler ces fils.
Pas de recette miracle, mais des leviers dont l’efficacité est bien connue des cliniciens. Retournez les cartes : chacune est une idée à essayer pendant une semaine, une seule à la fois.
Après un bilan, la neuropsychologue peut proposer des séances de remédiation cognitive pour entraîner l’attention et, surtout, apprendre des stratégies transposables à l’école ou au travail. Le psychothérapeute travaille en TCC sur la procrastination, l’organisation et l’estime de soi abîmée par des années de reproches.
Dix questions rédigées pour ce guide, pour les adolescents et les adultes. Pensez aux six derniers mois et à plusieurs domaines de votre vie. Ce test n’est pas un diagnostic : il aide à mettre des mots sur vos difficultés avant d’en parler avec un professionnel.
Dans le TDAH, l’inattention est ancienne, présente depuis l’enfance, dans plusieurs domaines de la vie, et ne dépend pas seulement du stress ou de l’humeur. Seule une évaluation, qui cherche aussi les autres causes possibles, permet de le dire.
Oui, c’est même typique. L’attention du TDAH est mal réglée plutôt qu’absente : elle peut devenir très intense face à ce qui passionne, c’est l’hyperfocus, et très faible face à ce qui ennuie.
L’agitation diminue souvent avec l’âge, mais l’inattention a tendance à persister davantage. Les adultes développent cependant des stratégies, et un accompagnement adapté améliore nettement le quotidien.
Les jeux d’entraînement seuls ont des effets limités sur la vie quotidienne. Ce qui aide le plus, c’est d’adapter l’environnement, de découper les tâches, de bouger, de travailler accompagné, et d’apprendre des stratégies en remédiation cognitive ou en TCC.
Oui. L’anxiété occupe l’esprit et diminue la concentration. Elle peut aussi coexister avec un TDAH. Un professionnel cherche à distinguer les deux, car l’accompagnement n’est pas le même.
Un premier rendez-vous permet de comprendre d’où viennent vos difficultés de concentration, ou celles de votre enfant, et de décider si un bilan est utile. Le cabinet reçoit enfants, adolescents et adultes, sur place ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.