Tenir dans la durée
S’entraîner demande de la régularité, ce qui est difficile avec un TDAH. Les outils des TCC (objectifs, récompenses, routines) aident à tenir.
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La remédiation cognitive entraîne l’attention, la mémoire de travail et les fonctions exécutives, et apprend des stratégies pour mieux piloter son propre cerveau. La psychothérapie s’occupe de celui qui tient le volant : sa motivation, ses émotions, son estime de soi. Séparément, elles aident. Ensemble, elles se renforcent. Voici en quoi elles consistent, ce qu’on peut en attendre honnêtement, un mini-jeu pour sentir ce qu’est l’inhibition, et un test pour repérer les fonctions qui vous freinent le plus.
La remédiation cognitive est un accompagnement personnalisé qui vise à améliorer le fonctionnement de certaines fonctions cognitives, ou à mieux les compenser. Dans le TDAH, elle s’intéresse surtout à l’attention et aux fonctions exécutives, ce « chef d’orchestre » du cerveau qui planifie, retient les consignes, freine les réactions impulsives et change de stratégie quand il le faut.
Elle repose sur trois idées. D’abord, le cerveau est plastique : des exercices répétés, bien dosés, peuvent rendre certaines fonctions plus efficaces. Ensuite, on peut apprendre des stratégies pour contourner ses points faibles en s’appuyant sur ses points forts. Enfin, comprendre comment on fonctionne (la métacognition) permet de choisir la bonne stratégie au bon moment, dans la vraie vie et pas seulement devant un exercice.
Au cabinet, la remédiation est menée par la neuropsychologue, après un bilan qui a identifié les fonctions à travailler. Elle s’adresse aux enfants, aux adolescents et aux adultes. Voir la présentation dans la remédiation cognitive au cabinet.
Le TDAH ne touche pas toutes les fonctions de la même façon, ni chez tout le monde. C’est pourquoi le bilan est indispensable : il dit lesquelles entraîner en priorité. Voici les principales, avec ce qu’elles donnent au quotidien et des exemples d’exercices.
Au quotidien : rester concentré sur une tâche ennuyeuse, ignorer le bruit de la classe, faire deux choses à la fois sans en rater une. En séance : repérer des cibles parmi des distracteurs, maintenir l’effort sur des durées qui augmentent progressivement, jeux de rapidité visuelle où il faut repérer le seul symbole commun entre deux cartes.
Au quotidien : retenir une consigne en trois étapes, faire un calcul de tête, ne pas oublier pourquoi on est entré dans la cuisine. En séance : retenir et manipuler des suites de chiffres, de positions ou d’images. Le cabinet propose notamment un programme informatisé d’entraînement de la mémoire de travail, sur plusieurs semaines, ainsi que des jeux de mémoire.
Au quotidien : attendre son tour, ne pas couper la parole, résister à la notification, ne pas répondre sous le coup de la colère. En séance : tâches où il faut retenir une réponse automatique (comme le mini-jeu des couleurs plus bas), jeux de rapidité où l’on ne doit réagir qu’à certains signaux.
Au quotidien : s’adapter à un changement de programme, passer d’une matière à l’autre, trouver une autre solution quand la première échoue. En séance : tris selon des règles qui changent, jeux de logique où il faut alterner les stratégies.
Au quotidien : organiser un exposé, préparer un week-end, estimer le temps d’un trajet. En séance : casse-têtes de déplacement, labyrinthes, construction d’un plan d’action avant d’agir, puis comparaison entre ce qui était prévu et ce qui s’est passé.
Parce qu’ils sollicitent les mêmes fonctions que les exercices, dans un cadre motivant, social et transposable à la maison. Un jeu de rapidité visuelle entraîne l’attention sélective ; un jeu de logique, la planification et la flexibilité ; un jeu de mémoire, la mémoire de travail. Pour un cerveau TDAH, le plaisir et le défi sont de puissants moteurs d’attention. Et les parents peuvent y rejouer le soir, ce qui prolonge l’entraînement sans transformer la maison en salle de classe.
Certaines personnes TDAH sont lentes, contrairement à l’image de l’enfant « qui va trop vite ». La lenteur peut venir de l’attention qui décroche, d’un perfectionnisme anxieux ou d’une vitesse de traitement plus faible. Le bilan permet de distinguer ces causes, ce qui change les stratégies : on n’aide pas de la même façon un élève qui rêve et un élève qui vérifie tout trois fois.
La métacognition, c’est la capacité à penser sa propre pensée : savoir comment on apprend, repérer quand on décroche, choisir une stratégie et vérifier si elle marche. Chez beaucoup de personnes TDAH, le cerveau roule en pilote automatique. La métacognition remet quelqu’un aux commandes.
Ces étapes s’apprennent d’abord en séance, sur des jeux et des exercices, puis s’appliquent aux devoirs, au travail, aux tâches ménagères. Chez l’enfant, la présence des parents en séance permet qu’ils emploient les mêmes mots à la maison : « Stop, qu’est-ce qu’on te demande ? » devient un langage commun, plutôt qu’un énième « concentre-toi ! ».
Différents suivis peuvent être proposés : un programme d’entraînement de la mémoire de travail, ou des séances ciblées selon les difficultés mises en évidence par le bilan, avec support informatisé, jeux de société, métacognition et guidance parentale. Voir la remédiation cognitive et le bilan TDAH.
La remédiation cognitive suscite parfois des promesses excessives, notamment de la part d’applications grand public. Voici ce que montrent les recherches, sans enjoliver.
C’est précisément pour cela que le cabinet ne propose pas d’exercices « hors sol » : la remédiation y associe toujours métacognition, jeux transposables à la maison et guidance parentale, et elle s’inscrit dans l’approche croisée, avec la psychothérapie quand elle est utile.
Revenons à notre image de voiture. La remédiation cognitive améliore le moteur et apprend la conduite. Mais si le conducteur est terrifié à l’idée de prendre l’autoroute parce qu’il y a eu un accident il y a dix ans, ou s’il est convaincu qu’il conduit mal quoi qu’il fasse, le meilleur moteur du monde restera au garage. La psychothérapie s’occupe du conducteur.
S’entraîner demande de la régularité, ce qui est difficile avec un TDAH. Les outils des TCC (objectifs, récompenses, routines) aident à tenir.
Des années d’échecs ont pu installer une image de soi très négative. Elle freine l’engagement dans les exercices : à quoi bon, puisque je rate tout ? La psychothérapie y travaille directement.
Un enfant qui panique devant une tâche nouvelle n’apprend pas bien. Les TCC et, si des souvenirs d’humiliation pèsent, l’EMDR aident à réduire cette anxiété.
La frustration pendant un exercice difficile est une excellente occasion d’entraîner aussi la régulation émotionnelle.
La guidance parentale et, si besoin, les consultations familiales transforment le climat dans lequel l’enfant apprend.
Chez l’adulte surtout, l’écoute analytique aide à comprendre ce que le TDAH a fait de sa vie, et ce qui se répète au-delà des outils.
Au cabinet, la neuropsychologue et le psychothérapeute se concertent : les résultats du bilan guident le choix des outils en psychothérapie, et ce qui se joue en psychothérapie éclaire la remédiation. Voir TDAH et TCC, TDAH et EMDR, TDAH et psychanalyse et le double regard.
Situation inventée
Tom, 10 ans, suit une remédiation de la mémoire de travail. Ses scores progressent en séance, mais à l’école, rien ne change : il refuse d’essayer les stratégies en classe, « parce que les autres vont voir que je suis bizarre ».
Quelle piste semble la plus utile ?
Un mot de couleur va s’afficher, écrit dans une couleur d’encre. Cliquez sur le bouton correspondant à la couleur de l’encre, pas au mot écrit. Quand le mot et l’encre ne correspondent pas, votre cerveau doit freiner la lecture automatique : c’est l’inhibition. Douze essais, et un petit bilan à la fin.
Prêt ?
Ce jeu repose sur les couleurs : il n’est pas adapté en cas de daltonisme. C’est une illustration inspirée d’une tâche classique de la neuropsychologie, pas un test : ses résultats ne disent rien d’un éventuel TDAH. Rien n’est enregistré.
Ce questionnaire, rédigé pour ce guide, n’est pas une échelle validée et ne pose aucun diagnostic. Il dessine un profil animé des fonctions qui semblent vous freiner le plus au quotidien, pour vous ou pour votre enfant. Seul un bilan neuropsychologique permet de mesurer réellement ces fonctions.
Affirmation 1
Un entraînement isolé, sans bilan, sans stratégie ni accompagnement, transfère peu à la vie quotidienne. Et rien ne « soigne » le TDAH : on apprend à mieux vivre avec.
Affirmation 2
Il dit quelles fonctions entraîner et sur quels points forts s’appuyer. Sans lui, on risque d’entraîner ce qui va déjà bien.
Affirmation 3
Elle permet de poursuivre le travail à la maison et d’utiliser les mêmes mots, ce qui favorise le transfert.
Affirmation 4
Ce sont deux aides différentes, qui peuvent se compléter. La décision concernant un traitement relève du médecin.
Affirmation 5
Oui, avec des exercices et des stratégies adaptés à leur vie : travail, études, organisation domestique.
C’est un accompagnement personnalisé, mené après un bilan neuropsychologique, qui entraîne l’attention, la mémoire de travail et les fonctions exécutives, et apprend des stratégies métacognitives pour mieux piloter son fonctionnement au quotidien.
Les fonctions entraînées progressent, surtout sur des tâches proches de l’entraînement. Le transfert à la vie quotidienne est plus discuté : il est favorisé par les stratégies métacognitives, l’application dans les situations réelles et l’implication des parents.
Cela dépend des objectifs. Un programme d’entraînement de la mémoire de travail dure quelques semaines avec des séances rapprochées ; un suivi ciblé peut durer quelques mois, avec des points d’étape réguliers.
La remédiation travaille les fonctions cognitives ; la psychothérapie travaille la motivation, l’anxiété, l’estime de soi et les émotions, qui conditionnent l’engagement et le transfert au quotidien. Les deux se renforcent.
Oui, c’est fortement recommandé. Le bilan neuropsychologique, qui commence par une évaluation intellectuelle, identifie les fonctions à travailler et les points forts sur lesquels s’appuyer. Un bilan récent réalisé ailleurs peut être utilisé.
Un premier rendez-vous permet de faire le point, de décider si un bilan est nécessaire et de construire un accompagnement associant remédiation cognitive et psychothérapie quand c’est utile. Enfants, adolescents et adultes sont reçus au cabinet ou en téléconsultation pour la psychothérapie.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.