Les étourderies
Un signe oublié dans un calcul juste, un mot sauté dans une consigne, une erreur dans un tableau au travail. Ce n’est pas l’ignorance, c’est le détail qui échappe.
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Elle ne dérange personne en classe. Il est « gentil mais lent ». Elle « pourrait mieux faire si elle se concentrait ». Le TDAH sans hyperactivité, appelé aujourd’hui présentation inattentive, passe souvent inaperçu pendant des années. Pourtant, il pèse autant que les formes bruyantes sur l’école, le travail et l’estime de soi. Voici comment le reconnaître, chez l’enfant rêveur comme chez l’adulte épuisé.
Beaucoup de personnes disent « TDA » pour parler d’un trouble de l’attention sans agitation, et « TDAH » quand l’hyperactivité est présente. Ce vocabulaire a une histoire. En 1980, le DSM-III parlait d’un trouble déficitaire de l’attention, avec ou sans hyperactivité. Quelques années plus tard, les classifications ont réuni l’ensemble sous un seul nom, le TDAH, puis distingué des sous-types. Depuis le DSM-5, on parle de présentations, un mot choisi pour souligner qu’elles peuvent changer au cours de la vie.
Officiellement, il n’existe donc plus de « TDA » distinct : il existe un TDAH, avec une présentation à prédominance inattentive, une présentation à prédominance hyperactive-impulsive, ou une présentation combinée. La CIM-11 de l’Organisation mondiale de la santé, sous le code 6A05, propose la même logique. Le mot TDA reste toutefois très utilisé, et il a un mérite : il rappelle qu’on peut avoir un TDAH sans jamais avoir grimpé aux rideaux.
Le H de TDAH n’est pas obligatoire. L’inattention, elle, fait le cœur du trouble pour beaucoup de personnes.
La page histoire du TDAH, CIM-11 et DSM-5-TR raconte en détail cette évolution des noms et des critères.
Pour toutes les présentations, les règles de base sont les mêmes : des symptômes présents depuis au moins six mois, plusieurs d’entre eux apparus avant 12 ans, observés dans au moins deux milieux (maison, école, travail, amis), avec un retentissement réel, et qui ne s’expliquent pas mieux par un autre trouble. La présentation décrit ce qui domine sur les six derniers mois. Choisissez un onglet.
Le TDA, au sens courant. Au moins six signes d’inattention (cinq à partir de 17 ans), mais pas assez de signes d’hyperactivité-impulsivité pour la présentation combinée. L’enfant rêve, oublie, perd, se fatigue vite, met trois heures à faire ses devoirs. Il dérange peu, d’où un repérage souvent tardif.
La forme la plus visible. Au moins six signes d’hyperactivité-impulsivité, avec peu de signes d’inattention. On la rencontre surtout chez le jeune enfant, avant que les exigences d’attention de l’école ne révèlent d’autres difficultés.
La plus fréquente en consultation. Les deux séries de critères sont remplies. C’est le portrait le plus connu du grand public, celui de l’enfant à la fois distrait et agité.
Les présentations bougent. Avec l’âge, l’hyperactivité visible diminue souvent : le petit garçon qui courait partout devient un adolescent qui pianote, puis un adulte qui ressent une agitation intérieure. Beaucoup de personnes passent ainsi d’une présentation combinée à une présentation inattentive, sans que leur TDAH ait disparu. L’inattention, elle, a tendance à persister.
Les classifications décrivent neuf manifestations de l’inattention. Les voici reformulées avec des exemples concrets. Avoir quelques-uns de ces traits est banal : ce qui compte, c’est leur nombre, leur intensité, leur ancienneté et leur retentissement.
Un signe oublié dans un calcul juste, un mot sauté dans une consigne, une erreur dans un tableau au travail. Ce n’est pas l’ignorance, c’est le détail qui échappe.
Difficile de rester accroché à une lecture, un cours, une réunion. Au bout de trois pages, on se rend compte qu’on a lu sans rien retenir.
On vous parle, vous répondez « oui oui » et vous n’avez rien entendu. L’esprit était parti, sans que vous l’ayez vu partir.
On commence avec entrain, puis on s’égare en route. Les consignes en plusieurs étapes se perdent après la deuxième.
Cartable en vrac, bureau chaotique, papiers égarés, échéances confuses. Organiser demande un effort permanent.
Les devoirs longs, les rapports, les formulaires sont repoussés. Pas par paresse : parce qu’ils coûtent beaucoup plus d’énergie qu’aux autres.
Clés, trousse, téléphone, carte bancaire, lunettes. Certains foyers ont un budget « gants perdus » et un abonnement au service des objets trouvés.
Un bruit, un mouvement, une pensée suffisent à décrocher. Chez l’adulte, ce sont souvent les pensées elles-mêmes qui distraient.
Rendez-vous, rappels, courses, coups de fil promis. Voir la page oublis et mémoire de travail.
La page inattention détaille chacun de ces signes et leurs mécanismes, et la page symptômes du TDAH présente l’ensemble du tableau.
Un enfant qui court dans la classe se remarque le premier jour. Un enfant qui regarde les nuages par la fenêtre peut passer toute sa scolarité sans qu’on s’en inquiète. C’est le grand paradoxe du TDAH inattentif : il gêne surtout celui qui le vit.
Portrait inventé pour ce guide
Léa, 10 ans, est décrite par sa maîtresse comme « adorable, discrète, mais toujours ailleurs ». Elle oublie ses affaires, ne termine pas ses exercices, met deux heures à faire une page de devoirs, et pleure le dimanche soir. Ses résultats sont moyens. On a dit à ses parents qu’elle « manquait de maturité ».
Quelle est la meilleure démarche ?
Certains enfants et adultes inattentifs présentent un ensemble de traits un peu particulier : rêverie excessive, impression de brouillard mental, lenteur, somnolence, regard dans le vide. Les chercheurs l’ont longtemps appelé « tempo cognitif lent », et proposent aujourd’hui l’expression « syndrome de désengagement cognitif ». Il ne s’agit pas d’un diagnostic officiel. Ces traits recoupent en partie le TDAH inattentif, mais ils semblent aussi constituer une dimension distincte, plus souvent associée à l’anxiété et à la dépression. Un bilan soigneux permet de les décrire.
En consultation pédiatrique, on reçoit nettement plus de garçons que de filles pour un TDAH. À l’âge adulte, l’écart se resserre beaucoup. Une partie de cette différence tient au repérage : les filles présentent plus souvent une forme inattentive, et elles sont nombreuses à compenser par des efforts considérables, du perfectionnisme ou une grande conformité aux attentes.
Résultat : des jeunes filles décrites comme « bavardes », « tête en l’air », « émotives » ou « anxieuses », dont le TDAH n’est identifié qu’à l’âge adulte, parfois après une dépression, un trouble alimentaire ou un épuisement. Nous consacrons une page entière à ce sujet : le TDAH au féminin.
Chez l’adulte, la présentation inattentive est très fréquente, soit parce qu’elle l’a toujours été, soit parce que l’agitation s’est apaisée avec les années. L’hyperactivité ne disparaît pas toujours : elle change de forme. Elle devient une impatience, une incapacité à rester sans rien faire, des pensées qui ne s’arrêtent jamais, une jambe qui bat sous la table pendant les réunions.
Le diagnostic arrive souvent tard : après un burn-out, une reprise d’études difficile, une séparation, ou quand un enfant est diagnostiqué et que le parent se reconnaît dans chaque ligne du compte rendu. Pour l’adulte, le questionnaire ASRS en ligne est un bon premier repère, et la page TDAH de l’adulte détaille la démarche. Voir aussi hérédité et TDAH.
Deux portraits inventés. Si chacun remplissait tous les critères de durée et de retentissement, quelle présentation évoqueraient-ils ?
Portrait 1
Thomas, 6 ans, ne reste pas assis pendant le repas, coupe la parole, grimpe partout, ne supporte pas d’attendre son tour, mais suit bien les consignes à l’école et termine ses coloriages avec soin.
Quelle présentation domine ?
Portrait 2
Nadia, 34 ans, comptable, perd régulièrement ses clés, oublie ses rendez-vous, procrastine sur tout ce qui est administratif, décroche en réunion et fait des erreurs d’inattention qu’elle passe ses soirées à vérifier. Elle est calme, posée, et ne coupe jamais la parole.
Quelle présentation domine ?
Ce questionnaire, rédigé pour ce guide, dessine un profil animé selon les trois dimensions du TDAH. Il peut être rempli pour soi ou pour un enfant. Il ne pose aucun diagnostic : un TDAH ne se diagnostique qu’après un entretien approfondi et une évaluation. Pensez aux six derniers mois.
L’inattention est un symptôme très peu spécifique : une multitude de situations peuvent la produire. C’est pourquoi un « TDA » ne se diagnostique jamais sur une impression, ni sur un questionnaire seul. Avant de conclure, il faut penser à :
Ces situations peuvent aussi s’ajouter à un vrai TDAH. Tout l’enjeu est de ne pas en oublier, et de ne pas en inventer. La page erreurs de diagnostic y est entièrement consacrée.
Le bilan TDAH réalisé par la neuropsychologue associe un entretien détaillé sur l’histoire depuis l’enfance, des questionnaires remplis par la personne, ses parents ou ses enseignants, des épreuves d’attention et de fonctions exécutives, et une échelle de Wechsler (WISC pour l’enfant, WAIS pour l’adulte). Il n’existe pas de « profil type » du TDAH aux tests, mais l’ensemble des résultats, confronté à l’histoire, permet de conclure avec prudence. Le psychothérapeute apporte un second regard sur l’anxiété, l’humeur et le vécu, et accompagne ensuite la personne, en TCC, en EMDR ou en approche analytique selon ses besoins.
Oui, globalement. La psychoéducation, les aménagements scolaires ou professionnels, la remédiation cognitive et les thérapies cognitives et comportementales sont utiles quelle que soit la présentation. Les médicaments du TDAH peuvent aussi être efficaces dans la forme inattentive ; leur prescription et leur suivi relèvent du médecin. Voir psychothérapie et remédiation cognitive.
Le TDA désigne couramment un TDAH sans hyperactivité marquée. Officiellement, on parle aujourd’hui d’un seul trouble, le TDAH, avec trois présentations : inattentive, hyperactive-impulsive ou combinée. Le TDA correspond à la présentation inattentive.
Oui. Dans la présentation inattentive, l’agitation est absente ou discrète. Les difficultés portent sur l’attention, l’organisation, les oublis et la lenteur. Ce profil est souvent repéré plus tard, en particulier chez les filles et les adultes.
Non. La présentation inattentive peut avoir un retentissement aussi important sur la scolarité, le travail et l’estime de soi. Elle est simplement moins visible, ce qui retarde souvent l’aide.
Non. Beaucoup d’enfants rêveurs n’ont aucun trouble. On pense à un TDAH inattentif quand la rêverie s’accompagne de nombreux autres signes, depuis longtemps, dans plusieurs milieux, avec un vrai retentissement. L’anxiété, le sommeil, la vue, l’audition ou un trouble dys doivent aussi être explorés.
Oui. C’est même fréquent : l’hyperactivité visible diminue souvent à l’adolescence et à l’âge adulte, tandis que l’inattention persiste. Une personne peut ainsi passer d’une présentation combinée à une présentation inattentive.
Si vous vous reconnaissez, vous ou votre enfant, dans ce portrait du TDAH inattentif, un premier rendez-vous permet de faire le point et de décider ensemble si un bilan est utile. Enfants, adolescents et adultes sont reçus à Colombes, à Pavillons-sous-Bois, en Ardèche ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.