Des traits partagés
Les variations génétiques associées au TDAH sont présentes, en moindre quantité, chez tout le monde. Le TDAH est l’extrémité d’une dimension humaine.
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« Il est exactement comme son père. » La phrase revient souvent en consultation, parfois avec un sourire, parfois avec une pointe de reproche. Elle contient une part de vérité : le TDAH est l’un des troubles les plus héréditaires de la psychiatrie. Mais il n’existe pas de « gène du TDAH », l’environnement compte aussi, et l’éducation n’en est pas la cause. Démêlons ce qui se transmet et ce qui ne se transmet pas.
Les études de familles, de jumeaux et d’enfants adoptés convergent depuis des décennies : le TDAH est en grande partie d’origine génétique. Quand un parent a un TDAH, ses enfants ont un risque nettement plus élevé que la moyenne d’en avoir un aussi. Les frères et sœurs d’un enfant TDAH sont eux aussi plus souvent concernés. Et les jumeaux identiques se ressemblent beaucoup plus, pour le TDAH, que les faux jumeaux.
Ces études permettent d’estimer l’héritabilité du TDAH, généralement autour de 70 à 80 %. C’est un chiffre élevé, comparable à celui de la taille. Mais il est souvent mal compris, alors arrêtons-nous un instant.
Dans une population donnée, environ les trois quarts des différences entre les personnes, pour les traits du TDAH, s’expliquent par des différences génétiques. Le reste s’explique par l’environnement, au sens très large : grossesse, naissance, santé, événements de vie, hasard du développement.
Il ne veut pas dire qu’un parent TDAH a 75 % de risque de transmettre le trouble, ni que le TDAH d’une personne vient « à 75 % » de ses parents. Il ne veut pas dire non plus que l’environnement ne sert à rien : la taille est très héréditaire, et pourtant l’alimentation la fait varier.
Les vrais jumeaux partagent la quasi-totalité de leurs gènes, les faux jumeaux environ la moitié, comme des frères et sœurs ordinaires. Les deux grandissent en général dans la même famille. Si les vrais jumeaux se ressemblent beaucoup plus que les faux pour un trait donné, c’est que les gènes jouent un rôle important. En comparant ces ressemblances sur des milliers de paires, dans plusieurs pays, les chercheurs estiment la part génétique. Les études d’adoption, qui comparent les enfants à leurs parents biologiques et adoptifs, vont dans le même sens.
Il n’existe pas « un » gène du TDAH, comme il existe un gène de la mucoviscidose. Les grandes études génétiques, menées sur des dizaines de milliers de personnes, ont identifié des dizaines de régions du génome associées au TDAH, et l’on estime que des milliers de variations y contribuent. Chacune a un effet minuscule. C’est leur accumulation, combinée à l’environnement, qui augmente la probabilité de développer un TDAH.
Une image : chaque variation est comme une goutte d’eau dans un verre. Une goutte ne fait rien. Des centaines de gouttes finissent par remplir le verre, et ce sont parfois de petits événements de la vie qui le font déborder. C’est pourquoi le TDAH se présente comme un continuum : on peut avoir quelques traits sans avoir de trouble, et la frontière se situe là où les difficultés deviennent gênantes au quotidien.
Les variations génétiques associées au TDAH sont présentes, en moindre quantité, chez tout le monde. Le TDAH est l’extrémité d’une dimension humaine.
Une partie de ces variations est partagée avec l’autisme, les troubles dys, la dépression ou l’anxiété. D’où les associations fréquentes dans une même famille.
Aucun test génétique ne permet aujourd’hui de diagnostiquer un TDAH. Le diagnostic reste clinique, fondé sur l’histoire et l’évaluation.
Oui. Certains syndromes génétiques, souvent associés à d’autres signes comme une déficience intellectuelle, des particularités physiques ou des problèmes de santé, s’accompagnent fréquemment de symptômes de TDAH. Dans ces situations, le médecin peut proposer une consultation de génétique médicale. Mais pour l’immense majorité des personnes TDAH, il n’y a pas d’anomalie génétique unique à rechercher.
Touchez chaque membre de la famille pour indiquer ce que vous savez de lui : des traits qui font penser au TDAH (distraction, impulsivité, désorganisation, agitation), un TDAH diagnostiqué, ou un autre trouble du neurodéveloppement (dys, autisme). Chaque nouvelle touche change l’état. Ce jeu ne calcule aucun risque : il sert à prendre conscience de l’histoire familiale, et à préparer un entretien. Rien n’est enregistré.
Touchez les cases de l’arbre pour commencer.
Ce jeu est pédagogique. Une histoire familiale riche en traits ou en diagnostics ne suffit pas à poser un diagnostic, et une famille sans antécédent connu n’exclut pas un TDAH : beaucoup d’adultes des générations précédentes n’ont jamais été évalués.
C’est une scène que nous vivons très souvent au cabinet. Pendant la restitution du bilan d’un enfant, la neuropsychologue décrit l’attention qui s’échappe, les oublis, l’impulsivité, les devoirs interminables. Un parent se tait, puis lâche : « Mais… c’est moi, ça. » Parfois, c’est l’autre parent qui le dit à sa place, avec un regard en coin.
Puisque le TDAH est très héréditaire, il est fréquent qu’un parent, voire les deux, aient eux-mêmes un TDAH non diagnostiqué. Ils ont grandi à une époque où l’on parlait d’enfants « turbulents », « rêveurs » ou « pas assez travailleurs », et ont construit leur vie avec, parfois brillamment, parfois difficilement. Le diagnostic de l’enfant éclaire soudain leur propre histoire.
Reconnaître son propre TDAH, ce n’est pas se mettre au centre : c’est souvent la meilleure chose qu’un parent puisse faire pour son enfant.
La question de « l’œuf ou la poule » n’a donc pas vraiment de sens : les gènes communs, les réactions de chacun et l’histoire familiale s’entremêlent. Ce qui compte, c’est de regarder la famille comme un système, et d’aider chacun à sa mesure. La vidéo d’une consultation familiale autour d’un enfant TDAH, HPI et TOP montre comment nous travaillons avec toute la famille.
Ce questionnaire, rédigé pour ce guide, s’adresse aux parents d’un enfant TDAH ou en cours d’évaluation, qui se demandent s’ils se reconnaissent dans ses difficultés. Il ne pose aucun diagnostic. Pensez à votre vie d’adulte et à votre enfance.
Si les gènes expliquent une grande part du TDAH, ils n’expliquent pas tout. Plusieurs facteurs de l’environnement, surtout pendant la grossesse et les premières années, sont associés à un risque plus élevé. Il s’agit de facteurs de risque : ils augmentent la probabilité, sans causer à coup sûr un TDAH, et la plupart des enfants exposés n’en développent pas.
Naître très tôt, ou avec un petit poids de naissance, est l’un des facteurs les mieux documentés. Plus la naissance est précoce, plus le risque augmente. Un suivi du développement est donc précieux. Voir diagnostic précoce.
L’exposition à l’alcool avant la naissance peut entraîner des troubles du développement, dont des difficultés d’attention et d’impulsivité très proches du TDAH. Aucune quantité d’alcool n’est considérée comme sans risque pendant la grossesse.
Le tabagisme pendant la grossesse et l’exposition à certains toxiques, comme le plomb, sont associés au TDAH. Pour le tabac, une partie du lien semble s’expliquer par la génétique familiale elle-même.
Des privations affectives sévères, des négligences graves ou des maltraitances peuvent produire des difficultés d’attention et d’agitation, qui ressemblent parfois au TDAH sans en être. Voir TDAH et trauma.
Gènes et environnement ne s’additionnent pas simplement : ils interagissent. Une même exposition n’aura pas le même effet selon la sensibilité génétique de l’enfant, et un environnement soutenant peut atténuer l’expression des difficultés. C’est l’une des raisons pour lesquelles deux frères avec les mêmes parents peuvent être si différents.
Non. La culpabilité ne répare rien et n’aide pas l’enfant. Une naissance prématurée n’est presque jamais un choix. Quant au tabac, il est le plus souvent lié à une dépendance difficile, et son lien avec le TDAH est en partie expliqué par des facteurs familiaux communs. Ce qui compte aujourd’hui, c’est ce que l’on peut faire pour l’enfant : l’évaluer, le comprendre et l’accompagner.
Autour des causes du TDAH circulent beaucoup d’idées reçues, souvent culpabilisantes pour les parents. Testez vos connaissances.
Affirmation 1
Faux. Le TDAH n’est pas causé par l’éducation. Des parents très structurants peuvent avoir un enfant TDAH, et des parents débordés un enfant sans TDAH. L’éducation influence en revanche la façon dont l’enfant vit ses difficultés.
Affirmation 2
Faux. Les études qui ont comparé du sucre et un placebo, sans que les parents sachent ce que l’enfant avait reçu, n’ont pas montré d’effet. Une alimentation équilibrée reste bonne pour la santé, mais le sucre ne cause pas le TDAH.
Affirmation 3
Faux. Le TDAH a été décrit bien avant les écrans. Un usage excessif peut aggraver le sommeil, l’attention et l’agitation, mais il ne crée pas le trouble. Voir TDAH, écrans et addictions.
Affirmation 4
Vrai. Le risque est nettement plus élevé que dans la population générale, mais ce n’est jamais une certitude. Beaucoup d’enfants de parents TDAH n’ont pas de TDAH.
Affirmation 5
Faux. Ces situations peuvent rendre un enfant triste, anxieux ou agité pendant un temps, mais elles ne causent pas de TDAH. Un TDAH suppose des signes présents depuis la petite enfance, dans tous les milieux.
Affirmation 6
C’est plus nuancé, et plutôt faux. La myopie est très génétique, et les lunettes changent tout. Pour le TDAH, la psychoéducation, les aménagements, les psychothérapies, la remédiation cognitive et, si besoin, les médicaments améliorent nettement la vie quotidienne.
D’autres idées reçues sont passées au crible dans la page idées reçues sur le TDAH.
L’éducation ne cause pas le TDAH. Mais elle compte énormément pour la suite. Un enfant TDAH entouré de compréhension, de règles claires et prévisibles, d’encouragements précis et d’aménagements adaptés ne vivra pas son trouble de la même façon qu’un enfant qui n’entend que des reproches. Elle n’efface pas le TDAH ; elle change la trajectoire.
Parce que le TDAH est une affaire de famille, le cabinet peut évaluer l’enfant et, si besoin, le parent qui se reconnaît dans ses difficultés. La neuropsychologue réalise les bilans TDAH de l’enfant et de l’adulte, avec une échelle de Wechsler adaptée à l’âge. Le psychothérapeute, formé à la thérapie familiale et de couple, accompagne la famille entière : alliance des parents, conflits, fratrie, et travail sur la culpabilité qui accompagne souvent la découverte d’un TDAH familial. Voir le double regard du cabinet.
En grande partie, oui. Son héritabilité est estimée autour de 70 à 80 %, ce qui en fait l’un des troubles les plus héréditaires. Mais il ne dépend pas d’un gène unique : des milliers de variations génétiques y contribuent, en interaction avec l’environnement.
Pas forcément. Son risque est plus élevé que dans la population générale, mais beaucoup d’enfants de parents TDAH n’en ont pas. Savoir que le trouble existe dans la famille permet surtout d’être attentif et de consulter tôt si des difficultés apparaissent.
Des deux possiblement. Le TDAH ne se transmet pas par un seul parent ni par un chromosome particulier : les variations génétiques qui y contribuent peuvent venir de l’un comme de l’autre, et s’additionner.
Non. Aucun test génétique ne permet aujourd’hui de diagnostiquer un TDAH. Le diagnostic repose sur un entretien approfondi, l’histoire depuis l’enfance, des questionnaires et une évaluation neuropsychologique.
Non. L’éducation ne cause pas le TDAH. Elle influence en revanche la façon dont l’enfant vit ses difficultés, son estime de soi et l’apparition de troubles associés. Des outils éducatifs adaptés aident beaucoup les familles.
Si le TDAH de votre enfant vous fait vous interroger sur vous-même, ou si plusieurs membres de votre famille semblent concernés, un premier rendez-vous permet de faire le point, pour l’enfant, pour le parent et pour la famille. Nous recevons à Colombes, à Pavillons-sous-Bois, en Ardèche ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.