Fuir le vide
Une file d’attente, un trajet, une soirée sans projet : le téléphone sort tout seul de la poche.
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« Encore une partie. » « Juste une dernière vidéo. » « Un joint, c’est la seule chose qui me calme. » Le cerveau TDAH s’ennuie vite et cherche la stimulation : les écrans, les jeux et certaines substances lui offrent exactement ce qu’il réclame, tout de suite. Cette page explique pourquoi les personnes avec un TDAH sont plus exposées aux usages excessifs et aux addictions, sans les juger, et ce qui aide réellement à reprendre la main.
Les études sont concordantes : les personnes avec un TDAH ont, en moyenne, un risque nettement plus élevé de développer un usage problématique de substances ou de comportements (tabac, cannabis, alcool, jeux d’argent, jeux vidéo, achats). Ce risque n’est pas une fatalité, et la grande majorité des personnes avec un TDAH ne développent pas d’addiction. Mais il mérite d’être connu, pour être prévenu.
Plusieurs mécanismes se combinent. Le premier est l’intolérance à l’ennui : pour un cerveau TDAH, l’ennui n’est pas un simple désagrément, c’est un état presque douloureux, que l’on cherche à fuir par tous les moyens. Le deuxième est la sensibilité à la récompense immédiate : le circuit de la récompense semble fonctionner différemment dans le TDAH, avec une préférence marquée pour ce qui fait plaisir maintenant plutôt que plus tard. Le troisième est l’impulsivité : la difficulté à freiner l’envie au moment où elle surgit. S’y ajoutent souvent des émotions intenses, une estime de soi abîmée, des troubles du sommeil et parfois un isolement, qui rendent tout ce qui apaise vite très attirant.
Une file d’attente, un trajet, une soirée sans projet : le téléphone sort tout seul de la poche.
Un « j’aime », un niveau gagné, une bouffée : la récompense arrive en une seconde, là où le travail paie dans six mois.
Savoir qu’il faudrait s’arrêter ne suffit pas quand le frein s’enclenche trop tard. Ce n’est pas un manque de volonté.
Les applications les plus populaires sont conçues pour retenir l’attention le plus longtemps possible : défilement infini, notifications, vidéos courtes qui s’enchaînent, récompenses imprévisibles (on ne sait jamais si la prochaine vidéo sera drôle ou si un message nous attend). Ce principe de récompense aléatoire est le même que celui des machines à sous. Il fonctionne sur tout le monde, et il fonctionne encore mieux sur un cerveau qui cherche la nouveauté.
Avec un TDAH, plusieurs scénarios sont très fréquents. Le trou noir du soir : on ouvre le téléphone au lit « cinq minutes », et il est deux heures du matin. Le zapping permanent : impossible de regarder un film sans faire défiler autre chose en même temps. La fuite des tâches : chaque difficulté (un mail pénible, un exercice dur) déclenche un réflexe de défilement. Et la comparaison sociale, qui abîme une estime de soi souvent déjà fragile.
Oui, et il est important de le dire. Les écrans permettent d’apprendre (vidéos explicatives, cours en ligne), de créer (montage, musique, dessin), de garder des liens, notamment pour les adolescents isolés ou harcelés qui trouvent en ligne des amis qui leur ressemblent. Les outils numériques compensent aussi certaines difficultés : agendas, rappels, synthèse vocale. La question n’est donc pas « écran ou pas écran », mais quel usage, combien, à quel moment, et à la place de quoi.
Parce que le jeu vidéo offre tout ce qui manque à la lecture pour un cerveau TDAH : des stimulations rapides, des récompenses immédiates, un défi ajusté à son niveau, de la nouveauté permanente. Cette capacité à rester concentré sur un écran n’exclut pas un TDAH : c’est même une observation très typique, liée à l’hyperfocus. Le TDAH n’est pas une incapacité à se concentrer, c’est une difficulté à diriger son attention vers ce qui n’est pas spontanément stimulant.
Beaucoup de jeunes et d’adultes avec un TDAH sont passionnés de jeux vidéo. Pour eux, le jeu est souvent un lieu de réussite, là où l’école ou le travail renvoient surtout des échecs : on progresse, on est reconnu, on maîtrise. C’est aussi un lieu social, en ligne, avec des amis. Ces fonctions sont précieuses et méritent d’être reconnues avant de parler de limites.
La CIM-11 décrit un trouble du jeu vidéo (6C51), qui ne se définit pas par le temps passé mais par trois éléments : une perte de contrôle (on joue plus longtemps ou plus souvent que prévu, sans arriver à s’arrêter), une priorité croissante donnée au jeu au détriment des autres intérêts et obligations, et la poursuite du jeu malgré des conséquences négatives nettes (scolarité, travail, sommeil, relations). Ces difficultés doivent en général durer depuis au moins un an et entraîner une gêne importante. Un adolescent qui joue beaucoup pendant les vacances tout en voyant ses amis et en dormant correctement n’a pas de trouble du jeu vidéo.
Entre l’usage ordinaire et l’addiction, il existe toute une gamme de situations. Ce curseur, valable pour les écrans comme pour les substances, aide à se situer. Il est pédagogique : il ne sert pas à poser un diagnostic.
Le tabac, ou la nicotine qui concentre. Les personnes avec un TDAH fument plus souvent, commencent plus tôt et ont plus de mal à arrêter. La nicotine améliore brièvement l’attention et la sensation de calme, ce qui renforce l’habitude. Le sevrage, qui rend irritable et dispersé, est souvent plus difficile. Il gagne à être préparé avec un médecin ou un tabacologue, en tenant compte du TDAH, et les substituts nicotiniques aident beaucoup.
Le cannabis, ou le calme qui coûte cher. Beaucoup d’adolescents et d’adultes avec un TDAH disent fumer « pour se calmer », « pour dormir » ou « pour arrêter les pensées ». L’effet d’apaisement est réel sur le moment, mais le cannabis aggrave à moyen terme ce qu’il prétend soulager : l’attention, la mémoire, la motivation, le sommeil de qualité. Chez les adolescents, dont le cerveau est en développement, les risques sont plus importants, et chez les personnes vulnérables, il augmente le risque de troubles psychotiques. Les produits actuels sont beaucoup plus concentrés qu’il y a trente ans.
L’alcool, ou le frein encore plus lâche. L’alcool lève les inhibitions : chez une personne déjà impulsive, il augmente le risque d’excès, de prises de risque (conduite, sexualité, bagarres) et de décisions regrettées. Certains l’utilisent pour se sentir à l’aise en société ou pour « couper » le soir. Une consommation régulière abîme aussi le sommeil et l’humeur, et peut rendre plus difficile l’évaluation d’un TDAH.
Les jeux d’argent, ou l’adrénaline qui ruine. Paris sportifs, poker en ligne, jeux de grattage : la récompense imprévisible et l’excitation de l’attente attirent particulièrement les personnes impulsives et en quête de sensations. Le trouble du jeu d’argent (6C50 dans la CIM-11) se caractérise par la perte de contrôle, la priorité croissante et la poursuite malgré les pertes. Les jeux vidéo qui intègrent des achats aléatoires (coffres à butin) s’en rapprochent dangereusement.
La caféine, les boissons énergisantes et le reste. Le café en grande quantité et les boissons énergisantes sont souvent utilisés comme « carburant » de l’attention. À dose modérée, rien d’inquiétant ; à forte dose, ils aggravent l’anxiété et le sommeil. D’autres comportements peuvent prendre une allure addictive : achats compulsifs, crises alimentaires, sexualité compulsive. Enfin, les stimulants pris hors prescription, parfois pour réviser, sont dangereux : un traitement du TDAH ne se prend que sur prescription et avec un suivi médical.
Une consommation quotidienne chez un adolescent, des mélanges de produits, des prises de risque graves (conduite après consommation), des idées noires, une perte de contact avec la réalité ou une détresse importante justifient une consultation rapide auprès d’un médecin. En cas de danger immédiat, adressez-vous aux services d’urgence.
Derrière presque chaque usage excessif, il y a une fonction : quelque chose que la personne cherche à obtenir ou à éviter. Les cliniciens parlent parfois d’« automédication » : on utilise un produit ou un comportement pour soulager un état difficile, faute d’autre solution. Comprendre cette fonction ne revient pas à excuser ; c’est la condition pour trouver d’autres moyens d’obtenir ce dont on a besoin. Touchez les cartes.
Cette lecture rejoint l’approche psychanalytique, qui s’intéresse à ce que l’objet de l’addiction vient combler ou apaiser dans l’histoire de la personne, et les TCC, qui analysent les déclencheurs, les pensées et les conséquences de chaque consommation. Quand la consommation sert à supporter des souvenirs douloureux, l’EMDR peut aider à les retraiter. Voir TDAH et trauma.
Les écrans sont l’un des premiers sujets de conflit dans les familles concernées. Interdire tout est rarement tenable, et souvent contre-productif avec un adolescent. Laisser faire sans cadre expose à des débordements que le jeune, avec son TDAH, a beaucoup de mal à réguler seul. Entre les deux, quelques principes aident.
Évitez l’interrogatoire et la panique, qui ferment la discussion. Choisissez un moment calme, dites ce que vous avez remarqué et ce qui vous inquiète, demandez-lui ce que le produit lui apporte. Écoutez sa réponse : « ça me calme », « ça m’aide à dormir » sont des informations précieuses. Rappelez les règles de la maison et vos limites, et proposez de rencontrer ensemble un professionnel. Un accompagnement familial peut aider à sortir du rapport de force. Voir le TDAH de l’adolescent et TDAH et famille.
Chez beaucoup de personnes qui consultent pour une addiction, un TDAH n’a jamais été repéré. Le reconnaître et le traiter change souvent la donne, car on soigne alors aussi ce que la consommation tentait de soulager.
Plutôt que de convaincre, aider la personne à explorer elle-même ses raisons de changer et ses hésitations. Cette approche respectueuse est particulièrement efficace dans les addictions.
Repérer les situations à risque, les pensées qui poussent à consommer, préparer des alternatives, gérer l’envie quand elle surgit. Voir TDAH et TCC.
Comprendre ce que la consommation vient apaiser : un vide, une angoisse, une blessure ancienne. L’approche analytique et l’EMDR y contribuent. Voir TDAH et psychanalyse.
Réduire l’accès : bloqueurs d’applications, téléphone hors de la chambre, pas de stock à la maison, moyens de paiement retirés des sites de jeux. La volonté marche mieux quand le décor l’aide.
Le sevrage de certaines substances, le traitement éventuel du TDAH et les troubles associés relèvent du médecin, avec qui le travail psychothérapeutique se coordonne.
Le psychothérapeute accompagne les personnes confrontées à une addiction, avec une approche intégrative (TCC, EMDR, approche analytique) décrite sur la page addictologie, en lien avec le médecin. La neuropsychologue peut évaluer un TDAH sous-jacent, en tenant compte des effets des consommations sur les résultats. Les familles peuvent être reçues.
Une situation inventée pour ce guide.
Situation
Hugo, 17 ans, a un TDAH diagnostiqué à 9 ans. Il a arrêté son traitement au collège. Depuis un an, il fume du cannabis chaque soir « pour arriver à dormir et arrêter de penser ». Ses notes chutent, il se dispute souvent avec ses parents, qui ont découvert sa consommation.
Quelle approche a le plus de chances d’aider Hugo ?
Ce questionnaire, rédigé pour ce guide, vous aide à faire le point sur votre usage des écrans, des jeux ou d’une substance (choisissez celui qui vous préoccupe le plus et gardez-le en tête pour toutes les questions). Il ne pose aucun diagnostic. Pensez aux trois derniers mois.
Non. Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement, en grande partie héréditaire. Un usage excessif des écrans peut en revanche aggraver le sommeil, l’attention et l’humeur, et produire des difficultés qui ressemblent à un TDAH sans en être un. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’évaluation doit être soigneuse.
Parce que plusieurs caractéristiques du TDAH se combinent : l’intolérance à l’ennui, la préférence pour les récompenses immédiates, l’impulsivité, les émotions intenses et souvent une estime de soi fragile. Les produits et les écrans soulagent vite ces difficultés, ce qui favorise l’habitude.
Les études ne montrent pas qu’un traitement bien encadré augmente ce risque ; plusieurs suggèrent même un effet plutôt protecteur. La décision, la prescription et le suivi relèvent du médecin, qui tient compte de la situation de chaque personne.
Pas forcément. Le trouble du jeu vidéo se définit par la perte de contrôle, la priorité croissante donnée au jeu et la poursuite malgré des conséquences nettes, sur une longue durée. Le temps passé seul ne suffit pas. Surveillez surtout le sommeil, les relations, la scolarité et les colères à l’arrêt.
Il donne une impression de calme sur le moment, mais il aggrave à moyen terme l’attention, la mémoire, la motivation et la qualité du sommeil, avec des risques plus élevés chez l’adolescent. D’autres moyens de s’apaiser, et une évaluation du TDAH et du sommeil, sont plus utiles.
Un premier rendez-vous permet de faire le point sur un usage qui inquiète, le vôtre ou celui de votre enfant, et de rechercher un TDAH qui n’aurait pas été repéré. Le cabinet reçoit adolescents, adultes et familles à Colombes, aux Pavillons-sous-Bois, en Ardèche et en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.