Le tour de parole
On attend une pause, un regard, une respiration de l’autre avant de prendre la parole. Couper est perçu comme un manque d’intérêt.
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Les personnes TDAH ne manquent ni d’envie d’amis, ni de chaleur, ni d’humour. Mais la conversation qui file, la phrase qui sort avant d’avoir été pesée, l’anniversaire oublié et le message laissé sans réponse compliquent les liens. Enfant, adolescent ou adulte, comprendre ce qui se joue permet d’arrêter de se dire « je suis nul avec les gens » et d’apprendre des stratégies concrètes. À la fin de la page, un jeu vous propose de décoder six situations du quotidien.
Mise à jour le 23 octobre 2026 · Lecture : environ 16 minutes
Une idée reçue tenace veut que les enfants TDAH « ne savent pas se tenir ». En réalité, la plupart connaissent très bien les règles : si on leur demande comment se comporter dans un jeu, ils répondent juste. La difficulté n’est pas de savoir, mais de faire au bon moment, quand l’envie de parler, l’enthousiasme ou la frustration arrivent plus vite que le frein. C’est un peu comme connaître parfaitement le code de la route, mais conduire une voiture dont les freins réagissent avec une demi-seconde de retard.
Chacune des dimensions du TDAH laisse une empreinte sur la vie sociale. Touchez les onglets pour la découvrir.
Le fil qui s’échappe. L’inattention fait décrocher au milieu de ce que l’autre raconte, rater un indice dans son ton, répondre à côté. L’impulsivité fait couper la parole, terminer les phrases des autres, changer brusquement de sujet. L’interlocuteur peut se sentir peu écouté, alors que la personne TDAH était au contraire très intéressée, au point de ne pas pouvoir attendre.
Le jeu qui déraille. Attendre son tour, accepter les règles des autres, perdre sans exploser, ne pas changer les règles en cours de partie : les jeux de groupe mettent à l’épreuve le contrôle de soi. L’enfant TDAH est souvent le premier à inventer un jeu génial, et le premier à le faire dérailler quand il perd. Son énergie peut aussi être perçue comme envahissante.
L’amitié qui s’effiloche. Chez les adolescents et les adultes, les fonctions exécutives entrent en jeu : oublier l’anniversaire d’un ami, arriver en retard, annuler à la dernière minute, ne pas rappeler. Ces oublis sont souvent interprétés comme du désintérêt, alors qu’ils traduisent une difficulté avec le temps et la mémoire prospective. Voir oublis et mémoire de travail.
Le message envoyé trop vite. Une réponse impulsive dans un groupe, une blague mal comprise sans le ton de la voix, un message lu et oublié pendant trois semaines. Les messageries amplifient les malentendus. Une règle utile : ne jamais répondre à chaud à un message qui vous a piqué, et programmer des rappels pour ceux auxquels vous voulez répondre.
À ces difficultés s’ajoute souvent une grande intensité émotionnelle : une remarque anodine peut blesser profondément, une petite injustice déclencher une colère. Voir TDAH et émotions et émotions et TDAH.
Une conversation ordinaire ressemble à une partie de cartes dont personne n’explique jamais les règles, et où les règles changent légèrement selon la table : la cour de récréation, le repas de famille, la réunion de travail. La plupart des gens les apprennent sans s’en rendre compte, en observant. Le cerveau TDAH, occupé à mille autres choses, rate plus souvent ces petites observations. Voici les principaux codes qu’on joue sans les voir.
On attend une pause, un regard, une respiration de l’autre avant de prendre la parole. Couper est perçu comme un manque d’intérêt.
On reste sur le sujet, ou on annonce le changement : « Ça me fait penser à autre chose… ». Sauter du coq à l’âne déroute.
Un regard qui s’échappe, un sourire crispé, des bras croisés disent « ça suffit » bien avant les mots.
Physique (ne pas trop s’approcher), et intime (ne pas tout raconter à quelqu’un qu’on connaît depuis dix minutes).
Une blague drôle entre amis peut blesser en public. La même plaisanterie répétée cinq fois n’est plus drôle.
Laisser les autres choisir parfois le jeu ou le sujet, poser des questions sur eux, ne pas toujours avoir le dernier mot.
Les deux peuvent compliquer les relations, et ils peuvent coexister. Schématiquement, la personne TDAH connaît souvent les codes mais les rate dans le feu de l’action, à cause de l’inattention et de l’impulsivité. Dans le trouble du spectre de l’autisme, la difficulté porte davantage sur la compréhension intuitive des codes eux-mêmes, avec souvent des intérêts très spécifiques et un besoin de routines. Un bilan permet de faire la part des choses. Voir TDAH et autisme.
« Ta coupe de cheveux est bizarre. » « Je sais, tu me l’as déjà dit. » « Moi aussi, une fois, j’ai… » L’impulsivité verbale est l’une des difficultés sociales les plus fréquentes du TDAH. L’idée surgit, elle semble urgente, et elle sort, parfois brillante, parfois blessante, souvent au mauvais moment. La personne le regrette fréquemment dans la seconde, mais le mal est fait.
Pour aller plus loin sur les mécanismes : l’impulsivité dans le TDAH et fonctions exécutives et inhibition.
Les études sur les enfants TDAH montrent qu’ils sont plus souvent rejetés par leurs camarades, parfois très vite, dès les premières heures dans un nouveau groupe. Une fois installée, la réputation colle : même quand l’enfant progresse, les autres continuent de le voir comme « celui qui embête ». C’est pourquoi un nouveau départ (une nouvelle activité, un nouveau groupe) peut parfois être bénéfique, et pourquoi les adultes ont un rôle important pour valoriser l’enfant devant les autres.
Ce rejet répété laisse des traces. Beaucoup de personnes TDAH développent une grande sensibilité à la critique et au rejet : un ami qui ne répond pas, un regard agacé, une remarque au travail peuvent déclencher une douleur intense, de la colère ou un retrait. Certains se protègent en faisant le clown, d’autres en s’isolant, d’autres en cherchant à plaire à tout prix. Ce n’est pas un diagnostic officiel, mais c’est une expérience très fréquente, qui mérite d’être comprise et travaillée.
Les enfants observent la façon dont les adultes traitent un camarade. Un enseignant qui valorise publiquement l’enfant TDAH, qui lui confie une responsabilité appréciée (distribuer le matériel, présenter un exposé sur sa passion), change le regard du groupe. À l’inverse, les remarques répétées devant la classe renforcent sa mauvaise réputation.
Chez l’adulte, les relations amicales, professionnelles et amoureuses portent aussi l’empreinte du TDAH. Voir TDAH et vie de couple, TDAH, études et travail et, quand les relations deviennent violentes, TDAH et harcèlement.
Six situations inventées pour ce guide, de la cour de récréation au repas entre amis. Pour chacune, choisissez la réaction qui vous semble la plus ajustée. Vous gagnez deux points pour la réponse la plus adaptée, un point pour une réponse acceptable. Il n’y a pas de piège : le but est d’entraîner le radar social, pas de vous noter.
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Ce jeu est pédagogique, ses situations sont inventées et aucune réponse n’est enregistrée. Il ne mesure pas vos compétences sociales réelles.
Les compétences sociales s’apprennent, comme le vélo ou la natation, et surtout en pratiquant. Les entraînements sont plus efficaces quand ils se prolongent dans la vraie vie, avec l’aide des parents, des enseignants ou des proches, que lorsqu’ils restent cantonnés à une salle de consultation. Voici ce qui fonctionne le mieux.
Le travail sur les relations fait partie des suivis proposés aux enfants, aux adolescents et aux adultes TDAH : thérapies cognitives et comportementales avec jeux de rôle et mises en situation, travail sur la régulation émotionnelle et l’estime de soi, EMDR quand des humiliations passées pèsent encore, guidance des parents. Un bilan peut aider à distinguer ce qui relève du TDAH, d’un trouble du spectre de l’autisme, d’une anxiété sociale ou d’un haut potentiel. Voir aussi relations, harcèlement et isolement.
Il serait injuste de ne parler que des difficultés. Beaucoup de personnes TDAH sont des amis précieux, et leurs proches le disent souvent avec beaucoup de tendresse. Retournez les cartes.
Ce questionnaire a été rédigé pour ce guide. Il ne pose aucun diagnostic et ne remplace pas un bilan. Il peut être rempli par un adolescent ou un adulte pour lui-même, ou par un parent en pensant à son enfant. Il dessine un profil animé des domaines où les relations se compliquent le plus, pour savoir par où commencer.
Le plus souvent, ce n’est pas par manque d’envie : l’impulsivité, l’inattention en conversation et la difficulté à perdre ou à attendre son tour compliquent les jeux, et une mauvaise réputation peut s’installer vite. Favoriser une amitié à la fois, des goûters courts et structurés, des activités encadrées et un entraînement des compétences sociales aide beaucoup.
Pas vraiment : la plupart des personnes TDAH connaissent les codes, mais les ratent dans le feu de l’action, parce que l’attention décroche ou que l’impulsivité prend le dessus. Quand la compréhension intuitive des codes elle-même est difficile depuis l’enfance, un bilan peut rechercher aussi un trouble du spectre de l’autisme.
Quelques stratégies aident : noter son idée au lieu de la dire tout de suite, respirer trois fois avant de répondre, reformuler ce que l’autre vient de dire, et s’excuser rapidement quand on a coupé. Prévenir ses proches de cette difficulté rend aussi les échanges plus détendus.
C’est une réaction émotionnelle très intense à la critique, au rejet réel ou supposé, à un message sans réponse. Ce n’est pas un diagnostic officiel, mais une expérience fréquente chez les personnes TDAH, souvent liée à des années de remarques négatives. Elle se travaille en psychothérapie.
Ils peuvent l’être, surtout quand ce qui est appris en groupe est ensuite pratiqué dans la vraie vie avec l’aide des parents, des enseignants ou des proches. Ils sont plus efficaces associés à un travail sur les émotions et à une meilleure compréhension du TDAH par l’entourage.
Enfant, adolescent ou adulte, un accompagnement permet de comprendre ce qui coince, de travailler les émotions et les compétences sociales, et de reprendre confiance avec les autres. Le cabinet reçoit à Colombes, à Pavillons-sous-Bois, en Ardèche et en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.