Le temps mort
Convenir à l’avance d’un mot ou d’un geste qui signifie « pause ». Chacun s’éloigne vingt minutes, le temps que le corps redescende, puis on reprend.
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Au début, c’était une tornade d’attentions, de surprises et de messages à 2 heures du matin. Deux ans plus tard, l’anniversaire est oublié, le linge attend depuis trois jours et l’un des deux se sent devenu « le parent » de l’autre. Le TDAH ne condamne pas un couple, mais il crée des malentendus très typiques. Les comprendre, c’est déjà commencer à les réparer.
Beaucoup de couples où l’un des partenaires a un TDAH racontent un début de relation spectaculaire. La personne avec un TDAH est entièrement tournée vers l’autre : elle écoute, envoie des messages, invente des sorties, se souvient de chaque détail. La nouveauté, l’intensité, le désir : tout ce qui allume le cerveau TDAH est réuni. C’est ce que l’on appelle l’hyperfocus, appliqué à l’amour.
Puis, avec le temps, la relation devient familière. La nouveauté s’émousse, le quotidien prend sa place, et l’attention, qui ne se commande pas, retourne se disperser entre le travail, les passions, le téléphone. Pour le partenaire, le changement est déroutant : « Avant, il pensait à tout. Maintenant, il ne pense plus à moi. » En réalité, la personne aime toujours autant ; c’est son attention qui a changé de régime.
Voici le malentendu central des couples touchés par le TDAH. L’un des deux oublie : le pain, le rendez-vous chez le pédiatre, l’anniversaire de la belle-mère, la promesse de rappeler. L’autre en conclut, logiquement : « Si c’était important pour lui, il s’en souviendrait. Donc je ne suis pas important. » Cette conclusion est compréhensible, mais elle est souvent fausse.
Le TDAH n’est pas un trouble du savoir, c’est un trouble du « faire au bon moment ». La personne sait parfaitement que l’anniversaire est le 14. Mais le 14 au matin, rien ne vient lui rappeler cette information au moment où elle serait utile. La mémoire de travail et la mémoire « prospective » (se souvenir de faire quelque chose plus tard) sont précisément les fonctions les plus fragiles. L’oubli n’est donc pas un message adressé au partenaire : c’est un trou dans un filet.
| Ce qui arrive | Ce que vit le partenaire | Ce que vit la personne avec un TDAH |
|---|---|---|
| Un rendez-vous oublié | « Je ne compte pas. » | « Encore. Je suis nul. » Honte, puis défense. |
| Une tâche à moitié faite | « Je dois tout vérifier derrière. » | « J’ai été interrompu, j’allais y revenir. » |
| Une écoute qui décroche | « Il ne m’écoute jamais. » | « Un mot a déclenché une idée, j’ai perdu le fil, et je n’ose pas le dire. » |
| Un retard de vingt minutes | « Mon temps ne compte pas pour elle. » | « Je pensais vraiment avoir le temps. » |
| Un achat impulsif | « On ne peut pas lui faire confiance. » | « Sur le moment, c’était une évidence. » |
Aucune colonne n’a tort. Le partenaire a raison d’être blessé : l’effet de l’oubli est réel, et le « ce n’est pas ma faute, c’est mon TDAH » ne répare rien. La personne avec un TDAH a raison de dire que ce n’est pas un manque d’amour. Le travail du couple consiste à faire coexister ces deux vérités, puis à mettre en place des systèmes qui rendent l’oubli moins probable.
Certaines phrases reviennent dans presque tous les couples concernés. Touchez chaque carte pour lire une traduction possible, et une piste pour en sortir.
La charge mentale, c’est tout ce qu’il faut penser pour que la vie commune tourne : les rendez-vous, les courses, les papiers, les anniversaires, les vaccins des enfants. Dans un couple où l’un a un TDAH, l’autre finit souvent par tout porter, d’abord par efficacité, puis par nécessité, enfin par épuisement.
Un cercle se met alors en place, que les thérapeutes de couple connaissent bien. Le partenaire qui porte la charge rappelle, vérifie, insiste, puis critique. La personne avec un TDAH se sent surveillée, infantilisée, et se retire ou évite. Plus l’un poursuit, plus l’autre se retire ; plus l’autre se retire, plus le premier poursuit. Au bout de quelques années, les deux se retrouvent dans des rôles qu’ils détestent : l’un devenu « le parent », l’autre « l’enfant ». Le désir, lui, supporte très mal cette répartition.
Sortir de ce cercle demande que chacun fasse un pas. Le partenaire qui porte la charge accepte de lâcher certains domaines, même s’ils seront gérés autrement. La personne avec un TDAH prend la responsabilité de ses systèmes : ce n’est pas au conjoint d’être son agenda. Les deux cessent de faire du TDAH le coupable unique ou le grand absent des discussions.
L’arrivée d’un enfant multiplie la charge mentale et réduit le sommeil, ce qui aggrave les symptômes du TDAH. Si l’enfant a lui aussi un TDAH, ce qui est fréquent puisque le trouble est très héritable, la fatigue peut devenir extrême. Les couples parentaux concernés sont plus exposés à l’épuisement. Voir couple parental et burn-out et le site burnout-parental.fr.
C’est plus fréquent qu’on ne le croit : les personnes avec un TDAH se reconnaissent souvent et s’attirent. Ces couples ont souvent beaucoup de complicité, d’humour et de spontanéité, et une tolérance mutuelle pour les retards. Mais personne ne tient le rôle de « gardien » de l’organisation : factures, papiers et rendez-vous peuvent s’accumuler dangereusement. Les systèmes externes (agenda partagé, prélèvements automatiques, routines) deviennent alors indispensables.
L’impulsivité se glisse partout dans la vie à deux : une phrase blessante lâchée avant d’être pensée, une décision prise seul (un achat, un projet, un voyage), une dispute qui monte de zéro à cent en quelques secondes. Chez beaucoup d’adultes avec un TDAH, la colère monte vite mais redescend tout aussi vite. Une heure plus tard, ils sont passés à autre chose ; leur partenaire, lui, est encore blessé.
S’y ajoute souvent une forte sensibilité au rejet : une remarque, un soupir, un regard peuvent être vécus comme une critique massive. La personne réagit alors de façon disproportionnée, par la colère ou le repli. Voir TDAH et émotions et la dysrégulation émotionnelle.
Convenir à l’avance d’un mot ou d’un geste qui signifie « pause ». Chacun s’éloigne vingt minutes, le temps que le corps redescende, puis on reprend.
Revenir sur la dispute, reconnaître ce que l’autre a ressenti, s’excuser de ce qui a blessé sans se flageller. La réparation compte plus que l’absence de conflit.
Une règle simple : au-delà d’un certain montant ou d’un certain enjeu, on dort dessus et on en parle avant de décider.
Le TDAH explique l’impulsivité, il n’excuse jamais la violence, qu’elle soit verbale, physique, psychologique ou économique. Si quelqu’un a peur dans son couple, cette situation demande une aide spécifique, et la sécurité passe avant toute thérapie de couple.
Le TDAH peut aussi toucher la vie intime, et c’est un sujet rarement abordé. L’attention qui décroche pendant un moment de tendresse peut être vécue comme un rejet ; la recherche de nouveauté peut créer de l’insatisfaction ; la routine des « rôles parent-enfant » éteint le désir. Certaines personnes décrivent au contraire une sexualité très investie, comme une source de stimulation et d’apaisement.
Rien de tout cela n’est une fatalité. Parler ouvertement de ce que l’on vit, réintroduire du jeu et de la nouveauté, protéger des moments sans écrans et sans charge mentale aident beaucoup. Quand le sujet est trop difficile à aborder seul, la thérapie de couple offre un espace pour le faire. Voir aussi émotions et sexualité.
Le psychothérapeute du cabinet est formé à la thérapie de couple et à la thérapie familiale. Il reçoit les deux partenaires, aide à sortir du cercle poursuite-retrait, travaille la communication, la réparation après les disputes et la répartition des rôles, en tenant compte du TDAH sans le transformer en accusé. La neuropsychologue peut réaliser le bilan TDAH de l’un ou des deux partenaires. Voir aussi émotions et couple.
Une situation inventée pour ce guide.
Situation
Julien, qui a un TDAH, devait réserver le restaurant pour les dix ans de couple avec Sophie. Le soir venu, rien n’est réservé. Sophie, en larmes, dit : « Tu n’en as rien à faire de nous. » Julien, piqué, répond : « Tu sais bien que j’ai un TDAH ! »
Quelle réponse de Julien aurait le plus de chances d’apaiser la situation ?
Ce jeu, inventé pour ce guide, se fait à deux. Asseyez-vous côte à côte, lisez chaque question à voix haute et mettez-vous d’accord sur une réponse. Si vous n’êtes pas d’accord, c’est déjà une information précieuse : parlez-en avant de choisir. Le résultat montre les zones où votre couple gagnerait à mettre de l’énergie. Ce n’est pas un diagnostic, ni un bulletin de notes pour votre amour.
Le TDAH ne détruit pas un couple à lui seul, mais, non reconnu, il crée des malentendus répétés qui usent la relation. Quand les deux partenaires comprennent le trouble et mettent en place des systèmes adaptés, beaucoup de couples retrouvent de la complicité.
Le TDAH fragilise la mémoire de travail et la capacité à se souvenir de faire quelque chose au bon moment. L’information est connue, mais rien ne la rappelle à l’instant utile. Ce n’est pas un manque d’amour, même si l’effet sur vous est réel.
En cessant d’être son agenda : un système partagé remplace les rappels, chacun gère des domaines entiers, une réunion hebdomadaire organise la semaine. Il est aussi important de prendre soin de soi et de faire reconnaître la charge portée.
Oui, souvent. Elle aide à comprendre le cercle poursuite-retrait, à mieux se parler, à réparer après les disputes et à répartir les rôles. Elle est plus efficace quand le TDAH est pris en compte, sans en faire le seul responsable.
L’impulsivité et l’intensité émotionnelle du TDAH peuvent faire monter les disputes très vite. Le trouble explique cette réactivité, mais il n’excuse jamais la violence. Des outils comme le temps mort et la réparation aident beaucoup.
Une consultation de couple permet de remettre de la compréhension là où il y a de la fatigue et des reproches. Le cabinet reçoit les couples à Colombes, aux Pavillons-sous-Bois, en Ardèche et en téléconsultation, et peut proposer un bilan TDAH à l’un ou aux deux partenaires.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.