« Je peux compter sur toi, et tu peux compter sur moi »
L’émotion de fond est la confiance. Les conflits existent, mais ils font moins peur : on sait que le lien y survivra. Environ la moitié des adultes, selon les études.
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Vous connaissez la scène par cœur. L’un fait une remarque, l’autre se ferme, le premier insiste, le second s’en va, et chacun passe la soirée à ruminer la même phrase : « il ne comprend rien ». Ce n’est pas un problème de vaisselle, d’argent ou de belle-mère. C’est une chorégraphie émotionnelle que les deux partenaires dansent sans l’avoir choisie. Cette page explique d’où elle vient, comment la reconnaître, et ce que la thérapie de couple peut en faire.
La psychologue Sue Johnson, fondatrice de la thérapie de couple centrée sur les émotions (EFT), a décrit le schéma que l’on retrouve dans une grande majorité des couples en difficulté. L’un des partenaires, quand il se sent déconnecté, poursuit : il questionne, reproche, insiste, hausse le ton. Pas par méchanceté : parce que le silence de l’autre lui fait peur. L’autre, quand il se sent attaqué, se retire : il se tait, minimise, s’absorbe dans son écran, quitte la pièce. Pas par indifférence : parce qu’il ne sait pas quoi faire de cette intensité et qu’il espère que ça se calmera tout seul.
Le drame, c’est que chaque mouvement déclenche exactement l’autre. Plus l’un poursuit, plus l’autre se retire ; plus l’autre se retire, plus l’un poursuit. Vu de l’extérieur, on voit une femme qui crie et un homme qui se tait, ou l’inverse, ou deux personnes du même sexe dans les mêmes rôles. Vu de l’intérieur, on a deux personnes terrifiées de perdre l’autre, qui font chacune la seule chose qu’elles savent faire, et qui aggravent chacune la peur de l’autre.
C’est le schéma le plus fréquent, mais pas le seul. Certains couples sont dans une escalade où les deux poursuivent (deux colères qui montent) ; d’autres dans un double retrait, le plus silencieux et parfois le plus inquiétant : plus personne ne se bat, chacun vit à côté de l’autre. Et les rôles peuvent s’inverser selon les sujets : poursuivant sur l’intimité, retirant sur l’argent.
Il ne l’est pas. Les mesures physiologiques montrent que les personnes qui se ferment pendant une dispute ont souvent un rythme cardiaque aussi élevé que celles qui crient. Le calme apparent est un couvercle sur une casserole qui bout. C’est précisément pour cela que « parle-moi ! » ne marche pas : on ne peut pas parler avec le couvercle fermé.
Pourquoi l’un poursuit et l’autre se retire ? Une partie de la réponse vient de loin. Les travaux de John Bowlby et Mary Ainsworth sur l’attachement des bébés, prolongés chez l’adulte dans les années 1980, montrent que nous abordons l’amour avec un modèle appris très tôt : que se passe-t-il quand j’ai besoin de l’autre ? Ce modèle colore nos émotions de couple.
L’émotion de fond est la confiance. Les conflits existent, mais ils font moins peur : on sait que le lien y survivra. Environ la moitié des adultes, selon les études.
L’émotion de fond est la peur de l’abandon. Hypervigilance aux signes de distance, besoin de réassurance, colère quand elle ne vient pas. C’est souvent le poursuivant.
L’émotion de fond est la méfiance envers la dépendance. L’intimité trop proche inquiète, les émotions de l’autre sont vécues comme des exigences. C’est souvent le retirant.
L’émotion de fond est le conflit entre les deux : on s’approche puis on repousse. Fréquent quand l’enfance a été marquée par des figures à la fois sources de réconfort et de peur.
Rien de tout cela n’est une condamnation. Les styles d’attachement évoluent, en particulier dans une relation sécurisante ou dans une thérapie. Mais les connaître éclaire le cycle : un anxieux et un évitant forment le couple poursuivant-retirant par excellence, chacun confirmant les pires craintes de l’autre, jusqu’à ce que l’un des deux comprenne que la peur de l’autre ressemble à la sienne.
Le psychologue John Gottman a observé des milliers de couples en laboratoire, capteurs sur le corps. Une découverte a changé la pratique de la thérapie de couple : au-delà d’environ 100 battements par minute, un partenaire est en inondation émotionnelle. Son système d’alarme a pris le contrôle, le cortex ne suit plus, il n’entend plus ce qu’on lui dit, il ne retient que la menace. À ce stade, continuer à parler ne sert à rien : tout ce qui est dit sera déformé, et tout ce qui est répondu sera défensif ou blessant.
La recommandation est aussi simple que difficile à appliquer : s’arrêter, se le dire (« je suis inondé, j’ai besoin d’une pause »), et prendre au moins vingt minutes, le temps que le corps redescende physiologiquement. Pendant la pause, ne pas ruminer la dispute (cela maintient le cœur à 100) mais faire autre chose : marcher, respirer, lire. Puis revenir, parce que la pause n’est pas une fuite : elle a une heure de retour. C’est ce qui la distingue du retrait.
Les 90 premières secondes. Avant même la pause de vingt minutes, il y a la première vague. Lancez le compte à rebours quand vous sentez la montée, et ne répondez pas avant la fin. La plupart des phrases que l’on regrette sont dites dans ces 90 secondes.
Samedi, 22 h 10. Émo et Émo (ils ont le même prénom, c’est comme ça qu’ils se sont trouvés) se disputent à propos d’un lave-vaisselle mal rangé. À 22 h 11, il ne s’agit plus du lave-vaisselle mais des vacances de 2019. À 22 h 12, de la mère de l’un. À 22 h 13, du sens même de leur relation. Le lave-vaisselle, lui, est toujours mal rangé, et il est le seul dans la pièce à avoir un rythme cardiaque normal.
Gottman a aussi identifié quatre façons de se parler dont la fréquence prédit, dans ses études, la séparation avec une précision qui a fait sa réputation. Il les a appelées les quatre cavaliers de l’Apocalypse. Chacune a un antidote.
| Le cavalier | Ce que c’est | L’antidote |
|---|---|---|
| La critique | Attaquer la personne plutôt que le comportement : « tu es égoïste » au lieu de « tu as oublié de me prévenir ». | La plainte douce : parler de soi, de l’événement précis et du besoin. « J’ai été inquiète quand tu n’as pas appelé, j’ai besoin d’un message. » |
| Le mépris | Sarcasme, moquerie, yeux au ciel, sentiment de supériorité. Le plus toxique des quatre, et le meilleur prédicteur de rupture. | Cultiver l’estime : remarquer et dire ce que l’on apprécie, même petit, même en période de tension. |
| La défensive | Se justifier, contre-attaquer, faire la victime : « et toi alors ? ». Chaque défense dit à l’autre que sa plainte n’est pas entendue. | Prendre sa part : « tu as raison sur ce point, j’aurais dû prévenir », même si l’on n’est pas d’accord sur le reste. |
| L’obstruction | Se fermer complètement : plus de réponse, plus de regard, un mur. C’est le retrait poussé à l’extrême, souvent signe d’inondation. | Annoncer la pause et son heure de retour, plutôt que de disparaître en silence. |
Classez ces douze phrases : cavalier ou antidote ? L’exercice vaut la peine d’être fait à deux, à froid, un soir où personne n’est inondé.
Une dispute de couple suit presque toujours la même séquence. La connaître permet de repérer où l’on en est, et à quel moment la sortie est encore possible. Remettez les sept étapes dans l’ordre.
La découverte la plus réconfortante des recherches sur le couple n’est pas que les couples heureux se disputent moins. Ils se disputent à peu près autant que les autres, et souvent sur les mêmes sujets, parce que la plupart des désaccords de couple sont, selon Gottman, perpétuels : ils tiennent à des différences de personnalité et ne se résolvent jamais tout à fait. Ce qui distingue les couples qui durent, c’est leur capacité à réparer : interrompre l’escalade par un geste, une blague, un « on recommence ? », et accepter la tentative de réparation de l’autre même quand on est encore fâché.
La thérapie de couple au cabinet s’appuie sur plusieurs approches selon ce que chaque couple demande : la thérapie centrée sur les émotions (EFT), qui travaille précisément le cycle et les émotions du dessous ; l’approche Imago ; les outils des TCC de couple ; l’approche systémique ; et l’écoute analytique quand les blessures anciennes dominent. Les séances durent 80 minutes, le temps que les deux voix existent, et peuvent se faire en co-thérapie à deux cliniciens quand c’est utile. Lorsqu’un événement précis, infidélité, deuil, violence passée, bloque le couple, l’EMDR peut être proposée à l’un des partenaires en parallèle. Consultations à Colombes ou en téléconsultation. Voir la page thérapies adultes, couple et famille.
Dans beaucoup de couples, l’un des partenaires est alexithymique : il a du mal à identifier et à décrire ses émotions. À la question « qu’est-ce que tu ressens ? », il répond sincèrement « je ne sais pas », et l’autre entend « je m’en fiche ». Ce malentendu est l’un des plus fréquents et des plus destructeurs. Il se travaille : l’alexithymie n’est pas de la froideur, et des outils existent pour passer par le corps quand les mots manquent. La page alexithymie en parle en détail, et celle sur les émotions des hommes montre comment l’éducation masculine fabrique souvent ce silence.
Le contraire de l’explosion n’est pas la paix, c’est l’implosion. La colère rentrée se reconnaît aux soupirs, aux « non, rien », aux petites piques, à la baisse du désir et aux maux de corps. Elle finit toujours par sortir, souvent sur un sujet sans rapport. La page colère explique comment la dire avant qu’elle ne fermente.
Émotion composite, elle mélange la peur de perdre, la colère contre le rival réel ou imaginaire, et souvent la honte de ne pas être « assez ». Une jalousie modérée est universelle ; une jalousie envahissante dit quelque chose de l’attachement et de l’histoire de celui qui la ressent, plus que du comportement de l’autre. Elle se travaille en individuel autant qu’en couple.
Il y a le silence du retrait (le couvercle), le silence de l’épuisement (plus l’énergie de se battre) et le silence apaisé (plus besoin de parler). Les trois se ressemblent de l’extérieur. Seul le couple peut dire lequel il vit, et c’est souvent une question utile à se poser à deux : « quand tu te tais, c’est lequel ? »
La sexualité, enfin, est le lieu où toutes ces émotions se retrouvent, souvent sans mots : désir, honte, peur de décevoir, colère non dite. Elle a sa propre page, émotions et sexualité.
Les premiers mois d’une relation sont un état émotionnel à part : pensées obsédantes, euphorie, sommeil raccourci, idéalisation. Les travaux sur la biologie de l’amour naissant y retrouvent une forte activation des circuits de la récompense et de la dopamine, proche de celle observée dans certaines dépendances. Cet état n’est pas fait pour durer : il dure en général de quelques mois à deux ou trois ans, puis laisse place, dans le meilleur des cas, à l’attachement, plus calme, plus profond, moins spectaculaire.
Beaucoup de crises de couple viennent d’un malentendu sur cette transition : l’un des deux interprète la fin de l’euphorie comme la fin de l’amour, et part en chercher une nouvelle ailleurs, ou reproche à l’autre de ne plus être « comme avant ». Comprendre que l’attachement n’est pas une version dégradée de la passion mais une autre émotion, celle qui permet de tenir dans la durée, change la lecture de bien des déceptions.
La séparation est un deuil, avec ses vagues, sa colère, sa culpabilité, ses rechutes. Elle réactive les blessures d’attachement les plus anciennes, ce qui explique des réactions qui surprennent les intéressés eux-mêmes. La page deuil et émotions s’applique largement, et un accompagnement individuel aide à ne pas rejouer le même cycle dans la relation suivante.
Pourquoi une remarque anodine de votre partenaire vous fait-elle l’effet d’une gifle, alors que la même phrase dite par un collègue vous laisserait indifférent ? Parce que le couple est le lieu où l’attachement est le plus engagé, et donc celui où les anciennes blessures d’attachement se réveillent le plus facilement. Un parent absent, une humiliation d’enfance, une première relation violente, une infidélité passée : tout cela dort, et se réveille quand l’autre, sans le savoir, appuie au bon endroit.
La thérapie de couple peut aider à repérer ces points sensibles et à ce que chacun apprenne à les contourner. Mais parfois, le souvenir lui-même reste trop actif, et c’est alors un travail individuel qui est indiqué. L’EMDR est particulièrement adaptée à ces situations : elle permet de retraiter le souvenir source pour que la remarque du partenaire redevienne une remarque, et non le rappel d’une blessure. Les pages émotions et EMDR et traumatisme et attachement expliquent comment.
Quand il y a violence physique, sexuelle ou emprise, la thérapie de couple est contre-indiquée : elle peut mettre la victime en danger. La priorité est la sécurité et un accompagnement individuel.
Douze questions pour dessiner le profil émotionnel de votre couple en situation de tension. Répondez pour vous-même ; l’idéal est que chacun réponde de son côté, puis que vous compariez. Il n’y a pas de bon profil, et le résultat n’est pas un pronostic : c’est une carte du cycle, pour pouvoir en parler.
À remplir après une dispute, une fois redescendu. Elle sert à retrouver l’émotion du dessous et à formuler ce que l’on aurait voulu dire à la place du reproche. Beaucoup de couples l’utilisent comme point de départ de la conversation à froid, ou l’apportent en séance. Rien n’est enregistré : copiez le texte si vous voulez le garder.
Parce que le sujet n’est pas le problème : c’est le cycle émotionnel qui se déclenche à chaque fois, le plus souvent un partenaire qui poursuit et l’autre qui se retire. Tant que ce cycle n’est pas reconnu et nommé par les deux, il se rejoue sur n’importe quel prétexte.
Un état décrit par John Gottman où le rythme cardiaque dépasse environ 100 battements par minute pendant un conflit : le système d’alarme prend le contrôle, on n’entend plus, on se défend. La seule réponse utile est une pause d’au moins vingt minutes, annoncée, avec une heure de retour.
D’abord comprendre que le retrait n’est pas de l’indifférence mais souvent une protection face à une intensité qu’il ne sait pas gérer, parfois une alexithymie. Ensuite changer la façon de s’approcher : une émotion dite calmement en « je » invite ; un reproche fait fuir. Une thérapie de couple centrée sur les émotions travaille précisément cela.
Il est possible de commencer seul : comprendre sa propre place dans le cycle change déjà la danse, puisque l’autre ne peut plus réagir de la même façon. Souvent, le partenaire réticent accepte de venir quand il voit que l’objectif n’est pas de désigner un coupable.
Les séances durent 80 minutes et réunissent les deux partenaires, parfois avec deux cliniciens en co-thérapie. Le travail porte sur le repérage du cycle, les émotions du dessous, les blessures anciennes qui se rejouent, et les outils concrets de réparation. En cas de violence ou d’emprise, la thérapie de couple n’est pas indiquée : un accompagnement individuel est proposé.
Un premier rendez-vous, en couple ou seul, permet de poser le cycle sur la table, d’entendre les deux versions sans désigner de coupable et de décider ensemble du travail à faire. Les enfants, les adolescents, les adultes, les couples et les familles sont reçus au cabinet, à Colombes, ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par en 1964 puis reprise par dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.