La colère
Une émotion. Elle se sent dans le corps, elle informe, elle donne de l’énergie. On peut être très en colère et parfaitement respectueux. On peut même être en colère en silence.
Cette page n'est pas encore publique. Entrez le mot de passe pour la consulter.
La colère a mauvaise réputation. On la confond avec la violence, on apprend aux enfants à ne pas la montrer, et les adultes la ravalent jusqu’au jour où elle sort pour une place de parking. Pourtant, la colère est un message : une limite a été franchie, un besoin est bloqué, quelque chose est injuste. Le problème n’est jamais la colère elle-même, c’est ce qu’on en fait : exploser, ou avaler. Cette page explique comment elle monte, pourquoi taper dans un coussin ne la fait pas redescendre, et comment la transformer en demande.
Toutes les émotions ont une fonction. Celle de la colère est de défendre : un territoire, une règle, une personne, une dignité. Elle se déclenche quand quelque chose nous semble injuste, quand une limite est franchie, quand un but important est bloqué. Elle donne de l’énergie, resserre l’attention, hausse la voix. Chez nos ancêtres, elle faisait reculer l’adversaire. Chez nous, elle fait reculer le collègue qui s’attribue notre travail, ou elle devrait.
Sous chaque colère, il y a un besoin : être respecté, être entendu, être traité équitablement, protéger quelqu’un, obtenir réparation. Et souvent, juste en dessous, une autre émotion plus vulnérable que la colère recouvre : la peur, la tristesse, la honte, l’impuissance. Le père qui hurle sur son enfant qui a traversé sans regarder n’est pas en colère, il a eu peur. La colère est arrivée en premier parce qu’elle est plus confortable que la peur : on y est fort, pas fragile.
La roue des émotions, dans la page vocabulaire des émotions, montre les nuances entre agacement, frustration, indignation et rage. Les nommer précisément fait déjà baisser l’intensité : c’est l’un des résultats les plus solides des neurosciences des émotions.
Une émotion. Elle se sent dans le corps, elle informe, elle donne de l’énergie. On peut être très en colère et parfaitement respectueux. On peut même être en colère en silence.
Un comportement : hausser le ton, insulter, menacer, claquer une porte, ironiser pour blesser. Elle peut venir de la colère, mais aussi de la peur ou de l’habitude. Elle fait des dégâts, réparables.
Un acte qui porte atteinte à l’intégrité de quelqu’un : physique, sexuelle, psychologique, économique. Elle n’est jamais une émotion, c’est un choix, même quand il ne se vit pas comme tel. Elle relève de la loi et de la protection des victimes, en plus du soin.
Confondre les trois a deux conséquences. Les personnes qui ont peur de leur colère la ravalent entièrement, de crainte de devenir violentes, et finissent par exploser ou par se rendre malades. Les personnes violentes se cachent derrière « c’est ma colère, je n’y peux rien », ce qui est faux : on peut toujours quelque chose entre l’émotion et l’acte, et c’est précisément ce que la thérapie apprend.
Si vous êtes victime de violences, ou si vous craignez de devenir violent avec votre partenaire ou vos enfants, la sécurité passe avant tout : mettez-vous à l’abri et parlez-en à votre médecin. Il existe des consultations spécifiques pour les personnes qui veulent arrêter d’être violentes : demander de l’aide avant le prochain passage à l’acte est possible et efficace.
La colère ne passe pas de zéro à cent d’un coup, même quand on en a l’impression. Elle monte par paliers, et chaque palier a ses signes dans le corps. Les repérer tôt change tout : à 2, on peut encore réfléchir et parler ; à 5, le cortex préfrontal, celui qui pèse les conséquences, est en grande partie débranché. On ne négocie pas avec un palier 5, le sien ou celui d’un autre. On attend qu’il redescende.
Classez ces mots du plus faible au plus fort : c’est un exercice de vocabulaire que l’on fait aussi avec les enfants.
Un outil que l’on utilise en séance, avec les adultes comme avec les enfants : donner une note à sa colère, de 0 à 10, plusieurs fois par jour pendant une semaine. On découvre vite que l’on ne « pète pas un plomb d’un coup » mais que l’on vit à 4 en permanence, ce qui laisse peu de marge. Réglez le curseur sur votre colère du moment.
La colère n’explose pas toujours. Elle a des formes silencieuses, souvent plus coûteuses.
Pas de cri, pas de porte claquée. Un silence qui dure trois jours, une politesse glaciale, des phrases en apparence neutres qui coupent. La colère froide est une colère qui a renoncé à être entendue et qui punit. Elle est fréquente chez les personnes qui ont appris, enfants, que la colère exprimée coûtait cher. Elle abîme les couples plus sûrement que les disputes, parce qu’on ne peut pas réparer ce qui n’a pas été dit.
Quand la colère ne peut pas aller vers son objet (un parent, un chef, une situation sans issue), elle cherche une cible disponible : soi-même. Auto-reproches, dévalorisation, conduites qui font du mal, et parfois une dépression. La psychanalyse décrit depuis Freud cette colère qui se retourne. En séance, retrouver la colère d’origine et son destinataire soulage souvent une tristesse qui paraissait sans cause. Voir dépression et émotions.
La séquence est rapide et presque invisible : on se sent humilié, petit, pris en faute, et une demi-seconde plus tard on est furieux contre celui qui nous a fait ressentir ça. La colère est bien plus supportable que la honte. C’est le ressort de beaucoup de disputes qui n’ont « aucun sens » : la vraie émotion est passée trop vite pour être vue. La page honte et culpabilité détaille ce mécanisme.
Certaines personnes vivent en permanence au palier 2 : tout est agression, tout le monde est incompétent, chaque trajet est une guerre. Cette hostilité de fond est un facteur de risque cardiovasculaire reconnu, et elle épuise l’entourage. Elle repose souvent sur une hypervigilance apprise tôt : dans un environnement imprévisible, être toujours prêt à se défendre était la bonne stratégie. Elle ne l’est plus.
La voiture est un laboratoire de colère : on est enfermé, pressé, anonyme, et l’autre est réduit à une tôle qui nous a coupé la route. Le cerveau ne voit pas une personne fatiguée qui a mal regardé, il voit une agression. Ajoutez le sentiment de territoire (ma voie, ma place) et l’impossibilité de « régler » l’injustice, et la rage arrive en trois secondes. Ce qui aide : partir cinq minutes plus tôt (la moitié des colères au volant sont des colères de retard), remettre un visage sur la voiture (« il a peut-être un enfant malade à l’arrière »), et traiter l’habitacle comme une bulle : ce qui se passe dehors ne mérite pas votre tension artérielle.
Au travail, la colère est interdite d’expression mais pas d’existence. Elle naît de l’injustice (une promotion qui passe à côté, un mérite attribué à un autre), de l’impuissance (des décisions absurdes venues d’en haut) et du manque de reconnaissance. Ravalée, elle devient cynisme, retrait, maux de dos, ou explosion sur la mauvaise personne, souvent à la maison. Ce qui aide : formuler la demande sous la colère, par écrit si besoin, auprès de la personne concernée et non de la machine à café ; et repérer quand la colère signale qu’il est temps de partir plutôt que de s’adapter. Voir émotions au travail et burn-out.
Les disputes de couple suivent un script : un reproche en « tu » (« tu ne fais jamais rien »), une défense ou une contre-attaque, une montée en symétrie, et l’un des deux qui claque la porte ou se ferme. Le chercheur John Gottman a montré que ce n’est pas la fréquence des disputes qui prédit la séparation, mais la présence du mépris et l’absence de réparation. Ce qui aide : parler en « je » de ce que l’on ressent et de ce dont on a besoin, demander une pause quand le palier 4 approche (et revenir, c’est la partie que l’on oublie), et réparer après coup. Voir émotions et couple.
Les enfants déclenchent la colère des parents avec une efficacité redoutable, parce qu’ils appuient sur l’impuissance et la fatigue, et parce qu’ils nous renvoient nos propres colères d’enfant. La colère d’un parent n’est pas un drame si elle reste de la colère (ton ferme, mots clairs) et si elle est réparée (« j’ai crié, je n’aurais pas dû crier, je suis désolé ; la règle reste la même »). Elle devient un problème quand elle fait peur, humilie, ou quand elle est le seul mode de communication. La page parents débordés est consacrée à ce cercle, et la page émotions de l’enfant aux colères des petits, qui n’ont pas encore de frein.
L’idée est intuitive : la colère serait une vapeur sous pression, il faudrait la « lâcher » pour qu’elle ne fasse pas exploser la chaudière. Crier dans la voiture, frapper un punching-ball, casser de la vaisselle dans une « rage room ». C’est l’idée de la catharsis. La recherche l’a testée, et le résultat est net : elle ne marche pas, et elle aggrave souvent les choses. Dans une série d’expériences du psychologue Brad Bushman au début des années 2000, les participants mis en colère puis invités à frapper un sac de frappe en pensant à la personne qui les avait provoqués étaient ensuite plus agressifs que ceux qui étaient restés assis à ne rien faire. Taper en pensant à quelqu’un, c’est répéter la colère, pas la vider.
Pourquoi ? Parce que la colère n’est pas de la vapeur. C’est une activation du corps (adrénaline, rythme cardiaque) couplée à une interprétation (« c’est injuste, il l’a fait exprès »). Frapper entretient l’activation ; ruminer entretient l’interprétation. Ce qui fait redescendre la colère, c’est l’inverse des deux : calmer le corps (respirer, marcher, attendre) et changer le regard (qu’est-ce qui s’est vraiment passé, qu’est-ce que j’en ai besoin).
Émo a acheté un coussin « anti-stress » après une réunion. Elle a tapé dessus en pensant à son chef. Elle a tapé plus fort. Elle a eu mal au poignet, le coussin a craché ses plumes, et elle était toujours furieuse, en plus d’être essoufflée et couverte de duvet. Le lendemain, elle a écrit à son chef trois lignes polies pour demander un point sur la répartition des dossiers. Il a dit oui. Le coussin est maintenant un coussin.
Triez ces réactions : lesquelles déchargent sans rien régler, lesquelles régulent vraiment ?
Lancez le compte à rebours la prochaine fois que ça monte. Pendant qu’il tourne : respirer lentement, sentir les pieds au sol, ne rien dire, ne rien envoyer. Observer ce que fait la colère dans le corps, sans l’alimenter par des pensées.
Une fiche à remplir après coup, ou avant une conversation difficile. Rien n’est enregistré : copiez-la ou apportez-la en séance.
Douze questions écrites pour ce guide. Elles ne mesurent pas si vous êtes « quelqu’un de colérique », mais ce que votre colère vous coûte, à vous et aux autres, en ce moment. Pensez au dernier mois.
Certaines colères ne s’expliquent pas par la situation présente. Elles sont trop rapides, trop fortes, et elles laissent la personne elle-même perplexe : « je ne sais pas ce qui m’a pris ». Deux pistes sont alors à explorer.
La première est le traumatisme. Après des violences, un accident, une enfance imprévisible, le système d’alarme reste réglé sur « danger ». La moindre contrariété est lue comme une attaque, et le corps répond en mode combat avant que la pensée n’ait eu le temps d’évaluer. Cette hypervigilance irritable est un symptôme classique de l’état de stress post-traumatique. Dans ce cas, travailler la colère sans traiter ce qui la sous-tend revient à écoper sans boucher la voie d’eau. L’EMDR permet de retraiter les souvenirs qui maintiennent l’alarme en position haute : voir émotions et EMDR et traumatisme et attachement.
La seconde est la dépression, en particulier chez les hommes et les adolescents, où elle se présente volontiers par l’irritabilité plutôt que par la tristesse. Tout agace, tout épuise, les proches encaissent, et personne ne pense à la dépression parce que la personne « n’a pas l’air triste, juste insupportable ». La page émotions des hommes détaille ce masque, et la page TDAH et émotions décrit une autre source fréquente de colères explosives : l’impulsivité émotionnelle du TDAH, chez l’enfant comme chez l’adulte.
Les colères qui débordent, chez l’enfant, l’adolescent ou l’adulte, sont un motif de consultation fréquent au cabinet, à Colombes ou en téléconsultation. Le travail commence par comprendre ce que la colère défend et d’où elle vient. Selon les cas, il s’appuie sur les outils des TCC et des TCD (repérage des paliers, tolérance à la détresse, affirmation de soi), sur l’EMDR quand une hypervigilance post-traumatique est en cause, et sur l’écoute analytique pour entendre ce que la colère répète d’une histoire. Quand un TDAH ou une dépression se cache derrière, un bilan ou une coordination avec le médecin sont proposés. Les parents d’enfants coléreux sont reçus avec leur enfant, en consultation enfants et adolescents ou en thérapie familiale.
Il n’existe pas de « trouble de la colère » dans les classifications, sauf chez l’enfant et l’adolescent (le trouble disruptif avec dysrégulation émotionnelle, et le trouble explosif intermittent, qui décrit des accès de rage disproportionnés et répétés). Chez l’adulte, la colère pose problème quand elle réunit plusieurs de ces critères :
Deux ou trois de ces critères suffisent pour consulter. Pas parce que vous seriez « dangereux », mais parce que vivre dans cette tension est épuisant et que ça se soigne vite, souvent en quelques mois.
Avant 5 ou 6 ans, les colères explosives sont normales : le frein, le cortex préfrontal, n’est pas construit. Un enfant de 3 ans qui hurle parce que sa banane est cassée n’a pas un problème de colère, il a 3 ans. Elles deviennent préoccupantes quand elles persistent avec la même intensité à l’école primaire, qu’elles durent plus de vingt minutes, qu’elles comportent des violences, ou qu’elles s’accompagnent d’une irritabilité permanente entre les crises. Les pages émotions de l’enfant et trouble oppositionnel détaillent ces repères.
Il n’existe pas de médicament « contre la colère ». Quand elle est le symptôme d’autre chose, dépression, TDAH, trouble bipolaire, stress post-traumatique, le traitement de cette cause, décidé par un médecin, l’améliore souvent. Dans tous les cas, l’apprentissage de la régulation en psychothérapie reste central.
Repérer la montée tôt, annoncer une pause et sortir de la situation, laisser passer la vague une à deux minutes en respirant avec une expiration longue et sans ruminer, nommer l’émotion précisément, puis chercher le besoin sous la colère et le formuler en « je ». Ce qui ne marche pas : se défouler sur un objet, envoyer un message à chaud, boire.
Parce que la colère du moment s’ajoute à une tension de fond : fatigue, stress, colères ravalées ailleurs, et parfois une dépression ou une hypervigilance post-traumatique qui règle l’alarme sur « danger ». Le « rien » est la goutte, pas le vase. Noter sa colère de 0 à 10 pendant une semaine montre souvent que l’on vit en permanence à 4.
Non. Les études sur la catharsis montrent que frapper un objet en pensant à la personne qui nous a mis en colère augmente l’agressivité ensuite. La colère n’est pas une vapeur à lâcher : elle redescend quand le corps se calme (marcher, respirer, attendre) et quand le regard change (chercher le besoin, formuler la demande).
Ne jamais ressentir de colère est rare ; ne jamais l’exprimer est fréquent et coûteux. La colère ravalée se transforme en froideur, en ruminations, en maux de corps, parfois en dépression, ou sort plus tard sur une mauvaise cible. Apprendre à dire ce qui ne va pas, calmement et tôt, protège mieux que le silence.
Quand elle est fréquente et disproportionnée, qu’elle dure, qu’elle abîme des relations ou le travail, qu’elle fait peur aux proches, ou qu’elle est suivie de honte et de promesses non tenues. Deux ou trois de ces signes suffisent. Si vous craignez de devenir violent, consultez avant le prochain débordement.
Un premier rendez-vous permet de comprendre ce que votre colère défend, d’où elle vient et ce qu’elle vous coûte, et de choisir ensemble les outils pour la transformer en demande plutôt qu’en dégâts. Les enfants, les adolescents, les adultes, les couples et les familles sont reçus au cabinet, à Colombes, ou en téléconsultation.
Cliquer sur la photo ou utiliser + et − pour zoomer. Échap pour fermer.
Chargement de l'article…
La « loi de l’instrument », formulée par en 1964 puis reprise par dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.