Mon enfant fait des colères : crises, cris, coups, que faire ?
Il se jette par terre parce que sa tartine a été coupée en triangles et non en carrés. Elle hurle au moment de quitter le parc, donne des coups de pied dans la portière, crie « je te déteste ! » devant toute la file d’attente de la boulangerie. Et vingt minutes plus tard, le même enfant vient se blottir contre vous, épuisé, comme si rien ne s’était passé. Vous, vous êtes encore tremblant. Entre 2 et 10 ans, une colère d’enfant est presque toujours un débordement : l’émotion arrive plus vite et plus fort que les freins dont il dispose. Ce n’est ni une stratégie froide ni la preuve que vous vous y prenez mal. Cette page explique ce qui se passe pendant une crise, ce qui la prépare, comment la traverser en sécurité avec très peu de mots, comment réparer ensuite, et à quels signes les colères méritent un avis.
Qu’est-ce qu’une crise de colère chez l’enfant ?
Une crise de colère, c’est une émotion qui déborde le contenant. Pensez à une casserole de lait sur le feu : pendant longtemps, rien ne se voit, puis en quelques secondes tout passe par-dessus bord. Chez le jeune enfant, la frustration, la fatigue, la déception ou la peur montent de la même façon, et les capacités qui permettraient de les retenir, de les mettre en mots, d’attendre ou de se consoler seul sont encore en chantier. Quand le seuil est franchi, l’enfant n’est plus vraiment aux commandes : il ne vous entend plus, ne peut plus choisir, et son corps prend le relais. Il crie, se jette au sol, tape, se raidit, parfois retient son souffle.
C’est pour cela que nous parlons de débordement plutôt que de caprice. Le mot « caprice » suppose un enfant qui calcule et qui pourrait s’arrêter s’il le voulait. Ce que nous voyons en consultation, c’est plutôt un enfant submergé, qui n’aime pas ce qui lui arrive et en sort souvent honteux ou très fatigué. Cela n’empêche pas qu’un enfant de cinq ou six ans ait appris, au fil des mois, que certaines crises font plier les adultes : l’apprentissage existe, et nous en parlons plus bas. Mais même dans ce cas, l’émotion de départ est réelle.
Le psychanalyste britannique Wilfred Bion a donné une image qui aide beaucoup les parents. Il décrivait le tout-petit comme incapable de « digérer » seul ses émotions les plus violentes : il les envoie vers l’adulte, qui les reçoit, les supporte sans s’effondrer ni riposter, et les lui rend sous une forme plus tolérable, avec des mots, un ton, une présence. Bion appelait cela la fonction de contenant. Pendant une crise, c’est exactement votre rôle : non pas faire disparaître la colère, mais lui offrir un bord. Vous pouvez lire la page consacrée à Bion, le contenant et la rêverie si cette idée vous parle.
Comprendre cela ne rend pas les crises agréables. Mais cela change la question que l’on se pose : non plus « comment le faire céder ? », mais « comment l’aider à revenir ? ». La page sur les émotions de l’enfant de 3 à 11 ans décrit, âge par âge, ce qu’un enfant peut et ne peut pas encore faire de ses émotions.
Colères à 2 ans, à 5 ans, à 9 ans : ce qui change avec l’âge
Les colères sont l’une des choses les plus partagées de la petite enfance. Dans une grande étude américaine menée auprès de près de 1 500 enfants d’âge préscolaire, l’équipe de Lauren Wakschlag a trouvé que 83,7 % des enfants faisaient des colères au moins de temps en temps, et que 8,6 % seulement en faisaient tous les jours. Autrement dit, la colère occasionnelle est la règle, la colère quotidienne une exception qui mérite qu’on la regarde de plus près. Ce qui change avec les années, c’est la forme et le sens des crises.
Vers 2 et 3 ans, la colère naît surtout du décalage entre ce que l’enfant veut et ce qu’il peut dire ou faire. Il veut mettre ses chaussures seul et n’y arrive pas, il veut le verre rouge, il ne veut pas que la promenade s’arrête. Les mots manquent, alors le corps parle. Ces crises sont souvent spectaculaires et courtes.
Entre 4 et 6 ans, la colère se charge de nouvelles questions : la justice (« c’est pas juste, elle en a eu plus »), la comparaison, la peur de perdre, la honte d’échouer devant les autres. L’enfant parle mieux, mais il peut aussi crier des phrases très dures, que les parents reçoivent comme des coups : « tu es la pire maman du monde », « je vais partir de la maison ». Ce sont des mots de colère, pas des programmes.
Entre 7 et 10 ans, les crises devraient s’espacer. Elles prennent souvent d’autres visages : la porte qui claque, la bouderie interminable, le cahier jeté, la colère « rentrée » qui ressort le soir. Beaucoup de parents nous décrivent un enfant sage toute la journée à l’école, qui explose à 16 h 30 sur le trottoir ou dans la voiture. Ce n’est pas un paradoxe : il a tenu des heures, et c’est auprès de vous, là où il se sent assez en sécurité, qu’il lâche. Une crise qui ressemble à celles d’un enfant de trois ans chez un enfant de neuf ans n’est pas forcément inquiétante, mais elle invite à se demander ce qui le charge autant.
Pourquoi mon enfant fait-il des crises ? Ce qui prépare l’orage
On pense souvent qu’une colère éclate « pour rien ». En réalité, l’étincelle (le triangle de la tartine) tombe presque toujours sur un terrain déjà chargé. Les mêmes déclencheurs reviennent d’une famille à l’autre : la fatigue, la faim, les transitions (quitter un jeu, partir, arrêter un écran, se coucher), la frustration d’un projet contrarié, le trop-plein de bruit et de monde, un imprévu, une contrariété venue d’ailleurs. Et il y a l’état de l’adulte : un parent pressé ou à bout est un parent dont la propre casserole est déjà près du bord.
Le petit thermomètre ci-dessous mesure la charge de la journée, plutôt que l’enfant lui-même. Cochez ce qui est vrai aujourd’hui ; vous verrez combien la probabilité d’une crise dépend de facteurs que l’on peut parfois anticiper.
Quand on refait cet exercice pour plusieurs crises, un motif apparaît souvent : les colères du lundi soir, celles qui suivent les week-ends chez l’autre parent, celles de la sortie de l’école, celles des jours où l’on court. Repérer ce motif permet de prévenir une partie des orages, simplement en préparant les moments à risque : annoncer qu’on part dans cinq minutes, prévoir quelque chose à manger, laisser un moment de flottement après l’école, ne pas choisir ce soir-là pour exiger le rangement de toute la chambre.
Que faire pendant une crise de colère ? La sécurité d’abord, très peu de mots
Au cœur de l’orage, l’enfant ne peut ni raisonner ni négocier. Vos arguments, même excellents, arrivent dans une pièce dont la porte est fermée. L’essentiel tient alors en trois gestes.
- Protéger. Écarter ce qui peut blesser ou se casser, éloigner un petit frère, empêcher l’enfant de courir vers la rue, le tenir s’il se met en danger. Tenir, c’est entourer sans serrer, juste ce qu’il faut pour que personne ne soit blessé ; dès que le danger est écarté, on relâche.
- Rester proche, sans spectacle. Se mettre à sa hauteur, à une distance qu’il supporte. Certains enfants veulent être pris dans les bras, d’autres hurlent dès qu’on les touche : on reste alors à un mètre, présent. Si des regards pèsent autour de vous, déplacez-vous si c’est possible ; vous n’avez rien à prouver au public.
- Dire peu, et toujours la même chose. Une phrase courte, répétée calmement : « Je suis là. Je ne te laisse pas taper. On part quand même. » Les longues explications, les questions (« pourquoi tu fais ça ? ») et les menaces font monter le bruit.
Et pendant ce temps, vous respirez. Ce n’est pas un détail : une voix plus basse et plus lente que la sienne est souvent ce qui l’aide le mieux à redescendre. Il arrive que l’on n’y arrive pas, que l’on crie à son tour. Ce n’est pas la fin du monde, et la suite de la page dit comment revenir vers lui.
Essayez maintenant cette scène, inventée mais très ordinaire. Sacha a cinq ans. Il est 18 heures, il faut quitter le parc, et vous avez prévenu deux fois. À chaque étape, choisissez une réponse, voyez ce qu’elle produit souvent, puis essayez les autres.
Après la crise : réparer, raconter, mettre des mots
Le moment le plus important d’une colère n’est pas son sommet, c’est sa sortie. Quand l’enfant redescend, souvent par des larmes, un besoin d’être pris, un regard qui cherche le vôtre, il a besoin de vérifier deux choses : que le lien tient, et que la règle tient aussi. Un câlin, un verre d’eau, quelques minutes de silence à deux suffisent parfois. Le reste peut attendre une heure, ou le soir.
Plus tard, au calme, on peut revenir sur ce qui s’est passé, sans procès. Avec un enfant de trois ou quatre ans, on raconte l’histoire à sa place, comme un petit récit : « Tu jouais, tu étais content, et puis papa a dit qu’on partait. Tu as été très, très en colère. Tu as crié, tu as tapé. Et après, tu as pleuré, et on s’est fait un câlin. » Les plus jeunes adorent qu’on leur raconte leurs propres crises : cela leur rend la scène pensable. Avec un enfant plus grand, on peut lui demander comment il a vécu le moment, dessiner ensemble l’orage et ses étapes, chercher ce qui l’aurait aidé : un signe convenu, un coin où se poser, une phrase à dire à la place du coup.
Il y a aussi ce que l’enfant peut réparer, à sa mesure : ramasser les jouets lancés, aider à recoller le dessin du frère, faire un dessin pour la personne frappée. La réparation n’est pas une punition déguisée ; elle lui montre qu’après avoir abîmé, on peut rendre quelque chose. Et si c’est vous qui avez crié ou dit une phrase que vous regrettez, vous pouvez réparer aussi : « J’ai crié très fort, je n’aurais pas dû. J’étais à bout. La règle reste la même. » Loin d’affaiblir votre autorité, ce geste apprend à l’enfant qu’un adulte peut se tromper et revenir. Si ces moments où vous débordez vous-même se multiplient, la page parents débordés par les émotions est pour vous.
- Une colère d’enfant est d’abord un débordement : il a besoin d’un adulte qui contienne, pas d’un adversaire.
- Pendant la crise : protéger, rester proche, dire peu. Après : rassurer sur le lien, raconter, réparer.
- La limite porte sur les gestes (taper, casser, se mettre en danger), jamais sur le droit d’être en colère.
- Des crises très fréquentes, très longues, violentes ou apparues après un événement méritent un avis.
Caprice, manipulation, « il le fait exprès » : ce que l’on croit, ce qui se passe
Au milieu d’une crise, surtout en public, des phrases toutes faites nous traversent l’esprit, parfois soufflées par l’entourage. Elles sont compréhensibles : elles donnent un sens à un moment qui en manque. Mais elles orientent souvent vers des réponses qui aggravent l’orage. Touchez les cartes.
Ces cartes ne disent pas qu’il faudrait tout laisser passer. Elles disent que, pour qu’une limite soit entendue, l’enfant doit être en état de l’entendre. La différence entre « dire non » et « entrer en guerre » est le sujet de la page mon enfant n’obéit pas, dit non à tout, et la façon de tenir une limite quand on doute de soi est celui de la page je n’arrive pas à poser de limites.
Mon enfant tape, mord, casse pendant ses colères : poser une limite au geste
Un enfant de deux ans qui mord à la crèche, un enfant de quatre ans qui frappe sa mère, un enfant de sept ans qui lance une chaise : les coups bouleversent les parents plus que les cris. Ils réveillent la peur qu’il « devienne violent », et parfois des souvenirs plus anciens. Chez le jeune enfant, taper ou mordre est d’abord une décharge, un geste qui arrive avant la pensée. Il ne signe pas une nature, mais il doit être arrêté, chaque fois, avec calme.
Concrètement, on arrête le geste (on retient la main, on s’écarte, on met une distance), on nomme la limite en une phrase, sans crier, et on protège celui qui a été frappé, en s’occupant de lui d’abord : l’enfant qui a tapé voit alors que la violence ne capte pas toute l’attention. Avec un frère ou une sœur, la protection du plus vulnérable passe avant tout. La page mes enfants se disputent sans cesse s’attarde sur ces moments.
Reste une question que beaucoup de parents nous posent à mi-voix : « et si je lui en mettais une, pour qu’il comprenne ? » Une tape arrête parfois une crise, parce qu’elle sidère. Mais elle montre à l’enfant exactement ce qu’on lui demande de ne pas faire : régler un conflit par un coup. La loi française a d’ailleurs posé le principe en toutes lettres : « L’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques. » (article 371-1 du Code civil, alinéa 3, texte vérifié le 3 novembre 2026). Si vous vous sentez au bord de frapper, ce n’est pas un aveu de monstruosité : c’est le signal que vous portez trop, et que vous avez le droit d’être aidé.
Quand faut-il s’inquiéter des colères d’un enfant ?
La plupart des colères n’ont rien d’inquiétant. Certaines formes, en revanche, méritent un avis. En 2008, l’équipe de la pédopsychiatre Joan Luby a comparé les colères d’enfants de 3 à 6 ans en bonne santé et celles d’enfants qui présentaient une dépression ou des troubles du comportement. Cinq profils se détachaient chez ces derniers : une agressivité dirigée contre l’adulte ou une destruction violente d’objets dans la majorité des crises ; des gestes pour se faire mal pendant la crise ; des crises très fréquentes (de dix à vingt dans le mois à la maison, ou plus de cinq par jour plusieurs jours de suite à l’école ou ailleurs) ; des crises de plus de vingt-cinq minutes en moyenne ; une incapacité fréquente à se calmer sans l’aide d’un adulte. Ces repères aident à savoir quand demander un regard extérieur.
Nous ajoutons trois signaux que nous retrouvons souvent en consultation.
- Des colères apparues ou aggravées après un événement : un déménagement, une séparation, une naissance, un deuil, une hospitalisation, une scène de violence vue ou subie. La colère est alors parfois la façon dont l’enfant dit ce qu’il ne sait pas dire. Voir le trauma chez l’enfant.
- Des colères qui s’accompagnent d’autre chose : une agitation et une impulsivité dans tous les lieux, une difficulté massive à se concentrer (on pense à un TDAH avec dysrégulation émotionnelle), des peurs nombreuses et des maux de ventre (une anxiété de l’enfant), une sensibilité très vive aux bruits et aux textures (une hypersensibilité ou un fonctionnement autistique), une tristesse de fond.
- Une opposition qui s’installe partout et depuis des mois, avec de la rancune et de la provocation, au point que la vie de famille s’organise autour : la page trouble oppositionnel avec provocation fait le point.
Si votre enfant se blesse volontairement pendant ses crises, dit qu’il veut mourir, ou met en danger un autre enfant ou un adulte, ne restez pas seul avec cela. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Voici une situation fictive, pour exercer votre regard.
Situation
Aliou a 7 ans. Il vit avec sa mère et sa grand-mère. Depuis la rentrée, qui a suivi un déménagement et un changement d’école, il explose presque chaque soir : il jette son cartable, insulte sa grand-mère, se cache sous son lit et met parfois quarante minutes à se calmer. À l’école, la maîtresse le décrit comme « très sage, un peu absent ». La nuit, il se réveille souvent. Sa mère se demande si elle a été trop permissive depuis le départ de son père, il y a un an.
Qu’est-ce qui aiderait le plus Aliou et sa famille ?
La culpabilité de la mère d’Aliou est très fréquente : beaucoup de parents pensent d’abord à leur « faiblesse ». Elle mérite d’être entendue, mais rarement de servir d’explication unique.
Ce que nous faisons au cabinet pour les colères d’un enfant
Souvent, ce sont les parents qui viennent d’abord, seuls ou à deux, parfois avec un grand-parent qui partage le quotidien. Nous leur demandons de nous raconter une crise récente, précisément, minute par minute : où l’on était, ce qui s’est passé juste avant, ce que chacun a dit et fait, comment cela s’est terminé. Ce récit détaillé est précieux : il fait apparaître des déclencheurs, des moments où l’orage aurait pu tourner autrement, et ce que la crise réveille chez l’adulte lui-même.
Ensuite, notre pédopsychothérapeute reçoit l’enfant, avec ses parents, seul, ou les deux selon ce qui convient. Avec les plus jeunes, on passe par le jeu, le dessin, les histoires : un enfant qui ne sait pas dire « j’ai eu peur quand papa est parti » peut le jouer avec des figurines, ou dessiner une maison coupée en deux. Les outils de la TCC apportent des repères concrets : un thermomètre de la colère fabriqué avec l’enfant, des signes qui annoncent la montée, un plan pour les moments à risque. L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, s’intéresse à ce que la colère dit et à qui elle s’adresse. Quand les crises ont commencé après un événement, un bilan psycho-traumatique peut précéder l’EMDR avec l’enfant, en séances longues de 80 minutes.
Quand l’attention ou l’impulsivité posent question, notre neuropsychologue peut réaliser un bilan, qui donne lieu à un compte rendu écrit ; notre psychothérapeute peut recevoir avant, pour orienter. Des séances de famille de 80 minutes aident quand les crises ont fini par organiser toute la maison. Si l’enfant refuse de venir, rien n’empêche de commencer sans lui, avec ses parents, au cabinet comme en téléconsultation. Nos consultations pour les plus jeunes sont présentées sur la page consultation pour enfants et adolescents ; le dossier Parent aborde les autres difficultés de la vie avec un enfant.
Questions fréquentes sur les colères de l’enfant
Est-ce normal qu’un enfant de 3 ans fasse des colères tous les jours ?
Les colères sont très fréquentes à cet âge : la grande majorité des enfants en font de temps en temps. Les colères quotidiennes sont moins courantes, sans être forcément inquiétantes, surtout en période de changement (naissance, rentrée, déménagement) ou de fatigue. Ce qui doit amener à consulter, c’est l’intensité et la durée : des crises très longues, violentes envers vous ou envers lui-même, une difficulté presque constante à se calmer, ou des colères qui envahissent tous les lieux de vie depuis plusieurs mois.
Pourquoi mon enfant fait-il ses colères avec moi et pas avec les autres ?
Parce que c’est souvent auprès de vous qu’il se sent assez en sécurité pour lâcher ce qu’il a retenu ailleurs. Beaucoup d’enfants se tiennent à l’école ou chez les grands-parents, puis explosent à la maison. Ce n’est pas un signe que vous faites moins bien que les autres adultes, plutôt que vous êtes son port d’attache. Il reste utile de regarder ce qui le charge autant dans la journée, et de ménager un temps de décompression au retour.
Comment réagir quand mon enfant me dit « je te déteste » ?
En l’entendant comme un mot de colère, pas comme une vérité sur votre lien. Inutile de répondre « moi non plus » ou de le punir pour la phrase : cela confirmerait que sa colère peut détruire l’amour. Vous pouvez dire « tu es très en colère contre moi, je l’entends, et moi je t’aime toujours », tout en arrêtant les gestes s’il y en a. Plus tard, au calme, vous pourrez l’aider à trouver d’autres mots pour dire sa colère.
Une fessée ou une tape pour arrêter une crise, est-ce grave ?
Une tape arrête parfois une crise parce qu’elle sidère l’enfant, mais elle lui montre qu’un conflit se règle par un coup, et elle ajoute de la peur à son débordement. La loi le dit : « L’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques. » (article 371-1 du Code civil, texte vérifié le 3 novembre 2026). Si vous avez déjà eu ce geste, revenez vers votre enfant pour le réparer. Et si vous sentez que vous êtes souvent au bord, c’est un bon moment pour demander de l’aide.
Mon enfant de 8 ans fait encore des crises comme un petit : pourquoi ?
Les crises s’espacent en général avec l’âge, mais un enfant de huit ans peut encore déborder quand il est très fatigué, frustré, inquiet ou humilié. Certains enfants ont un tempérament plus intense, d’autres portent une difficulté qui ne se voit pas : un trouble de l’attention, une anxiété, une hypersensibilité, un souci à l’école, un événement familial. Si les crises restent fréquentes et longues, un premier rendez-vous permet de démêler ce qui se joue, avec un bilan si c’est utile.
Les colères peuvent-elles être un signe de TDAH ?
Elles peuvent en faire partie : beaucoup d’enfants avec un TDAH ont des émotions qui montent très vite et redescendent difficilement. Mais des colères seules ne suffisent jamais à évoquer un TDAH. On regarde aussi l’attention, l’agitation et l’impulsivité dans plusieurs lieux de vie, depuis longtemps. Au cabinet, c’est notre neuropsychologue qui réalise le bilan du TDAH, avec un compte rendu écrit ; notre psychothérapeute peut recevoir l’enfant et ses parents avant, pour orienter.
Quand consulter pour les colères de son enfant ?
Quand les crises sont quotidiennes et durent, qu’elles s’accompagnent de coups dirigés contre vous ou de gestes pour se faire mal, que l’enfant n’arrive presque jamais à se calmer sans aide, ou qu’elles sont apparues après un événement. Et aussi, tout simplement, quand vous êtes épuisé ou que la maison s’organise autour des colères. Un premier rendez-vous sans engagement, au cabinet ou en téléconsultation, permet de faire le point, avec ou sans l’enfant.
Références
Les travaux et ouvrages cités sur cette page.
- Wakschlag, L. S., Choi, S. W., Carter, A. S., Hullsiek, H., Burns, J., McCarthy, K., Leibenluft, E., & Briggs-Gowan, M. J. (2012). « Defining the developmental parameters of temper loss in early childhood : implications for developmental psychopathology ». Journal of Child Psychology and Psychiatry, 53(11), 1099–1108. doi.org/10.1111/j.1469-7610.2012.02595.x
- Belden, A. C., Thomson, N. R., & Luby, J. L. (2008). « Temper tantrums in healthy versus depressed and disruptive preschoolers : defining tantrum behaviors associated with clinical problems ». The Journal of Pediatrics, 152(1), 117–122. doi.org/10.1016/j.jpeds.2007.06.030
- Bion, W. R. (1962). Learning from Experience. Londres, Heinemann. Trad. fr. Aux sources de l’expérience, PUF, 1979.
Ne pas rester seul avec les orages
Un premier rendez-vous permet de raconter les crises telles qu’elles se passent chez vous, de comprendre ce qui les charge, et de choisir ensemble par où commencer : quelques séances avec vous, un travail avec l’enfant, un bilan si une question se pose. Au cabinet ou en téléconsultation.