Mes enfants se disputent sans cesse : jalousie, rivalité, arrivée d’un bébé
« Il m’a touché ! » « C’est elle qui a commencé ! » Dans la voiture, à table pour la plus grosse part, le soir pour la télécommande. Et depuis la naissance du petit dernier, l’aîné qui refait pipi la nuit et parle comme un bébé. Est-ce normal que des frères et sœurs se disputent autant ? Dans une large mesure, oui : se disputer fait partie de la façon dont ils apprennent à partager, à se défendre et à se réconcilier. Ce qui aide : ne pas arbitrer chaque querelle, ne pas comparer, donner à chacun un moment rien qu’à lui, accueillir la jalousie sans la punir. Ce qui doit alerter : la violence répétée, un enfant toujours perdant, toujours visé, qui finit par avoir peur de l’autre.
Pourquoi les frères et sœurs se disputent-ils autant ?
Parce qu’ils partagent ce qu’il y a de plus précieux au monde pour un enfant : l’attention et l’amour de leurs parents. Le reste, la télécommande, la place près de la fenêtre, le dernier yaourt à la fraise, n’est souvent que le prétexte. Derrière « c’est à moi ! », il y a fréquemment une autre question, que l’enfant ne sait pas poser : « Est-ce que je compte autant que lui ? »
Ils se disputent aussi parce qu’ils vivent les uns sur les autres, dans les mêmes pièces, aux mêmes heures, fatigués aux mêmes moments. Parce qu’ils n’ont pas le même âge et ne veulent pas les mêmes choses : la grande veut la paix, le petit veut jouer avec elle. Parce qu’ils n’ont pas le même tempérament : l’un explose, l’autre provoque à bas bruit. Et parce que la fratrie est le premier endroit où l’on s’entraîne, en sécurité, à se défendre, à négocier, à perdre, à se réconcilier. Beaucoup d’adultes se souviennent d’avoir passé leur enfance à se battre avec un frère qu’ils appelleraient aujourd’hui en premier en cas de coup dur.
Beaucoup de parents remarquent aussi que les disputes redoublent quand ils sont dans la pièce, et s’apaisent quand ils s’éloignent. Ce n’est pas de la manipulation : un conflit devant un parent a un enjeu de plus, celui de savoir qui il va défendre. C’est l’une des raisons pour lesquelles arbitrer chaque querelle a souvent l’effet inverse de celui qu’on espère.
Il y a enfin les périodes. Une naissance, un déménagement, une séparation, l’arrivée dans une famille recomposée, un parent malade ou épuisé : la rivalité augmente quand la place de chacun devient incertaine. Avant de chercher ce qui ne va pas chez les enfants, il est souvent utile de regarder ce qui a bougé autour d’eux.
La jalousie entre frères et sœurs : ce que Freud et Lacan en ont compris
La psychanalyse s’est intéressée très tôt à la jalousie fraternelle, et elle en a fait non pas un défaut de caractère, mais une étape de la vie psychique. En 1917, Freud consacre un court texte à un souvenir d’enfance que Goethe raconte au début de ses mémoires : tout petit, il avait jeté par la fenêtre, une à une, la vaisselle de la maison, sous les encouragements des voisins. Freud rapproche ce souvenir de celui d’un de ses patients, qui avait fait la même chose peu après la naissance d’un petit frère, et il remarque que Goethe avait un peu plus de trois ans à la naissance de son propre frère, Hermann-Jakob. Il propose une lecture saisissante : jeter la vaisselle était « un acte magique » par lequel l’enfant « exprimait avec force son désir de voir écarter le fâcheux intrus ».
Dans le même texte, Freud rapporte le premier souvenir d’une jeune femme de dix-neuf ans : elle se revoit sous la table de la salle à manger, méditant de jeter par la fenêtre sa tasse de café au lait, le jour même où naissait son frère et où personne n’avait de temps pour elle. On lui avait raconté qu’elle avait été « insupportable » toute la journée. Plus d’un siècle plus tard, des parents nous racontent des scènes très semblables : le verre renversé exprès, la poupée cassée, le petit frère « câliné » un peu trop fort.
En 1938, dans un texte écrit pour l’Encyclopédie française, Jacques Lacan décrit ce qu’il appelle le complexe d’intrusion : le moment où l’enfant découvre qu’un autre, qui lui ressemble, occupe une place qu’il croyait la sienne. Pour Lacan, la jalousie fraternelle ne se résume pas à une lutte pour la nourriture ou les câlins : elle passe par l’identification. L’enfant se reconnaît dans ce petit autre, il le regarde, il voudrait être à sa place, et c’est justement parce qu’il lui ressemble qu’il le supporte si mal. C’est en se confrontant à ce rival qui lui ressemble que l’enfant découvre l’autre comme un semblable, ce qui est la condition pour apprendre, ensuite, à partager.
Ces lectures ne disent pas aux parents ce qu’il faut faire. Elles disent quelque chose de plus utile : que la jalousie n’est pas une méchanceté à corriger, mais un mouvement à accompagner. Un enfant qui peut dire « je voudrais qu’il n’existe pas » sans être puni ni moqué a beaucoup moins besoin de le montrer en tapant. Pour aller plus loin, voir Lacan et Freud.
L’arrivée d’un bébé : l’aîné détrôné
Le médecin viennois Alfred Adler, fondateur de la psychologie individuelle, parlait du « détrônement » de l’aîné : pendant des mois ou des années, il a été seul au centre, et voilà qu’un autre prend la lumière. Imaginez, proposent souvent les cliniciens pour le faire sentir aux parents, que votre conjoint rentre un soir avec une nouvelle personne en disant : « Je t’aime toujours autant, mais elle va vivre avec nous, dormir dans notre chambre, et tu vas l’adorer. Tu peux lui prêter tes vêtements ? »
Dans les années 1970 et 1980, la psychologue Judy Dunn et sa collègue Carol Kendrick ont suivi quarante familles anglaises dont l’aîné avait entre un an et demi et un peu plus de trois ans et demi, depuis la fin de la grossesse jusqu’aux quatorze mois du bébé. Leurs observations, publiées en 1982 dans Siblings: Love, Envy and Understanding, montrent qu’après la naissance la grande majorité des aînés devenaient plus exigeants, plus « difficiles », pleuraient davantage, et imitaient le bébé : langage de bébé, demandes à être portés, retours en arrière dans la propreté. Certains se repliaient, ou dormaient moins bien. Mais ces comportements étaient presque toujours accompagnés de gestes tendres et d’une vraie curiosité pour le nouveau-né. Jalousie et affection ne s’excluent pas : elles cohabitent, souvent dans la même minute.
Ce qui aide l’aîné à traverser ce moment est souvent simple :
- Le préparer sans lui promettre un compagnon de jeu. Un nouveau-né dort, pleure et prend les bras de maman ; il ne jouera pas au ballon avant longtemps.
- Garder ses repères : son lit, sa crèche, ses rituels du soir, ses objets, plutôt que d’en profiter pour tout changer en même temps.
- Lui réserver un moment rien qu’à lui, même court, avec chacun de ses parents si possible, sans le bébé.
- Accueillir les mots ambivalents : « Il est moche », « Ramène-le » sont des façons de dire sa peur. On peut les entendre sans les approuver, et sans accepter les gestes qui font mal.
- Lui parler du bébé comme d’une personne, qui pleure parce qu’elle a faim, qui le regarde, qui l’aime bien : l’aîné devient alors quelqu’un qui comprend, pas seulement quelqu’un qui subit.
Voici une situation comme nous en entendons souvent.
Situation fictive
Gabin a trois ans et demi. Sa petite sœur Rose est née il y a deux mois. Propre depuis un an, il refait pipi au lit presque toutes les nuits. Il réclame le biberon, parle comme un bébé, et la semaine dernière il a mordu le pied de Rose « pour jouer ». Ses parents, épuisés, oscillent entre la patience et l’exaspération ; son père a fini par lui dire qu’il était « trop grand pour faire le bébé ».
Qu’est-ce qui semble le plus aidant pour Gabin ?
Pipi au lit, langage de bébé : les régressions après une naissance
Ce que l’on appelle régression est une façon, pour l’enfant, de revenir vers un moment où il se sentait en sécurité, et de vérifier qu’on l’aime encore quand il est petit. Le bébé reçoit des bras, des biberons, des couches et des mots doux : pourquoi pas lui ? Il ne calcule pas, il essaie. Et souvent, il est le premier surpris, et un peu honteux, de ce qui lui arrive la nuit.
La meilleure réponse est rarement de lutter de front. Les reproches, les moqueries (« t’es un bébé ? ») ou les comparaisons (« ta cousine, à ton âge… ») ajoutent de la honte, et la honte entretient le symptôme. Ce qui aide plutôt, c’est de lui offrir les deux places à la fois : « Tu peux être mon bébé sur mes genoux un moment, et tu es aussi mon grand qui sait faire plein de choses. » Valoriser ce que l’aîné peut faire et que le bébé ne peut pas (aller au parc sur son vélo, manger une glace, choisir son histoire) lui montre que grandir a aussi des avantages.
La plupart de ces retours en arrière s’estompent en quelques semaines ou quelques mois, quand l’enfant a vérifié qu’il garde sa place. Les questions médicales, comme un pipi au lit qui dure longtemps ou s’accompagne d’autres signes, relèvent du médecin de l’enfant. Si la régression s’installe, s’étend à d’autres domaines (sommeil, repas, séparation), ou si l’enfant semble triste et éteint plutôt que simplement jaloux, un rendez-vous au cabinet permet d’en comprendre le sens. Avec les plus jeunes, le travail passe par le jeu, le dessin et les histoires.
« C’est pas juste ! » : égalité, équité, et la peur de ne pas compter
Les parents dépensent une énergie considérable à être justes : compter les frites, chronométrer les tours de console, acheter deux cadeaux de même valeur. Et pourtant, la phrase revient : « C’est pas juste ! » C’est qu’un enfant ne mesure pas l’égalité avec une balance. Il la mesure à une impression : celle d’être vu, compris, aimé pour lui-même.
Dans un livre devenu classique, Siblings Without Rivalry (1987), Adele Faber et Elaine Mazlish consacrent un chapitre à cette idée, qu’elles résument d’une formule : donner exactement la même chose, c’est souvent donner moins. Un enfant à qui l’on répond « je t’en ai donné autant qu’à ta sœur » entend que la comparaison est la règle. Un enfant à qui l’on demande « tu as encore faim ? tu en veux un peu, ou beaucoup ? » entend qu’on s’intéresse à lui. Aimer également ne veut pas dire aimer de la même façon ; cela veut dire aimer chacun d’une façon qui lui est propre.
Le sentiment d’injustice naît aussi des rôles qui se figent sans que personne l’ait décidé. L’aîné à qui l’on demande toujours d’être raisonnable, le petit qu’on excuse toujours, celle qui « prête » et celui qui « prend ». Faites l’exercice pour vos deux enfants qui se disputent le plus.
Il n’y a pas de bonne répartition à atteindre. Le but est de voir si un enfant a fini par porter seul un rôle trop lourd, ou par n’avoir plus que le rôle du fautif. Les rôles, une fois aperçus, se desserrent souvent d’eux-mêmes.
Comparaisons et étiquettes : « la sage », « le turbulent »
« Prends exemple sur ta sœur. » « Lui, au moins, il range sa chambre. » « Ton frère avait de meilleures notes à ton âge. » Les comparaisons partent souvent d’une bonne intention : donner un modèle, motiver. Elles produisent presque toujours l’inverse : l’enfant comparé en veut à celui qu’on lui oppose, et celui qu’on cite en exemple se sent obligé de le rester, ou devient la cible de l’autre.
Les étiquettes sont plus discrètes, mais elles collent plus longtemps. « La sportive » et « l’intellectuelle », « le facile » et « le difficile », « la timide » et « le rigolo ». Elles servaient au départ à décrire, puis elles finissent par prescrire : on ne laisse plus la sportive être aussi une lectrice, ni le difficile être aussi un enfant tendre. Même les étiquettes flatteuses enferment. Beaucoup d’adultes nous racontent combien il leur a coûté d’être « celui qui n’a jamais posé de problème ».
Il arrive aussi qu’un parent se sente plus proche de l’un de ses enfants que de l’autre, parce qu’il lui ressemble, parce que tout a été plus simple avec lui, ou au contraire parce qu’il rappelle quelqu’un. Ce n’est pas une faute, c’est fréquent ; mais les enfants le perçoivent, et la rivalité s’en nourrit. La page avoir un enfant préféré en parle sans détour.
Quand intervenir, quand laisser faire ?
On ne peut pas, et on ne doit pas, arbitrer toutes les disputes. Chercher qui a commencé est souvent une impasse : chacun a une bonne raison, et le juge finit par donner tort à quelqu’un qui se sent injustement traité. On peut distinguer trois niveaux.
- Les chamailleries : des cris, des « t’es nul », sans coups ni humiliation. On peut souvent les ignorer, ou dire simplement : « Je suis sûr que vous allez trouver une solution. » Les enfants apprennent à négocier quand l’adulte ne le fait pas à leur place.
- La dispute qui monte : le ton se durcit, l’un commence à perdre pied. On intervient comme médiateur, pas comme juge : on nomme ce que chacun veut, on les aide à chercher une issue, et on se retire.
- La violence ou l’humiliation : coups, morsures, objets lancés, moqueries cruelles. On arrête tout de suite, on sépare, on protège celui qui est visé. On parle ensuite avec celui qui a frappé, plus tard, au calme : pour comprendre, pas pour excuser.
Reste à trouver les mots. Associez chaque situation à la réponse qui accueille le sentiment sans accepter n’importe quel acte.
Il existe aussi des moments à protéger plutôt que des disputes à régler : un temps seul avec chaque enfant, même court, chaque semaine ; des activités où chacun a son domaine ; et, paradoxalement, des moments où les frères et sœurs sont ensemble sans les parents, pour une mission commune, une cabane, un gâteau, qui leur permettent d’être des alliés.
Quand s’inquiéter : violence, souffre-douleur, rivalité qui ne laisse plus de répit
La plupart des disputes fraternelles sont bruyantes et réversibles : on se frappe à quatre heures, on joue ensemble à cinq. Mais il existe des situations qui ne relèvent plus de la rivalité ordinaire. Quand c’est toujours le même enfant qui gagne et le même qui perd, quand l’un a peur de rester seul avec l’autre, quand les coups laissent des marques, quand les moqueries visent sans relâche le même point sensible, on parle plutôt de harcèlement entre frères et sœurs.
Ce harcèlement-là est souvent banalisé, parce qu’il se passe en famille. La recherche invite pourtant à le prendre au sérieux. Une étude britannique publiée en 2014, qui a suivi près de 7 000 jeunes d’une grande cohorte de la région de Bristol, a observé que ceux qui disaient, à 12 ans, être souvent harcelés par un frère ou une sœur avaient, à 18 ans, environ deux fois plus de risques de dépression et d’automutilation que les autres. Un lien n’est pas une cause unique, mais le message est clair : ce qui se passe entre enfants à la maison compte autant que ce qui se passe dans la cour de récréation.
Ces questions vous aident à situer ce que vous observez chez vous.
N’attendez pas que la situation se calme d’elle-même. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Un enfant qui frappe ou humilie son frère ou sa sœur de façon répétée n’est pas « méchant » : il exprime souvent une détresse, une jalousie débordante, une impulsivité qu’il ne maîtrise pas, ou une violence dont il a lui-même été témoin. Le comprendre n’empêche pas de l’arrêter ; c’est même ce qui permet de l’arrêter durablement.
- Les disputes fraternelles sont fréquentes et formatrices : elles parlent souvent de la place de chacun auprès des parents.
- La jalousie n’est pas une méchanceté : on accueille le sentiment, on arrête les gestes qui font mal.
- Après une naissance, les régressions de l’aîné sont fréquentes et passagères ; un moment seul avec lui vaut mieux qu’un reproche.
- Être juste, ce n’est pas donner pareil, c’est donner à chacun ce dont il a besoin.
- Violence répétée, enfant toujours perdant ou qui a peur : ce n’est plus de la rivalité ordinaire.
Quand l’un des enfants a des besoins particuliers
La rivalité prend une couleur particulière quand l’un des enfants a un TDAH, un trouble du spectre de l’autisme, un handicap ou une maladie. Les rendez-vous, les crises, les aménagements prennent beaucoup de place, et les frères et sœurs peuvent se sentir oubliés, ou au contraire sommés d’être parfaits « pour ne pas en rajouter ». Leurs disputes ne sont pas seulement de la jalousie : elles disent parfois une injustice réelle, qu’il faut pouvoir reconnaître sans culpabiliser personne.
Plusieurs pages du site traitent ces situations en détail : TDAH et fratrie, parents et fratrie d’un enfant autiste, la fratrie face au handicap. Et quand les rivalités d’enfance ont laissé des traces jusqu’à l’âge adulte, la page relations familiales difficiles prend le relais.
Dans les familles recomposées, la rivalité concerne aussi les demi-frères et demi-sœurs, et les enfants des deux conjoints qui se retrouvent un week-end sur deux. La page trouver sa place de beau-parent aborde ces situations.
Ce que nous proposons au cabinet quand la fratrie s’abîme
Les parents viennent rarement nous voir pour « des disputes ». Ils viennent parce que la maison est devenue un champ de bataille, parce qu’un enfant a changé depuis la naissance du dernier, parce qu’ils ne savent plus qui protéger, ou parce qu’ils se reconnaissent, avec effroi, dans la façon dont leurs propres parents traitaient leur fratrie. Le premier rendez-vous ne vous engage à rien, et vous pouvez venir seuls, sans les enfants, pour commencer.
Selon les situations, plusieurs formats se combinent. Les séances de famille, longues de 80 minutes, réunissent parents et enfants pour mettre en mots ce que chacun vit, desserrer les rôles, et inventer d’autres façons de faire. Notre pédopsychothérapeute peut recevoir un enfant seul, avec le jeu, le dessin et les histoires pour les plus jeunes : un aîné détrôné ou un cadet toujours perdant a parfois besoin d’un lieu à lui. Quand un événement a marqué l’un des enfants, une naissance difficile vécue dans l’angoisse, une hospitalisation, un accident, l’EMDR adaptée aux enfants peut en apaiser la trace. Les outils des TCC aident à installer des règles et des routines qui protègent, et l’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, laisse place à ce qui se rejoue d’une génération à l’autre.
Si un enfant semble en difficulté au-delà de la rivalité, un bilan peut être proposé après un rendez-vous préliminaire : bilan psychologique par notre pédopsychothérapeute, dès la petite enfance, ou bilan neuropsychologique par notre neuropsychologue quand l’attention ou l’impulsivité posent question. Tout peut se faire au cabinet, à Colombes, à Pavillons-sous-Bois ou en Ardèche, ou en téléconsultation, séances de famille comprises.
Questions fréquentes sur les disputes entre frères et sœurs
Est-ce normal que mes enfants se disputent tout le temps ?
Dans une large mesure, oui. Les frères et sœurs partagent l’attention de leurs parents, l’espace, le temps, et ils s’entraînent entre eux à se défendre, à négocier et à se réconcilier. Les disputes augmentent souvent lors des changements : naissance, déménagement, séparation, recomposition familiale. Ce qui doit alerter, ce n’est pas la fréquence des disputes, mais leur forme : violence répétée, humiliation, enfant toujours perdant ou qui a peur de l’autre.
Comment réagir quand l’aîné est jaloux du bébé ?
En accueillant sa jalousie plutôt qu’en la combattant. Il a le droit de dire qu’il voudrait que le bébé reparte ; il n’a pas le droit de lui faire mal. Gardez ses repères, réservez-lui un moment seul avec chacun de ses parents, parlez-lui du bébé comme d’une personne qu’il peut comprendre, et valorisez ce qu’il peut faire, lui, en tant que grand. Les comportements de bébé sont fréquents et passagers ; ils s’apaisent quand l’aîné a vérifié qu’il garde sa place.
Mon enfant refait pipi au lit depuis la naissance de sa sœur : est-ce normal ?
C’est fréquent. Après une naissance, beaucoup d’aînés reviennent en arrière : langage de bébé, demandes à être portés, retours en arrière dans la propreté. Ces pipis de la nuit ne sont pas volontaires ; les punir ou s’en moquer ajoute de la honte et les entretient souvent. Rassurez-le, gardez ses rituels et offrez-lui des moments rien qu’à lui. Les questions médicales, comme un pipi au lit qui dure longtemps, relèvent du médecin de l’enfant ; si la tristesse s’installe, un rendez-vous au cabinet aide à comprendre.
Faut-il intervenir dans les disputes entre frères et sœurs ?
Pas toujours. Les chamailleries sans coups ni humiliation peuvent souvent être laissées aux enfants, qui apprennent ainsi à négocier. Quand le ton monte, intervenez comme médiateur plutôt que comme juge : nommez ce que chacun veut, aidez-les à trouver une issue, puis retirez-vous. En revanche, la violence et l’humiliation s’arrêtent tout de suite : on sépare, on protège celui qui est visé, et l’on parle plus tard, au calme, avec celui qui a fait mal.
Comment ne pas faire de jaloux entre ses enfants ?
On ne peut pas supprimer toute jalousie, et ce n’est pas souhaitable : elle fait partie de la vie d’une fratrie. On peut en revanche éviter de la nourrir. Ne comparez pas vos enfants, même pour motiver. Donnez à chacun ce dont il a besoin plutôt que la même chose. Réservez un moment seul avec chacun, même court. Méfiez-vous des étiquettes, même flatteuses. Et quand l’un dit « tu l’aimes plus que moi », répondez par quelque chose de vrai et d’unique sur lui.
Quand la rivalité entre frères et sœurs devient-elle inquiétante ?
Quand elle cesse d’être réversible. Des coups répétés ou qui laissent des marques, un enfant qui perd toujours et ne se défend plus, la peur de rester seul avec l’autre, des moqueries qui visent sans relâche le même point sensible, des menaces ou des humiliations, y compris en ligne : on parle alors de harcèlement entre frères et sœurs. Des recherches montrent que ce harcèlement est associé à davantage de dépression à l’adolescence. Un rendez-vous au cabinet permet d’agir sans tarder.
Références
Les travaux et ouvrages cités sur cette page.
- Sigmund Freud, « Un souvenir d’enfance dans Fiction et Vérité de Goethe » (1917), trad. Marie Bonaparte et E. Marty, dans Essais de psychanalyse appliquée, Paris, Gallimard, 1933.
- Jacques Lacan, « Les complexes familiaux dans la formation de l’individu » (1938, Encyclopédie française, tome VIII), repris dans Autres écrits, Paris, Seuil, 2001.
- Judy Dunn et Carol Kendrick, Siblings: Love, Envy and Understanding, Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press, 1982.
- Adele Faber et Elaine Mazlish, Siblings Without Rivalry, New York, Norton, 1987.
- Lucy Bowes, Dieter Wolke, Carol Joinson, Suzet Tanya Lereya et Glyn Lewis, « Sibling bullying and risk of depression, anxiety, and self-harm: a prospective cohort study », Pediatrics, 134(4), 2014. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25201801
Une place pour chacun, et la paix possible
Un rendez-vous permet de comprendre ce que les disputes disent de la place de chacun, de protéger l’enfant qui en souffre le plus, et de retrouver un peu de calme à la maison. En famille, avec un enfant, ou entre parents ; au cabinet ou en téléconsultation.