Beau-parent : trouver sa place auprès des enfants de l’autre
« T’es pas ma mère. » La phrase est tombée au dîner, devant tout le monde, et votre conjoint n’a rien dit. Vous aimez une personne ; ses enfants sont venus avec, une semaine sur deux, avec leurs habitudes, leurs souvenirs, leur autre parent quelque part. Comment trouver sa place de beau-parent ? En ne cherchant pas à remplacer qui que ce soit. En construisant une relation avant d’exercer une autorité, et en laissant d’abord le parent tenir les règles avec ses propres enfants. En respectant la loyauté de l’enfant envers son autre parent, même quand elle vous blesse. Et en se donnant du temps : une famille recomposée ne se décrète pas, elle se fabrique, souvent sur plusieurs années.
Ni parent, ni étranger : une place de beau-parent à inventer
La langue elle-même hésite. « Belle-mère » désigne aussi la mère du conjoint, « beau-père » le père du conjoint. Le vieux mot de « marâtre », qui nommait simplement la seconde épouse du père, a pris avec les siècles le sens que l’on sait. Il n’existe pas de mot simple et chaleureux pour dire « la compagne de papa » ou « le mari de maman », et ce flou dit quelque chose de la place elle-même : elle n’est pas écrite d’avance.
Les contes n’ont pas aidé. Blanche-Neige, Cendrillon, Hansel et Gretel : la belle-mère y est jalouse, cruelle, affameuse. Dans Psychanalyse des contes de fées, en 1976, Bruno Bettelheim proposait une lecture éclairante de cette figure : en coupant la mère en deux, la bonne mère souvent morte et la marâtre bien vivante, le conte permet à l’enfant de détester la mère qui refuse et punit sans abîmer l’image de celle qui l’aime. La méchante belle-mère des contes parle donc surtout de l’ambivalence de l’enfant envers sa propre mère. Mais l’image est restée, et beaucoup de beaux-parents sentent peser sur eux, dès le premier jour, un soupçon qu’ils n’ont rien fait pour mériter.
Il y a enfin l’asymétrie des histoires. Le beau-parent arrive dans une famille qui existait avant lui, avec ses blagues, ses façons de se tenir à table, ses surnoms, ses souvenirs de vacances où il n’était pas. Il n’a pas choisi ces enfants ; ils ne l’ont pas choisi non plus. Le parent, lui, est au milieu, avec l’espoir que tout le monde s’aime vite. Ce que nous voyons souvent en consultation, c’est un beau-parent qui en fait trop au début, par bonne volonté, ou qui ne sait plus du tout quoi faire après quelques mois de rebuffades. Les deux sont compréhensibles. Aucune des deux positions ne tient longtemps.
Les cinq défis de toutes les familles recomposées
La psychologue américaine Patricia Papernow a consacré sa carrière à ces familles. Dans un ouvrage de 2013 puis dans un article de 2018 destiné aux thérapeutes, elle décrit cinq difficultés qui se retrouvent dans presque toutes les familles recomposées, quelles que soient la bonne volonté et l’intelligence des adultes. D’abord, des positions « dedans » et « dehors » intenses et figées : le parent et ses enfants forment un bloc, le beau-parent reste à la porte. Ensuite, des enfants aux prises avec des pertes, des changements et des conflits de loyauté. Puis des questions d’éducation et de discipline qui divisent le couple. Il faut aussi bâtir une culture commune à partir de deux façons de vivre. Enfin, l’autre parent fait partie de la famille, même absent de la maison.
Savoir que ces difficultés sont structurelles soulage souvent : elles ne disent pas que vous vous y prenez mal, ni que votre couple est fragile. Elles disent que vous êtes une famille recomposée. Réglez chaque curseur selon ce que vous vivez.
Si c’est la question de la place, « dedans » ou « dehors », qui domine, sachez qu’elle est vécue des deux côtés : le beau-parent se sent exclu, le parent se sent tiraillé, et chacun pense que l’autre a la place la plus confortable. Si c’est l’autre parent qui pèse, la section l’autre parent, l’autre maison vous concerne d’abord.
L’autorité : qui pose les règles, et quand ?
C’est la question la plus fréquente, et souvent la plus douloureuse. Le beau-parent vit avec les enfants, il voit ce qui ne va pas, il a parfois une idée claire de ce qu’il faudrait faire ; et chaque fois qu’il intervient, il se heurte à un « t’as rien à me dire ». L’enfant n’a pas tout à fait tort : une autorité qui s’exerce sans relation est vécue comme une intrusion, surtout par un enfant qui n’a pas choisi cette personne.
Ce que nous observons le plus souvent comme tenable, au moins dans les premières années, c’est un partage simple. Le parent garde la main sur l’éducation de ses propres enfants : les sanctions, les permissions, les décisions importantes. Le beau-parent, lui, fait respecter les règles communes de la maison, celles qui valent pour tous les adultes et tous les enfants qui y vivent (« chez nous, on frappe avant d’entrer », « on ne parle pas comme ça à table »), en s’appuyant sur le parent. Et surtout, il construit une relation personnelle avec chaque enfant, autour de ce qu’ils peuvent partager : un sport, un jeu, une recette, une série. L’autorité viendra de cette relation, pas l’inverse.
Ce partage se discute entre adultes, en dehors des enfants. Rien n’affaiblit plus un beau-parent qu’un parent qui le contredit devant eux ; rien n’isole plus un parent qu’un beau-parent qui reproche aux enfants ce qu’il n’ose pas dire à son conjoint. Situez-vous sur le curseur.
Il arrive que l’autre parent soit absent, décédé ou très lointain, et que le beau-parent devienne, de fait, une figure parentale majeure. Même alors, l’enfant a besoin de garder la place de celui ou celle qui n’est plus là : on peut l’élever sans effacer son histoire.
La loyauté de l’enfant envers son autre parent
Un enfant de famille recomposée vit avec une question qu’il ne formule presque jamais : « Si je t’aime bien, est-ce que je fais de la peine à mon père, à ma mère ? » Plus le conflit entre ses parents est vif, plus la question est brûlante. Il peut alors rejeter le beau-parent non parce qu’il le déteste, mais parce que l’aimer lui paraît interdit. Il peut aussi être chaleureux un week-end, glacial le suivant, selon ce qu’il a entendu dans l’autre maison.
Ce conflit de loyauté ne se règle pas par des arguments. Il se desserre quand l’enfant reçoit, de plusieurs côtés, une permission : celle d’aimer tout le monde. Le parent peut la donner (« tu as le droit de bien t’entendre avec Paul, ça n’enlève rien à ton père »), le beau-parent aussi (« je ne serai jamais ta mère, et je n’essaie pas de l’être »), et l’autre parent, quand il le peut, la donne mieux que personne. Ce que l’enfant ne doit pas entendre, en revanche, c’est une critique de son autre parent dans la maison où il vit une semaine sur deux : chaque mot contre son père ou sa mère, il le reçoit en partie contre lui-même.
Le beau-parent a ici un rôle délicat : ne jamais se poser en rival de l’autre parent. Ni dans les mots, ni dans les cadeaux, ni dans les comparaisons. Paradoxalement, c’est quand l’enfant est sûr que vous ne voulez pas prendre la place de sa mère ou de son père qu’il peut commencer à vous en faire une.
Quand l’enfant vous rejette, et quand c’est vous qui n’y arrivez pas
Le rejet prend toutes sortes de formes : le silence obstiné, le regard qui vous traverse, la porte fermée, les « je t’ai pas parlé », la comparaison incessante avec l’autre maison. Il blesse d’autant plus qu’on a souvent fait beaucoup d’efforts. Il aide de savoir que ces phrases disent rarement ce qu’elles ont l’air de dire. Touchez les cartes.
Il faut aussi oser dire l’autre côté. Beaucoup de beaux-parents nous confient, à voix basse, qu’ils n’aiment pas les enfants de leur conjoint, ou pas tous, ou pas encore. Ils s’en veulent, et n’osent le dire à personne, surtout pas à leur conjoint. Ce sentiment n’a rien de monstrueux : on n’aime pas sur commande des enfants que l’on n’a pas vus grandir, qui vous rejettent parfois, et qui ressemblent à quelqu’un que votre conjoint a aimé. Ce qu’on peut offrir, c’est du respect, de la justice, de la bienveillance ; l’affection vient parfois ensuite, parfois non. Le dire en séance, plutôt que de le taire, évite souvent qu’il ne se dise autrement, en gestes d’agacement que les enfants perçoivent très bien.
Jalousies croisées : la vôtre, la sienne, celle du parent
Dans une famille recomposée, la jalousie circule dans tous les sens, et elle est rarement dite. Le beau-parent peut être jaloux du lien entre son conjoint et ses enfants, de leurs rituels qui l’excluent, des appels de l’autre parent qui interrompent le dîner, et même du passé de son conjoint, que les enfants incarnent. L’enfant peut être jaloux du couple, qui lui « vole » son parent, et du temps que ce parent passe désormais avec quelqu’un d’autre. Le parent peut se sentir jaloux, lui, de la complicité naissante entre son nouveau conjoint et son enfant, ou de celle de son enfant avec le nouveau conjoint de son ex.
Ces jalousies ne sont pas des fautes ; ce sont des signes que chacun a peur de perdre sa place. Elles s’apaisent rarement par des reproches, et beaucoup mieux par des moments réservés : du temps du parent seul avec ses enfants, comme avant ; du temps du couple seul, sans enfants ni logistique ; et, plus tard, du temps du beau-parent seul avec un enfant, autour d’une activité qu’ils aiment tous les deux. Chacun a besoin de sentir qu’il ne doit pas se battre pour exister.
L’autre parent, l’autre maison
Patricia Papernow le rappelle avec force : l’autre parent fait partie de la famille recomposée, même s’il n’y vit pas. Ses horaires, ses règles, ses humeurs, ses appels et ses silences pèsent sur la vie de la maison. Le nier ne le fait pas disparaître ; cela rend seulement plus difficile de faire avec.
Pour le beau-parent, la position la plus protectrice est souvent la plus sobre : ne pas entrer dans le conflit entre ex, ne pas critiquer l’autre parent devant les enfants, ne pas se poser en meilleur parent que lui, et laisser à son conjoint la gestion de ce lien. Cela ne veut pas dire tout accepter : on peut poser des limites sur ce qui entre dans la maison, en parler entre adultes, et demander de l’aide quand le conflit devient envahissant. Les pages séparation et divorce et couple, enfants et famille abordent ce qui protège les enfants quand les parents ne s’entendent plus.
Il y a aussi les passages d’une maison à l’autre, le vendredi soir ou le dimanche. Beaucoup d’enfants rentrent tendus, fermés, irritables, pendant quelques heures. Ce n’est pas forcément le signe que l’autre maison va mal, ni que la vôtre ne leur plaît pas : changer de maison, c’est changer de règles, de chambre, d’ambiance, et quitter quelqu’un qu’on aime. Un sas tranquille, sans questions sur le week-end et sans exigences immédiates, aide souvent plus qu’un grand accueil.
Un bébé arrive dans la famille recomposée
La naissance d’un enfant du nouveau couple est souvent une grande joie, et un moment délicat pour les enfants déjà là. Ce bébé vit à plein temps avec ses deux parents, ce qu’eux ne connaissent plus. Il incarne la nouvelle famille, celle où ils viennent une semaine sur deux. Certains y voient la preuve que leur parent a « refait sa vie » sans eux ; d’autres, au contraire, s’attachent très vite à ce demi-frère ou cette demi-sœur qui ne leur doit rien et qu’ils n’ont pas à partager avec l’autre maison.
Pour le beau-parent, devenir parent à son tour change aussi le regard sur les enfants de son conjoint : on comprend mieux certaines choses, on en supporte moins d’autres, et il arrive qu’on se surprenne à faire des différences. Les enfants les perçoivent immédiatement. Quelques repères aident : parler aux aînés du bébé comme de leur frère ou de leur sœur, sans préciser « demi » à chaque phrase ; leur garder une place et des moments à eux ; éviter de leur confier d’office un rôle de baby-sitter ; et accueillir leurs sentiments mêlés sans les leur reprocher. La rivalité qui peut suivre ressemble à celle de toutes les fratries ; la page mes enfants se disputent sans cesse en parle en détail.
Le parent pris entre deux
On parle beaucoup du beau-parent, moins du parent qui se trouve au milieu. Il aime ses enfants, il aime son conjoint, et il a l’impression de devoir sans cesse choisir. S’il soutient son conjoint, ses enfants se sentent trahis ; s’il protège ses enfants, son conjoint se sent seul. Il finit souvent par se taire, en espérant que les choses s’arrangent, et ce silence est vécu par chacun comme un abandon. Voici une situation inventée, mais très familière.
Situation fictive
Sophie, 38 ans, vit depuis un an avec Karim et ses deux enfants, Lina, 11 ans, et Noam, 8 ans, présents une semaine sur deux. Noam est câlin ; Lina l’ignore. Hier soir, Lina a laissé son assiette sur la table. Sophie lui a demandé de la débarrasser. Lina a répondu, devant tout le monde : « T’es pas ma mère, t’as rien à me dire. » Karim n’a rien dit. Sophie est blessée ; Karim se sent coincé ; Lina s’est enfermée dans sa chambre.
Qu’est-ce qui peut aider le plus ?
Ce qui a manqué à Karim, ce n’est pas de l’amour pour Sophie ou pour Lina : c’est une position préparée à l’avance. Les parents de familles recomposées gagnent beaucoup à se mettre d’accord, en couple, sur les règles de la maison et sur la façon de réagir quand l’enfant défie le beau-parent. Ce travail se fait très bien en séances de couple.
Le temps qu’il faut à une famille recomposée
Les adultes arrivent dans une famille recomposée avec un projet : vivre ensemble, et le plus vite possible comme une vraie famille. Les enfants, eux, arrivent avec une perte : celle de la famille d’avant, et souvent d’un rythme, d’une maison, d’une école. Ces deux horloges ne tournent pas à la même vitesse, et c’est l’une des sources les plus fréquentes de découragement. Le beau-parent se dit au bout d’un an : « Je n’y arriverai jamais. » En réalité, il est souvent au tout début.
Les cliniciens qui accompagnent ces familles s’accordent sur un point : il faut du temps, rarement moins de quelques années, et ce temps n’est pas du temps perdu. C’est celui pendant lequel des habitudes communes s’inventent, où des souvenirs partagés s’accumulent, où un enfant teste, longtemps, la solidité d’un adulte avant de s’y fier. Les adolescents, en particulier, mettent souvent plus longtemps que les jeunes enfants à accepter un nouvel adulte dans leur vie, et c’est normal à cet âge où l’on cherche plutôt à s’éloigner des adultes de la maison.
Quelques rituels aident à traverser ce temps : un moment régulier du parent seul avec ses enfants ; un moment du couple seul, qui ne soit pas consacré à parler des enfants ; une petite tradition qui n’appartient qu’à la nouvelle famille, une recette du dimanche, un jeu, une promenade, que personne n’a importée d’avant. Les familles recomposées qui vont bien ne sont pas celles qui ressemblent le plus à une famille « d’avant ». Ce sont celles qui ont trouvé leur forme propre.
- Le beau-parent n’a pas à remplacer qui que ce soit ; sa place s’invente et se construit avec le temps.
- La relation d’abord, l’autorité ensuite : dans les premières années, le parent garde la main sur l’éducation de ses enfants.
- Les difficultés des familles recomposées sont structurelles : elles ne disent pas que vous vous y prenez mal.
- L’enfant a besoin de la permission d’aimer tout le monde, et de ne jamais entendre critiquer son autre parent.
- Ne pas aimer tout de suite les enfants de son conjoint n’est pas une faute ; le respect et la justice, eux, sont possibles dès le début.
Ce que nous proposons au cabinet aux familles recomposées
Les familles recomposées viennent nous voir à toutes les étapes : avant d’emménager ensemble, pour préparer ; pendant les premières années, quand un enfant rejette le beau-parent ou que le couple se divise sur l’éducation ; plus tard, à l’adolescence d’un enfant, à l’arrivée d’un bébé, ou quand un conflit avec l’autre parent déborde. Le premier rendez-vous ne vous engage à rien, et vous pouvez venir seul, en couple ou en famille.
Les séances de couple, longues de 80 minutes, permettent aux deux adultes de se mettre d’accord sur les règles et sur leurs rôles respectifs, de dire ce que chacun vit sans que l’autre se sente attaqué, et de protéger le couple au milieu de la logistique. Le clinicien y garde une position neutre : il n’est ni l’avocat du beau-parent, ni celui du parent. Les séances de famille, longues elles aussi de 80 minutes, réunissent les adultes et les enfants pour mettre en mots ce que chacun traverse ; elles se font au cabinet ou en téléconsultation, ce qui permet parfois de réunir des membres qui vivent loin les uns des autres. Notre pédopsychothérapeute peut recevoir un enfant seul, avec le jeu, le dessin et les histoires pour les plus jeunes ; un adolescent est reçu seul, et ses parents à d’autres moments.
Le beau-parent peut aussi venir pour lui-même : pour déposer la blessure du rejet, l’épuisement, l’ambivalence qu’il n’ose dire à personne, ou ce que cette situation réveille de sa propre histoire. Quand une séparation passée, la sienne ou celle de son conjoint, a laissé des traces vives, l’EMDR peut être proposée en séances individuelles, en parallèle d’une thérapie de couple. L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, laisse place à ce qui se rejoue d’une famille à l’autre ; les outils des TCC aident à installer des règles et des routines communes. Tout peut se faire au cabinet, à Colombes, à Pavillons-sous-Bois ou en Ardèche, ou en téléconsultation.
Questions fréquentes des beaux-parents
Comment trouver sa place de beau-parent ?
En renonçant à remplacer qui que ce soit, et en construisant d’abord une relation avec chaque enfant, autour de ce que vous pouvez partager. Dans les premières années, laissez votre conjoint tenir l’éducation de ses enfants, et faites respecter avec lui les règles communes de la maison. Parlez de vos rôles entre adultes, jamais devant les enfants. Et donnez-vous du temps : la place de beau-parent ne se décrète pas, elle se gagne, souvent sur plusieurs années, à force de présence et de constance.
Un beau-parent peut-il punir les enfants de son conjoint ?
Dans les premières années, c’est rarement une bonne idée. Une sanction venant d’un adulte avec qui l’enfant n’a pas encore de lien est vécue comme une intrusion, et elle aggrave souvent le conflit de loyauté. Mieux vaut que le parent garde la main sur les sanctions de ses enfants, et que le beau-parent fasse respecter les règles communes de la maison en s’appuyant sur lui. Avec le temps et la relation, le beau-parent peut peu à peu intervenir davantage, en accord avec son conjoint.
Que faire quand l’enfant de mon conjoint me rejette ?
Ne pas le prendre seulement comme une attaque personnelle. Le rejet dit souvent la loyauté envers l’autre parent, le regret de la famille d’avant, ou la peur que vous preniez une place. Restez présent sans forcer, respectez sa distance, ne critiquez jamais son autre parent, et proposez des moments simples autour d’un intérêt commun. Demandez à votre conjoint de reprendre les paroles blessantes. Si le rejet dure ou abîme le couple, des séances de couple ou de famille aident souvent à sortir de l’impasse.
Je n’arrive pas à aimer les enfants de mon conjoint : est-ce grave ?
Non, et c’est beaucoup plus fréquent qu’on ne le dit. On n’aime pas sur commande des enfants que l’on n’a pas vus grandir, qui vous rejettent parfois, et qui rappellent une histoire dont on ne fait pas partie. Ce que vous pouvez offrir dès le début, c’est du respect, de la justice et de la bienveillance ; l’affection vient parfois ensuite. Mieux vaut le dire en séance que le taire : un sentiment tu finit souvent par se montrer en gestes d’agacement que les enfants perçoivent.
Combien de temps faut-il à une famille recomposée pour trouver son équilibre ?
Plus longtemps que ce qu’espèrent les adultes, et rarement moins de quelques années. Les adultes arrivent avec un projet, les enfants avec une perte, et ces deux rythmes ne coïncident pas. Les adolescents mettent souvent plus de temps que les jeunes enfants à accepter un nouvel adulte. Ce temps n’est pas perdu : c’est celui où s’inventent des habitudes communes et des souvenirs partagés. Des moments réservés au parent avec ses enfants et au couple seul aident à le traverser.
Peut-on faire une thérapie familiale en famille recomposée ?
Oui. Au cabinet, les séances de famille durent 80 minutes et peuvent réunir les adultes et les enfants de la maison, au cabinet ou en téléconsultation. Il est souvent utile de commencer par quelques séances de couple, pour que les deux adultes s’accordent sur leurs rôles avant d’en parler avec les enfants. Un enfant ou un adolescent peut aussi être reçu seul, et le beau-parent peut venir pour lui-même. Le format se choisit avec vous lors du premier rendez-vous.
Références
Les travaux et ouvrages cités sur cette page.
- Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées (The Uses of Enchantment, 1976), trad. Théo Carlier, Paris, Robert Laffont, 1976.
- Patricia L. Papernow, Surviving and Thriving in Stepfamily Relationships: What Works and What Doesn’t, New York, Routledge, 2013.
- Patricia L. Papernow, « Clinical Guidelines for Working With Stepfamilies: What Family, Couple, Individual, and Child Therapists Need to Know », Family Process, 57(1), 2018, p. 25-51. doi.org/10.1111/famp.12321
Une famille qui trouve sa forme
Un rendez-vous permet de mettre des mots sur ce qui frotte, de vous accorder en couple sur vos rôles, et d’aider chaque enfant à trouver sa place sans trahir personne. Seul, en couple ou en famille ; au cabinet ou en téléconsultation.