Relations familiales difficiles : parents, fratrie, belle-famille, et la place d’adulte qu’on cherche encore
Le dimanche soir, dans la voiture du retour, il y a souvent un long silence. On refait le repas réplique par réplique : la remarque sur le travail, le frère qui a encore eu le dernier mot, la belle-mère qui a resservi les enfants sans rien demander. On a quarante ans, un métier, parfois des enfants à soi, et l’on est ressorti de là comme à quatorze ans. Cette page parle de ces liens que l’on n’a pas choisis, de ce qu’ils réveillent, et de la façon de devenir adulte dans sa propre famille sans s’y dissoudre ni claquer la porte.
Dans la voiture du retour : pourquoi la famille nous touche là où rien d’autre ne touche
Un collègue peut nous agacer toute une semaine, un ami nous décevoir ; il est rare qu’ils nous fassent perdre nos moyens en une phrase. Un parent, si. Un frère aussi, avec un simple « tu as toujours été comme ça ». La raison tient en peu de mots : la famille nous a connus avant que nous sachions nous défendre. Elle garde la mémoire de toutes nos versions précédentes, l’enfant qui pleurait, l’adolescent insupportable, l’étudiant qui doutait, et elle a parfois du mal à rencontrer celui ou celle que nous sommes devenus. Il suffit d’une intonation pour que ces anciennes versions se remettent en marche.
Tolstoï ouvre Anna Karénine sur une phrase que tout le monde connaît : « Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon. » Avec le respect qu’on lui doit, notre expérience nous rend un peu moins sûrs de la première moitié. Les familles qui vont bien ont, elles aussi, leurs silences, leurs sujets interdits, leurs repas où quelqu’un sort fumer pour ne pas exploser. Ce qui les distingue, c’est souvent la possibilité de revenir sur ce qui s’est passé, d’en reparler le lendemain sans que cela devienne une affaire d’État.
André Gide, lui, a écrit le cri que beaucoup n’osent pas pousser : « Familles, je vous hais ! foyers clos ; portes refermées ; possessions jalouses du bonheur. » En séance, nous entendons plus souvent la version douce et embarrassée de la même chose : « Je les aime, mais au-delà de deux jours, je ne me reconnais plus. » Les deux sentiments tiennent ensemble. L’ambivalence, aimer et ne pas supporter, vouloir leur approbation et leur en vouloir de la refuser, est la règle des liens familiaux, pas leur échec. C’est souvent quand on croit devoir choisir entre les deux que la souffrance s’installe.
Quatre idées à emporter
La famille réveille des façons d’être anciennes : se sentir redevenir enfant à table est très courant, et cela se travaille.
On peut aimer ses proches et ne pas supporter de les voir longtemps ; ces deux vérités ne s’annulent pas.
Devenir adulte dans sa famille, c’est trouver une distance où l’on reste soi sans couper le lien, ou en le coupant quand il le faut pour se protéger.
Le rôle que l’on a tenu enfant (le pilier, le médiateur, l’invisible…) continue souvent à jouer, jusqu’à ce qu’on le remarque.
Des parents trop près, ou trop loin : quand on est devenu adulte et qu’ils ne s’en sont pas aperçus
Il y a deux grandes manières pour un parent de rendre la vie d’un enfant adulte difficile, et elles sont presque symétriques. Certains sont partout : ils ont gardé un double des clés, ils appellent tous les jours à la même heure, ils ont un avis sur le prénom du bébé, le choix de l’appartement, la façon de faire la pâte à crêpes. D’autres ne sont nulle part : ils ne demandent jamais de nouvelles, oublient les anniversaires des petits-enfants, parlent de la météo pendant que vous essayez de leur annoncer un divorce. Dans les deux cas, on se sent mal vu : dans le premier, comme quelqu’un d’incapable ; dans le second, comme quelqu’un qui ne compte pas.
Trop près
Le parent envahissant
Il donne beaucoup, et c’est ce qui rend la situation si difficile à dire : comment reprocher à quelqu’un de garder vos enfants tous les mercredis ? Mais chaque cadeau semble venir avec un droit de regard. On finit par cacher des choses, mentir sur un week-end, filtrer les appels, et se sentir coupable de le faire. Souvent, derrière l’envahissement, il y a chez le parent une angoisse d’être inutile ou d’être laissé, que l’enfant adulte porte sans l’avoir choisie.
Trop loin
Le parent distant
Rien de violent, rien de spectaculaire : une absence de curiosité. On envoie des photos, la réponse arrive deux jours plus tard, « jolies ». Beaucoup d’adultes continuent, des années durant, à attendre le moment où ce parent posera enfin la bonne question. Une partie du travail consiste parfois à faire le deuil de cette question, sans faire le deuil du parent, et à chercher ailleurs ce qui n’est pas venu.
Romain Gary, dans La Promesse de l’aube, a rendu à sa mère l’hommage le plus tendre et le plus lucide qui soit : « Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. » Tout le livre raconte l’effort d’un fils pour devenir l’homme que sa mère avait annoncé à tout le voisinage. On peut être porté par un tel amour, et passer des années à essayer d’en être digne.
Une situation particulière mérite qu’on s’y arrête : celle des enfants qui, très tôt, sont devenus les parents de leurs parents. La fille aînée qui consolait sa mère après les disputes, le fils qui gérait les papiers à douze ans parce que son père ne lisait pas bien le français, l’enfant qui faisait l’interprète ou le confident. Les thérapeutes familiaux parlent de parentification. Devenus adultes, ces enfants sont souvent fiables, compétents, indispensables, et épuisés ; ils ont du mal à demander quoi que ce soit, et le moindre recul de leur part est vécu dans la famille comme un abandon. Ce qui nous frappe chez eux, c’est la surprise, presque l’incrédulité, quand on leur demande en séance : « Et vous, qui s’occupait de vous ? »
Avec l’âge des parents, une autre bascule arrive : la maladie, la dépendance, la question de la maison de retraite. Les anciens comptes se rouvrent à ce moment-là, souvent sans prévenir. La page famille et transmission au grand âge traite plus longuement de ce temps-là.
La juste distance : se différencier sans partir
Une idée tenace voudrait que, pour devenir adulte face à sa famille, il faille mettre des kilomètres entre elle et soi. Ce que nous voyons en consultation dit souvent l’inverse. On peut habiter à huit cents kilomètres de sa mère et lui parler dans sa tête du matin au soir ; on peut déjeuner chez ses parents chaque dimanche et y rester tranquillement soi-même. La distance qui compte ne se mesure pas sur une carte.
Le psychiatre américain Murray Bowen, pionnier de la thérapie familiale, a baptisé cette capacité de rester soi au milieu des siens : la différenciation de soi. Être différencié, ce n’est pas être loin. C’est pouvoir rester en lien avec les siens tout en gardant ses propres opinions, ses propres choix, ses propres émotions, sans avoir besoin qu’ils les approuvent. Bowen décrivait deux façons de manquer cette distance : la fusion, où l’on pense et ressent comme le groupe, et la coupure émotionnelle, où l’on s’éloigne, ou l’on ne vient plus, tout en restant intérieurement accroché. Il avait aussi remarqué que, dans une famille tendue, deux personnes en conflit vont presque toujours chercher un troisième pour s’apaiser : l’enfant à qui la mère se confie sur le père, le frère qu’on appelle pour se plaindre de la sœur. Il appelait cela la triangulation, et c’est souvent le tiers qui finit par porter le poids de tous.
Faites glisser le curseur pour parcourir ces distances. Aucune n’est une note : chacune protège quelque chose, et chacune a un prix.
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Frères et sœurs : la rivalité qui ne vieillit pas
Saint Augustin, au livre I des Confessions, rapporte une scène qu’il a observée : « J’ai vu et observé un tout petit enfant jaloux : il ne parlait pas encore, et il regardait, tout pâle, d’un regard amer, son frère de lait. » Lacan a fait de cette phrase l’emblème de ce qu’il appelait, en 1938, le complexe d’intrusion : l’arrivée d’un autre enfant oblige chacun à découvrir qu’il n’est pas seul au monde, et qu’il va falloir partager le regard des parents. Cette découverte est fondatrice. Elle est aussi, pour certains, une plaie qui ne se referme pas tout à fait.
À l’âge adulte, la rivalité change de costume. On ne se dispute plus la dernière part de gâteau, mais le statut de l’enfant qui a réussi, de celui qui s’occupe le plus des parents, de celui dont les enfants sont les mieux élevés. Les places attribuées dans l’enfance ont la vie dure : « la sérieuse », « le rigolo », « la fragile », « le surdoué », « celui qui a eu des problèmes ». Elles servaient à exister à côté des autres. Elles finissent par enfermer, et l’on se surprend, à cinquante ans, à jouer encore le rôle qu’on détestait à dix.
Pourquoi les conflits d’héritage réveillent-ils autant de choses ?
Parce qu’on ne partage pas seulement des biens : on partage, symboliquement, l’amour et la reconnaissance des parents disparus. Qui garde la maison, qui récupère la montre du père, qui a été le plus présent à la fin : derrière chaque objet, il y a une vieille question, « qui comptait le plus ? ». Les fratries qui s’entendaient bien traversent souvent ce moment sans heurts ; celles où la rivalité couvait peuvent s’y déchirer pour des années. Le travail consiste à séparer ce qui relève du partage concret et ce qui relève du deuil, qui, lui, ne se partage pas.
Il y a aussi les fratries où l’un des enfants a pris beaucoup de place, par une maladie, un handicap, un trouble du comportement, une addiction. Les autres ont souvent grandi en se faisant discrets, « pour ne pas en rajouter ». Cette discrétion, très appréciée des parents à l’époque, devient parfois à l’âge adulte une difficulté à prendre sa place partout ailleurs. La page la fratrie face au handicap parle de ces frères et sœurs qui ont appris à ne rien demander.
La belle-famille : deux loyautés à la fois
La belle-mère est un personnage de comédie depuis longtemps ; dans la vraie vie, elle fait moins rire. Ce qui se joue avec la belle-famille, c’est une question de frontières. Un couple fonde une nouvelle famille, avec ses propres règles, ses propres fêtes, sa propre façon de cuire les pâtes. Chacun des deux arrive pourtant avec une famille d’origine qui avait déjà ses règles, et qui n’a pas toujours envie d’en changer. Le conflit apparent porte sur un détail (Noël chez qui, la sieste des enfants, le cadeau trop cher), le conflit réel sur la question : à qui appartenez-vous d’abord ?
La position la plus inconfortable n’est d’ailleurs pas toujours celle du gendre ou de la belle-fille. C’est souvent celle du conjoint pris entre les deux, qui sent qu’en défendant son partenaire il trahit ses parents, et qu’en se taisant il trahit son couple. Beaucoup choisissent de ne rien dire, ce qui laisse le partenaire seul en première ligne et le persuade, peu à peu, qu’il ne compte pas. Une règle simple aide beaucoup de couples : chacun s’occupe de ses propres parents. C’est au fils de dire à sa mère que la décision est prise, pas à sa femme ; à la fille de poser une limite à son père, pas à son mari. Et la décision, elle, se prend d’abord à deux, avant d’être annoncée ensemble.
Les familles recomposées ajoutent leurs propres couches : les enfants de l’un, les ex de l’autre, les grands-parents qui ne savent pas comment appeler l’enfant qui n’est pas tout à fait leur petit-enfant. Ces questions sont traitées du point de vue du couple dans le couple, les enfants et la famille.
Le coup de téléphone du jeudi soir, joué deux fois
Voici une scène très ordinaire, jouée deux fois avec les mêmes personnages. Claire a quarante et un ans. Sa mère l’appelle, comme chaque jeudi, pour organiser le déjeuner du dimanche. Claire avait prévu autre chose. Voici le jeudi habituel, puis un autre jeudi, quelques mois plus tard.
La mère : « Tu viens dimanche ? Ta sœur sera là, elle. »
Claire : « Je t’avais dit qu’on partait… enfin, on devait partir. Bon, je vais voir avec Marc. On viendra sans doute. »
Claire raccroche avec une boule dans le ventre. Elle annule le week-end, Marc soupire, les enfants râlent. Dimanche, à table, elle est tendue, répond sèchement, et sa mère lui dit : « Tu n’avais pas l’air contente de venir. » Dans la voiture, Claire pleure de rage, sans très bien savoir contre qui.
La mère : « Tu viens dimanche ? Ta sœur sera là, elle. »
Claire : « Ce dimanche, non : on part tous les quatre, c’est prévu depuis longtemps. Je sens que tu es déçue. Je passe te voir mercredi avec les enfants, si tu veux. »
La mère : « Comme tu voudras. Ta sœur, elle, trouve toujours le temps. »
Claire : « Je comprends que tu aies envie de nous voir tous ensemble. Mercredi, alors ? »
Un silence. « Mercredi. » Claire raccroche, le cœur battant. Elle se sent coupable une bonne heure. Puis elle part en week-end.
Dans la seconde version, la mère n’a pas changé : elle compare toujours, elle boude un peu. Ce qui a changé, c’est Claire. Elle a dit non d’abord, sans se justifier pendant dix minutes ; elle a reconnu l’émotion de sa mère sans se sentir obligée de la réparer ; elle a proposé autre chose, à ses conditions ; et elle n’a pas répondu à la comparaison avec sa sœur, qui était l’hameçon. Surtout, elle a supporté la culpabilité sans la prendre pour un signal qu’elle avait mal agi.
Cette seconde version ne s’improvise pas un jeudi soir. Elle suppose d’avoir compris pourquoi la phrase « ta sœur, elle » fait si mal, ce qu’elle réveille de très ancien, et d’avoir parfois répété la scène plusieurs fois, en séance ou dans sa tête. Les outils pour dire non sans se perdre en justifications sont détaillés dans l’affirmation de soi.
Quiz pédagogique : quel rôle avez-vous gardé dans votre famille ?
Dans beaucoup de familles, chacun finit par occuper une fonction, sans que personne ne l’ait décidée : celui qui porte, celui qui apaise, celui qui ne dérange pas, celui qui conteste, celui qu’on protège. Ces rôles ont aidé la famille à tenir à un moment donné. Ils deviennent pesants quand on ne peut plus en sortir. Répondez spontanément, en pensant à votre famille d’origine. C’est un quiz pédagogique, ni test validé ni diagnostic, et rien n’est enregistré.
Avant le prochain repas de famille redouté
Il ne s’agit pas de transformer un déjeuner en opération militaire. Mais quand on sait d’avance qu’un moment sera difficile, un peu de préparation évite de le subir. Voici les points que nous proposons souvent de préparer avant d’y aller.
Décider de la durée avant de partir. « On reste jusqu’au café » se tient beaucoup mieux quand on l’a décidé à la maison que quand on doit l’inventer à table, sous le regard de tous.
Repérer le sujet piège. Il y en a presque toujours un : l’argent, la politique, le poids, le célibat, le choix d’école. On peut décider à l’avance de ne pas y entrer, et préparer une phrase courte pour en sortir : « On n’en parlera pas aujourd’hui. »
S’accorder avec son allié. Le conjoint, un frère, une cousine : quelqu’un qui sait, et à qui l’on peut faire signe. Un regard suffit parfois pour ne pas se sentir seul face au groupe.
Prévoir une respiration. Aller chercher le pain, promener le chien, sortir avec les enfants : dix minutes dehors font redescendre une tension qui, sinon, éclaterait au dessert.
Garder un moment pour soi après. Plutôt que de refaire le repas toute la soirée, on peut s’accorder un temps défini pour en parler, puis passer à autre chose. Ce qui revient avec insistance mérite d’être porté en séance.
Ces repères aident à traverser un moment. Ils ne remplacent pas le travail de fond sur ce que la famille réveille ; ils le rendent souvent possible, parce qu’on arrive en séance moins épuisé.
Quand la famille fait du mal : violence, emprise, et le droit de se protéger
Tout ce qui précède suppose une famille compliquée, mais pas dangereuse. Certaines familles le sont. Un parent qui humilie, qui frappe, qui boit et devient violent, qui manipule ; un frère qui menace ; un climat où l’on est sans cesse rabaissé. Dans ces situations, la question n’est plus de trouver la bonne distance au repas de Noël, mais de se mettre à l’abri, et de cesser de croire que l’on mérite ce qui arrive.
Prendre ses distances avec un parent maltraitant est souvent vécu comme une faute impardonnable, par la famille et par soi-même. On entend « c’est quand même ta mère », « il a changé, il est vieux maintenant », « tu vas le regretter quand il ne sera plus là ». Ces phrases pèsent lourd. Elles méritent d’être entendues, et discutées, mais elles ne disent pas ce qui est juste pour vous. Les mécanismes de l’emprise au sein d’une famille sont décrits dans la manipulation en famille et au travail ; ceux qui touchent les proches d’une personne dépendante dans l’addiction vue par les proches.
Si vous allez très mal
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Quand les souvenirs d’enfance restent vifs, reviennent en images ou en sensations, quand une voix, une odeur, un ton suffisent à vous faire perdre pied, il s’agit souvent de traces traumatiques. Le psychothérapeute a fait du trauma l’une de ses spécialités ; ces traces se travaillent, en particulier avec l’EMDR. Voir l’EMDR et les blessures d’attachement.
Exemple fictif : Inès, 33 ans, et le mariage de son frère
Exemple fictif
Inès est l’aînée de trois enfants. Depuis le divorce de ses parents, quand elle avait onze ans, c’est elle qui « fait le lien » : elle organise les anniversaires, prévient chacun, recolle les morceaux. Son frère cadet se marie au printemps. Sa mère l’a appelée le lendemain de l’annonce : « Tu t’occupes de tout, comme d’habitude ? Ton père et moi, tu sais qu’on ne peut pas se parler. » Inès a dit oui. Trois mois plus tard, elle dort mal, s’emporte contre son compagnon, et pleure dans sa voiture en sortant d’un rendez-vous avec le traiteur.
Que pourrait faire Inès, selon vous ?
Ce que nous faisons au cabinet quand la famille pèse
La plupart du temps, on vient seul parler de sa famille, et c’est très bien ainsi : la famille dont on souffre est aussi celle qu’on porte en soi, avec ses voix, ses règles, ses interdits. L’écoute analytique permet d’entendre comment ces voix continuent à parler à travers vous, dans vos choix, vos culpabilités, vos colères. On découvre souvent que l’on se dispute moins avec ses parents réels qu’avec les parents de son enfance, qui ne vieillissent pas.
Quand certaines scènes restent figées (une humiliation à table, une nuit de dispute entendue à travers la cloison, un départ, une gifle), l’EMDR aide à les retraiter, pour qu’elles cessent de se rejouer au présent. Il est parfois utile, au préalable, de faire le point sur l’histoire traumatique. Du côté des TCC, des outils très pratiques aident à préparer une conversation, un refus, un repas, et pour repérer les pensées automatiques qui s’allument à la moindre remarque (« elle pense que je suis une mauvaise mère »).
Au cabinet
On peut aussi venir ensemble : un parent et son enfant devenu adulte, deux sœurs, un couple aux prises avec la belle-famille. Ces rendez-vous à plusieurs durent 80 minutes, le temps qu’il faut pour que chacun parle et se sente entendu. Rien n’engage au-delà de la première rencontre. Nous recevons à Colombes comme à Pavillons-sous-Bois, et en Ardèche ; la téléconsultation est aussi possible. Voir aussi l’EMDR en thérapie familiale et notre façon d’accompagner les difficultés relationnelles.
Vos questions sur les relations familiales difficiles
Est-ce normal de ne pas supporter sa famille alors qu’on l’aime ?
Oui, c’est même très fréquent. Les liens familiaux sont faits d’ambivalence : on peut aimer profondément ses parents ou ses frères et sœurs et se sentir étouffé, agacé ou triste après quelques heures avec eux. Ce n’est pas un défaut d’amour. C’est souvent le signe que la distance actuelle ne convient plus, ou que des choses anciennes n’ont pas pu être dites.
Comment poser des limites à une mère ou un père envahissant sans le blesser ?
On ne peut pas toujours éviter de décevoir, mais on peut éviter de blesser inutilement. Dire non tôt, clairement, sans longue justification ; reconnaître l’émotion du parent (« je vois que tu es déçu ») sans se sentir obligé de la réparer ; proposer autre chose, à ses conditions. La déception du parent est souvent passagère. La rancune de l’enfant qui n’ose jamais dire non, elle, s’accumule.
Faut-il couper les ponts avec un parent toxique ?
Personne ne peut répondre à votre place. Quand il y a violence, humiliation répétée ou emprise, prendre ses distances, voire couper le lien, est parfois la seule façon de se protéger, et ce choix est légitime. Quand la relation est surtout douloureuse sans être dangereuse, une distance ajustée permet parfois de garder un lien supportable. Dans les deux cas, en parler en séance aide à décider sans agir sous le coup de la colère ni de la culpabilité.
Mon conjoint ne supporte pas ma famille : que faire ?
Commencer par écouter ce qu’il vit, sans défendre tout de suite vos parents. Puis décider ensemble de ce qui est acceptable pour votre couple (la fréquence des visites, ce que l’on accepte des remarques sur les enfants), et vous charger vous-même de le dire à votre famille. Le conjoint qui se sent soutenu supporte généralement beaucoup mieux la belle-famille. Une séance de couple peut aider à trouver cet accord.
Peut-on venir en séance avec ses parents quand on est adulte ?
Oui. Quand on vient à plusieurs, en couple comme en famille, le rendez-vous dure 80 minutes. On peut venir avec un parent, avec ses frères et sœurs, ou commencer seul et proposer ensuite une séance commune. Le premier rendez-vous permet de voir ensemble ce qui est le plus utile.
Vous ressortez des réunions de famille vidé, en colère ou redevenu petit, ou vous ne savez plus quelle distance garder avec un parent, un frère, une belle-famille ? Venez en parler, seul ou à plusieurs. Au cabinet ou en téléconsultation.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.