Difficultés relationnelles : notre façon d’accompagner, seul, à deux ou en famille
Venir parler de ses relations, c’est parler de quelqu’un qui n’est pas là, et souvent craindre d’être jugé à travers lui. Nous connaissons bien cette hésitation. Cette page décrit ce qui se passe quand vous franchissez la porte : le premier rendez-vous, les différentes façons de venir, ce que la relation avec le thérapeute permet de comprendre, et les approches que nous combinons : d’abord l’écoute analytique et l’EMDR, puis, en complément, les outils des TCC et la TCD, et, si un fonctionnement particulier pose question, le regard de la neuropsychologue.
À vous qui hésitez à venir parler de vos relations
Vous avez peut-être déjà ouvert la page de prise de rendez-vous, puis refermé l’onglet. Vous vous êtes dit que ce n’était pas si grave, que tout le monde a des disputes, que ce n’est pas « un vrai problème ». Ou au contraire que c’était trop compliqué à expliquer, avec trop de personnes dedans.
Nous voudrions vous dire ceci. Les difficultés avec les autres figurent parmi les raisons les plus fréquentes de consulter, et nous ne les trouvons jamais anecdotiques. Elles touchent ce qui compte le plus dans une vie : les gens que l’on aime, ceux avec qui l’on travaille, ceux qui nous manquent. Il n’est pas nécessaire d’avoir une explication toute prête. Beaucoup de personnes commencent par « je ne sais pas trop par où commencer », et c’est un excellent début.
Vous craignez peut-être que nous prenions parti, pour vous contre l’autre, ou pour l’autre contre vous. Ce n’est pas notre façon de travailler. Ce qui nous intéresse, c’est la scène entière, et la place que vous y occupez, parce que c’est la seule que vous puissiez déplacer. Vous craignez peut-être aussi d’entendre que « tout vient de l’enfance ». Parfois une partie en vient, et nous en parlerons si c’est utile. Mais nous partirons de ce qui se passe aujourd’hui, dans votre vie.
Enfin, vous n’avez à convaincre personne de venir avec vous. Vous pouvez venir seul. Si, plus tard, il paraît utile de recevoir aussi quelqu’un d’autre, nous en parlerons ensemble.
Les cliniciens du Cabinet Bouche & Chmura
Seul, à deux, en famille : quatre façons de venir
Une même difficulté relationnelle peut se travailler de plusieurs façons. Le choix dépend de la situation, de ce que souhaitent les personnes concernées, et il peut évoluer en chemin.
C’est la situation la plus fréquente. Vous venez parler de vos relations, avec un frère, une collègue, des amis, ou de leur absence. Le travail porte sur votre façon de vivre ces liens, sur ce qui se rejoue, et sur ce que vous pouvez faire autrement. Il n’a rien de « moins efficace » qu’un travail à plusieurs : quand une personne change sa façon de répondre, toute la relation bouge.
Quand la difficulté est d’abord celle du couple, nous recevons les deux partenaires ensemble, pour des séances de 80 minutes, en personne ou à distance. Le clinicien garde une position neutre : il n’est l’allié ni de l’un ni de l’autre, mais de ce qui peut se dire entre eux. L’un des partenaires peut aussi, à côté, suivre un travail individuel, en EMDR par exemple. Voir la thérapie de couple au cabinet.
Quand les tensions traversent toute une famille, il peut être utile de réunir plusieurs de ses membres. Là aussi, la séance dure 80 minutes. Elles permettent à chacun d’être entendu devant les autres, souvent pour la première fois, et de voir les places que chacun occupe. Voir les relations familiales difficiles.
Quand c’est votre enfant ou votre adolescent qui a du mal avec les autres : mis à l’écart, en conflit permanent, sans amis. Votre enfant peut venir avec vous, seul, ou alterner les deux ; avec les tout-petits, le jeu, le dessin et les contes servent de langage. Un adolescent dispose d’un temps rien qu’à lui avec le clinicien, et ses parents sont vus à part. S’il refuse de venir, rien n’empêche de commencer par recevoir les parents. Et pour un adolescent replié dans sa chambre, on peut commencer par se voir en téléconsultation.
Le premier rendez-vous : raconter une scène
Ce premier rendez-vous ne vous engage pas. Nous apprenons à nous connaître, vous racontez ce qui vous amène, et nous réfléchissons ensemble à la suite. Vous repartez avec une piste précise, libre de la suivre ou non.
Pour les difficultés relationnelles, nous avons une habitude : plutôt que de vous demander de décrire vos relations en général (« ma mère est envahissante », « mes collègues ne me respectent pas »), nous vous demandons souvent de raconter une scène précise, la dernière en date. Qui a dit quoi, sur quel ton, ce que vous avez ressenti, ce que vous avez fait, ce que vous auriez voulu faire. Les jugements généraux enferment ; les scènes ouvrent. Dans le détail d’une dispute sur la poubelle ou d’un message resté sans réponse, on voit déjà beaucoup : les interprétations qui s’allument, la place que vous prenez, ce que vous attendez de l’autre.
Nous vérifions aussi, simplement, comment vous allez : le sommeil, l’humeur, la fatigue, et la sécurité. Une relation où l’on a peur n’appelle pas le même travail qu’un conflit entre égaux, et nous prenons toujours le temps de le distinguer.
Avant de venir, si vous le souhaitez
Notez une ou deux scènes récentes qui vous ont marqué, avec les phrases exactes si vous vous en souvenez.
Pensez à ce que vous aimeriez qui change, même de façon vague.
Rien de tout cela n’est obligatoire : vous pouvez aussi venir les mains vides.
Ce qui se rejoue dans la pièce
Il y a une raison profonde pour laquelle la psychothérapie convient si bien aux difficultés relationnelles : elle est elle-même une relation. Et dans cette relation, tôt ou tard, quelque chose de vos autres liens se rejoue. Freud l’a découvert au tout début de la psychanalyse, et il en a fait l’un de ses outils principaux sous le nom de transfert. Dans Remémoration, répétition et perlaboration, en 1914, il remarque que ce que le patient ne peut pas se rappeler, il le répète en actes, et que la relation avec l’analyste offre à cette répétition une sorte de zone intermédiaire entre la maladie et la vie, où elle peut se déployer sans danger et être comprise.
Concrètement, cela donne des moments comme celui-ci. Exemple fictif.
Exemple fictif
Mathieu arrive dix minutes en retard à sa séance. Il s’excuse longuement, propose de rattraper le temps la semaine prochaine, demande deux fois si « ce n’est pas trop gênant ». Le thérapeute remarque que Mathieu semble s’attendre à une réaction très dure, pour un retard de dix minutes.
Que peut-il se passer de plus utile à ce moment-là ?
Ce travail ne se fait pas seulement dans l’écoute analytique, même s’il y a sa place centrale. Dans toutes nos approches, la relation thérapeutique est un lieu où l’on peut faire l’expérience d’un lien différent : où l’on peut contredire sans être rejeté, arriver en retard sans être puni, dire sa colère sans détruire. Beaucoup le vivent là pour la première fois. Voir le transfert et la relation au thérapeute.
Ce que chaque approche apporte aux liens
Nous travaillons de façon intégrative : les outils se choisissent avec vous, et ils peuvent changer en cours de route. Voici, pour les difficultés relationnelles, ce que chacun permet le plus souvent.
Si vous vivez…
Ce que nous cherchons
Avec quoi
Des scénarios qui se ressemblent, des déceptions en série
Comprendre ce qui se répète, ce que vous espérez secrètement de l’autre, d’où viennent les places que vous reprenez
Une peur du regard des autres, l’évitement des situations sociales
Reprendre pied progressivement dans les situations redoutées, tester ses prédictions
Outils des TCC : exposition progressive, travail sur les pensées. Voir les TCC au cabinet.
Ne pas savoir dire non, demander, exprimer un désaccord
S’entraîner, préparer des conversations difficiles, les jouer en séance
Outils des TCC : affirmation de soi, jeux de rôle. Voir s’affirmer.
Des émotions qui débordent et détruisent les liens, des ruptures en série
Acquérir des compétences pour traverser l’émotion et rester efficace dans la relation
TCD complète, où se combinent séances seul, groupes et soutien entre les rencontres. Voir la TCD au cabinet.
Un décalage permanent, l’implicite incompréhensible, l’impulsivité, l’impression de parler une autre langue
Comprendre votre fonctionnement, puis adapter le travail
Bilan neuropsychologique par la neuropsychologue, au cabinet. Voir plus bas.
Ces approches ne se succèdent pas forcément dans cet ordre, et la plupart des accompagnements en associent plusieurs. Un exemple fréquent : l’écoute analytique fait apparaître qu’une colère au travail vient d’une humiliation ancienne ; quelques séances d’EMDR apaisent ce souvenir ; puis des outils d’affirmation de soi aident à dire les choses autrement à son chef. Chaque approche prépare le terrain de la suivante.
Trois compétences de la TCD pour les relations
La thérapie comportementale dialectique, développée par la psychologue américaine Marsha Linehan, comporte un module entier consacré à ce qu’elle appelle l’efficacité interpersonnelle. Il repose sur trois aide-mémoire, dont les noms viennent de l’anglais. Ils servent à préparer une demande, à préserver un lien et à garder le respect de soi, trois objectifs qui se contredisent parfois. Retournez les cartes.
Ce qui nous plaît dans ces outils, c’est qu’ils obligent à se poser une question rarement posée : dans cette conversation, qu’est-ce qui compte le plus pour moi, obtenir quelque chose, garder ce lien, ou rester fidèle à moi-même ? La réponse change complètement la façon de parler. Nous la proposons en entier (travail individuel, groupe, soutien entre deux séances), notamment quand les émotions intenses rendent les relations chaotiques. Voir aussi les compétences de la TCD.
Quand un bilan éclaire
On peut travailler sur ses relations sans passer par un bilan. Celui-ci prend son sens face à une question précise, et un rendez-vous préliminaire vient toujours avant.
C’est le psychothérapeute qui mène le bilan psychologique : il éclaire la manière dont vous vivez vos émotions et vos attachements, vos points d’appui et vos zones fragiles, et il peut se dérouler à distance. Si des souvenirs traumatiques semblent peser sur vos liens et qu’une EMDR se profile, un bilan psycho-traumatique (et, au besoin, dissociatif) la prépare utilement.
Le bilan neuropsychologique se passe au cabinet, avec la psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie. Il répond à d’autres questions : un TDAH explique-t-il l’impulsivité et les oublis qui abîment vos liens ? Un fonctionnement autistique rend-il l’implicite si difficile à lire ? Un haut potentiel nourrit-il ce sentiment de décalage ? Le bilan TDAH relève entièrement de la neuropsychologue ; le psychothérapeute peut toutefois vous rencontrer avant, pour démêler la demande et vous orienter. Il lui arrive aussi d’inviter la neuropsychologue à se joindre au travail en cours.
Chaque parcours est différent, et nous ne fixons pas de durée à l’avance. Mais beaucoup d’accompagnements traversent des moments semblables. Déplacez le curseur d’une étape à l’autre.
hésitercomprendre, essayerconsolider
Exemple fictif : Antoine, 36 ans, « je ne sais pas avec qui venir »
Exemple fictif
Antoine vit avec sa compagne depuis deux ans, et ils se disputent de plus en plus. Son frère ne lui parle plus depuis un héritage. Au travail, il vient d’avoir un accrochage sévère avec un collègue. Il remarque que, partout, il finit par « exploser » puis s’en vouloir. Il hésite : faut-il venir seul, en couple, ou proposer à son frère de l’accompagner ?
Par quoi lui conseilleriez-vous de commencer ?
Cinq idées reçues sur la thérapie des difficultés relationnelles
Idée reçue 1
« Le thérapeute va prendre mon parti contre l’autre. »
Non. Nous vous écoutons avec attention et sans jugement, mais nous ne faisons pas le procès de l’absent. Ce qui nous intéresse, c’est la scène entière et votre place dans celle-ci. En thérapie de couple, le clinicien reste neutre entre les deux partenaires.
Idée reçue 2
« On va me dire que tout vient de mes parents. »
L’histoire compte, et nous l’explorons quand elle éclaire le présent. Mais nous partons de votre vie actuelle, et beaucoup de difficultés tiennent aussi à un contexte, une période, un fonctionnement.
Idée reçue 3
« On peut avancer même si l’autre ne vient pas. »
Oui. Une relation est un système : quand l’un change sa façon d’y participer, l’ensemble se modifie. Venir seul n’a rien d’un pis-aller.
Idée reçue 4
« Il faut faire un bilan avant de commencer. »
Non. Un bilan est proposé seulement quand une question précise se pose, par exemple un TDAH ou un fonctionnement autistique, et il ne se fait jamais sans un rendez-vous préliminaire.
Idée reçue 5
« Les séances à plusieurs sont plus longues. »
Oui. Chez nous, à deux ou en famille, on compte 80 minutes, le temps que chacun puisse parler et qu’un échange difficile soit repris dans la même séance. Ces séances peuvent aussi se tenir en téléconsultation, chacun depuis chez soi s’il le faut.
Le cadre : où, comment, à quel rythme
Adultes, adolescents, enfants accompagnés de leurs parents, couples, familles : chacun trouve sa place. On vient nous voir à Colombes ou à Pavillons-sous-Bois, on nous rejoint en Ardèche, ou l’on reste chez soi, devant l’écran. À distance, on peut suivre un travail individuel ou de couple ; pour le bilan neuropsychologique, en revanche, il faut venir sur place.
La fréquence des séances se règle sur vos besoins et peut évoluer ; nous en reparlons régulièrement, en regardant où en est le travail. Avec votre accord, nous restons en contact avec les autres soignants qui vous suivent, votre médecin notamment, avec qui nous travaillons volontiers.
En pratique
Vous venez à deux ou en famille ? Réservez alors une séance longue, de 80 minutes. Seul, une séance habituelle convient. Et le premier rendez-vous, quel qu’il soit, ne vous engage à rien.
Si vous allez très mal
En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Vos questions sur l’accompagnement
Comment se passe une thérapie pour des problèmes relationnels ?
Tout part d’une première rencontre, libre de toute obligation : on y raconte des scènes précises, puis on décide ensemble de la suite. Selon vos besoins, le travail mêle ensuite écoute analytique, EMDR, outils des TCC et TCD. Le rythme se règle sur vous, et nous regardons régulièrement ensemble où vous en êtes.
Faut-il venir seul ou avec la personne concernée ?
Les deux sont possibles. Beaucoup de personnes commencent seules, et la relation évolue quand même. Quand les personnes concernées le souhaitent, nous les recevons ensemble, à deux ou à plusieurs, pour des séances de 80 minutes.
Le thérapeute prend-il parti dans un conflit ?
Non. Nous nous intéressons à la scène entière et à la place que chacun y occupe, sans faire le procès de quiconque. En thérapie de couple ou de famille, le clinicien reste neutre et veille à ce que chacun soit entendu.
L’EMDR peut-elle aider dans les difficultés relationnelles ?
Oui, quand des souvenirs douloureux continuent de commander les réactions dans les relations : humiliations, rejets, moqueries, violences. L’EMDR aide à les retraiter, pour que le présent ne soit plus lu à travers eux. On commence souvent par un bilan psycho-traumatique, parfois dissociatif.
Est-il possible de tout faire à distance ?
En grande partie. Le travail individuel, les séances de couple et le bilan psychologique se font très bien en téléconsultation ; seul le bilan neuropsychologique demande de venir au cabinet. Commencer à distance rend souvent le premier pas plus facile, surtout quand sortir coûte.
Vous pouvez venir avec une scène, une question, ou simplement l’envie que quelque chose change avec les autres. Ce premier pas ne vous engage à rien ; il peut se faire en personne ou par écran.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.