La loyauté
On ne choisit pas ses parents, et on ne les quitte pas comme on quitte un conjoint. L’amour, le devoir, la peur de blesser, le regard du reste de la famille rendent toute distance très coûteuse.
Cette page n'est pas encore publique. Entrez le mot de passe pour la consulter.
L’emprise ne se limite pas au couple. Elle peut se nouer avec un parent, dès l’enfance, ou avec un frère, une sœur, une belle-mère. Elle peut aussi naître au travail, avec un collègue ou un supérieur, là où l’on dépend de quelqu’un pour son salaire, sa carrière, sa place dans une équipe. Ce qui retient alors n’est plus l’amour romantique, mais la loyauté familiale, le besoin d’être reconnu, la peur de perdre son emploi. Cette page décrit ces situations, la façon dont elles marquent, et ce qui aide à s’en protéger.
Culpabilisation, dénigrement, alternance de faveur et de disgrâce, isolement, réécriture des faits : les mécanismes décrits dans la page reconnaître la manipulation se retrouvent dans toutes les relations où l’un a un ascendant sur l’autre. Ce qui change d’une situation à l’autre, c’est la nature de ce qui retient.
On ne choisit pas ses parents, et on ne les quitte pas comme on quitte un conjoint. L’amour, le devoir, la peur de blesser, le regard du reste de la famille rendent toute distance très coûteuse.
Quand l’emprise existe depuis toujours, elle n’a pas de début : elle est la norme. On découvre souvent à l’âge adulte, en comparant avec d’autres familles, que ce que l’on a vécu n’était pas ordinaire.
Le salaire, la carrière, le logement parfois, l’identité professionnelle. On reste parce qu’on ne peut pas se permettre de partir, ou parce qu’on aime son métier et refuse de le laisser à quelqu’un d’autre.
Un parent au fonctionnement très narcissique ou manipulateur ne voit pas toujours son enfant comme une personne séparée, avec ses propres désirs. L’enfant devient alors un prolongement, un miroir, un faire-valoir ou un confident, selon les besoins du parent. Il apprend très tôt à deviner les humeurs, à se rendre utile, à ne pas déranger. Il ne sait pas que c’est inhabituel : c’est sa famille. Les traces de cette enfance se révèlent souvent plus tard, à l’âge adulte. Choisissez un onglet.
Un amour qui semble conditionnel : chaleureux quand l’enfant brille, glacial quand il déçoit. Des comparaisons blessantes avec un frère ou un cousin. Un enfant pris comme confident des difficultés du couple parental, ou placé à la place d’un conjoint absent. Des intrusions dans son intimité : pas de porte fermée, journal lu, courrier ouvert. Racamier a décrit sous le nom d’incestuel ce climat où les limites entre les générations se brouillent, sans qu’aucun acte sexuel n’ait lieu. La page consacrée à Racamier présente cette notion.
L’adolescence, qui est le temps de la séparation, devient souvent le temps des crises. Chaque pas vers l’autonomie (une amitié, un amour, un choix d’études) est vécu par le parent comme un abandon ou une trahison. L’adolescent est culpabilisé, surveillé, parfois humilié devant les autres. Certains se soumettent et s’effacent ; d’autres se rebellent violemment, et sont alors désignés comme « le problème » de la famille.
Une voix intérieure très critique, qui ressemble étrangement à celle du parent. Une grande difficulté à dire non, à se sentir légitime, à recevoir des compliments. Une culpabilité dès qu’on pense à soi. Parfois, la répétition d’une relation d’emprise dans le couple, parce qu’elle a un goût familier. Et une relation actuelle avec le parent faite d’appels qui laissent épuisé, de repas de famille redoutés, de remarques qui touchent toujours juste.
Quand le parent vieillit, tombe malade ou devient dépendant, la question de la place se repose avec violence. Faut-il s’occuper de lui malgré tout ? Comment faire quand l’emprise continue, parfois aggravée par la maladie ? Le devoir, la culpabilité, la peur du regard des autres et le désir d’une réparation qui n’est jamais venue s’entremêlent. Il n’existe pas de bonne réponse unique ; il existe la réponse qui vous permet de rester entier. Voir aussi le burn-out des aidants.
Oui, et c’est même la règle plutôt que l’exception. L’amour d’un enfant pour son parent est l’un des liens les plus profonds qui soient, et il résiste à beaucoup de choses. Reconnaître ce qui a fait mal ne signifie pas cesser d’aimer, ni renier tout ce qui a été bon. Le travail thérapeutique aide souvent à faire tenir ensemble ces deux vérités : « il m’a aimé, à sa façon » et « il m’a blessé ».
Le fait de se poser la question est déjà une protection. La répétition existe, mais elle n’est pas une fatalité : la plupart des personnes qui ont grandi auprès d’un parent manipulateur deviennent des parents très attentifs, parfois trop inquiets de mal faire. Ce qui aide, c’est de pouvoir penser sa propre histoire, ce que l’écoute analytique permet, et d’apaiser les souvenirs qui ressurgissent face à ses enfants, ce que l’EMDR peut faciliter. Voir aussi traumatisme d’attachement et EMDR.
Dans les familles où règne l’emprise, les enfants ne sont pas tous traités de la même façon. On décrit souvent deux places opposées, que les enfants n’ont pas choisies : celle de l’enfant chéri, idéalisé, qui reflète la valeur du parent, et celle du bouc émissaire, sur qui retombent les reproches et les colères. Ces places peuvent changer avec le temps. Elles divisent souvent durablement la fratrie : l’un ne comprend pas ce que l’autre a vécu, et le parent continue parfois, à l’âge adulte, d’attiser les rivalités en racontant à chacun une version différente.
La belle-famille peut aussi être le théâtre d’une emprise : une belle-mère qui dénigre, un beau-frère qui humilie, une famille qui exige une loyauté sans partage et dresse le conjoint contre vous. La difficulté tient alors souvent à la position du conjoint, pris entre sa famille d’origine et le couple qu’il a fondé.
Avec un parent ou un membre de la famille, la question n’est pas toujours de partir, mais de trouver la bonne distance. Certaines personnes choisissent de maintenir le lien en le réduisant, d’autres de prendre une distance plus grande, parfois pour un temps, parfois durablement. Ce choix vous appartient, et il peut évoluer. Voici quelques repères qui aident quel que soit le choix.
Il est toujours possible de venir seul pour parler d’un parent ou d’une famille, sans que celle-ci soit présente. Le psychothérapeute reçoit aussi des familles, en séances longues de 80 minutes, quand un travail ensemble a du sens et que chacun peut y parler librement.
En 1998, Marie-France Hirigoyen a fait connaître la notion de harcèlement moral, puis l’a précisée en 2001 dans un ouvrage consacré au monde du travail. Elle désignait ainsi des agissements hostiles répétés, souvent anodins pris un par un, qui finissent par dégrader une personne et ses conditions de travail. Le harcèlement peut venir d’un supérieur, ce qui est le cas le plus souvent décrit, mais aussi d’un collègue, d’un groupe de collègues, voire, plus rarement, d’un subordonné. Il prend des formes variées.
Ne plus être convié aux réunions, ne plus recevoir les informations, être installé à l’écart, voir ses collègues cesser de vous parler.
Remarques humiliantes devant l’équipe, travail systématiquement dénigré, erreurs montées en épingle, compétences mises en doute.
Objectifs irréalisables, consignes contradictoires, délais changés au dernier moment, reproche de ne pas avoir fait ce qui n’avait jamais été demandé.
Ne plus avoir rien à faire, ou seulement des tâches sans rapport avec son poste. Une humiliation silencieuse, très destructrice pour l’identité professionnelle.
Vos idées présentées par un autre, vos réussites attribuées à l’équipe, vos échecs à vous seul. La reconnaissance est confisquée.
Allusions sur votre vie privée, votre santé, votre fiabilité, glissées auprès des collègues ou de la direction.
Les effets sont ceux de toute emprise : anxiété du dimanche soir, insomnie, ruminations, perte de confiance en ses compétences, honte, retrait. Ils mènent souvent à un épuisement professionnel, et parfois à des symptômes de stress post-traumatique, avec des scènes qui reviennent et une peur de retourner sur les lieux. Le dossier burn-out professionnel et la page émotions au travail en parlent aussi.
Non. Un manager peut être exigeant, direct, parfois maladroit ou injuste, sans qu’il s’agisse de harcèlement. Ce qui distingue les deux, c’est le but et la répétition : une exigence vise le travail et s’applique à tous ; une dégradation vise une personne, se répète, et produit chez elle une perte de dignité et de santé. Le quiz ci-dessous aide à y réfléchir.
Parce que l’emprise au travail s’accompagne souvent d’un double visage, comme dans le couple : la personne qui harcèle peut être appréciée, efficace, bien vue de sa hiérarchie. Les collègues, eux, ont peur d’être les prochains, ou ne veulent pas voir. Et la personne visée a honte, se demande si elle n’est pas vraiment incompétente. Garder une trace écrite des faits, pour soi, aide à ne pas perdre le fil.
Huit questions sur votre situation au travail, pour les trois derniers mois. Quiz pédagogique : ce n’est ni un test validé ni un diagnostic, et il ne qualifie personne. Il aide à faire la différence entre une période difficile et une dégradation qui mérite d’être prise au sérieux. Rien n’est enregistré.
Exemple fictif
Exemple fictif : Nadia, 44 ans, appelle sa mère chaque dimanche. Chaque appel se termine par une remarque sur son poids, son mari « qui ne la mérite pas » ou ses enfants « mal élevés ». Nadia raccroche épuisée, en colère contre elle-même de ne pas avoir répondu. Sa mère dit à ses sœurs que Nadia « l’abandonne ». Nadia se sent coupable de vouloir espacer les appels.
Quelle piste vous semble la plus juste ?
Exemple fictif
Exemple fictif : Julien, 33 ans, ingénieur apprécié, a changé de responsable il y a un an. Depuis, ses propositions sont moquées en réunion, ses dossiers lui sont retirés sans explication, et son nouveau responsable laisse entendre qu’il « a des problèmes personnels ». Julien dort quatre heures par nuit, revoit les réunions en boucle et commence à se dire qu’il est devenu mauvais.
Qu’est-ce qui est le plus important pour Julien ?
Affirmation 1
Le pardon est un chemin personnel, possible mais jamais obligatoire. On peut aimer ses parents, reconnaître ce qu’ils ont donné, et refuser ce qui continue de faire mal.
Affirmation 2
Oui. Dans les familles où règne l’emprise, les places attribuées aux enfants peuvent être opposées : l’un idéalisé, l’autre accusé. Ils ont parfois beaucoup de mal à se comprendre à l’âge adulte.
Affirmation 3
C’est souvent l’inverse : des personnes compétentes, engagées, appréciées, qui peuvent faire de l’ombre ou refusent de se soumettre. L’incompétence ressentie est un effet du harcèlement, pas sa cause.
Affirmation 4
Oui. Des scènes qui reviennent, une peur intense en approchant du lieu de travail, des cauchemars : ces symptômes sont fréquents après un harcèlement, et ils se soignent, notamment en EMDR.
Affirmation 5
Certaines personnes en ont besoin, et c’est un choix légitime. D’autres préfèrent garder un lien réduit, avec des limites claires. Il n’y a pas de règle : il y a la distance qui vous permet de vivre.
On ne peut pas poser cette étiquette à distance. On peut en revanche reconnaître des mécanismes : amour conditionnel, culpabilisation, dénigrement, intrusions dans l’intimité, comparaisons entre les enfants, refus de toute autonomie. Et leurs effets sur soi : voix intérieure très critique, culpabilité de penser à soi, difficulté à poser des limites.
En décidant de ce qui est acceptable pour soi, en posant des limites courtes et tenues, en renonçant à une réparation qui ne viendra peut-être pas, et en s’appuyant sur d’autres liens. La distance juste peut être un lien réduit ou une coupure, selon les situations. Un accompagnement aide à tenir face à la culpabilité.
Ce sont des agissements hostiles répétés, souvent anodins pris un par un, qui visent une personne et dégradent sa santé et ses conditions de travail : mise à l’écart, critiques publiques, consignes impossibles, mise au placard, rumeurs. La notion a été popularisée par Marie-France Hirigoyen.
Une exigence vise le travail, s’applique à tous et peut se discuter. Une dégradation vise une personne, se répète, et produit chez elle une perte de dignité et de santé. Le sentiment d’être ciblé, l’isolement et les effets sur le sommeil et l’humeur sont des signaux à prendre au sérieux.
Oui. Nous accompagnons les effets de ces situations (anxiété, épuisement, ruminations, perte de confiance, souvenirs envahissants) avec l’écoute analytique, l’EMDR et des outils concrets, au cabinet ou en téléconsultation. Un bilan psycho-traumatique peut aussi aider à mesurer ce que la situation a laissé.
Un parent qui vous épuise, une fratrie divisée, un supérieur qui vous dégrade : un rendez-vous permet de prendre du recul, de trouver la bonne distance et de soigner ce que ces relations ont laissé. Au cabinet ou en téléconsultation.
Cliquer sur la photo ou utiliser + et − pour zoomer. Échap pour fermer.
Chargement de l'article…
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.