La Velotte
Fondée en 1967 près de Besançon pour de jeunes adultes psychotiques, elle associe hébergement, ateliers, vie quotidienne et entretiens. Roger Perron y voyait l’œuvre de la vie de Racamier.
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On entend « pervers narcissique » partout, des magazines aux tribunaux. Le mot vient d’un psychiatre et psychanalyste français discret, Paul-Claude Racamier, qui l’a forgé en 1986 pour décrire un mouvement psychique, pas pour coller une étiquette sur un ex-conjoint. Racamier a passé sa vie auprès de jeunes patients psychotiques et de leurs familles, et il nous a laissé des mots précieux pour dire ce qui, autrement, reste sans nom : l’emprise, l’incestuel, le deuil originaire. Portrait d’un clinicien exigeant, et mode d’emploi d’un concept galvaudé.
Parce qu’il donne des mots à ce que les patients vivent sans pouvoir le nommer. Une personne raconte qu’après chaque discussion avec son conjoint, elle ne sait plus ce qu’elle pense, qu’elle se sent coupable sans savoir de quoi, qu’elle a l’impression de devenir folle. Une autre décrit une famille où « tout se sait et rien ne se dit », où il n’y a jamais eu de geste déplacé, et où pourtant l’air était irrespirable. Racamier a décrit ces situations avec une précision de clinicien, et ses concepts permettent aux patients de se dire : je ne suis pas fou, ce que je vis a un nom.
On l’aime aussi pour son exigence. Il refusait les étiquettes faciles. Pour lui, la perversion narcissique n’était pas d’abord un type d’individu, mais une manière de se défendre contre la douleur psychique en la faisant porter à un autre. Et il soignait des patients que beaucoup jugeaient impossibles à aider, les jeunes adultes psychotiques, sans divan, au cœur d’une institution qu’il voulait elle-même soignante.
Nous recevons régulièrement des personnes qui sortent, ou essaient de sortir, d’une relation d’emprise, dans le couple, la famille ou le travail. Les concepts de Racamier nous aident à comprendre ce qu’elles ont traversé, sans réduire l’autre à une étiquette. Quand les souvenirs restent envahissants, l’EMDR peut aider à les retraiter. Relation toxique : un témoignage
Un psychiatre de terrain, membre de la Société psychanalytique de Paris, qui a toujours préféré l’institution au salon.
Racamier n’a jamais pensé que la psychanalyse se résumait à la cure type, quatre séances par semaine allongé. Pour les patients psychotiques, souvent incapables de supporter le face-à-face avec un seul thérapeute et le silence du divan, il fallait autre chose : un lieu de vie et de soins où toute l’équipe, du psychiatre à l’infirmier et à la cuisinière, participe au travail psychique.
Fondée en 1967 près de Besançon pour de jeunes adultes psychotiques, elle associe hébergement, ateliers, vie quotidienne et entretiens. Roger Perron y voyait l’œuvre de la vie de Racamier.
Une équipe peut reproduire sans le savoir les clivages et les confusions des patients. Il faut donc soigner l’institution elle-même : réunions, parole partagée, attention aux conflits d’équipe.
Le livre de 1970, écrit notamment avec Philippe Paumelle, pionnier de la psychiatrie de secteur à Paris, montre comment la pensée analytique peut guider un soin qui n’a rien d’une cure classique.
Cette tradition, qui se distingue d’autres courants du soin institutionnel en France, reste vivante dans les hôpitaux de jour, les centres médico-psychologiques et les équipes de psychiatrie. Elle rappelle une chose que nous savons aussi en libéral : on ne soigne pas seul les souffrances les plus graves. Le lien avec le psychiatre, le médecin traitant et les équipes de secteur fait partie du soin.
Pour comprendre la perversion narcissique et l’incestuel, il faut remonter à ce que Racamier appelle les origines : les premiers temps du lien entre le bébé et sa mère. Trois notions s’enchaînent.
Au début, la mère et le bébé vivent une sorte d’unisson, où chacun est un peu l’autre. Cette séduction mutuelle est normale et nécessaire : elle protège le bébé des excitations et lui donne le sentiment d’exister. Elle devient pathologique quand elle ne s’achève pas, quand l’un refuse que l’autre devienne différent.
Le travail psychique fondateur par lequel l’enfant renonce à cet unisson absolu, et accède à l’existence séparée, à l’objet et à la pensée. Ce premier deuil, jamais terminé, nous rend capables de tous les autres. Quand il est refusé ou dénié, la psyché se construit autour d’une impossibilité de perdre.
Ce qui, avant l’Œdipe, s’y oppose : le fantasme de ne devoir son existence à personne, d’être son propre origine, et de rester en unisson avec la mère sans tiers. À ne pas confondre avec L’Anti-Œdipe de Deleuze et Guattari, qui est une tout autre affaire. Organisé et durable, l’antœdipe empêche la reconnaissance de la différence des sexes et des générations.
Racamier disait que la mémoire qui se transmet dans certaines familles n’est pas celle du mort, mais celle du non-deuil de sa mort. Autrement dit, ce qui fait souffrir sur plusieurs générations n’est pas toujours la perte elle-même, mais le refus de la vivre.
En 1986, dans la Revue française de psychanalyse, Racamier nomme la « perversion narcissique ». Il la définit comme la tendance active d’un sujet à nourrir son propre narcissisme aux dépens de celui d’autrui. En 1993, il précise : une organisation, durable ou transitoire, faite du besoin, de la capacité et du plaisir de se mettre à l’abri des conflits internes, et en particulier du deuil, en se faisant valoir au détriment d’un autre manipulé comme un ustensile et un faire-valoir.
Le cœur du concept est là : ce qui est insupportable en soi, la douleur, la perte, le doute, est expulsé et déposé dans quelqu’un d’autre, qui le porte à sa place. Le pervers narcissique ne se sent ni coupable ni déprimé, parce que c’est l’autre qui l’est. Les moyens sont connus : disqualification, mensonge, paradoxes, alternance de séduction et de froideur, attaques contre la capacité de penser de l’autre. Racamier a eu cette formule glaçante : pour eux, un mensonge réussi compte comme une vérité.
Dans le sillage de Racamier, on souligne aussi la parenté entre perversion narcissique et paranoïa : dans les deux cas, ce qui ne peut être supporté au-dedans est expulsé au-dehors. Mais là où le paranoïaque se sent persécuté, le pervers narcissique évite cette souffrance en faisant porter à l’autre la confusion et la culpabilité. La page paranoïa et psychanalyse développe ce rapprochement.
Une relation d’emprise peut s’accompagner de violences psychologiques, physiques, sexuelles ou économiques. Ce ne sont pas des questions de psychologie, ce sont des délits. Si vous êtes victime de violences conjugales, le 3919 (Violences Femmes Info) est gratuit, anonyme et répond jour et nuit. Si un enfant est en danger, appelez le 119 (Allô enfance en danger). En cas de danger immédiat, appelez le 17 ; si vous ne pouvez pas parler, envoyez un SMS au 114. Le site officiel arretonslesviolences.gouv.fr permet aussi de signaler et d’être orienté. Une psychothérapie aide à se reconstruire ; elle ne remplace pas la protection.
Racamier distinguait le mouvement pervers narcissique, que tout le monde peut avoir un jour de grande détresse, de l’organisation perverse narcissique, rare et durable. Faites glisser le curseur : à mesure qu’on avance, le mouvement devient système. Ce curseur aide à penser ; il ne sert pas à classer les gens.
Ce curseur décrit des mouvements, pas des personnes. Une étiquette posée à distance, sur un conjoint qu’on n’a jamais rencontré, n’a aucune valeur clinique, et le cabinet n’en pose pas.
C’est peut-être le concept le plus précieux de Racamier, et le moins connu. L’incestuel désigne ce qui, dans la vie psychique d’une personne ou d’une famille, porte l’empreinte de l’inceste sans que l’inceste sexuel ait eu lieu. Un climat, dit-il, où souffle le vent de l’inceste. Le fantasme, au lieu d’être interdit et refoulé, est en quelque sorte agi dans la réalité quotidienne, sous des formes non sexuelles.
Il se reconnaît à quelques signes, que les patients décrivent souvent sans pouvoir les nommer.
Une femme de trente-cinq ans consulte pour une anxiété qui l’empêche de vivre en couple. Elle insiste : « il ne s’est jamais rien passé ». Puis elle décrit une enfance où sa mère dormait avec elle « pour ne pas être seule », lui racontait ses amants, lisait ses lettres, et lui reprochait de « l’abandonner » à chaque sortie. Le mot d’incestuel, proposé avec prudence, l’a d’abord choquée, puis soulagée : ce qu’elle avait vécu avait une forme, une logique, et ce n’était pas de sa faute.
L’incestuel n’est pas l’inceste, et il ne s’agit pas de minimiser l’un par l’autre. L’inceste est un crime ; l’incestuel est un climat qui fait souffrir et qui peut, parfois, le précéder. Quand un acte sexuel a eu lieu, il n’y a plus de nuance : c’est une violence, qui relève de la protection et de la justice. Le 119 pour un enfant, le 17 en cas d’urgence.
Bien avant la perversion narcissique, Racamier s’est intéressé à ce qui arrive aux femmes qui deviennent mères. Il propose le mot de maternalité, qui condense maternel, maternité et natalité : l’ensemble des transformations psychiques que traverse une femme pendant la grossesse et les premiers mois. Une crise normale de l’identité, comparable à l’adolescence, faite de régression, de fusion avec le bébé et de réactivation de sa propre enfance.
Dès 1961, il observe que la psychose du post-partum, qui survient brutalement dans les semaines suivant l’accouchement, peut être comprise comme un dérèglement de cette crise normale. Et il en tire une conséquence pratique audacieuse pour l’époque : hospitaliser la mère avec son bébé, plutôt que de les séparer. Ce principe est aujourd’hui celui des unités mère-bébé.
La psychose puerpérale est rare, mais c’est une urgence : confusion, idées étranges, agitation ou propos inquiétants dans les jours ou semaines qui suivent une naissance doivent conduire à appeler le 15 sans attendre. La dépression du post-partum, beaucoup plus fréquente, se soigne aussi : parlez-en à la sage-femme, au médecin ou à la PMI. En cas d’idées suicidaires, le 3114 répond jour et nuit.
Dix questions pour faire le point sur une relation qui vous préoccupe : un couple, mais aussi un parent, un ami, un supérieur. Ce questionnaire repère des signes d’emprise ; il ne dit rien de la personnalité de l’autre, et il ne pose aucun diagnostic. Répondez pour les derniers mois.
Aimer Racamier n’empêche pas de voir les limites de son œuvre, ni les mauvais usages qu’on en fait.
Racamier aimait les néologismes (antœdipe, incestuel, maternalité, paradoxalité) et une écriture dense, souvent ironique. Il a d’ailleurs rédigé son propre dictionnaire, Cortège conceptuel, pour s’y retrouver. Ses textes s’adressent d’abord aux cliniciens ; ils ne se lisent pas comme des livres de développement personnel.
Comme beaucoup de notions psychanalytiques, ses concepts reposent sur l’observation clinique, pas sur des études contrôlées. Ils n’ont pas d’équivalent dans les classifications internationales. La recherche décrit des choses voisines sous d’autres noms : contrôle coercitif, violences psychologiques, traits narcissiques et antisociaux. Les rapprocher est utile ; les confondre ne l’est pas.
Le mot « pervers narcissique » sert parfois d’arme : dans les séparations conflictuelles, chacun peut accuser l’autre de l’être. Il peut aussi empêcher de penser sa propre part dans une relation difficile, quand cette part existe, ou au contraire faire douter une victime réelle qui ne reconnaît pas le « portrait type ». Ce qui compte, pour se protéger et se soigner, ce sont les faits et leurs effets, pas l’étiquette.
Ses concepts nous servent dans trois situations fréquentes.
Nous ne posons jamais d’étiquette sur une personne absente. Nous écoutons ce que vous vivez, nous vous aidons à vous protéger si nécessaire, et nous pouvons orienter vers les médecins, les associations et, quand il le faut, les services de protection. La psychothérapie ne répond pas à l’urgence : en cas de danger, les numéros ci-dessus passent avant tout. Pourquoi un cabinet intégratif
Sept questions, une réponse expliquée à chaque fois. Rien n’est enregistré ni envoyé.
Il est impossible de le dire à distance, et ce n’est pas un diagnostic médical. Ce qui compte, c’est ce que vous avez vécu : la perte de confiance en vous, la culpabilité, la peur, l’isolement. Ces effets méritent d’être pris au sérieux et soignés, quelle que soit l’étiquette de l’autre.
Une personne dont la personnalité est durablement organisée de cette façon consulte rarement pour elle-même, et le travail est alors très difficile. Les mouvements pervers narcissiques passagers, en revanche, peuvent se travailler. Mais la priorité, pour l’entourage, est de se protéger, pas de soigner l’autre.
Cela peut faire beaucoup souffrir : difficulté à se séparer, à avoir une vie intime, sentiment de confusion, culpabilité. Le nommer est souvent un grand soulagement. Si un acte sexuel a eu lieu, il s’agit d’un inceste, c’est-à-dire d’un crime, et la protection passe avant tout.
Il a consacré sa vie au soin institutionnel des psychoses, mais dans un courant qui lui est propre, nourri par la psychiatrie de secteur et la Société psychanalytique de Paris. On le rattache plus volontiers à la psychanalyse appliquée aux institutions qu’à une école particulière.
Oui, pour retrouver sa pensée, comprendre ce qui s’est noué, se défaire de la culpabilité et des souvenirs envahissants. Mais elle ne remplace ni la protection, ni le droit : en cas de violences, le 3919, le 17 ou le 114 par SMS passent d’abord.
Une relation qui vous épuise, une famille où l’on étouffe, une naissance qui bouleverse plus que prévu : un premier rendez-vous permet de faire le point, à votre rythme et sans jugement. Nous recevons à Colombes, aux Pavillons-sous-Bois et en Ardèche, ou en téléconsultation. En cas de danger, appelez d’abord le 3919, le 17 ou le 119.
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La « loi de l’instrument », formulée par en 1964 puis reprise par dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.