Didier Anzieu : le Moi-peau, les enveloppes psychiques, le groupe
La langue dit déjà tout : on est à fleur de peau, mal dans sa peau, on fait peau neuve. Didier Anzieu, normalien devenu professeur de psychologie et psychanalyste, a pris l’expression au sérieux. Avant de penser, le moi est une surface qui contient, protège et laisse passer. Ce Moi-peau, imaginé dans les années 1970 à l’écoute de patients que rien ne semblait assez contenir, se retrouve aujourd’hui bien au-delà du divan : en dermatologie, dans les soins en institution, dans la psychologie des groupes. Portrait d’un chercheur inventif, de l’auto-analyse de Freud à la peau psychique.
1974premier article sur le Moi-peau, dans la Nouvelle Revue de Psychanalyse
1985Le Moi-peau, le livre, chez Dunod
1964il cofonde l’Association psychanalytique de France et rejoint Nanterre
Une peau pour penser
La langue française est pleine de peaux. On est à fleur de peau, mal dans sa peau, on a la peau dure ou la peau fine, on fait peau neuve, on sauve sa peau, on a quelqu’un dans la peau, on se met dans la peau de l’autre. Didier Anzieu a pris la langue au mot.
Son idée tient en peu de lignes. Avant de penser, un bébé sent. Avant de savoir qu’il a un dedans, il a une surface : celle de la peau où on le tient, le lave, le berce, l’enveloppe de gestes et de voix. De ces expériences se forme peu à peu l’image d’un contenant, d’une limite entre soi et l’autre, d’un lieu où ce qui vient du dehors peut être filtré et ce qui vient du dedans retenu. Anzieu appelle cela le Moi-peau.
Le concept a deux qualités rares. Il est visuel : on le comprend en le touchant du doigt. Et il est opératoire : il aide à comprendre un patient qui se sent collé à son thérapeute, une personne à vif qui supporte mal le moindre bruit, un groupe qui tient ou qui se délite, ou encore un dermatologue qui cherche à parler à un psychanalyste.
Anzieu en trois phrases
Le moi est d’abord corporel, et sa première forme est celle d’une surface : Freud l’avait écrit en 1923, Anzieu en tire une théorie.
Le Moi-peau enveloppe l’appareil psychique comme la peau enveloppe le corps : il contient, protège et met en relation.
Les enveloppes se prolongent : elles peuvent être sonores, groupales, pensantes.
Sa théorie a un avantage sur beaucoup d’autres : elle explique pourquoi l’on dit « avoir la peau dure » sans que personne ait besoin de vous le traduire.
Une vie en onze dates
Un philosophe de formation, devenu psychologue, professeur et psychanalyste, dont les images (la peau, l’enveloppe, le contenant) servent encore aujourd’hui à beaucoup d’autres.
1923Naissance le 8 juillet à Melun, en Seine-et-Marne. Il fait ses études au lycée de Melun, puis en classe préparatoire littéraire au lycée Henri-IV, à Paris.
1944-1948Il entre à l’École normale supérieure, où Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis, futurs psychanalystes, sont ses condisciples. Agrégation de philosophie en 1948 ; il se tourne ensuite vers la psychologie.
1951Assistant de Daniel Lagache. Il se forme au psychodrame, qui sera le sujet de sa première thèse.
1955Professeur de psychologie à l’université de Strasbourg, jusqu’en 1964.
1959Publication de sa thèse sur l’auto-analyse de Freud, soutenue en 1957 (PUF). Réédité en 1975, puis en 1988, le livre devient l’un des grands ouvrages sur la naissance de la psychanalyse.
1962Avec René Kaës, il fonde le CEFFRAP, qui rassemble des cliniciens autour de la psychanalyse des groupes.
1964Cofondateur de l’Association psychanalytique de France (APF), il enseigne à l’université de Nanterre, tout juste ouverte, jusqu’en 1983.
1974-1975L’article « Le Moi-peau » paraît dans la Nouvelle Revue de Psychanalyse. L’année suivante, Le Groupe et l’inconscient développe l’imaginaire groupal.
1985-1987Le Moi-peau, le livre (Dunod, 1985), puis Les Enveloppes psychiques, ouvrage collectif qu’il dirige (Dunod, 1987). En 1986, Une peau pour les pensées, entretiens avec Gilbert Tarrab.
1994Le Penser. Du Moi-peau au Moi-pensant : la pensée elle-même cherche son enveloppe. Le prix Sigourney l’avait distingué en 1992.
1999Mort à Paris le 25 novembre, à 76 ans.
Dates
1923-1999
Métiers
philosophe de formation, professeur de psychologie (Strasbourg, Nanterre), psychanalyste, cofondateur de l’Association psychanalytique de France
Œuvres clés
L’Auto-analyse de Freud (1959), Le Groupe et l’inconscient (1975), Le Corps de l’œuvre (1981), Le Moi-peau (1985), Une peau pour les pensées (1986), Les Enveloppes psychiques (1987), Le Penser (1994), Créer, détruire (1996)
il a donné au contenant psychique une forme qu’on peut toucher du doigt
Freud, Lagache, Lacan : des maîtres et un livre
À l’École normale, Anzieu étudie la philosophie. Son mémoire porte sur la pensée politique de Pascal, dont il éditera plus tard les Pensées avec Zacharie Tourneur (Armand Colin, 1960). Mais l’agrégation passée, il bifurque vers la psychologie, auprès de Daniel Lagache, dont il devient l’assistant à la Sorbonne en 1951. Il se forme au psychodrame, cette méthode où l’on joue des scènes pour les comprendre, et en fait le sujet de sa première thèse, consacrée au psychodrame analytique avec les enfants.
L’auto-analyse de Freud
Sa seconde thèse, soutenue en 1957 et publiée aux PUF en 1959, est son livre-monument. Elle part d’une question presque policière : comment Freud a-t-il inventé la psychanalyse ? La réponse d’Anzieu tient dans le titre : en s’analysant lui-même. Après la mort de son père en 1896, Freud entreprend à partir de 1897, par lettres, dans un dialogue avec son ami Wilhelm Fliess, un travail sur ses propres rêves, ses souvenirs, ses résistances. L’Interprétation du rêve en est le fruit. Anzieu relit le livre de 1900 comme le journal d’une découverte, et lit de près les rêves de Freud, qui étaient des rêves d’homme avant d’être des exemples de théorie. L’ouvrage connaîtra une seconde édition en 1975, en deux volumes, puis une troisième en 1988. Pour la suite, la page sur les rêves, lapsus et actes manqués donne les clefs.
Lacan, Aimée, Favez
Revenons en arrière : dès la fin des années 1940, Anzieu a commencé une première analyse avec Lacan. Il ignorait alors que Lacan avait été le psychiatre de sa mère, Marguerite : c’est elle que Lacan présente en 1932, dans sa thèse de médecine sur la psychose paranoïaque, sous le nom d’« Aimée ». Quand il l’apprend, il poursuit sa route avec Georges Favez, membre de l’Association psychanalytique de France, dans une seconde analyse. En 1964, il compte parmi les fondateurs de l’APF, avec Jean Laplanche, Jean-Bertrand Pontalis, Daniel Widlöcher et d’autres.
Le groupe, ce rêve à plusieurs
Bien avant le Moi-peau, Anzieu est un homme de groupe. Il fonde en 1962 le CEFFRAP avec René Kaës, publie avec Jacques-Yves Martin La Dynamique des groupes restreints (PUF, 1968), un état des lieux des recherches sur la famille, la classe, la formation, la négociation, les psychothérapies de groupe, et propose en 1971 la notion d’illusion groupale.
L’illusion groupale, c’est cet état psychique collectif où les membres d’un groupe éprouvent d’être ensemble comme dans un même corps, autour d’un moi idéal commun : on est bien, on s’entend, tout le monde est d’accord. Cela fait lien, au moins un temps. Le Groupe et l’inconscient. L’imaginaire groupal (1975) en tire une idée audacieuse : le groupe a sa psychologie propre, qui peut différer de celle des individus qui le composent, et on peut le comprendre comme on comprend un rêve. Le groupe réalise sur le mode imaginaire des désirs que chacun, seul, n’oserait pas se formuler. Il y décrit les organisateurs inconscients qui structurent ce rêve collectif : les fantasmes originaires, l’image du corps propre.
Pour penser ce qui fait tenir un groupe, Anzieu s’appuie sur Bion et en vient à une image qui prépare son œuvre ultérieure : un groupe est une enveloppe qui fait tenir ensemble des individus. Sans elle, il n’y a qu’un agrégat humain, une foule de personnes dans la même pièce. Le dernier chapitre du livre évoque même un Moi-peau groupal. La peau, déjà.
Le Moi-peau : un sac, un écran, un tamis
En 1974, dans la Nouvelle Revue de Psychanalyse, Anzieu nomme son concept. Le Moi-peau désigne une réalité fantasmatique, une figuration dont l’enfant se servirait, dans les phases précoces de son développement, pour se représenter lui-même comme un moi à partir de son expérience de la surface du corps. Le livre de 1985, chez Dunod, en donne la synthèse.
Il n’arrive pas de nulle part. Freud, dans Le Moi et le Ça (1923), disait déjà que le moi est avant tout corporel, et qu’il est lui-même la projection d’une surface. Bion avait parlé d’une peau mentale (1967), Esther Bick d’une peau psychique (1968), Winnicott du holding, du soutien du corps qui porte et qui tient. Anzieu fait la synthèse, et il invente surtout un langage que d’autres que les psychanalystes peuvent parler.
Une enveloppe qui contient et unifie
La peau est d’abord un sac : un contenant rempli des expériences satisfaisantes que l’allaitement, les soins, le bain, les paroles y ont déposées. Une psyché qui a un sac tient ensemble : ses sensations, ses émotions, ses souvenirs ne se répandent pas partout. Quand le sac manque ou fuit, on se sent en morceaux, vidé, dispersé.
Une barrière qui protège
La peau est ensuite un écran : une surface entre le dedans et le dehors, qui protège des agressions venues des autres ou des choses, et amortit les excitations trop fortes. Un écran trop mince, et tout nous atteint ; trop épais, et plus rien n’entre, le bon comme le mauvais.
Un filtre qui laisse passer
La peau est enfin un tamis : une zone d’échange et de communication avec autrui, où s’établissent des relations qui ont du sens, et une surface où s’inscrivent les traces laissées par ces échanges. Elle laisse entrer ce qui nourrit et sortir ce qui doit l’être.
Dans la vie des tout-petits, ces trois métiers se construisent au contact de la mère. Anzieu parle d’une peau commune imaginaire, à deux feuillets : l’un du côté de la mère, l’autre du côté de l’enfant. Grandir demande que les deux feuillets s’écartent, et ce moment peut s’accompagner de fantasmes de peau arrachée. Quand l’écart se fait sans violence, l’enfant acquiert une peau à lui.
Huit fonctions, et une anti-fonction
Anzieu détaille ce que fait cette peau psychique. Voici les huit fonctions du livre de 1985.
La maintenance du psychismeSoutenir, tenir debout, comme la mère qui porte son bébé : on y retrouve le holding de Winnicott.
La contenanceRassembler ce qui se passe au-dedans (sensations, émotions, souvenirs) pour que cela ne se répande pas.
Le pare-excitationFiltrer et amortir les stimulations excessives, venues du dehors comme du dedans.
L’individuation du soiDonner le sentiment d’être quelqu’un de distinct, avec une peau qui n’est celle de personne d’autre.
L’intersensorialitéRelier ce que l’on voit, entend, touche et sent en une seule scène : elle protège de l’angoisse d’être en morceaux. Anzieu parle aussi de consensualité.
Le soutien de l’excitation sexuelleLa peau est un lieu de plaisir ; elle soutient l’excitation et la rend sensible.
La recharge libidinaleEntretenir la tonicité du psychisme : un contact, un geste, une voix redonnent de l’énergie.
L’inscription des tracesGarder la mémoire sensorielle des contacts : la peau est une surface d’inscription, et le toucher laisse des traces, tendres ou douloureuses.
Il y ajoute ce qu’il appelle une anti-fonction : l’autodestruction, quand la peau psychique se retourne contre ce qu’elle devrait protéger.
Au-delà de la peau : la voix, le groupe, la pensée
Une fois la peau pensée, Anzieu voit des enveloppes partout. Le livre collectif qu’il dirige, Les Enveloppes psychiques (Dunod, 1987), le montre : on peut être enveloppé de bien d’autres choses que de peau. Trois exemples.
L’enveloppe sonore
Dès 1976, Anzieu montre que les sons forment une première enveloppe : la voix de la mère, les berceuses, le souffle partagé. Avant d’avoir des mots, le bébé baigne dans une musique qui le tient. C’est une des raisons pour lesquelles une voix peut rassurer comme une main.
L’enveloppe du groupe
Un groupe se tient grâce à une enveloppe commune. Quand elle est trop lâche, les membres se dispersent ; quand elle est trop serrée, ils étouffent. Cette idée a trouvé des prolongements dans la psychanalyse de la famille et des institutions.
Le contenant de pensée
Penser aussi demande une enveloppe. Dans Les Contenants de pensée (1993), ouvrage collectif qu’il dirige, puis dans Le Penser. Du Moi-peau au Moi-pensant (1994), Anzieu prolonge la peau jusqu’à la pensée : un moi qui pense est un moi dont la pensée est contenue.
Pour entrer dans ces idées sans se perdre, le plus simple est de commencer par Une peau pour les pensées (Clancier-Guénaud, 1986), entretiens avec Gilbert Tarrab : Anzieu y raconte, avec simplicité, comment sont nées ses idées. Le volume a été traduit en anglais sous le titre A Skin for Thought.
Chez André Green, un rôle voisin est tenu par la structure encadrante, construite à partir de la mère : un cadre intérieur, mais vide, sur lequel se dessinent les pensées. Anzieu parle d’enveloppe, Green de cadre ; l’un montre ce qui entoure, l’autre ce qui manque dans l’entourage.
Patients limites, cadre et toucher
Le Moi-peau est né dans la clinique. Anzieu l’a élaboré pour penser des expériences analytiques particulièrement difficiles, avec des patients dits « limites ». Ces personnes se sentent souvent collées aux autres, redoutent d’être pénétrées et ont du mal à tenir pour solides leurs limites corporelles et psychiques. Le thérapeute, lui, peut avoir le sentiment d’être agrippé, de n’avoir plus d’espace à lui. Pour Anzieu, ces patients souffrent d’une carence de certaines fonctions de leur peau psychique. La notion de peau permet de comprendre ce qui se passe, et de proposer un cadre qui fasse enveloppe.
Sur ce même terrain, Green dessine la double limite, la barrière du rêve et la frontière du dedans et du dehors. Deux regards, deux langues : Anzieu parle d’un contenant qui ne contient pas assez, Green d’une absence qui n’a pas pu être symbolisée. Ils se complètent. Les rapports de cette notion analytique avec les classifications actuelles sont décrits sur la page États limites, DSM-5-TR et CIM-11.
La peau pose enfin un paradoxe à la psychanalyse : le toucher est au commencement du psychisme, et il est exclu de la séance. Freud avait d’abord posé la main sur le front de ses patients ; il y a renoncé. Anzieu s’est intéressé à cet interdit du toucher : ce que la cure ne peut pas donner par la main, elle le donne autrement, par la parole, le rythme, la constance, un véritable bain de paroles. Le cadre devient alors une peau de remplacement, pour qui en manque.
Créer, détruire : Beckett, Bacon, Pascal
Anzieu s’est passionné toute sa vie pour la création. Il ne cherche pas à faire un diagnostic des artistes, mais à comprendre le travail de l’œuvre : comment un corps se met dans un livre, une toile, une pièce. Son titre le dit : Le Corps de l’œuvre (Gallimard, 1981). Il y revient dans Créer, détruire (Dunod, 1996), où il suit comment la création défait autant qu’elle fait.
Il consacre un livre à Samuel Beckett (1992) et, avec Michèle Monjauze, un autre au peintre Francis Bacon, sous-titré Portrait de l’homme désespéré (1993). Il avait commencé, bien plus tôt, avec Pascal. Pascal puis Beckett : deux auteurs qui regardent le vide en face, entre « le silence éternel de ces espaces infinis » de l’un et le « Fail better » de l’autre. Anzieu a choisi des créateurs qui ne détournent pas les yeux.
La parenté avec André Green est frappante : lui aussi lisait les artistes, Shakespeare et Conrad, pour savoir ce que leurs œuvres savent de la vie psychique. Deux psychanalystes, deux manières de rendre justice aux créateurs sans les mettre sur le divan.
Ce que cela change dans l’écoute
Pour un clinicien qui a lu Anzieu, la séance a une peau. Les petites choses prennent une importance nouvelle : le ton de la voix, le rythme, la ponctualité, la durée, la façon dont le silence est tenu. Qu’on se rencontre dans un cabinet ou par écran, ce sont elles qui font enveloppe.
La question n’est pas la même selon la personne. Pour quelqu’un qui est à vif, un cadre prévisible et un rythme tranquille servent de pare-excitation : on protège avant de creuser. Pour quelqu’un de cuirassé, la patience : la carapace a protégé pendant des années, elle ne tombe pas par décret. Pour quelqu’un de très poreux, qui absorbe l’humeur des autres, on cherche d’abord à restaurer une limite, une peau à soi.
Enfin, parler de la peau change la façon de parler du corps. Un « mal dans sa peau » n’est pas qu’une façon de parler, et les plaintes du corps, les gênes, les rougeurs, les tensions, peuvent être entendues comme une manière de dire où se situe la limite.
Au cabinet
Chaque personne est écoutée dans son histoire, à son rythme. Un premier rendez-vous, sans engagement, permet de voir ce qui pèse et de choisir ensemble le cadre qui convient. Nous recevons au cabinet ou en téléconsultation, et l’écoute analytique s’associe, selon la personne, à l’EMDR et aux outils de la TCC. Pourquoi un cabinet intégratif
Contenir, protéger, échanger : ma peau en ce moment
Huit questions pour sentir, sans jargon, laquelle des trois grandes fonctions de la peau psychique est la plus sollicitée en ce moment : contenir (le sac), protéger (l’écran) ou échanger (le tamis). Répondez pour ces dernières semaines.
Quiz : connaissez-vous Anzieu ?
Sept questions, une réponse expliquée à chaque fois. Rien n’est enregistré ni envoyé.
Questions fréquentes
Le Moi-peau, est-ce une théorie de la peau ou du moi ?
Du moi. La peau en est le support imaginaire : elle fournit au moi une image de contenant, de limite et d’échange. Anzieu ne soutient pas que la psyché est faite de peau, mais que le moi se représente d’abord comme une surface qui contient.
Qu’est-ce qu’une enveloppe psychique ?
C’est le prolongement du Moi-peau : tout ce qui, comme la peau, délimite, contient et fait tenir. Le Moi-peau est l’enveloppe la plus ancienne, mais il y en a d’autres : sonore, groupale, familiale, et jusqu’à la pensée elle-même.
Par quel livre commencer ?
Par Une peau pour les pensées (1986), des entretiens avec Gilbert Tarrab qui racontent comment sont nées ses idées. Viennent ensuite Le Moi-peau, puis Le Groupe et l’inconscient pour les groupes, et L’Auto-analyse de Freud pour l’histoire de la psychanalyse.
Qu’est-ce que la peau commune ?
C’est le fantasme, très précoce, d’une peau partagée par la mère et le bébé, à deux feuillets : l’un du côté de la mère, l’autre du côté de l’enfant. Grandir suppose que les deux feuillets se séparent peu à peu, ce qui peut s’accompagner de fantasmes de peau arrachée.
Quel rapport entre le Moi-peau et la dermatologie ?
Un rapport de dialogue. Le concept est né dans la psychanalyse, mais il a permis aux dermatologues et aux psychanalystes de se parler, car il rend sensible ce que la peau représente pour celui qui l’habite.
Quel lien entre Anzieu et André Green ?
Ils appartiennent à la même génération, ont tous deux fréquenté Lacan avant de s’en éloigner, et pensent tous deux la limite. Anzieu la pense par la peau et l’enveloppe, Green par le négatif, la double limite et le cadre. La page de Green donne l’autre moitié du tableau.
Une peau trop fine, une carapace trop épaisse, l’impression de ne jamais être tenu ou de ne plus rien laisser passer : un premier rendez-vous permet de poser la question, sans engagement et à votre rythme. Nous recevons au cabinet, ou en téléconsultation.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.