Le sourire plaqué
- Montrer ce qu’on ne ressent pas
- Cacher ce qu’on ressent (agacement, lassitude, peur)
- Effet : dissonance émotionnelle, épuisement, cynisme
- Typique des postes très cadrés (« souriez, vous êtes filmé »)
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Huit heures par jour à garder un visage calme devant des clients, des élèves, des patients ou un manager. Puis pleurer dans la voiture sur le parking, ou ne plus rien ressentir du tout. Cacher ses émotions est un travail à part entière, et il épuise. Cette page explique ce que coûte ce travail invisible, comment le burn-out s’installe par les émotions, et comment on en sort.
Lundi, 9 h 02. Un client vous parle comme à un paillasson. Vous souriez, vous dites « je comprends tout à fait », et vous gardez pour vous les trois phrases qui vous viennent. À 9 h 04, c’est fini. À 17 h, vous l’avez fait quarante fois. Vous rentrez vidé, sans avoir soulevé le moindre carton.
La sociologue américaine Arlie Hochschild a nommé cela, dès 1983, le travail émotionnel : l’effort de produire ou de cacher des émotions parce que le poste l’exige. Elle distingue deux façons de le faire. Le jeu de surface : on affiche l’émotion attendue sans la ressentir, on sourit avec les dents serrées. Le jeu en profondeur : on essaie de ressentir vraiment ce qu’il faut montrer, on se convainc que le client a sans doute passé une mauvaise journée. La recherche depuis quarante ans est assez constante : le jeu de surface, surtout, épuise. L’écart permanent entre ce qu’on ressent et ce qu’on montre consomme une énergie considérable.
Parce que supprimer une émotion ne la fait pas disparaître. Les travaux de James Gross sur la régulation émotionnelle montrent que la suppression expressive (garder un visage neutre alors qu’on ressent fort) ne diminue pas l’émotion ressentie, augmente l’activation physiologique, et dégrade la mémoire de ce qui se passe pendant qu’on la pratique. Autrement dit : on souffre autant, le corps paie plus, et on retient moins. La page stratégies de régulation compare cette stratégie aux autres.
Tous les métiers demandent un peu de travail émotionnel. Certains en demandent énormément, et ce sont souvent ceux où le burn-out est le plus décrit.
Émo, notre mascotte, a travaillé un été dans un open space. Le premier jour, il a compté : 14 sourires de politesse, 9 « pas de souci » qui voulaient dire « gros souci », 3 réunions pour préparer une réunion, et un collègue qui mangeait du thon à 10 h 30. Le soir, Émo n’avait rien produit et il était épuisé. Il venait de découvrir que le travail émotionnel ne se voit pas dans le compte rendu d’activité, mais qu’il se voit très bien sur le canapé.
Le burn-out n’est pas une maladie répertoriée dans les classifications psychiatriques comme le DSM-5. La Haute Autorité de Santé, dans ses repères de 2017, parle de syndrome d’épuisement professionnel : un ensemble de signes liés à une exposition prolongée au stress au travail, qui peut déboucher sur une dépression, un trouble anxieux ou un trouble de l’adaptation, lesquels, eux, sont des diagnostics. L’Organisation mondiale de la santé le classe dans les phénomènes liés au travail, pas dans les maladies.
Christina Maslach, psychologue américaine, a décrit trois dimensions qui restent la référence :
Le burn-out touche rarement les tire-au-flanc. Il touche ceux qui en font trop, qui s’engagent, qui veulent bien faire. Au début, le travail donne de la joie et de la fierté. On accepte le dossier en plus, on répond aux mails le soir. L’élan masque les premiers signes.
La charge dépasse les ressources, mais on compense : on dort moins, on rogne sur le sport, les amis, les pauses. Le corps commence à parler : tensions, maux de tête, troubles du sommeil. On se dit que ça va passer après le rush.
Les émotions débordent par les coutures : colère au moindre mail, larmes pour un rien, impatience avec les proches qui n’y sont pour rien. C’est le moment où la famille remarque que « tu n’es plus pareil ». Et où le travail émotionnel devient impossible : le sourire ne tient plus.
Pour tenir, le système coupe : cynisme, détachement, plus rien ne touche. On fait son travail en pilote automatique. Les patients, les clients, les élèves ne sont plus des personnes. Beaucoup de gens croient alors aller mieux, parce qu’ils ne souffrent plus. C’est l’inverse.
Un matin, le corps refuse : impossible de se lever, crise de larmes dans le parking, malaise, parfois une crise d’angoisse. C’est souvent à ce stade que le médecin est consulté et qu’un arrêt est prescrit. On aurait pu intervenir à chacune des étapes précédentes.
Les signes physiques du burn-out (fatigue, insomnie, douleurs) sont connus. Les signes émotionnels le sont moins, et ils arrivent souvent avant.
Sur le parking, avant d’entrer ou après être sorti. Le trajet devient le seul endroit où l’émotion a le droit d’exister.
Une notification et le cœur s’emballe. On répond sèchement, on claque la porte du placard. La fenêtre de tolérance s’est rétrécie.
Ni la réussite d’un projet, ni le merci d’un patient. Le plaisir au travail a disparu, et souvent le plaisir tout court.
Dès le dimanche après-midi, la boule au ventre. La semaine est déjà là avant d’avoir commencé.
« Les autres tiennent, pourquoi pas moi ? » Cette honte retarde la consultation de plusieurs mois. La page honte et culpabilité en parle.
Des blagues de plus en plus noires sur les usagers, les clients, les élèves. Un signe que la coupure émotionnelle est en route.
Si vous avez des idées de mort, si vous vous dites que « tout serait plus simple » sans vous, si vous avez un malaise ou une crise d’angoisse au travail, consultez votre médecin cette semaine, pas après le prochain dossier.
Tout le monde est fatigué le vendredi. La question est de savoir ce qui se répare en un week-end et ce qui ne se répare plus. Classez ces douze situations.
Douze questions rédigées pour ce guide, inspirées des trois dimensions décrites par la recherche, sans reproduire aucun questionnaire validé. Pensez au dernier mois. Le résultat n’est pas un diagnostic : c’est un feu tricolore pour décider s’il est temps d’en parler.
L’angoisse du dimanche soir est un bon thermomètre du rapport au travail. Un peu de tension avant la reprise est normal. Une boule au ventre dès le déjeuner, un sommeil cassé la nuit du dimanche, c’est autre chose. Réglez la jauge sur votre dimanche soir habituel.
Réglez votre niveau d’énergie typique, jour par jour, de 0 (à plat) à 10 (en pleine forme). La courbe parle souvent d’elle-même : une semaine saine descend un peu et remonte le week-end ; une semaine de burn-out reste au fond.
Le harcèlement moral produit un cocktail émotionnel reconnaissable : la peur (du mail, de la réunion, du couloir), la honte (de ne pas savoir se défendre), la colère rentrée, le doute sur sa propre perception (« est-ce que j’exagère ? »). Il laisse souvent des traces de type traumatique : sursauts, cauchemars, évitements, qui persistent après le départ du poste. L’EMDR est alors utile pour retraiter les scènes précises qui restent « en direct ». Sur le plan pratique, consulter la médecine du travail et conserver des traces écrites sont des réflexes importants, mais ils ne remplacent pas le soin.
À l’opposé du burn-out, le bore-out épuise par manque : pas assez de tâches, pas de sens, des journées à faire semblant d’être occupé. Les émotions sont la honte (on n’ose pas dire qu’on s’ennuie), la culpabilité, puis la même perte d’estime de soi que dans le burn-out. Il est moins reconnu, et tout aussi réel.
Le télétravail supprime une partie du travail émotionnel de façade, et c’est un soulagement pour beaucoup. Mais il supprime aussi la régulation par les autres : le café où l’on râle ensemble, le regard d’un collègue qui voit qu’on ne va pas bien. Les émotions se vivent seul, devant un écran, et débordent plus facilement le soir sur la famille.
Le perfectionniste n’aime pas tant le travail bien fait qu’il redoute d’être pris en défaut. Chaque tâche devient un examen. Cette peur permanente consomme énormément d’énergie émotionnelle, bien avant que la charge objective ne soit excessive. Le travail thérapeutique porte alors moins sur l’organisation que sur ce que l’erreur représente, souvent depuis l’enfance.
Le Cabinet Bouche & Chmura propose une thérapie du travail qui articule plusieurs approches selon la situation : la thérapie cognitive et comportementale pour sortir des boucles de perfectionnisme et d’hypervigilance, l’EMDR quand des événements professionnels précis (humiliation publique, agression, harcèlement, accident) restent gravés, et l’écoute analytique pour comprendre ce que le travail représente dans votre histoire et pourquoi vous vous êtes laissé vider. Le travail se fait en lien avec votre médecin traitant et, si vous le souhaitez, la médecine du travail. Consultations à Colombes ou en téléconsultation, 365 jours par an, ce qui permet aussi de consulter pendant un arrêt sans attendre le prochain créneau libre dans trois semaines.
Un exercice simple et redoutablement éclairant. Remplissez-le honnêtement, sans chercher à être raisonnable. La dernière ligne compte double.
Le burn-out n’est pas un diagnostic psychiatrique dans le DSM-5. La Haute Autorité de Santé le décrit comme un syndrome d’épuisement professionnel, qui peut déboucher sur une dépression, un trouble anxieux ou un trouble de l’adaptation, lesquels sont des diagnostics. Il peut, sous conditions, être reconnu comme maladie professionnelle au cas par cas.
L’épuisement émotionnel en fin de journée, l’irritabilité ou les larmes pour des riens, l’angoisse du dimanche soir, la perte de plaisir face aux réussites, puis le cynisme et le détachement. Ces signes arrivent souvent avant les signes physiques les plus marqués.
C’est l’effort de montrer ou de cacher des émotions parce que le poste l’exige, décrit par la sociologue Arlie Hochschild. Sourire à un client désagréable, rester calme devant un patient agressif, paraître confiant quand on doute. Fait sur le mode du sourire plaqué, il épuise fortement à la longue.
Pas dans l’urgence. Les décisions définitives se prennent mieux une fois l’épuisement traité. L’arrêt de travail prescrit par le médecin et un accompagnement psychothérapeutique permettent de comprendre ce qui s’est joué, puis de choisir en connaissance de cause de rester, de changer de poste ou de voie.
Oui. Elle aide à comprendre les mécanismes personnels qui ont conduit à l’épuisement (difficulté à dire non, perfectionnisme, peur de décevoir), à réapprendre à ressentir après l’anesthésie, à traiter les événements marquants s’il y en a eu, et à préparer une reprise qui ne rejoue pas le même scénario.
Un premier rendez-vous permet de dire ce que vous cachez depuis des mois, de faire le point sur votre épuisement et de réfléchir à l’accompagnement le plus adapté, en lien avec votre médecin. Les adultes, les couples et les familles sont reçus au cabinet, à Colombes, ou en téléconsultation, y compris pendant un arrêt de travail.
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La « loi de l’instrument », formulée par en 1964 puis reprise par dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.