EMDR et thérapie familiale : soigner les souvenirs de chacun et les liens de tous
Un événement difficile ne touche presque jamais une seule personne. Il s'invite à table, dans les disputes, dans les silences et dans la façon dont un enfant regarde ses parents. Associer l'EMDR et la thérapie familiale, c'est travailler à deux niveaux à la fois : les souvenirs qui restent coincés chez chacun, et les liens qui se sont tendus autour d'eux.
Cette page explique pourquoi ces deux approches se complètent, qui peut être présent en séance et pour quelle raison, comment se déroule un accompagnement, ce que montre la recherche à ce jour et où se situent ses limites. Un jeu de scénarios vous attend à mi-parcours pour tester votre regard sur des familles types.
Pourquoi associer EMDR et thérapie familiale ?
L'EMDR est une psychothérapie conçue pour retraiter des souvenirs difficiles. Elle repose sur le modèle du traitement adaptatif de l'information : selon cette théorie, certaines souffrances actuelles viendraient d'expériences restées mal digérées, stockées en fragments (images, sensations, émotions, pensées sur soi) au lieu d'être rangées dans le récit de sa vie. Le protocole s'organise en huit phases et utilise des stimulations bilatérales alternées, visuelles, auditives ou tactiles.
La thérapie familiale, elle, s'intéresse à ce qui circule entre les personnes : les règles implicites, les places de chacun, les boucles où le comportement de l'un entretient la réaction de l'autre. Plutôt que de chercher un coupable, elle observe comment le système tient et ce qui le fait souffrir.
Prises séparément, ces deux méthodes ont chacune leurs angles morts. Un enfant peut avancer beaucoup en séance individuelle, puis retrouver chaque soir un climat familial qui ravive ses peurs. À l'inverse, une famille peut apprendre à mieux communiquer alors qu'un souvenir non traité, chez l'un de ses membres, continue de déclencher les mêmes crises. C'est le constat de départ du dossier que l'Institut français d'EMDR (IFEMDR) consacre aux familles : comment faire entrer les parents ou le conjoint dans le soin d'une personne suivie en EMDR, et à quel moment combiner les deux approches, en même temps ou l'une après l'autre.
À retenir
L'EMDR soigne surtout une blessure individuelle, la thérapie familiale une blessure du lien. Les articuler évite qu'un progrès obtenu d'un côté soit défait de l'autre. Le travail consiste à bâtir un plan cohérent, qui fixe quand, avec qui et à quel rythme intervenir.
Grand angle et zoom : deux regards sur la même famille
Des auteurs français spécialistes de la question proposent une image parlante : la thérapie familiale fonctionne comme un objectif grand angle, qui montre toute la scène, et l'EMDR comme un zoom, qui permet d'approcher la mémoire d'une personne. Passez d'un mode à l'autre pour voir ce que chacun donne à voir.
Le grand angle de la thérapie familiale
On regarde les interactions du moment : qui parle à qui, qui se tait, qui protège qui. Les spécialistes parlent d'axe synchronique, celui de l'ici et maintenant. Cette lecture repère les cercles vicieux, par exemple un parent inquiet qui surveille, un adolescent qui se ferme, et une inquiétude qui grandit encore.
Le zoom de l'EMDR
On s'approche de l'histoire d'une personne : un souvenir précis, l'image qui revient, la sensation dans le corps, la phrase négative sur soi. C'est l'axe diachronique, celui du passé qui pèse sur le présent. Le retraitement vise à relier ces fragments à des informations plus apaisées.
Les deux axes ne s'opposent pas. Le premier raisonne en boucles (chacun influence chacun), le second en lignes (tel événement a laissé telle trace). Des cliniciens insistent sur l'intérêt de garder les deux en tête, en particulier quand il y a eu des violences : la lecture circulaire aide à comprendre les relations, la lecture linéaire permet de nommer clairement qui a fait quoi, sans diluer les responsabilités.
Quand un trauma devient une affaire de famille
Le mot traumatisme évoque souvent un événement brutal vécu par une personne. Dans la réalité des familles, les choses se ramifient. Voici les situations que décrivent le plus souvent les cliniciens qui associent EMDR et travail familial. Pour mieux distinguer les grandes formes de trauma, voyez aussi la page les différents types de trauma.
Un même événement, des souvenirs différents
Un accident, un incendie, une hospitalisation. Chacun en garde une version à lui, avec des images et des symptômes propres. L'un fait des cauchemars, l'autre évite, un troisième semble aller bien. Traiter un seul membre laisse les autres avec leur part.
Le proche qui s'épuise
Quand une seule personne a vécu le choc, son conjoint ou ses parents peuvent être eux aussi débordés. On parle de stress traumatique secondaire : l'activation émotionnelle sort le proche de sa zone de tolérance, réveille parfois ses propres blessures et, paradoxalement, peut réduire sa capacité d'écoute.
Ce qui se transmet sans le vouloir
L'image qu'un enfant a de lui-même se forme d'abord dans le regard de ses parents. Les manières d'aimer, de critiquer, de rassurer passent souvent d'une génération à l'autre, sans aucune intention de nuire. Un parent qui n'a pas été consolé peut avoir du mal à consoler.
Une famille qui change de fonctionnement
Après un choc, les rôles bougent : un aîné devient le parent de ses frères, un couple ne se parle plus que de logistique, un sujet devient tabou. Ces ajustements protègent un temps, puis figent la famille. La thérapie familiale aide à les repérer et à les assouplir.
Le symptôme de l'enfant, une tentative de protection ?
Dans le modèle qui guide l'EMDR, les réactions traumatiques sont comprises comme des tentatives de se protéger, et non comme de la mauvaise volonté. Un enfant qui explose de colère au moment du coucher peut ainsi être en train de lutter contre une peur qu'il ne sait pas nommer. Ce regard ne minimise pas la souffrance liée aux souvenirs non traités.
Les cliniciens qui travaillent avec le jeu soulignent qu'un enfant avance plus facilement quand ses parents partagent cette lecture et peuvent accueillir sa détresse au lieu de la combattre. Une partie du travail consiste donc à expliquer aux parents ce qui se passe, pour qu'ils deviennent des alliés du soin. Pour les difficultés de sommeil, la page sommeil de l'enfant et EMDR détaille cette approche.
Patient désigné, bouc émissaire, loyautés : de quoi parle-t-on ?
Ces notions viennent de la thérapie familiale. Le patient désigné est la personne que la famille présente comme « le problème », alors que sa souffrance exprime souvent une tension plus large. Le bouc émissaire porte ce qui ne peut pas se dire ailleurs. Les loyautés sont ces fidélités invisibles qui poussent un enfant à protéger un parent, parfois au prix de lui-même.
Dans les situations de violences intrafamiliales, des auteurs rappellent que reconnaître d'abord la place de victime est une étape indispensable. Une fois cette reconnaissance posée, le travail peut porter sur les relations sans enfermer quiconque dans un rôle définitif.
Qui vient en séance, et pourquoi ?
Une thérapie familiale associée à l'EMDR ne veut pas dire que tout le monde est présent à chaque fois. La composition de la séance change selon l'objectif du moment. Voici les configurations les plus courantes et leur raison d'être.
L'enfant ou l'adulte seul
Pour retraiter un souvenir précis en EMDR, dans un espace protégé où il peut dire ce qu'il ne dirait pas devant les autres. Ce temps reste confidentiel.
L'enfant avec un parent
Le parent devient une ressource de sécurité. Certains modèles proposent de retraiter les souvenirs de l'enfant pendant que le parent le tient près de lui, ou de renforcer des moments chaleureux avec une stimulation bilatérale lente.
Le ou les parents seuls
Pour préparer un exercice sans évoquer les difficultés de l'enfant devant lui, ou pour soigner les blessures du parent lui-même quand elles freinent la réparation du lien.
Le couple
Quand le trauma a été vécu ensemble, ou quand la blessure de l'un pèse sur l'autre. Le travail de couple soigne la relation, l'EMDR intervient quand une vieille blessure se réactive.
Toute la famille
Pour partager une lecture commune, répartir à nouveau les rôles, rétablir la communication et consolider les changements. Le jeu et le bac à sable peuvent y servir de langage commun.
Une alternance réfléchie
Le cas le plus fréquent dans les modèles décrits : des temps individuels et des temps partagés, planifiés selon l'évolution. Un même enfant peut passer de l'un à l'autre au fil des semaines.
Avec les enfants, l'âge compte beaucoup dans le choix du format. La page EMDR chez l'enfant et l'adolescent détaille les adaptations par le jeu, le dessin et le récit.
Le déroulé d'un accompagnement EMDR en famille
Il n'existe pas de protocole unique. Les modèles présentés dans le dossier de l'IFEMDR (attachement, approche de Bowen, thérapie structurelle, thérapie familiale centrée sur l'attachement) gardent en général le protocole EMDR comme colonne vertébrale et y greffent le travail familial aux moments clés. Les étapes ci-dessous en donnent une synthèse. Pour le détail d'une séance individuelle, voyez le déroulement d'une séance EMDR.
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Rencontrer chacun et comprendre le système
Le thérapeute construit une relation de confiance avec chaque membre, recueille l'histoire de la famille et observe les schémas qui se répètent d'une génération à l'autre. Il évalue l'attachement de l'enfant et la stabilité émotionnelle des parents, deux éléments qui conditionnent la suite.
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Repérer les cibles
Les souvenirs douloureux liés au lien (une séparation, une humiliation, une promesse brisée) deviennent des cibles possibles pour l'EMDR. On repère aussi les déclencheurs actuels, ces situations du quotidien qui rallument la même détresse.
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Préparer et installer des ressources
Avant de toucher aux souvenirs difficiles, la famille apprend à se réguler ensemble : donner et recevoir du soin, écouter, se rassurer. Chez des enfants très en difficulté, une phase préalable vise à les rendre disponibles pour le travail sur le trauma.
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Retraiter les souvenirs
L'EMDR est appliquée aux cibles choisies, en séance individuelle ou en présence d'un parent selon l'âge et le besoin. Si les propres souvenirs d'un parent bloquent le processus, un EMDR individuel peut lui être proposé.
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Faire évoluer les liens
En parallèle, les séances familiales ou de couple travaillent la communication et l'empathie. Les changements obtenus en EMDR trouvent ainsi un terrain où s'enraciner au lieu de se heurter aux anciennes habitudes.
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Préparer l'avenir et consolider
On renforce les réussites, on aide l'enfant à mieux recevoir les compliments, on anticipe les situations à venir. L'EMDR peut aussi accompagner l'appréhension liée à ces changements, sur le principe du scénario du futur.
Les modèles d'association en un coup d'œil
- Approche centrée sur l'attachement parent enfant : confiance avec chaque membre, cibles liées au lien, comportements de soin travaillés en famille, stimulation bilatérale partagée.
- Lecture inspirée de Bowen : le protocole EMDR sert de squelette, enrichi d'une lecture des schémas familiaux transmis.
- Thérapie familiale structurelle : elle travaille les places et les frontières dans la famille, l'EMDR la mémoire de chacun.
- Thérapie familiale basée sur l'attachement (Attachment-Based Family Therapy) : elle aide l'adolescent à parler des ruptures de confiance avec ses parents ; l'EMDR peut désensibiliser un souvenir quand ce dialogue provoque trop d'anxiété ou de retrait.
- Couple : des cliniciens ont associé l'EMDR à la thérapie de couple centrée sur les émotions ou au dialogue Imago. Dans ce second cas, l'EMDR n'intervenait que lorsqu'une blessure d'enfance non résolue se réveillait.
- Approche par parties (Internal Family Systems) : elle peut relancer le travail quand l'accès aux émotions est trop partiel pour que l'EMDR avance.
Les auteurs recommandent de respecter les protocoles propres à chaque méthode plutôt que de les fondre en une pratique floue.
Les outils de l'EMDR avec l'enfant et le parent
Les messages valorisants : réparer l'image de l'enfant
Un exercice décrit par une clinicienne spécialiste de l'attachement s'inscrit dans la phase de préparation de l'EMDR. Il part d'une idée simple : un enfant se sent en sécurité quand il se sent vu et entendu, et les progrès obtenus en séance tiennent mal s'il rentre chaque soir dans un climat très critique.
Le parent est d'abord reçu seul. Il prépare une liste de messages sincères : ce qu'il apprécie chez son enfant, les activités qu'ils aiment partager, les souvenirs des tout débuts, les points communs, les espoirs pour la suite. En séance, l'enfant s'installe tout près du parent. S'il est d'accord, une stimulation bilatérale lente accompagne chaque message (petits boîtiers vibrants tenus en main, tapotements légers sur les genoux ou les mains), puis l'enfant dit en un mot ce qu'il ressent. Les parents sont ensuite encouragés à multiplier ces moments chaleureux au coucher, au repas ou au retour de l'école.
Les précautions de cet exercice
- Ne jamais évoquer les comportements problématiques devant l'enfant : c'est la raison du temps préalable avec le parent seul.
- Si le parent se sent trop mal à l'aise, passer d'abord par un travail individuel avec lui.
- Demander l'accord de l'enfant et adapter la consigne, par exemple en le laissant simplement écouter.
- Prévenir le parent qu'une proximité inhabituelle peut rendre l'enfant plus fragile les jours suivants.
Il s'agit d'une pratique clinique décrite dans un article professionnel, pas d'une méthode évaluée par une étude contrôlée.
Le jeu et le bac à sable comme langage commun
Avec les plus jeunes, la parole ne suffit pas. Le jeu permet à l'enfant et au parent de se réguler ensemble. Le bac à sable (sandtray), avec ses figurines, offre une méthode non verbale où chacun peut montrer sa version de l'histoire. Il devient un langage partagé par toute la famille. Les tout-petits jouent plutôt qu'ils ne composent une scène, et c'est très bien ainsi.
Les cliniciens qui l'utilisent conseillent une formation spécifique et une supervision. Ils rappellent aussi que des parents peuvent, sans le vouloir, freiner le processus s'ils ne comprennent pas ce que suppose la guérison, d'où l'importance de les associer. Et ils insistent sur un point : ne pas imposer d'interprétation à la scène créée.
La stimulation bilatérale partagée
Que ce soit avec des boîtiers vibrants, des tapotements ou un support visuel, la stimulation bilatérale peut se vivre à deux. Les outils actuels permettent de régler finement la vitesse et l'intensité, ce qui facilite l'adaptation à un enfant ou à un parent. Pour en savoir plus sur le matériel, voyez barre lumineuse, sons et vibreurs.
Le couple face au trauma : EMDR et thérapie de couple
Dans la littérature francophone, on distingue plusieurs situations qui amènent un couple à associer EMDR et thérapie conjugale.
Un trauma vécu ensemble
La mort d'un enfant, un accident grave. L'épreuve laisse une blessure chez chacun et une blessure du couple, qui ne cicatrisent pas au même rythme. Voir aussi EMDR, deuil et douleur.
Un trauma vécu par un seul
Après une agression, par exemple, le partenaire peut développer un stress traumatique secondaire. L'un a besoin de soin, l'autre de soutien, et la relation d'un espace pour se retrouver.
Des blessures anciennes réactivées
Une dispute anodine déclenche une réaction démesurée parce qu'elle touche une blessure d'enfance. L'EMDR cible ce souvenir, la thérapie de couple travaille la façon de se parler. Voir aussi relation toxique et EMDR.
Des travaux anglophones sur l'association de l'EMDR et de thérapies de couple rapportent un gain d'intimité et une meilleure expérience émotionnelle partagée. Ces travaux datent du début des années 2000 et sont cités sans détail sur leurs effectifs ni sur leur méthode. Ils ouvrent une piste qui reste à confirmer.
Le jeu des scénarios : qui est présent dans la séance, et pourquoi ?
Neuf familles types, entièrement imaginaires, sont présentées ci-dessous. Pour chacune, choisissez la configuration de séance qui vous paraît la plus juste. Vous découvrirez à chaque fois ce qu'en disent les approches décrites sur cette page. Il n'y a pas de piège : plusieurs réponses peuvent se défendre, et en clinique la décision se prend toujours après une évaluation.
Prêt à prendre la place du thérapeute ?
9 scénarios, environ 5 minutes. Rien n'est enregistré ni envoyé : tout se passe dans votre navigateur.
Ce jeu est un outil pédagogique. Les scénarios sont génériques et ne décrivent aucune personne réelle. Il ne remplace pas une évaluation par un professionnel et ne permet pas de décider seul d'un traitement.
Ce que dit la recherche sur l'EMDR et la thérapie familiale
Commençons par ce qui est solide. L'EMDR figure parmi les psychothérapies recommandées pour l'état de stress post-traumatique par de grandes instances : l'Organisation mondiale de la santé la cite depuis 2013 pour les enfants, les adolescents et les adultes, et la Haute Autorité de santé la mentionne depuis 2007 parmi les traitements à privilégier chez l'adulte. La page l'EMDR, une thérapie reconnue fait le point complet.
L'association précise de l'EMDR et de la thérapie familiale est en revanche un champ plus jeune. Les données disponibles sont encourageantes, mais encore limitées.
Enfants placés après maltraitance : une étude néerlandaise sur quelques cas
Une équipe des Pays-Bas a suivi, semaine après semaine, des enfants de 4 à 12 ans placés durablement après de la maltraitance ou de la négligence, avec leurs familles d'accueil. Sur 15 enfants inclus, 8 ont pu être analysés ; 7 d'entre eux se sont améliorés sur au moins un des domaines suivis. À l'échelle du groupe, l'intervention était associée à une évolution des difficultés d'attachement, de comportement et de régulation émotionnelle, mais pas des symptômes de stress post-traumatique. L'effectif est très petit et il n'y avait pas de groupe de comparaison.
Le poids de l'attachement désorganisé
La même équipe a étudié 12 enfants de 6 à 12 ans qui n'avaient pas répondu à un traitement du trauma validé. Le traitement associant EMDR et thérapie familiale semblait mieux fonctionner chez les enfants dont l'attachement n'était pas désorganisé. Les auteurs concluent que ces situations restent difficiles à soigner et appellent de nouvelles interventions. On en retient l'intérêt d'évaluer l'attachement de l'enfant avant de commencer.
Un essai randomisé en cours après des violences entre parents
Un protocole d'essai publié en 2022 prévoit d'inclure 150 duos parent enfant accueillis en foyer après des violences conjugales, avec des enfants de quelques mois à 6 ans. Il compare d'abord un accompagnement de l'attachement par vidéo aux soins habituels, puis propose l'EMDR aux mères qui présentent un stress post-traumatique. La présentation consultée ne fait état d'aucun résultat : cette étude ne permet donc pas encore de conclure.
Études de cas en France et ailleurs
Des cliniciens français ont décrit une approche en deux phases, illustrée par deux études de cas, pour des enfants traumatisés présentant des troubles des apprentissages, une dysrégulation émotionnelle ou des conduites à risque. Un article plus ancien, paru dans une revue anglophone, rapporte le cas d'un garçon pour lequel l'EMDR a pu être proposé à quatre des cinq membres de sa famille. Ces récits cliniques éclairent la pratique sans mesurer une efficacité.
À retenir
L'EMDR est une méthode reconnue pour le stress post-traumatique. Son association avec la thérapie familiale repose sur une solide logique clinique et sur des études prometteuses, mais encore peu nombreuses et de petite taille. Cette pratique se développe et commence à être évaluée ; son efficacité n'a pas encore été démontrée à grande échelle.
Limites et précautions : quand avancer, quand attendre
Associer EMDR et séances familiales demande un cadre clair. Les auteurs du dossier insistent sur plusieurs garde-fous.
- La sécurité passe avant tout. En cas de violences intrafamiliales, la protection de l'enfant prime. Le travail implique souvent une collaboration, parfois obligatoire, avec les services de protection de l'enfance.
- Nommer les faits. Lire une famille en système ne doit jamais servir à relativiser des actes ni à brouiller qui en est responsable.
- Ne pas sous-estimer le trauma, car une prise en charge qui l'ignore risque d'en ajouter. Ne pas non plus en voir partout : beaucoup de personnes traversent des épreuves sans en garder de séquelles.
- Penser aux plaintes du corps. Des traumas restent mal repérés quand la souffrance s'exprime par des maux physiques.
- Respecter l'accord de l'enfant avant toute stimulation bilatérale, et préserver son espace confidentiel.
- Évaluer avant de retraiter : dynamique familiale, attachement, stabilité des parents. Les situations de dissociation demandent une préparation particulière, voir EMDR et dissociation.
Enfant qui refuse de voir un parent. Après une séparation conflictuelle, un refus peut avoir des origines très différentes : une peur fondée, un conflit de loyauté, une blessure du lien, une influence des adultes. Le travail commence par une évaluation attentive de chaque situation, et ne force jamais un contact. Cette question est développée dans la page traumatisme d'attachement et EMDR et dans la rubrique parents en conflit et rejet d'un parent.
Pour l'ensemble des indications et contre-indications de la méthode, voyez indications et limites de l'EMDR.
Au cabinet : une approche intégrative au service de la famille
Au cabinet, l'EMDR s'inscrit dans une pratique plus large qui reçoit des adultes, des enfants, des couples et des familles. Chaque regard apporte sa part. L'écoute analytique aide à comprendre ce qui se rejoue dans l'histoire familiale et dans la relation thérapeutique (voir EMDR et psychanalyse). Les outils des thérapies cognitives et comportementales donnent des repères concrets pour changer ce qui entretient la souffrance au quotidien (voir EMDR et TCC). L'EMDR permet de retraiter les souvenirs qui bloquent. Le travail familial relie le tout et redonne à chacun sa place.
Cette façon d'associer les approches est détaillée dans la page l'approche intégrative : analytique, TCC et EMDR. Quand la situation le demande, un bilan psychologique peut aussi éclairer le fonctionnement de l'enfant avant de construire le plan de soin. Les vidéos sur l'EMDR donnent un aperçu concret des séances.
Questions fréquentes sur l'EMDR et la thérapie familiale
Peut-on associer EMDR et thérapie familiale ?
Oui. Plusieurs modèles cliniques associent les deux, soit en même temps, soit l'une après l'autre. L'EMDR retraite les souvenirs difficiles d'une personne, la thérapie familiale travaille les relations. L'enjeu est de construire un plan cohérent plutôt que d'additionner des techniques.
Pourquoi impliquer les parents dans la thérapie d'un enfant ?
Parce que l'enfant vit au quotidien avec eux. Les progrès obtenus en séance tiennent mieux quand le climat familial les soutient. Les parents peuvent aussi devenir une ressource de sécurité pendant le travail, et comprendre les réactions de leur enfant comme des tentatives de se protéger plutôt que comme de la provocation.
Comment se déroulent les séances avec la famille ?
La composition varie selon l'objectif : l'enfant seul pour retraiter un souvenir, l'enfant avec un parent pour renforcer le lien, les parents seuls pour préparer un exercice ou soigner leurs propres blessures, la famille entière pour la communication. Le plus souvent, temps individuels et temps partagés alternent.
L'EMDR peut-elle aider les parents eux-mêmes ?
Oui. Quand un parent est réactivé par sa propre histoire, par exemple lorsque les pleurs de son enfant lui rappellent une détresse ancienne, un EMDR individuel peut lui être proposé. Cela l'aide à rester disponible pour son enfant et peut débloquer le travail familial.
Qu'appelle-t-on transmission du trauma dans une famille ?
On désigne ainsi la façon dont des blessures, des manières d'aimer ou de réagir passent d'une génération à l'autre, sans intention de nuire. Un parent qui a grandi dans la critique peut, malgré lui, reproduire ce climat. Le travail familial rend ces répétitions visibles, et l'EMDR peut aider à apaiser les souvenirs qui les alimentent.
Quand un travail familial est-il proposé ?
Lorsqu'un événement a touché plusieurs membres de la famille, quand le fonctionnement familial a changé après un choc, quand la stabilité des parents conditionne l'accès de l'enfant au soin, ou quand des blessures d'attachement abîment la relation. La décision se prend après une évaluation.
Faut-il que toute la famille soit présente à chaque séance ?
Non. Certaines séances réunissent tout le monde, d'autres une seule personne ou un duo. L'enfant garde un espace confidentiel pour ses séances individuelles, protégé par le secret professionnel.
Peut-on faire des séances familiales en cas de violences ?
La sécurité passe en premier. Tant qu'un enfant ou un adulte est exposé à des violences, la priorité est de le protéger, souvent en lien avec les services de protection de l'enfance. Un travail commun ne s'envisage que si les conditions de sécurité le permettent et que les faits ont été reconnus.
Et si vous en parliez ensemble ?
Un premier rendez-vous permet de faire le point sur la situation de votre famille ou de votre couple, et de réfléchir au format le plus adapté : séances individuelles, familiales ou une alternance des deux.
Pour découvrir les autres thèmes, revenez au guide de l'EMDR ou consultez comment choisir son thérapeute EMDR.