La stimulation bilatérale alternée en EMDR : yeux, sons, tapotements
Pourquoi suit-on des yeux une lumière qui va et vient pendant une séance d’EMDR ? La stimulation bilatérale alternée (SBA) est l’élément le plus visible de la méthode, et aussi le plus discuté. Cette page explique ce qu’elle est, les trois formes qu’elle peut prendre et ce que la recherche en dit vraiment, hypothèses et zones d’ombre comprises. Avec, en prime, un démonstrateur à régler soi-même et un quiz pour tester vos connaissances.
3grands canaux sensoriels : la vue, l’ouïe, le toucher
8phases dans le protocole standard, dont la SBA n’est qu’une composante
64 %des patients d’une étude de 2013 ont préféré poursuivre avec les sons
1,2aller-retour par seconde : le rythme rapide testé en laboratoire en 2015
1. La stimulation bilatérale alternée, en clair
Le mot « bilatérale » renvoie aux deux côtés du corps, et « alternée » au passage de l’un à l’autre, en rythme : la gauche, puis la droite, puis de nouveau la gauche. Concrètement, la personne suit des yeux un mouvement de va-et-vient, entend un son passer d’une oreille à l’autre, ou sent un léger tapotement sur une main puis sur l’autre. Rien de plus spectaculaire en apparence. C’est pourtant autour de ce geste simple que se concentrent la plupart des questions sur l’EMDR.
La stimulation n’est jamais utilisée seule. Elle prend place dans un protocole en huit phases et intervient surtout pendant les phases de retraitement, c’est-à-dire les phases 4 à 6 (désensibilisation, installation d’une pensée positive, balayage corporel). Pendant ces moments, la personne garde à l’esprit un aspect du souvenir travaillé, puis se laisse porter par la stimulation, par courtes séries. Entre deux séries, elle dit en quelques mots ce qui lui vient : une image, une sensation, une émotion, une pensée. Le praticien ne lui impose aucun contenu. Il accompagne un mouvement qui vient d’elle. Le déroulé complet est détaillé sur la page déroulement d’une séance d’EMDR.
La même stimulation sert aussi à d’autres moments du travail, par exemple pour renforcer une ressource intérieure ou pour se préparer à une situation à venir, comme on le voit sur la page consacrée au scénario du futur.
Un nom qui garde la trace des yeux
EMDR est l’abréviation de Eye Movement Desensitization and Reprocessing, que l’on traduit par désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires. Les mouvements des yeux ont été la première forme employée par Francine Shapiro, qui a créé la méthode à la fin des années 1980. D’autres formes, sonores et tactiles, sont aujourd’hui d’usage courant. Pour l’histoire de la méthode et la différence entre EMD, EMDr et EMDR, voir qu’est-ce que l’EMDR et EMD, EMDr, EMDR : trois pratiques.
La SBA et le modèle TAI
Dans le modèle du traitement adaptatif de l’information (TAI) proposé par Francine Shapiro, un souvenir très perturbant peut rester stocké à part, avec ses images, ses sensations et ses émotions d’origine, comme figé. La stimulation bilatérale serait l’un des leviers qui aident le cerveau à reprendre le traitement naturel de ce souvenir, jusqu’à ce qu’il rejoigne le reste de la mémoire sous une forme moins douloureuse. Le TAI est un modèle clinique : il guide la pratique, mais il n’est pas rattaché à ce jour à un mécanisme neurobiologique démontré. Nous lui consacrons une page entière : le modèle TAI.
À retenir
La stimulation bilatérale alternée est un outil au service d’un protocole complet. Ce n’est pas elle seule qui fait le travail : la préparation, la relation thérapeutique et la conduite du retraitement donnent son sens à chaque série.
2. Yeux, sons, tapotements : les trois formes de la stimulation bilatérale
Les organismes de référence décrivent trois grandes familles de stimulation, auxquelles s’ajoutent des variantes. Chacune a ses atouts, et le choix se fait avec la personne.
La vue
La personne suit des yeux les doigts du praticien ou une lumière qui se déplace sur une barre. C’est la forme historique et celle qui compte le plus d’études.
Elle demande de pouvoir garder les yeux ouverts et de suivre un mouvement sans gêne.
L’ouïe
Un son bref passe d’une oreille à l’autre, le plus souvent dans un casque. On peut fermer les yeux, ce que beaucoup de personnes apprécient.
En laboratoire, les sons chargent un peu moins la mémoire de travail que les yeux.
Le toucher
Tapotements légers sur les mains, les genoux ou les épaules, ou petits boîtiers vibrants tenus dans chaque main (on parle parfois de tappers ou de buzzers).
Une option précieuse chez l’enfant ou lorsque le suivi visuel est inconfortable.
L’étreinte du papillon : une stimulation que l’on peut faire sur soi
Bras croisés sur la poitrine, mains posées sur le haut des bras ou sur les épaules, la personne tapote doucement, une main après l’autre. Cette technique, appelée en anglais butterfly hug, a été créée en 1998 par Lucina Artigas auprès de personnes touchées par un ouragan au Mexique. Elle est aujourd’hui utilisée dans des protocoles de groupe, y compris à distance.
En séance individuelle, elle sert surtout à s’apaiser ou à consolider une ressource, une fois apprise avec le thérapeute. La publication qui la décrit présente une méthode, sans chiffrer son efficacité propre.
Et la barre lumineuse, les casques et les vibreurs ?
Une étude ancienne, menée en 1994 sur un petit groupe, a comparé trois situations : suivre les doigts du praticien, suivre une barre lumineuse, garder le regard fixe. Les deux conditions avec mouvements des yeux ont donné des résultats proches, sans différence statistiquement nette avec le regard fixe, l’échantillon étant trop petit pour conclure.
Aucune étude à notre connaissance ne montre qu’un appareil rend l’EMDR plus efficace que les doigts du thérapeute. Le matériel électronique a d’autres atouts, bien réels : un rythme stable et reproductible, des réglages fins (vitesse, distance, luminosité, volume, intensité de vibration), la possibilité de passer d’un canal à l’autre en un instant, et un thérapeute dont les mains restent libres et l’attention entièrement tournée vers la personne. Tout cela est développé sur la page barre lumineuse, sons et buzzers.
3. Essayez le va-et-vient : démonstrateur de stimulation bilatérale
Réglez la vitesse, choisissez un ou plusieurs canaux, puis lancez une courte série. Vous verrez la lumière aller et venir, vous pourrez entendre le son changer d’oreille (si vous l’activez, de préférence avec un casque) et voir de quel côté tomberait le tapotement.
Important. Ce démonstrateur montre seulement à quoi ressemble une stimulation alternée. Ne l’utilisez pas pour repenser à un souvenir pénible : en EMDR, le retraitement se fait dans le cadre d’une séance, après une phase de préparation. Aucun son n’est émis tant que vous ne l’avez pas activé.
Allers-retours : 0
Prêt. Choisissez vos réglages puis lancez la série.
Démonstration pédagogique, sans enregistrement ni envoi de données. Elle ne remplace pas une séance et ne constitue pas un exercice thérapeutique.
4. Pourquoi la stimulation bilatérale alternée agirait-elle ? Les hypothèses
Commençons par ce qui est établi. L’EMDR fait partie des psychothérapies recommandées par l’Organisation mondiale de la santé, depuis 2013, pour le trouble de stress post-traumatique chez l’enfant, l’adolescent et l’adulte (voir l’EMDR, une thérapie reconnue). Ce qui l’est beaucoup moins, c’est la manière dont la stimulation bilatérale contribue à cet effet. L’Institut français d’EMDR le dit franchement : aucune explication n’a été validée de façon définitive, situation que l’EMDR partage avec bien d’autres psychothérapies et avec de nombreux médicaments. Une revue systématique publiée en 2018 juge l’hypothèse de la mémoire de travail raisonnablement appuyée, considère que le rôle propre de la stimulation reste controversé et estime que la recherche sur les mécanismes n’en est qu’à ses débuts.
Plusieurs pistes coexistent, et elles se complètent sans doute plus qu’elles ne s’opposent. Voici les principales, avec leur niveau de soutien actuel.
Mémoire de travail
la mieux étayée en laboratoire
Réflexe d’orientation
appuis partiels
Attention double
plausible, discutée
Sommeil paradoxal
surtout théorique
Dialogue des hémisphères
non confirmé
Lecture qualitative de la synthèse de l’IFEMDR et de la revue de 2018 citées en fin de page. Ces barres ne sont pas une mesure.
La mémoire de travail : un souvenir qui perd de sa netteté
La mémoire de travail, c’est l’espace mental où l’on garde quelques informations « en main » le temps de s’en servir. Sa capacité est limitée. Si l’on demande au cerveau de tenir un souvenir à l’esprit et, en même temps, de suivre un mouvement rapide, les deux tâches se disputent la même ressource. Le souvenir est alors tenu de façon moins nette et moins intense. Selon cette hypothèse, il serait ensuite remis en mémoire sous cette forme atténuée. Des expériences ont observé que la netteté de l’image baisse avant la charge émotionnelle, et qu’une tâche plus exigeante produit un effet plus marqué.
Netteté de l’image
Charge émotionnelle
La netteté baisse d’abord, la charge émotionnelle ensuite, comme dans certaines expériences de laboratoire.
Illustration pédagogique de l’hypothèse de la mémoire de travail. Ce n’est ni une mesure, ni une séance.Les expériences qui appuient l’hypothèse de la mémoire de travail
Dans une série de quatre expériences publiées en 2011, suivre des yeux un mouvement sollicitait davantage la mémoire de travail qu’écouter des bips dans les deux oreilles. Les deux tâches réduisaient la netteté de souvenirs négatifs, plus nettement avec les yeux.
Une étude de 2011 a trouvé les mouvements oculaires plus efficaces qu’une tâche de comptage pour atténuer la netteté et l’émotion d’un souvenir.
En 2016, une étude chez des étudiants a montré qu’une double tâche fait mieux que le simple rappel, que des mouvements rapides font mieux que des mouvements lents, et qu’adapter la vitesse à la capacité de mémoire de chacun n’apportait rien de plus.
En 2019, deux expériences ont cherché à savoir si une tâche visuelle atténue mieux un souvenir visuel, et une tâche auditive un souvenir auditif. Elles n’ont trouvé que très peu d’indices en ce sens. Le canal sensoriel peut donc être choisi pour le confort de la personne.
En 2020, deux études préenregistrées ont montré que l’effet des mouvements oculaires sur la netteté et l’émotion d’un souvenir ne variait pas selon les attentes suggérées aux participants.
Limites. Ces travaux sont surtout menés en laboratoire, chez des volontaires sans trouble, avec des souvenirs peu intenses. On ne peut pas les transposer tels quels à la thérapie, où la relation et le contexte comptent beaucoup.
Le réflexe d’orientation : quand l’attention se tourne vers le présent
Devant un stimulus nouveau, nous tournons spontanément notre attention vers lui : c’est le réflexe d’orientation. Certains chercheurs pensent que la stimulation bilatérale déclenche ce réflexe et, avec lui, une forme de détente qui va à l’encontre de l’état d’alerte associé au souvenir traumatique. Des auteurs ont parlé d’un réflexe de réassurance : le cerveau vérifie qu’il n’y a pas de danger ici et maintenant, et la tension retombe. L’IFEMDR range cette hypothèse parmi les deux mieux soutenues aujourd’hui, avec celle de la mémoire de travail, tout en soulignant qu’il faut d’autres recherches.
Ce que montrent les mesures du corps
Une étude publiée en 2008 a observé, dans les premières secondes de mouvements oculaires, des signes d’apaisement du système nerveux (léger ralentissement du cœur), suivis ensuite d’une activation plus proche de celle d’une exposition. D’autres travaux de la même année décrivent une activation du versant apaisant du système nerveux et un freinage du versant d’alerte pendant l’EMDR. Une baisse de l’activation physiologique (rythme cardiaque, conductance de la peau) est rapportée dans plusieurs études, souvent de petite taille.
Ces données vont dans le sens de l’hypothèse, sans la démontrer. Elles reposent pour beaucoup sur des études pilotes ou de petits groupes.
Le sommeil paradoxal : une analogie avec la nuit
C’est la première idée historique. Les mouvements des yeux pendant l’EMDR rappelaient ceux du sommeil paradoxal, la phase des rêves (en anglais rapid eye movement, d’où le sigle REM). Le chercheur Robert Stickgold a proposé en 2002 un modèle selon lequel l’EMDR placerait le cerveau dans un mode de traitement proche de celui de cette phase, où les souvenirs se réorganisent : les détails très précis et très chargés s’effaceraient au profit d’un souvenir plus général, moins brûlant. Or le sommeil est souvent perturbé après un traumatisme. L’idée est séduisante et cohérente avec certaines mesures, mais elle reste surtout théorique : aucune expérience ne l’a validée directement à ce jour. Le lien entre sommeil et EMDR chez l’enfant est abordé sur la page sommeil de l’enfant et EMDR.
L’attention double : un pied dans le passé, un pied dans le présent
Pendant les phases de retraitement, l’attention fait des allers-retours entre une perception intérieure (le souvenir, le passé) et une perception extérieure (la lumière, le son, la voix du thérapeute, le présent). On revisite ce qui a été vécu sans s’y perdre, en restant ancré dans la pièce et dans la relation. Beaucoup de cliniciens trouvent cette description juste, et elle parle aux patients. Sur le plan scientifique, l’IFEMDR rappelle deux limites : on ne connaît pas le support neurobiologique de cette attention partagée, et les recherches sur l’exposition montrent plutôt qu’une distraction affaiblit le travail au lieu de le renforcer. Hypothèse plausible donc, mais discutée.
Les autres pistes : hémisphères, reconsolidation, exposition, imagerie
Le dialogue entre les deux hémisphères. Selon une hypothèse formulée dans les années 1990, la stimulation alternée synchroniserait des réseaux des deux hémisphères restés isolés. Une étude de 2007 a observé un changement de la cohérence électrique entre les deux côtés du cortex préfrontal après des mouvements oculaires, mais une autre, en 2011, ne l’a pas retrouvé. Piste non confirmée.
La reconsolidation. Rappeler brièvement un souvenir le rendrait de nouveau modifiable pendant un temps, avant qu’il ne soit réenregistré. L’EMDR pourrait agir par ce biais plutôt qu’en créant un nouveau souvenir concurrent. La définition de l’EMDR publiée en 2021 par un groupe international de chercheurs et de cliniciens, le Council of Scholars, associe la résolution des souvenirs à une reconsolidation de la mémoire.
Une forme d’exposition ? L’EMDR réactive le souvenir et la détresse baisse au fil du travail, comme dans une exposition. Mais plusieurs différences existent : les séries sont courtes et souvent interrompues, des associations nouvelles surgissent spontanément, et une étude de 2006 a trouvé de meilleurs résultats quand la personne abordait le souvenir avec une certaine distance plutôt qu’en le revivant. La comparaison avec les TCC est développée sur la page EMDR et TCC.
L’imagerie cérébrale. Une équipe française a étudié en IRM fonctionnelle 38 volontaires en bonne santé soumis à un apprentissage puis à une extinction de la peur, avec et sans sons bilatéraux alternés. Avec la stimulation, les connexions se renforçaient entre des réseaux liés aux sens, au contrôle, à l’émotion et à la mémoire. Une étude voisine de la même équipe, en 2017, a observé que des sons alternés facilitaient l’extinction de la peur chez 22 adultes en bonne santé. Ces travaux concernent des volontaires, pas des patients.
À retenir
Personne ne sait encore expliquer avec certitude comment la stimulation bilatérale contribue à l’EMDR. Les hypothèses les mieux étayées sont celles de la mémoire de travail et du réflexe d’orientation. Le fait que le mécanisme soit discuté n’enlève rien à la reconnaissance de la méthode dans le stress post-traumatique.
5. Ce que dit la recherche sur les mouvements oculaires, les sons et le toucher
Les mouvements des yeux ajoutent-ils quelque chose ?
C’est une vraie question scientifique, débattue depuis longtemps. Pour y répondre, les chercheurs comparent l’EMDR avec et sans mouvements oculaires (on parle d’études de démantèlement). Une méta-analyse publiée en 2013, qui regroupait essais cliniques et études de laboratoire, a trouvé un effet supplémentaire des mouvements oculaires modéré en clinique et plus marqué en laboratoire. D’autres travaux nuancent ce tableau : certaines études cliniques ne trouvent pas de différence nette avec un simple regard fixe, et une revue de la même année conclut que les résultats cliniques sont contradictoires alors que ceux de laboratoire sont plus favorables. Le débat reste ouvert.
Pour les curieux : les chiffres de la méta-analyse de 2013
L’effet additionnel des mouvements oculaires y est estimé à d = 0,41 dans les essais cliniques (effet modéré) et à d = 0,74 dans les études de laboratoire (effet important). Dans les essais cliniques, l’effet était plus net lorsque le protocole était suivi fidèlement. Cette méta-analyse a fait l’objet de critiques publiées, auxquelles ses auteurs ont répondu en 2014.
Une étude de 2016 a, de son côté, trouvé mouvements oculaires et regard fixe aussi efficaces l’un que l’autre, tous deux au-dessus de l’exposition seule. Ce résultat rappelle que la stimulation n’est qu’un des ingrédients du traitement.
Les sons alternés
Dans une étude de 2013 menée auprès de 64 patients, trois conditions de quelques minutes ont été comparées : mouvements des yeux, sons alternés, simple rappel du souvenir. Les yeux ont le plus réduit l’intensité émotionnelle, les sons se situaient entre les deux. Détail parlant : une majorité des participants, 64 %, a préféré poursuivre avec les sons. Les études de laboratoire vont dans le même sens. Les sons chargent moins la mémoire de travail que les yeux, mais ils restent utiles et souvent mieux acceptés. C’est un bon exemple d’écart entre ce qui est le plus puissant en laboratoire et ce qui convient le mieux à une personne donnée.
Le toucher et les vibrations
Le toucher est très employé en pratique. Des expériences de 2013 sur la mémoire en général ont montré que les mouvements oculaires horizontaux et une stimulation tactile alternée produisaient des effets voisins, alors que des sons alternés non. Une étude pilote de 2006, conduite auprès de 21 patients avec une stimulation sonore et vibratoire, a trouvé une baisse nette de la détresse quelle que soit la forme (alternée, simultanée ou continue), avec une baisse plus rapide pour la forme alternée au début d’un nouveau souvenir. En 2024, une étude de laboratoire avec des vibrations dans les paumes a trouvé des effets plus spécifiques pour la stimulation alternée que pour une stimulation d’un seul côté. Une revue de 2020 rappelle cependant que les données ne suffisent pas encore à affirmer que le toucher équivaut aux yeux.
La vitesse compte-t-elle ?
Chez des étudiants, un rythme rapide (environ 1,2 aller-retour par seconde) a davantage réduit l’émotion et la netteté d’un souvenir qu’un rythme plus lent (environ 0,8), qui ne faisait pas mieux que le simple rappel. C’est une indication intéressante, pas une règle : les effets étaient mesurés à court terme, chez des volontaires. En séance, le rythme se règle pour que la personne puisse suivre confortablement, et il s’ajuste au fil du travail.
Yeux
le plus de données
Sons
moins de données, souvent préférés
Toucher
prometteur, équivalence non établie
Lecture qualitative des études citées. Ces barres résument la quantité de données disponibles, pas une efficacité mesurée.
À retenir
Les mouvements des yeux sont la forme la plus étudiée.
Les sons sont un peu moins puissants en laboratoire, mais souvent préférés.
Le toucher est prometteur et précieux en pratique, sans équivalence démontrée.
Le cœur de l’efficacité reste le protocole complet, conduit par un praticien formé.
6. Comment la stimulation est choisie et réglée en séance
Le choix de la stimulation ne se fait pas au hasard, ni une fois pour toutes. Il se prépare et il s’ajuste.
On l’essaie avant de s’en servir. Pendant la phase de préparation, la stimulation est testée sur un contenu neutre ou agréable, pour vérifier qu’elle est confortable : vitesse, distance, luminosité, volume ou intensité de vibration.
On tient compte de la personne. Gêne visuelle, fatigue des yeux, préférence pour fermer les paupières, sensibilité au bruit ou au contact : chaque particularité oriente vers un canal plutôt qu’un autre.
On peut en changer. Les référentiels de pratique prévoient de modifier la stimulation lorsque le retraitement semble bloqué. Disposer de la lumière, du son et du toucher rend ce changement immédiat.
La personne garde la main. Un signal d’arrêt est convenu à l’avance : à tout moment, elle peut interrompre une série.
Chez l’enfant, la stimulation est adaptée à l’âge, rendue ludique et proposée par séances plus courtes, avec des alternatives aux mouvements des yeux comme les tapotements ou le papillon (voir l’EMDR chez l’enfant et l’adolescent). En téléconsultation, la stimulation passe par des sons alternés dans des écouteurs, un point qui se déplace à l’écran ou l’auto-tapotement. Les premières études sont encourageantes mais restent petites et sans groupe de comparaison ; tout est détaillé sur la page EMDR en téléconsultation.
Au cabinet, la stimulation peut depuis des années se faire avec le dernier matériel dédié qui combine lumière, son et vibrations. Comme il se fait dans les endroits les plus en avance avec l’EMDR. Ce choix vise la régularité du rythme, la finesse des réglages et le confort, avec une efficacité bien supérieure de ce que l’on a constaté. Les photos et les détails sont sur la page barre lumineuse et buzzers.
7. Peut-on pratiquer la stimulation bilatérale seul, chez soi ?
La question revient souvent, d’autant que de nombreuses applications et vidéos proposent des « séances » en libre accès. La réponse demande de distinguer deux usages.
Apprendre un geste d’auto-apaisement, comme l’étreinte du papillon, avec son thérapeute, pour se recentrer ou raviver une ressource entre deux séances : c’est une pratique courante, encadrée et utile. Retraiter seul un souvenir traumatique est une autre affaire. Le retraitement peut faire remonter des émotions fortes ou des souvenirs associés inattendus. Il suppose une évaluation, une préparation et une présence capable d’accompagner ce qui surgit. L’association américaine de praticiens EMDR (EMDRIA), qui recense des plateformes de stimulation en ligne, précise d’ailleurs qu’elle ne cautionne aucune d’entre elles.
8. Quiz : les hypothèses de la stimulation bilatérale n’ont plus de secret pour vous ?
Dix questions pour vérifier ce que vous avez retenu. Chaque réponse est expliquée. Rien n’est enregistré ni envoyé.
Question 1 sur 10
Ce quiz teste des connaissances. Il ne dit rien de votre situation personnelle et ne remplace pas une évaluation par un professionnel.
9. La stimulation bilatérale dans une approche intégrative
La stimulation bilatérale ne prend tout son sens que dans une compréhension globale de la personne. Une approche intégrative associe plusieurs regards. L’écoute analytique aide à saisir ce qu’un souvenir vient toucher dans une histoire, dans les liens, dans la manière de se raconter. Les thérapies cognitives et comportementales apportent des outils concrets pour apprivoiser l’anxiété et les évitements du quotidien. L’EMDR, enfin, offre un moyen de retraiter les souvenirs restés à vif, lorsque le moment est venu. Ces approches ne s’additionnent pas mécaniquement : c’est le choix du bon outil au bon moment qui compte.
Questions fréquentes sur la stimulation bilatérale alternée
Pourquoi bouge-t-on les yeux pendant l’EMDR ?
Les mouvements des yeux sont la forme historique de la stimulation bilatérale alternée. Suivre un mouvement de va-et-vient en gardant un souvenir à l’esprit mobilise l’attention et la mémoire de travail. Selon l’hypothèse la mieux étayée en laboratoire, le souvenir est alors tenu de façon moins nette et moins chargée, puis réenregistré ainsi. Le mécanisme exact n’est pas démontré.
Les sons et les tapotements fonctionnent-ils aussi ?
Ils sont utilisés couramment. En laboratoire, les sons sollicitent un peu moins la mémoire de travail que les yeux, mais restent utiles et sont souvent préférés : 64 % des patients d’une étude de 2013 ont choisi de poursuivre avec eux. Le toucher donne des résultats encourageants, sans équivalence démontrée avec les yeux. Le choix se fait avec la personne.
Que dit la recherche sur le rôle des mouvements oculaires ?
Une méta-analyse de 2013 trouve un effet supplémentaire modéré en clinique et plus marqué en laboratoire. D’autres études cliniques ne trouvent pas de différence nette avec un regard fixe. La question reste débattue ; l’efficacité reconnue de l’EMDR repose sur le protocole complet.
Qu’est-ce que l’hypothèse de la mémoire de travail ?
La mémoire de travail a une capacité limitée. Garder un souvenir à l’esprit tout en suivant une stimulation exigeante oblige ces deux tâches à se partager la même ressource. Le souvenir perd alors de sa netteté puis de sa charge émotionnelle, et serait remis en mémoire sous cette forme atténuée. C’est l’explication la mieux appuyée par les expériences de laboratoire.
Peut-on faire de la stimulation bilatérale seul chez soi ?
Des gestes comme l’étreinte du papillon peuvent être appris en séance pour s’apaiser ou renforcer une ressource. Retraiter seul un souvenir traumatique n’est pas conseillé : cela demande une évaluation, une préparation et un accompagnement. L’association américaine EMDRIA précise qu’elle ne cautionne aucune des plateformes de stimulation en ligne qu’elle recense.
Les mouvements oculaires sont-ils indispensables ?
Non. Lorsque le suivi des yeux est inconfortable ou impossible, les sons ou les tapotements prennent le relais. Les référentiels de pratique prévoient d’adapter la stimulation à la personne et à son âge, et d’en changer si le travail se bloque.
À quelle vitesse se fait la stimulation ?
Le rythme est réglé avec la personne pour qu’elle suive confortablement. En laboratoire, chez des étudiants, un rythme rapide (environ 1,2 aller-retour par seconde) a davantage réduit la netteté et l’émotion d’un souvenir qu’un rythme plus lent. C’est une indication, pas une règle clinique.
Envie d’en parler avec un praticien ?
Un premier rendez-vous permet de faire le point sur ce qui vous amène, de voir si l’EMDR a sa place dans votre parcours et, si c’est le cas, de découvrir la stimulation dans un cadre sécurisant, à votre rythme.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.