Déréalisation et dépersonnalisation : quand le monde semble irréel, et ce que l’EMDR peut apporter
Tout est là, à sa place, et pourtant rien ne paraît tout à fait vrai. La déréalisation, c’est cette impression de regarder le monde derrière une vitre ; la dépersonnalisation, celle de se voir vivre de l’extérieur. Ces expériences inquiètent beaucoup, alors qu’elles sont fréquentes et le plus souvent passagères. Voici comment les comprendre, ce qu’en disent la CIM-11 et le DSM-5-TR, quand consulter, et comment l’EMDR, l’ancrage et une approche intégrative peuvent aider.
Lecture : 15 minutes
Test d’orientation en 18 questions
Exercice d’ancrage guidé
Déréalisation et dépersonnalisation : de quoi parle-t-on ?
Ces deux mots savants décrivent des sensations que beaucoup de gens ont du mal à raconter, faute de vocabulaire. On entend alors : « j’ai l’impression d’être dans un rêve », « je me sens à côté de moi », « c’est comme si on avait baissé le son du monde ». Mettre un nom sur ce vécu soulage souvent, parce qu’il cesse d’être une bizarrerie honteuse pour devenir une expérience connue, décrite depuis plus d’un siècle par la psychiatrie.
La déréalisation
C’est l’environnement qui change de texture. Les personnes, les objets, les rues paraissent lointains, plats, artificiels, comme un décor ou une image de synthèse. Certains décrivent un voile, un brouillard, une vitre ; d’autres trouvent les couleurs trop vives ou au contraire délavées, les sons étouffés, les distances faussées. Le temps lui-même peut sembler étiré ou figé.
La dépersonnalisation
Cette fois, c’est le rapport à soi qui se trouble. On se sent détaché de son corps, de ses pensées, de ses gestes, comme un observateur de sa propre vie. Le reflet dans le miroir paraît familier sans être tout à fait le sien, la voix semble venir d’ailleurs, les émotions arrivent assourdies. Certains parlent de « pilotage automatique ».
Les deux vont souvent ensemble, et les classifications les réunissent dans un même cadre. Un point les distingue nettement d’un trouble psychotique : la personne sait que ses impressions ne correspondent pas à la réalité. Elle ne croit pas que le monde a été remplacé par un décor, elle se sent seulement comme si c’était le cas. Cette lucidité, qui rend l’expérience si déroutante, est justement ce qui rassure le clinicien.
À retenir
Déréalisation : le monde paraît irréel. Dépersonnalisation : on se sent étranger à soi.
La conscience que « ce n’est qu’une impression » est conservée.
Vivre un épisode ne veut pas dire qu’on « devient fou » ni qu’on a un trouble.
Déréalisation : quelques repères chiffrés
Les chiffres ci-dessous viennent du Manuel MSD, rédigé par des spécialistes et régulièrement révisé. Ils montrent surtout une chose : l’expérience est banale, le trouble durable est beaucoup plus rare.
25 à 75 %des gens vivent au moins un épisode passager dans leur vie
1 à 2 %remplissent les critères du trouble de dépersonnalisation-déréalisation
16 ansâge moyen d’apparition du trouble, rare après 40 ans
1 sur 13l’irréalité fait partie des 13 symptômes possibles d’une attaque de panique
Le trouble touche autant les hommes que les femmes. Pour les épisodes passagers, la fourchette est très large, et la version grand public du même manuel parle de près de la moitié de la population : mieux vaut retenir l’ordre de grandeur qu’un chiffre précis.
Trouble de dépersonnalisation-déréalisation : CIM-11 et DSM-5-TR
Les deux grandes classifications décrivent le trouble de façon très proche. Dans la CIM-11 de l’Organisation mondiale de la santé, il porte le code 6B66 et figure parmi les troubles dissociatifs. Le DSM-5-TR de l’Association américaine de psychiatrie le range lui aussi dans le chapitre des troubles dissociatifs, sous le nom de trouble de dépersonnalisation/déréalisation.
Comparaison des critères du trouble de dépersonnalisation-déréalisation dans la CIM-11 et le DSM-5-TR
Repère
CIM-11 (OMS)
DSM-5-TR (APA)
Place
Troubles dissociatifs, code 6B66
Chapitre des troubles dissociatifs
Expériences
Épisodes durables ou répétés de dépersonnalisation, de déréalisation, ou des deux
Épisodes persistants ou récurrents de dépersonnalisation, de déréalisation, ou des deux
Sens de la réalité
Conservé : la personne sait que ce ne sont que des impressions
Conservé pendant les épisodes
Souffrance
Détresse ou retentissement importants
Détresse ou altération du fonctionnement social, professionnel ou autre
Exclusions
Ne survient pas uniquement dans le cadre d’un autre trouble dissociatif et n’est pas mieux expliqué par un autre trouble mental ; n’est lié ni à un produit ou un médicament, ni à une maladie du système nerveux, ni à un traumatisme crânien
Pas dû à un produit ni à une affection médicale (par exemple des crises d’épilepsie), pas mieux expliqué par un autre trouble (panique, dépression, autre trouble dissociatif, etc.)
Existe-t-il des « types » officiels de déréalisation ?
Non. Ni la CIM-11 ni le DSM-5-TR ne découpent la déréalisation en sous-types. Ce que l’on peut décrire honnêtement, ce sont des contextes différents dans lesquels elle surgit (fatigue, panique, trauma, produits, trouble à part entière) et des tonalités différentes de l’expérience (monde irréel, corps étranger, sentiment d’être spectateur, émotions engourdies). Le test de cette page s’appuie sur ce classement pédagogique, qui aide à réfléchir mais n’a rien d’officiel.
Et quand la déréalisation accompagne un traumatisme ?
Le DSM-5-TR prévoit une précision pour le trouble de stress post-traumatique : la forme « avec symptômes dissociatifs », quand une dépersonnalisation ou une déréalisation persistante ou récurrente s’ajoute au tableau. Le trouble de stress aigu, qui survient entre trois jours et un mois après l’événement, compte aussi parmi ses symptômes possibles un sentiment d’irréalité. Dans ces situations, la déréalisation n’est pas un problème séparé : elle fait partie de la réponse au trauma. Pour situer ces diagnostics, la page les différents types de trauma selon la CIM-11 et le DSM-5-TR détaille chaque catégorie.
Quelle différence avec les autres troubles dissociatifs ?
Dans le trouble de dépersonnalisation-déréalisation, il n’y a ni trous de mémoire importants ni changement d’identité. Lorsque l’impression d’irréalité s’accompagne d’amnésies répétées ou d’états de soi qui semblent prendre le relais, le clinicien pense à d’autres troubles dissociatifs, présentés sur la page EMDR et dissociation. Le repérage précis compte, car il oriente la manière de conduire une thérapie EMDR.
Du passager au durable : les visages de la déréalisation
Une même sensation d’irréalité peut avoir des sources très différentes. Ce parcours en sept étapes va des formes les plus banales aux situations qui demandent un avis médical. Il ne s’agit pas d’une échelle de gravité, plutôt d’une carte pour se repérer.
Fatigue, manque de sommeilUne nuit blanche, un épuisement ou une longue période pauvre en stimulations figurent parmi les circonstances qui favorisent ce flottement. Dans ces situations, il reste le plus souvent passager.
Stress intense ou chocUn accident, une annonce brutale, une dispute violente : sur le moment, le monde peut sembler se dérouler au ralenti, comme dans un film. Les cliniciens comprennent souvent cette mise à distance comme une façon de se protéger de ce qui déborde.
Anxiété et attaques de paniqueL’irréalité figure parmi les symptômes d’une attaque de panique. Elle peut aussi s’installer en fond chez les personnes très anxieuses, puis nourrir la peur elle-même (voir le cercle vicieux plus bas et la page EMDR et anxiété).
TraumatismeAprès un événement traumatique, l’irréalité peut faire partie du trouble de stress aigu ou d’un TSPT avec symptômes dissociatifs. Selon le modèle de l’EMDR, des souvenirs restés « bloqués » peuvent réveiller la coupure quand un détail les rappelle.
Produits à signalerLe cannabis, la kétamine, les hallucinogènes ou l’ecstasy sont cités parmi les déclencheurs. Un épisode peut débuter pendant ou juste après une prise, et c’est une information importante à donner au médecin.
Trouble de dépersonnalisation-déréalisation CIM-11 6B66Les épisodes deviennent durables ou reviennent sans cesse, avec une vraie souffrance. Les manuels décrivent des épisodes de quelques heures, de quelques jours, et parfois une évolution sur des années, continue ou par vagues.
Causes médicales à écarter avis médicalCertaines crises d’épilepsie ou affections neurologiques donnent des sensations proches. D’où l’intérêt d’un examen médical, surtout si les symptômes commencent après 40 ans ou s’accompagnent d’autres signes inhabituels.
Pourquoi l’enfance et le stress reviennent si souvent dans l’histoire
Les manuels médicaux relèvent un lien fréquent entre le trouble et des stress sévères, en particulier la maltraitance émotionnelle ou la négligence dans l’enfance, mais aussi les violences dans la famille, la maladie grave d’un parent ou le décès brutal d’un proche. Les tracas du présent (relations, travail, argent), la dépression et l’anxiété jouent aussi un rôle. Chez certaines personnes, aucune cause n’est retrouvée. Ce lien n’est pas une fatalité : il donne surtout des pistes de travail, et c’est là que le modèle de l’EMDR devient intéressant (voir la page sur le traitement adaptatif de l’information).
Le cercle vicieux de la peur de l’irréalité
Le modèle cognitif proposé par une équipe londonienne au début des années 2000 décrit un engrenage que beaucoup de personnes reconnaissent. L’impression d’irréalité fait peur ; la peur pousse à se surveiller en permanence (« est-ce que c’est encore là ? ») ; cette vigilance entretient l’anxiété, et l’anxiété relance l’irréalité. Le symptôme finit par se nourrir de l’attention qu’on lui porte.
Les thérapies cognitives et comportementales s’attaquent précisément à ce cercle : comprendre ce qui se passe, desserrer la vérification compulsive, réinvestir des activités qui ramènent dans le présent. Les manuels médicaux citent ces approches parmi les prises en charge utiles. Pour aller plus loin, voir EMDR et TCC et la page du site sur les thérapies cognitives et comportementales.
À retenir
Dans ce modèle, la façon catastrophique d’interpréter les symptômes, comme la peur de « devenir fou », fait partie de ce qui les entretient. Savoir que le sens de la réalité reste intact aide parfois à faire baisser la pression d’un cran.
Test de déréalisation : quelle forme prend votre expérience ?
Ce questionnaire d’orientation a été rédigé pour cette page. Il ne reprend aucune échelle existante. En 18 questions réparties en six thèmes, il dessine un profil : quelle tonalité domine (monde irréel, corps étranger, sentiment d’être spectateur, émotions en sourdine), ce qui semble déclencher ces moments, et à quel point ils pèsent sur votre vie. Pensez au dernier mois. Vos réponses restent sur votre écran : rien n’est enregistré ni envoyé.
Prêt à faire le point ?
Comptez cinq minutes. Répondez spontanément, il n’y a pas de bonne réponse. Si une question vous met mal à l’aise, vous pouvez vous arrêter à tout moment.
Question 1 sur 18
Dernière étape : points de vigilance
Cochez ce qui vous concerne. Ces questions servent seulement à savoir si un avis médical rapide serait utile.
Ce test est un outil de réflexion et d’orientation. Il ne pose aucun diagnostic et ne remplace pas une évaluation par un professionnel. D’autres questionnaires d’orientation sont proposés sur la page tests en ligne, et une évaluation approfondie peut se faire dans le cadre d’un bilan psychologique.
Déréalisation : quand consulter ?
Un épisode isolé après une nuit blanche ou un gros coup de stress ne demande pas forcément de consultation. Les manuels médicaux indiquent d’ailleurs qu’un traitement se discute surtout quand les symptômes persistent, reviennent ou font souffrir. Voici les situations où il est raisonnable de prendre conseil.
Consulter un thérapeute
Les épisodes durent, reviennent souvent ou ne passent plus vraiment.
Vous évitez des lieux, des personnes ou des activités par peur que « ça » revienne.
La surveillance de vos sensations occupe une grande partie de vos journées.
Les impressions sont liées à des souvenirs pénibles, à des attaques de panique, ou s’accompagnent d’un moral en berne.
Demander un avis médical
Les symptômes apparaissent après 40 ans, ou de façon très soudaine.
Ils s’accompagnent d’absences, de pertes de connaissance, de mouvements involontaires, de maux de tête nouveaux.
Ils ont commencé avec un produit, ou une consommation se poursuit.
Vous n’êtes plus certain que ce sont seulement des impressions.
Le médecin peut proposer des examens pour écarter une cause physique (bilan sanguin, recherche de produits, et selon les cas électroencéphalogramme ou imagerie). Une fois ces causes écartées, le travail psychothérapeutique prend tout son sens.
Déréalisation et EMDR : ce que la thérapie peut apporter
L’EMDR est une psychothérapie qui aide le cerveau à retraiter des souvenirs restés bloqués, à l’aide de stimulations bilatérales alternées (mouvements des yeux, sons ou tapotements). Son modèle de référence part d’une idée simple : des expériences pénibles, mal digérées, continuent d’agir dans le présent. Pour en savoir plus sur la méthode elle-même, voir qu’est-ce que l’EMDR et la stimulation bilatérale alternée.
Quand la déréalisation a une histoire
Lorsque l’impression d’irréalité s’est installée après un traumatisme, une période de violences ou de négligence, une première attaque de panique vécue comme une menace de mort, ou même un « mauvais voyage » sous cannabis, ces moments deviennent des cibles possibles. Le travail EMDR porte alors sur le souvenir d’origine, sur les déclencheurs actuels et sur les situations redoutées à venir. Pour le trouble de stress post-traumatique, l’EMDR fait partie des thérapies recommandées, notamment par l’OMS depuis 2013. C’est son indication la mieux établie. Ces recommandations portent sur le TSPT en général, et non spécifiquement sur sa forme avec symptômes dissociatifs.
D’abord stabiliser : l’ancrage et la fenêtre de tolérance
Avec une personne qui décroche facilement, on ne se lance pas d’emblée dans les souvenirs les plus lourds. La phase de préparation sert à construire des ressources : techniques d’ancrage, exercice du lieu sûr, image du contenant, repérage de la « fenêtre de tolérance », cette zone où l’on peut ressentir sans être submergé ni se couper. Les formations françaises consacrées au trauma complexe et à la dissociation enseignent ce travail par étapes.
La stabilisation est-elle toujours longue ?
Pas forcément, et le sujet fait débat. Un essai néerlandais publié en 2024, mené auprès de 135 adultes souffrant d’un TSPT lié à des violences répétées dans l’enfance, n’a pas trouvé d’avantage à faire précéder l’EMDR d’un entraînement de stabilisation : les résultats étaient comparables. Cela ne dispense pas d’un repérage soigneux des troubles dissociatifs, mais montre que la durée de préparation se décide au cas par cas plutôt que par principe.
Pendant la séance : rester présent
Le praticien surveille en continu le niveau de présence de la personne. Si le regard se fige, si la voix s’éloigne, il ralentit, revient au corps, aux sens, au lien, avant de reprendre. Les manuels médicaux citent d’ailleurs ce suivi en temps réel de la dissociation parmi les techniques utiles. L’EMDR repose aussi sur une double attention : pendant les stimulations, une partie de l’attention reste tournée vers le présent et vers le lien avec le thérapeute, tandis que l’autre revisite le souvenir. On suppose que ce va-et-vient facilite le retraitement, mais son mécanisme exact reste discuté. Le matériel moderne (barre lumineuse, casque, vibreurs) permet d’ajuster finement vitesse et intensité, ce qui aide à doser l’expérience : voir EMDR, barre lumineuse, sons et vibreurs.
Ce que dit la recherche, sans enjoliver
Le niveau de preuve varie beaucoup selon la situation. Ce schéma donne une lecture qualitative, construite à partir des sources citées en bas de page.
EMDR et TSPT, dont la déréalisation peut faire partieRecommandé
Recommandations internationales (OMS 2013, entre autres) pour le trouble de stress post-traumatique en général.
TCC pour le trouble de dépersonnalisation-déréalisationLimité
Études de petite taille sans tirage au sort ; une étude londonienne de 2023 (36 patients, environ 18 séances) montre une amélioration d’ampleur moyenne pendant la thérapie.
EMDR pour le trouble de dépersonnalisation-déréalisation lui-mêmeTrès limité
Une étude de cas publiée en 2022, portant sur une seule personne, décrit une nette diminution des symptômes après 12 séances, sans disparition complète. Nous n’avons pas trouvé d’essai contrôlé à ce jour.
Médicaments pour le trouble lui-mêmeNon démontré
Une revue de 2013 ne retrouve que quatre essais randomisés (180 participants, dont trois essais de médicaments), aux résultats peu concluants ; aucun médicament n’a fait clairement ses preuves.
En clair : l’EMDR trouve surtout sa place quand la déréalisation s’inscrit dans une histoire traumatique identifiable. Quand elle est liée à l’anxiété, les données sont plus minces, et pour un trouble isolé, sans histoire de ce type, elles sont trop rares pour affirmer quoi que ce soit. Une approche combinée paraît alors la voie la plus prudente. Les indications et les limites de la méthode sont détaillées sur la page indications et limites de l’EMDR.
Une approche intégrative : psychanalyse, TCC et EMDR
La déréalisation se prête particulièrement bien à une approche qui croise plusieurs regards, parce qu’elle touche à la fois au corps, aux pensées, aux souvenirs et au sens.
L’écoute analytique
Elle s’intéresse à ce que la coupure protège. Se retirer de soi ou du monde peut être une manière, autrefois nécessaire, de ne pas ressentir ce qui était trop. Comprendre cette fonction, dans l’histoire et dans les liens, aide à ne plus vivre le symptôme comme un ennemi. Voir EMDR et psychanalyse et la page psychanalyse.
Les outils des TCC
Informer, désamorcer la peur de la folie, réduire les vérifications, réinvestir l’action et les sens. Les manuels médicaux les citent en premier parmi les psychothérapies de ce trouble, même si les études restent modestes.
L’EMDR vient s’inscrire dans ce cadre pour retraiter les souvenirs qui alimentent la coupure. Au cabinet, l’articulation de ces trois approches se décide avec la personne, selon son histoire et ce qu’elle souhaite travailler. La page l’approche intégrative explique comment elles se complètent, et le déroulement d’une séance d’EMDR décrit concrètement les huit phases.
Et chez l’adolescent ?
Le trouble commence en moyenne vers 16 ans. Un adolescent qui dit se sentir « comme dans un jeu vidéo » ou « à côté de lui » mérite d’être écouté sans être dramatisé. Le contexte (sommeil, cannabis, stress à l’école ou en famille) compte beaucoup. Voir EMDR chez l’enfant et l’adolescent.
Exercice d’ancrage guidé : revenir dans l’ici et maintenant
Les techniques d’ancrage sollicitent les cinq sens pour ramener l’attention vers le présent. Les manuels médicaux les citent parmi les aides utiles. L’exercice ci-dessous, souvent appelé « 5, 4, 3, 2, 1 », en est une forme simple. Ce n’est pas un traitement, plutôt une petite boussole à garder en poche quand le monde se met à flotter.
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Installez-vous.Posez les deux pieds au sol et sentez le poids de votre corps sur le siège. Quand vous êtes prêt, lancez l’exercice.
D’autres gestes simples pour se recentrer
Tenir un objet froid ou se passer de l’eau fraîche sur les mains, et décrire la sensation.
Nommer à voix basse la date, le lieu, ce que l’on est en train de faire.
Appuyer les pieds dans le sol, serrer puis relâcher les poings.
Allonger un peu l’expiration, sans forcer la respiration.
Plutôt que de surveiller la sensation, s’engager dans une activité concrète qui demande de l’attention.
D’autres outils sont présentés sur la page outils psychiques, et des vidéos sur l’EMDR sont proposées dans la rubrique vidéos.
Déréalisation : questions fréquentes
Qu’est-ce que la déréalisation ?
C’est l’impression que le monde extérieur est irréel, lointain ou artificiel, comme vu à travers une vitre ou dans un rêve, alors que l’on sait parfaitement que ce n’est qu’une impression. Elle peut être passagère ou, plus rarement, durable.
Quelle différence entre déréalisation et dépersonnalisation ?
La déréalisation concerne l’environnement, qui paraît irréel. La dépersonnalisation concerne le rapport à soi : on se sent détaché de son corps, de ses pensées ou de ses émotions, comme spectateur de sa vie. Les deux vont souvent ensemble et la CIM-11 comme le DSM-5-TR les réunissent dans le même trouble.
La déréalisation est-elle dangereuse ?
En elle-même, elle n’est pas un signe de folie : le sens de la réalité reste conservé, ce qui la distingue d’un trouble psychotique. Elle peut en revanche faire beaucoup souffrir et s’accompagner d’anxiété ou de dépression. Un avis médical est utile si elle apparaît après 40 ans, s’accompagne de signes neurologiques ou suit la prise d’un produit.
Combien de temps peut durer une déréalisation ?
De quelques minutes, par exemple pendant une attaque de panique, à quelques heures ou quelques jours. Dans le trouble de dépersonnalisation-déréalisation, les symptômes peuvent durer des années, de façon continue ou par périodes. Beaucoup de personnes s’améliorent, surtout quand le stress en cause est pris en charge.
L’anxiété peut-elle provoquer une impression d’irréalité ?
Oui. L’irréalité fait partie des symptômes possibles d’une attaque de panique, et l’anxiété est un facteur fréquemment associé au trouble. La peur de l’irréalité peut ensuite entretenir l’anxiété, dans un cercle vicieux que la thérapie aide à briser.
Le cannabis peut-il déclencher une déréalisation ?
Le cannabis figure, avec la kétamine, les hallucinogènes et l’ecstasy, parmi les produits cités comme déclencheurs. Si les impressions ont commencé avec une prise ou persistent, il est conseillé d’en parler à un médecin.
L’EMDR soigne-t-elle la déréalisation ?
L’EMDR est recommandée pour le trouble de stress post-traumatique, dont la déréalisation peut faire partie. Pour le trouble de dépersonnalisation-déréalisation isolé, les données se limitent pour l’instant à une étude de cas : elle peut être proposée dans une approche plus large, quand une histoire traumatique ou anxieuse est en jeu, sans promesse de résultat.
Quelles prises en charge existent ?
Les manuels médicaux citent la psychothérapie (notamment les approches cognitives et comportementales, les techniques d’ancrage et la psychothérapie psychodynamique), la prise en charge des sources de stress et des troubles associés comme l’anxiété ou la dépression. Aucun médicament n’a clairement prouvé son efficacité sur le trouble lui-même.
Besoin d’aide maintenant ?
Si vous traversez une détresse intense ou pensez à mettre fin à vos jours, vous n’avez pas à attendre un rendez-vous.
3114Numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 h sur 24 et 7 jours sur 7, partout en France.
15Samu, pour toute urgence médicale.
112Numéro d’urgence européen. Le 114 est accessible aux personnes sourdes ou malentendantes.
Retrouver le sentiment d’être là
Un premier entretien permet de comprendre ce que recouvre votre impression d’irréalité, de faire le lien avec votre histoire, et de construire un accompagnement à votre rythme, en associant si besoin l’EMDR, l’écoute analytique et les outils des TCC. Les consultations sont aussi possibles en visio, et la page consultations adultes présente le cadre du suivi.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.