On vous a dit qu’il y avait cinq étapes et qu’à la fin on « acceptait ». Puis un mardi ordinaire, une odeur de café ou une chanson dans un magasin vous a mis à terre, trois ans après. Le deuil ne se range pas dans des cases. Il va et vient, mélange la tristesse, la colère, la culpabilité et parfois le soulagement. Cette page explique ce qui se passe, ce qui est normal même quand ça ne l’a pas l’air, et quand une aide devient utile.
Mis à jour le 22 octobre 2026 · Lecture : 11 minutes
2mouvements qui alternent dans le deuil selon le modèle du double processus : la perte et la reconstruction
5« étapes » popularisées à tort : elles décrivaient des personnes en fin de vie, pas des endeuillés
6 moisau moins, après la perte, avant que la CIM-11 n’envisage un deuil « prolongé »
1 sur 10deuils, environ, évoluerait vers un deuil prolongé selon les estimations de la recherche
Pourquoi les « cinq étapes du deuil » ne marchent pas
Déni, colère, marchandage, dépression, acceptation : tout le monde connaît la liste. Elle vient d’Elisabeth Kübler-Ross, qui, à la fin des années 1960, écoutait des personnes atteintes d’une maladie incurable parler de leur propre mort. Elle n’a jamais prétendu décrire un escalier obligatoire pour les proches qui restent. La liste a ensuite été appliquée au deuil, simplifiée, puis affichée dans les salles d’attente. Et beaucoup d’endeuillés se demandent aujourd’hui ce qui cloche chez eux parce qu’ils n’ont pas « fait » la colère, ou parce que la tristesse revient après l’« acceptation ».
La recherche a depuis proposé des modèles plus proches de ce que vivent les gens. Le modèle du double processus de Margaret Stroebe et Henk Schut décrit un va-et-vient permanent entre deux mouvements : des moments tournés vers la perte (pleurer, regarder des photos, parler de la personne) et des moments tournés vers la reconstruction (s’occuper des papiers, reprendre le travail, rire à un dîner). Les deux sont nécessaires. Celui qui ne fait que l’un des deux s’épuise. William Worden parle, lui, de tâches plutôt que d’étapes : reconnaître la réalité de la perte, traverser la douleur, s’adapter à un monde sans la personne, et lui trouver une place durable dans sa vie tout en continuant à vivre.
À retenir
Le deuil n’a pas d’ordre imposé : les émotions reviennent, se mélangent et se contredisent. C’est normal.
Alterner entre « penser à la perte » et « continuer à vivre » n’est pas une trahison, c’est la façon dont on tient.
Il n’y a pas de délai réglementaire. Mais quand, après de longs mois, la vie reste entièrement figée, une aide existe.
Alors, ces cinq étapes, faut-il les jeter ?
Pas complètement. Elles nomment des réactions que beaucoup reconnaissent : l’incrédulité des premiers jours, la colère, les « si seulement », les périodes d’abattement. Le problème n’est pas la liste, c’est l’ordre et l’obligation. Gardez les mots, oubliez l’escalier.
Combien de temps « doit » durer un deuil ?
Personne ne peut le dire à l’avance. La plupart des personnes endeuillées retrouvent, en quelques mois à un ou deux ans, une vie où la douleur est présente mais ne prend plus toute la place. La perte d’un enfant, un décès brutal ou violent, un suicide, allongent souvent ce temps. L’intensité du lien compte plus que le calendrier.
Les vagues du deuil, en interactif
Les endeuillés parlent presque tous de vagues. Les premières sont énormes et rapprochées. Puis elles s’espacent, sans jamais disparaître tout à fait : un anniversaire, une fête, une première fois sans la personne, et la mer se relève. Faites glisser le curseur pour parcourir les états que l’on traverse, dans un ordre qui n’est pas le vôtre.
le chocle va-et-vientune place pour la personne
Ce curseur est pédagogique. Vous pouvez être à plusieurs endroits le même jour, ou n’en reconnaître aucun : les deuils se ressemblent moins que les manuels.
Colère, culpabilité, soulagement : la palette complète du deuil
On attend d’un endeuillé qu’il soit triste. Il l’est, mais il est rarement seulement triste. Les émotions qui gênent le plus sont celles que l’on n’ose pas dire.
Fréquente
La colère
Contre l’équipe soignante, contre la famille qui « n’a pas été là », contre le défunt qui fumait, qui conduisait vite, qui est parti sans prévenir. Contre soi, aussi. La colère protège de l’impuissance : tant qu’il y a un coupable, le monde a encore un sens.
Presque universelle
La culpabilité
« Si j’avais insisté pour qu’il consulte. » « Si je n’étais pas partie en week-end. » La culpabilité refait l’histoire avec des informations qu’on n’avait pas à l’époque. Elle est souvent une façon de rester en lien, en continuant de faire quelque chose pour la personne.
Taboue
Le soulagement
Après une longue maladie, une dépendance, une relation difficile. Le soulagement est logique et humain. La honte qui le suit, elle, fait des dégâts. Être soulagé que la souffrance cesse n’enlève rien à l’amour.
Discrète
La peur
Peur d’oublier le visage ou la voix, peur de mourir à son tour, peur pour les enfants, peur de ne plus jamais aller bien. Le deuil rappelle brutalement que tout peut s’arrêter.
Je ne pleure pas. Est-ce que je fais mon deuil « mal » ?
Non. Certaines personnes pleurent peu ou pas du tout et traversent pourtant leur deuil. On parle de style « instrumental » : elles font, organisent, réparent, courent. D’autres ont besoin de parler et de pleurer. Les deux styles sont valides. Ce qui compte, c’est que la perte puisse exister quelque part, en actes ou en mots.
Et si je ressens surtout… rien ?
L’engourdissement est fréquent au début, et il peut revenir par périodes. Quand il dure des mois et qu’il s’accompagne d’une impression d’être spectateur de sa vie, il vaut la peine d’en parler : c’est parfois une forme de dissociation protectrice, qui se travaille très bien en séance.
Le deuil dans le corps
Le deuil est aussi un événement physique. Les premières semaines, beaucoup décrivent une fatigue écrasante, un sommeil haché ou au contraire un besoin de dormir sans fin, un appétit coupé ou des grignotages, une poitrine serrée, des douleurs diffuses, des trous de mémoire, des difficultés à se concentrer sur une page. Le système de stress tourne à plein régime, ce qui explique aussi que les infections et les petites maladies soient plus fréquentes dans les mois qui suivent une perte.
Ce corps en alerte a besoin de choses très simples que le deuil fait oublier : manger à peu près régulièrement, boire, marcher dehors, dormir quand c’est possible, sans forcer. Les somnifères et l’alcool soulagent une nuit et compliquent les suivantes : toute question sur un traitement se discute avec le médecin.
Une respiration lente, quelques minutes, ne « règle » rien mais redonne un peu de place dans la poitrine. Essayez-la ci-contre, ou ouvrez la séance de relaxation guidée du cabinet.
Respirer un peu
Une patiente racontait qu’après le décès de sa mère, elle avait continué pendant des mois à acheter la marque de biscuits qu’elle détestait et que sa mère adorait. « Je les laissais dans le placard. Un jour j’en ai mangé un, il était affreux, et j’ai ri pour la première fois depuis longtemps. » Le deuil fait aussi ça : il garde des biscuits dans les placards, et parfois il rend le rire.
Le deuil chez l’enfant : selon l’âge, pas selon nos attentes
Les enfants font leur deuil « par flaques » : un chagrin intense, puis cinq minutes plus tard une demande de goûter et une partie de ballon. Ce n’est pas de l’insensibilité, c’est une capacité limitée à rester longtemps dans une émotion forte. Ce qu’ils comprennent de la mort dépend de l’âge.
Avant 2 ansLe bébé ne comprend pas la mort mais ressent l’absence et surtout l’état des adultes qui restent. Il a besoin de routines stables et de bras disponibles. Voir aussi émotions du bébé.
De 3 à 5 ansLa mort est vue comme réversible et temporaire : « quand est-ce que papi revient ? » peut revenir des dizaines de fois. Répondre simplement, avec les vrais mots (« mort », pas « parti » ni « endormi », qui créent des peurs du sommeil et des départs).
De 6 à 9 ansL’enfant comprend que la mort est définitive, mais la pense souvent causée par quelque chose, parfois par lui (« j’ai dit que je le détestais »). Vérifier qu’il ne se croit pas coupable est essentiel.
De 10 à 12 ansIl comprend l’universalité de la mort et commence à s’inquiéter pour les autres parents. Il peut cacher sa peine pour protéger l’adulte. Lui montrer que l’on peut pleurer et aller bien quand même l’autorise à faire pareil.
À l’adolescenceLe deuil se mélange à tout le reste : colère, retrait, prises de risque, résultats scolaires. L’adolescent se confie davantage aux pairs qu’aux parents. Voir émotions des adolescents.
Faut-il emmener l’enfant à l’enterrement ?
Le plus souvent oui, s’il le souhaite, en lui expliquant à l’avance ce qu’il va voir et entendre, et avec un adulte de confiance disponible pour sortir avec lui à tout moment. Les enfants tenus à l’écart imaginent souvent pire que la réalité et regrettent, plus tard, de ne pas avoir dit au revoir.
Quand consulter pour un enfant endeuillé ?
Quand, après plusieurs mois, apparaissent ou persistent des troubles du sommeil, des peurs envahissantes, un refus scolaire, des régressions durables, des colères inhabituelles ou au contraire un enfant « trop sage » qui ne parle jamais de la personne. Les consultations enfants et adolescents du cabinet reçoivent ces situations, souvent avec les parents.
Les deuils que personne ne voit
Le chercheur Kenneth Doka a nommé « deuil non reconnu » les pertes que l’entourage ne considère pas comme des deuils. Pas de faire-part, pas de congé, pas de « toutes mes condoléances ». Et pourtant le chagrin est là, souvent aggravé par la solitude.
La fausse couche et l’interruption médicale de grossesse : un enfant imaginé, un avenir déjà construit, et une phrase entendue trop souvent : « vous en aurez un autre ».
L’animal de compagnie : quinze ans de présence quotidienne, et des collègues qui lèvent les yeux au ciel.
L’ex-conjoint, l’ami perdu de vue, le beau-parent : le lien n’était plus officiel, la peine l’est encore moins.
La séparation, le divorce : la personne est vivante, mais la vie commune, les projets et parfois la maison sont morts. Les émotions sont celles d’un deuil, avec la colère en plus. Voir émotions et couple.
Les deuils « blancs » : un parent atteint d’une maladie neurodégénérative, présent et déjà absent.
Les décès stigmatisés : suicide, surdose, où la honte et le silence des autres s’ajoutent à la perte.
Nommer ces pertes comme des deuils, y compris devant soi-même, est souvent la première chose qui soulage.
La grande majorité des deuils n’ont besoin d’aucun soin : du temps, des proches, des rituels suffisent. Dans une minorité de cas, estimée autour d’un deuil sur dix dans les études, souvent davantage après une mort violente ou la perte d’un enfant, la douleur reste aussi intense et envahissante qu’au premier jour, de longs mois après. La classification internationale de l’OMS (CIM-11) décrit depuis 2022 un trouble du deuil prolongé : une nostalgie ou une préoccupation persistante pour la personne disparue, accompagnée d’une souffrance intense (culpabilité, colère, difficulté à accepter, sentiment d’avoir perdu une partie de soi, incapacité à ressentir des émotions positives) qui dure au-delà de ce que le contexte culturel attend, au moins six mois, et qui altère nettement la vie quotidienne.
Le deuil et la dépression se ressemblent et peuvent coexister. Quelques repères, qui ne remplacent pas un avis professionnel :
Repère
Deuil
Dépression
Ce qui domine
Le manque de la personne, par vagues
Une humeur sombre continue, une perte d’intérêt générale
L’estime de soi
Préservée dans l’ensemble
Dévalorisation, sentiment d’inutilité
Les émotions positives
Possibles, entre les vagues, avec parfois de la culpabilité
Rares ou absentes, « plus rien ne me touche »
Les pensées de mort
Envie de rejoindre la personne, plutôt passive
Idées suicidaires liées au sentiment de ne rien valoir
L’évolution
S’adoucit avec le temps, même lentement
Stagne ou s’aggrave sans soin
Entraînez-vous à distinguer les deux, en sachant que, dans la vraie vie, la réponse est souvent « les deux à la fois » :
Questionnaire : où en est mon deuil ?
Dix questions écrites pour ce guide, à partir des descriptions cliniques du deuil. Ce n’est pas un test validé, et il ne dira pas si vous allez « bien » ou « mal » : il aide à repérer si le deuil suit son cours ou s’il s’est figé au point qu’une aide serait utile. Pensez aux deux dernières semaines.
Ce qui aide vraiment
Parler de la personne, pas seulement de sa mortRaconter qui elle était, ses manies, ses expressions. L’entourage évite souvent de prononcer son prénom par peur de faire mal : dites-leur que c’est l’inverse.
Les rituels, anciens ou inventésUne bougie, un plat cuisiné à la date anniversaire, une marche sur un lieu aimé. Les rituels donnent une forme au chagrin et un rendez-vous aux vagues.
ÉcrireUne lettre à la personne, un carnet des souvenirs, la liste de ce qu’on aurait voulu dire. Écrire met le chagrin à l’extérieur, où l’on peut le regarder.
Accepter l’oscillationRire, travailler, faire des projets n’est pas trahir. Les jours de perte et les jours de vie ont tous les deux leur place.
Une psychothérapie, quand le deuil se bloqueElle ne fait pas « oublier ». Elle permet de dire ce qui n’a pas pu l’être, de détacher la culpabilité de l’amour, et de laisser la personne prendre sa place dans votre histoire plutôt que toute la place dans votre présent.
Au cabinet
Les deuils bloqués sont reçus en séance individuelle, en couple ou en famille, au cabinet à Colombes ou en téléconsultation. Selon ce que la personne traverse, le travail s’appuie sur l’écoute analytique, qui laisse le temps à l’histoire du lien de se dire, sur les outils des TCC quand l’évitement ou la culpabilité font boucle, et sur l’EMDR quand une image précise du décès, de l’hôpital ou de l’annonce revient en boucle et empêche le deuil de commencer. La page EMDR, phobies, deuil et douleur détaille cette dernière piste. Les enfants et adolescents endeuillés sont reçus avec leurs parents.
Écrire la lettre que l’on n’enverra pas
Un exercice classique du deuil, utilisé dans plusieurs approches : écrire à la personne. Ce que vous auriez voulu dire, ce que vous lui reprochez, ce que vous gardez d’elle. Rien n’est enregistré : composez la lettre ici, copiez-la si vous voulez la garder, ou laissez-la disparaître en fermant la page, ce qui est aussi une façon de l’envoyer.
Questions fréquentes sur le deuil
Combien de temps dure un deuil ?
Il n’existe pas de durée normale. La plupart des personnes retrouvent, en quelques mois à deux ans, une vie où la peine reste présente sans tout envahir. Les vagues continuent de revenir à certaines dates. Quand, au-delà de six mois à un an, la douleur reste aussi intense qu’au début et bloque toute la vie quotidienne, on parle de deuil prolongé, qui se soigne.
Les cinq étapes du deuil existent-elles vraiment ?
Elles ont été décrites par Elisabeth Kübler-Ross chez des personnes en fin de vie, pas chez des endeuillés, et jamais comme un ordre obligatoire. La recherche décrit plutôt un va-et-vient entre des moments tournés vers la perte et des moments tournés vers la vie qui continue.
Est-il normal d’être en colère contre la personne décédée ?
Oui. La colère fait partie du deuil : contre les soignants, contre les proches, contre soi et contre la personne qui est partie. Elle protège de l’impuissance. L’exprimer, en parlant ou en écrivant, évite qu’elle ne se retourne en culpabilité.
Comment faire la différence entre un deuil et une dépression ?
Dans le deuil, la peine vient par vagues, reste centrée sur la personne perdue et laisse place à des moments d’émotion positive. Dans la dépression, l’humeur sombre est continue, l’estime de soi s’effondre et plus rien n’intéresse. Les deux peuvent coexister : un deuil peut déclencher une dépression, qui nécessite alors un avis médical.
L’EMDR peut-elle aider dans un deuil ?
Elle est utile quand une image précise, de l’accident, de l’hôpital, de l’annonce, revient en boucle et empêche le travail de deuil de commencer. L’EMDR ne fait pas oublier la personne : elle permet au souvenir traumatique de perdre sa charge pour que les autres souvenirs redeviennent accessibles.
Un premier rendez-vous permet de raconter la personne et la perte, de poser ce qui pèse, et de voir ensemble si un accompagnement aiderait le deuil à reprendre son cours. Les enfants, les adolescents, les adultes, les couples et les familles sont reçus au cabinet, à Colombes, ou en téléconsultation.
La « loi de l’instrument », formulée par en 1964 puis reprise par dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.