Une tension qui ne lâche pas
Nuque et épaules dures, mâchoires serrées, maux de tête, ventre sensible. La tension musculaire est l’un des signes les plus caractéristiques. Voir le corps anxieux.
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Le texto resté sans réponse qui devient un accident, la douleur au genou qui devient une maladie grave, la réunion de lundi qui occupe tout le dimanche. Les personnes qui vivent avec une anxiété généralisée connaissent bien ces « et si… ? » qui s’enchaînent, sautent d’un sujet à l’autre et finissent par épuiser le corps autant que l’esprit. Cette page explique ce qui distingue une inquiétude ordinaire d’un trouble, pourquoi la machine tourne en boucle et comment on peut, peu à peu, reprendre la main.
S’inquiéter est profondément humain, et souvent utile. L’inquiétude est une façon de se préparer : elle pousse à vérifier l’itinéraire, à réviser l’examen, à prendre rendez-vous chez le médecin. Une inquiétude ordinaire porte sur un sujet précis, reste proportionnée, débouche sur une action, puis s’éteint. On s’inquiète du résultat d’une prise de sang ; il arrive ; on passe à autre chose.
Dans l’anxiété généralisée, l’inquiétude change de nature. Elle devient excessive par rapport aux situations, difficile à contrôler, présente la plupart des jours et pendant des mois. Elle passe d’un sujet à l’autre : la santé des enfants, l’argent, le travail, la voiture qui fait un bruit, le monde qui va mal. Quand un souci se règle, un autre prend sa place, comme si la place devait rester occupée. Le DSM-5-TR retient une durée d’au moins six mois et la présence d’au moins trois signes parmi six chez l’adulte : agitation ou sensation d’être « sur les nerfs », fatigue rapide, difficultés de concentration ou « trous », irritabilité, tension musculaire, troubles du sommeil. La CIM-11 décrit le même tableau, sur « plusieurs mois ». Les repères détaillés sont sur la page DSM-5-TR et CIM-11.
Faites glisser le curseur : il parcourt le chemin qui va du souci utile à l’inquiétude qui envahit la vie. Où vous situez-vous, en ce moment ?
C’est une phrase que nous entendons souvent, et elle contient une part de vérité : le tempérament compte, et certaines personnes sont plus sensibles que d’autres à l’incertitude depuis l’enfance. Mais « caractère » ne veut pas dire « destin ». L’anxiété généralisée commence souvent tôt et s’installe si progressivement qu’on finit par la confondre avec sa personnalité. Beaucoup de personnes découvrent en thérapie qu’on peut rester prudent, organisé et attentif aux autres sans vivre dans l’alarme permanente.
Elles se passent toutes « dans la tête », elles peuvent toutes durer longtemps, mais elles n’ont pas les mêmes effets. Les distinguer est souvent le premier pas pour en sortir.
Tournée vers l’avenir : « et si… ? » Et si je perdais mon travail ? Et s’il avait eu un accident ? Et si ce grain de beauté… L’inquiétude imagine des scénarios, souvent les pires, et cherche à s’y préparer. Le problème est qu’on ne peut pas se préparer à tout : chaque réponse ouvre une nouvelle question. L’inquiétude prend souvent la forme de mots plutôt que d’images, ce qui, selon certains chercheurs, permettrait paradoxalement d’éviter de ressentir pleinement la peur. Elle donne l’illusion de faire quelque chose.
Tournée vers le passé : « pourquoi… ? » Pourquoi ai-je dit ça ? Pourquoi est-ce que ça m’arrive à moi ? Qu’est-ce qu’ils ont pensé ? La rumination revient sans cesse sur ce qui s’est passé, en cherchant une compréhension qui n’arrive jamais. Elle est très présente dans la dépression et dans l’anxiété sociale, où l’on repasse en boucle la soirée de la veille. Elle donne l’illusion de comprendre, mais elle entretient la tristesse et la honte.
Tournée vers l’action : « qu’est-ce que je peux faire ? » La réflexion part d’un problème réel, envisage des solutions, en choisit une et s’arrête. Elle est souvent plus courte qu’on ne le croit : quelques minutes, une liste, une décision. Un bon repère : au bout de dix minutes, est-ce que je sais quoi faire, ou est-ce que je tourne en rond ? Si l’on tourne en rond, ce n’est plus de la réflexion, et continuer ne rapportera rien de plus.
La peur d’être gravement malade peut faire partie d’une anxiété généralisée, parmi d’autres soucis. Quand elle devient le sujet central, avec des vérifications répétées (palper, chercher sur Internet, multiplier les consultations) ou au contraire un évitement total des médecins, on parle plutôt d’anxiété liée à la santé, que l’on appelait autrefois hypocondrie. Les classifications la rangent ailleurs que dans les troubles anxieux, mais les outils pour la soigner sont proches. Voir le corps anxieux.
Pourquoi est-il si difficile d’arrêter de s’inquiéter, même quand on sait que c’est excessif ? La recherche en psychologie a identifié plusieurs moteurs qui se combinent différemment chez chacun. Touchez les cartes.
L’écoute analytique ajoute une autre question à ces mécanismes : de quoi l’inquiétude parle-t-elle, au fond ? Il arrive qu’une inquiétude permanente pour les autres dise quelque chose d’une place prise très tôt dans la famille (l’enfant qui veillait sur un parent fragile), d’une perte ancienne jamais vraiment pleurée, ou d’un conflit entre ce que l’on désire et ce que l’on s’autorise. Ces hypothèses ne s’appliquent pas à tout le monde : elles se construisent avec chaque personne, dans la parole. Voir émotions et psychanalyse.
En partie. Les études de jumeaux suggèrent qu’une part modérée de la vulnérabilité est héritée, ce qui passe surtout par le tempérament (une sensibilité plus grande à la menace et à la nouveauté). L’environnement compte au moins autant : un parent très inquiet transmet aussi, sans le vouloir, une façon de voir le monde comme dangereux et un modèle de réassurance. Les événements de vie, les pertes, les périodes d’insécurité jouent aussi un rôle. Rien de tout cela n’est une condamnation : ce qui s’est appris peut se désapprendre.
De l’extérieur, les personnes concernées passent souvent pour fiables, prévoyantes, dévouées. De l’intérieur, c’est une autre histoire. Voici ce qu’elles décrivent le plus souvent.
Nuque et épaules dures, mâchoires serrées, maux de tête, ventre sensible. La tension musculaire est l’un des signes les plus caractéristiques. Voir le corps anxieux.
Au moment d’éteindre la lumière, la tête fait le bilan de la journée et le planning de demain. On s’endort tard, on se réveille à 4 heures avec une liste.
S’inquiéter toute la journée est un travail à plein temps, non rémunéré. Beaucoup de personnes se sentent épuisées sans avoir « rien fait ».
L’inquiétude occupe la mémoire de travail : on lit trois fois la même ligne, on oublie ce qu’on venait chercher. Cela peut ressembler à un trouble de l’attention, et mérite parfois d’être démêlé.
À force d’être sur le qui-vive, la patience s’use. On s’énerve pour un détail, puis on culpabilise. L’irritabilité est un signe officiel du trouble, souvent mal compris par l’entourage.
Comparer quinze avis avant d’acheter un grille-pain, repousser une décision tant que le risque n’est pas nul, préparer trois plans B. La recherche de certitude ralentit tout.
L’anxiété généralisée se complique souvent d’une dépression, à force d’épuisement, et s’associe fréquemment à d’autres troubles anxieux. Elle peut aussi coexister avec un TDAH, qui rend l’organisation plus difficile et nourrit les soucis. Voir TDAH, anxiété et dépression et le dossier dépression.
Affirmation 1
Faux. Essayer de chasser une pensée la fait souvent revenir plus fort, comme quand on essaie de ne pas penser à un ours blanc. Ce qui aide davantage, c’est de changer sa relation aux pensées : les remarquer, les reporter, les laisser passer.
Affirmation 2
Vrai. Tension musculaire, maux de tête, troubles digestifs et fatigue sont très fréquents. Ils méritent un avis médical, puis une prise en compte dans le soin de l’anxiété.
Affirmation 3
Faux. Le sentiment d’inquiétude n’est pas une preuve de danger. C’est le raisonnement émotionnel : « je le sens, donc c’est vrai ». L’alarme peut sonner sans incendie.
Affirmation 4
C’est plus nuancé. Anticiper est utile ; s’inquiéter sans fin ne rend pas plus responsable, seulement plus fatigué. On peut être prévoyant en quelques minutes, puis lâcher.
Affirmation 5
Vrai. Reporter les soucis à un créneau dédié de quinze à vingt minutes est une technique utilisée dans les thérapies cognitives et comportementales. Beaucoup de personnes découvrent que leurs soucis ont perdu de leur force à l’heure dite.
Affirmation 6
Faux. Le tempérament donne une pente, pas un destin. Les psychothérapies, et dans certains cas un traitement médicamenteux, aident beaucoup de personnes à vivre avec moins d’inquiétude.
Une situation inventée pour ce guide, inspirée de ce que l’on entend souvent en consultation.
Situation
Hélène est responsable administrative, mère de deux adolescents. Elle vérifie la géolocalisation de son fils plusieurs fois par soirée, prépare chaque réunion pendant des heures, relit ses mails jusqu’à les envoyer en retard. Elle dort mal, a mal à la nuque en permanence et s’énerve contre ses enfants pour des détails. « Ma mère était comme ça, c’est de famille. » Son médecin lui a parlé d’anxiété généralisée.
Quelle piste semble la plus utile pour commencer ?
Quiz pédagogique, ce n’est ni un test validé ni un diagnostic. Il ne mesure pas l’intensité de votre anxiété : il vous aide à repérer le moteur qui semble le plus actif chez vous, pour choisir les pistes à lire en premier.
Pour mesurer l’intensité des inquiétudes avec des outils reconnus, le cabinet met en ligne deux questionnaires de repérage validés : le GAD-7, qui repère les symptômes de l’anxiété généralisée, et le PSWQ, qui évalue la tendance à s’inquiéter. Ils orientent sans poser de diagnostic.
Ces pistes viennent pour la plupart des thérapies cognitives et comportementales, qui ont beaucoup étudié l’anxiété généralisée. Elles ne remplacent pas un accompagnement quand l’anxiété est installée, mais elles aident beaucoup de personnes à reprendre un peu de terrain. Essayez-en une à la fois, pendant une ou deux semaines.
Ces exercices sont détaillés, avec d’autres, sur la page outils pour apaiser l’anxiété.
Pour l’anxiété généralisée, ce sont les thérapies cognitives et comportementales qui ont le plus de données : de nombreux essais montrent qu’elles réduisent les inquiétudes et leurs effets sur la vie quotidienne, avec des bénéfices qui se maintiennent souvent dans le temps. Certaines variantes ciblent l’intolérance à l’incertitude, d’autres les croyances sur l’inquiétude ; la relaxation appliquée a aussi été évaluée. Les psychothérapies d’inspiration psychanalytique ont fait l’objet d’essais moins nombreux, avec des résultats encourageants pour certaines formes. Des médicaments peuvent être proposés par un médecin, en particulier quand l’anxiété est sévère ou associée à une dépression.
Dans notre pratique, nous associons ces repères aux deux axes principaux de notre travail. L’écoute analytique permet de comprendre ce que l’inquiétude protège ou évite, ce qui se rejoue dans les relations, la place que la personne a prise dans son histoire familiale. L’EMDR peut être utile quand l’inquiétude s’enracine dans des expériences précises (une maladie grave dans l’enfance, un accident, un licenciement brutal) ou dans des croyances sur soi du type « je ne suis jamais en sécurité », « je dois tout contrôler » ; il peut aussi travailler les situations futures redoutées. La recherche sur l’EMDR dans l’anxiété généralisée reste encore limitée : nous le proposons quand la compréhension de l’histoire le justifie, pas comme une méthode universelle. Les outils des TCC décrits plus haut viennent en complément.
Quand les plaintes de concentration et de mémoire sont importantes, le regard de la neuropsychologue peut aider à faire la part entre une attention grignotée par l’inquiétude et un trouble de l’attention présent depuis l’enfance, qui demanderait un autre accompagnement. Voir notre approche de l’anxiété et le bilan neuropsychologique.
Le psychothérapeute reçoit les adultes et les adolescents pour lesquels l’inquiétude a pris trop de place, à Colombes, aux Pavillons-sous-Bois, en Ardèche ou en téléconsultation. Quand des difficultés d’attention ou un fonctionnement particulier sont en question, la neuropsychologue peut proposer un bilan, et les deux cliniciens se concertent.
Regardez trois choses : la proportion (l’inquiétude correspond-elle à la situation ?), le contrôle (pouvez-vous la mettre de côté quand vous le décidez ?) et le retentissement (vous empêche-t-elle de dormir, de profiter, de décider ?). Quand l’inquiétude est excessive, difficile à arrêter et présente presque tous les jours depuis des mois, un avis professionnel est utile.
L’inquiétude se tourne vers l’avenir et pose la question « et si… ? ». La rumination se tourne vers le passé et pose la question « pourquoi… ? ». Les deux tournent en boucle sans déboucher sur une action. La réflexion, elle, part d’un problème réel et aboutit à une décision.
Elle peut nettement diminuer. C’est un trouble qui a tendance à fluctuer et à durer s’il n’est pas soigné, mais les psychothérapies, et dans certains cas un traitement médicamenteux, permettent à beaucoup de personnes de vivre avec une inquiétude redevenue ordinaire. Les bénéfices varient d’une personne à l’autre.
Elles sont fréquentes dans la dépression, mais aussi dans l’anxiété sociale, l’anxiété généralisée ou après un événement difficile. Si les ruminations s’accompagnent d’une tristesse persistante, d’une perte d’intérêt, d’une fatigue importante ou d’idées noires, il est important d’en parler rapidement à un professionnel.
Les deux. Notre psychothérapie s’appuie principalement sur l’EMDR et l’écoute analytique, et nous utilisons en complément des outils issus des thérapies cognitives et comportementales : moment d’inquiétude, travail sur l’incertitude, réduction des vérifications, relaxation. Le dosage se construit avec chaque personne.
Un premier rendez-vous permet de comprendre ce qui fait tourner vos inquiétudes, ce qu’elles disent de votre histoire, et de choisir les outils qui vous conviennent. Au cabinet ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.