Les expressions qu’on emploie
« Il faut que je me botte les fesses », « je suis nul », « c’est plus fort que moi » : la manière dont on parle de ses retards dit déjà qui juge et qui est jugé. Un mot répété mérite qu’on s’y arrête.
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« Je ne comprends pas pourquoi je fais ça. » La phrase est dite comme on avoue une faute. Pour un clinicien formé à l’écoute analytique, elle sonne plutôt comme une porte entrouverte : si une partie de vous ne comprend pas, une autre partie sait peut-être très bien ce qu’elle fait, et elle a ses raisons. Cette page explore ces raisons, avec Freud, Lacan, Winnicott et quelques personnages de roman qui ont, eux aussi, beaucoup différé. Elle explique surtout à quoi cela sert, concrètement, de les entendre.
Freud a proposé une idée qui reste, plus d’un siècle après, l’une des plus fécondes de la psychanalyse : un symptôme est une formation de compromis. Il naît d’un conflit entre deux forces intérieures, et il donne à chacune une satisfaction partielle. Rien ne ressemble davantage à un compromis que la procrastination. On ne refuse pas la tâche : elle reste là, notée, prévue, promise. On ne la fait pas non plus. Elle dit « oui » à celui qui l’a demandée, et « pas maintenant » à quelque chose d’autre, qu’on n’entend pas toujours.
Ce regard change tout dans la manière de s’y prendre. Si la remise à plus tard n’était qu’un défaut de méthode, il suffirait de la corriger. Si elle est un compromis, la combattre de front revient à ne donner raison qu’à une seule des deux voix ; l’autre se fait alors entendre ailleurs, par un oubli, une fatigue, une maladresse au dernier moment. Mieux vaut chercher ce que dit la voix qui freine. Elle a souvent quelque chose de légitime à défendre, même si sa manière de le faire coûte cher.
Précisons d’emblée ce que ce regard n’est pas. Il ne s’oppose pas aux mécanismes décrits par la psychologie, ni aux outils concrets : il les complète. Les rouages expliquent comment le cerveau préfère le présent ; l’écoute analytique se demande pourquoi cette tâche, chez cette personne, depuis si longtemps.
Ces phrases reviennent, sous une forme ou une autre, chez beaucoup de personnes qui procrastinent. Retournez les cartes : au dos, ce que l’oreille analytique y entend parfois. Parfois seulement : une phrase n’a de sens que dans la bouche de quelqu’un, et c’est dans votre histoire que le sens se trouve.
En 1853, Herman Melville publie une nouvelle qui n’a jamais cessé d’intriguer ses lecteurs, Bartleby. Un clerc de notaire, employé modèle les premiers jours, se met à répondre à chaque demande de son patron par la même phrase, polie et inébranlable : « I would prefer not to », que les traducteurs français ont rendue de plusieurs façons, « je préférerais ne pas », « je préférerais n’en rien faire ». Il ne se dispute pas, ne claque pas la porte. Il préfère ne pas. Et ce refus doux finit par tout immobiliser autour de lui.
Bartleby pousse jusqu’à l’extrême une forme de protestation que l’on rencontre souvent, en beaucoup plus discret, dans la procrastination. Quand un « non » franc est impossible (parce que l’autre est trop puissant, parce qu’on a appris très tôt que s’opposer était dangereux, parce qu’on ne s’autorise pas à refuser), il reste la lenteur. Le retard devient une grève du zèle intime. Il a l’avantage de ne jamais se déclarer comme refus, et l’inconvénient de se retourner contre soi : c’est le procrastinateur qui paie les pénalités, pas celui qu’il voulait contrarier.
Freud avait remarqué, dans un texte de 1908 sur le caractère, que l’entêtement plonge ses racines dans une période très ancienne, celle où le petit enfant découvre qu’il peut donner ou retenir, se plier à la demande de l’adulte ou lui opposer son propre rythme. On n’est pas obligé de suivre Freud dans tous ses détails pour trouver l’intuition juste : la première expérience du « non » passe souvent par le temps. « Pas tout de suite » est l’un des premiers pouvoirs que découvre un enfant face à un adulte pressé.
En séance, entendre la révolte n’a pas pour but de la condamner. Il s’agit de lui rendre la parole. Un désaccord qui peut se dire n’a plus besoin de se cacher dans les retards. Parfois, il conduit à une vraie négociation (« je ferai ce rapport, mais pas de cette façon ») ; parfois, à un vrai refus, assumé ; parfois, simplement, à la découverte que l’adversaire n’était pas celui qu’on croyait. Voir aussi l’affirmation de soi.
Une question nous sert souvent : qui lit par-dessus votre épaule ? Devant la page blanche, beaucoup de personnes ne sont pas seules. Il y a avec elles un lecteur invisible, sévère, qui soupire avant même la fin de la première phrase. Ce lecteur porte parfois un visage connu : un professeur, un parent, un ancien conjoint. Souvent, il n’en a plus : il est devenu une instance intérieure, ce que Freud a nommé le surmoi, cette part de nous qui observe, juge et punit.
Un surmoi raisonnable aide à bien faire. Un surmoi tyrannique fait de chaque tâche un examen de passage, où l’on joue sa valeur entière. Dans ces conditions, ne pas commencer est une manière de ne pas comparaître. Le travail qui n’existe pas ne peut pas être jugé. On comprend alors pourquoi les encouragements extérieurs (« mais tu es capable ! ») servent si peu : ils s’adressent à la personne, alors que c’est le juge intérieur qui tient la plume.
Ce que l’écoute permet, c’est de faire connaissance avec ce juge : d’où il parle, avec quels mots, depuis quand. Il arrive que l’on reconnaisse, mot pour mot, une phrase entendue à huit ans. La reconnaître ne la fait pas taire aussitôt, mais elle cesse d’être la voix de la vérité pour devenir une voix parmi d’autres. Ce mouvement est développé dans les pages perfectionnisme et peur de l’échec et perfectionnisme et syndrome de l’imposteur.
Il existe une procrastination plus étonnante que les autres : celle qui frappe juste avant le but. La thèse est écrite à quatre-vingt-quinze pour cent, et la conclusion attend depuis un an. La maison est presque rénovée, et la dernière pièce reste en chantier. Le dossier de promotion est prêt, mais il n’est jamais envoyé. Freud a décrit, dans un court texte de 1916, « Ceux qui échouent devant le succès », ces personnes qui flanchent juste quand leur vœu le plus ancien est sur le point d’aboutir. Il y voyait l’œuvre d’une culpabilité inconsciente : réussir reviendrait à obtenir quelque chose qu’une part de soi juge interdit.
Interdit à qui, et pourquoi ? Les réponses sont toujours singulières. Réussir là où un parent a échoué peut ressembler à une trahison. Obtenir le poste convoité peut obliger à quitter un milieu, une loyauté, une place connue dans la famille. Finir ses études peut signifier ne plus avoir de raison de rester proche de quelqu’un. La procrastination protège alors un lien, au prix d’un désir.
Freud a aussi lu Hamlet de cette manière, dès L’Interprétation du rêve. Pourquoi le prince tarde-t-il tant à venger son père, lui qui n’hésite pas à tuer ailleurs ? Parce que, selon Freud, l’oncle qu’il doit punir a réalisé ce que Hamlet lui-même désirait sans le savoir. Agir l’obligerait à se reconnaître dans celui qu’il condamne. On peut discuter cette lecture ; elle a le mérite de montrer qu’un report peut être le signe d’un désir trop proche, plutôt que trop faible.
Dans la vie ordinaire, l’ambivalence est souvent plus simple, et elle n’a rien de honteux : on veut et on ne veut pas. On veut changer de métier et l’on tient à la sécurité. On veut écrire ce livre et l’on redoute ce qu’il dira de soi. Le travail ne consiste pas à faire taire l’une des deux voix, mais à les laisser parler assez longtemps pour qu’un choix devienne possible. Pour aller plus loin sur le désir, voir le désir, moteur de l’élan.
En 1945, Jacques Lacan publie un texte au titre austère, « Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée ». Il y décrit trois temps qui scandent toute décision. Ce petit schéma, très éloigné en apparence de nos piles de courrier, éclaire pourtant à merveille la procrastination. Ouvrez les trois onglets.
On voit qu’il y a quelque chose à faire. La lettre est arrivée, le sujet du mémoire est donné, l’envie de changer de vie s’est levée un matin. C’est un temps très bref, presque un éclair. Les procrastinateurs le connaissent bien, et il n’est jamais le problème : ils voient parfaitement la tâche, parfois depuis des années.
On réfléchit, on pèse, on cherche. C’est un temps nécessaire, et il a une durée variable selon chacun. Mais il peut devenir une demeure. On se documente encore, on attend d’en savoir plus, on prépare la préparation. Tant que l’on reste dans le temps pour comprendre, aucune décision ne peut se révéler mauvaise. C’est là que s’installe la procrastination de ceux qui « ne sont pas encore prêts ».
On tranche, sans certitude complète. Lacan insiste sur un point décisif : on ne conclut jamais parce que l’on est absolument sûr, mais en anticipant une certitude qui ne viendra qu’après. Conclure, c’est accepter de se mouiller. La personne qui procrastine attend souvent une garantie qui n’existe pas ; le moment de conclure lui demande de faire un pas que rien ne garantit.
Ce qui rend la conclusion si coûteuse, c’est qu’elle referme des possibles. Tant que le roman n’est pas écrit, il peut être un chef-d’œuvre. Tant que la candidature n’est pas envoyée, on peut être tout ce qu’on veut. Finir, c’est consentir à une limite : l’œuvre sera ce qu’elle sera, et pas autre chose. La psychanalyse appelle volontiers cela accepter le manque, et ce n’est pas une défaite : c’est la condition pour que quelque chose existe vraiment.
Marie-Louise von Franz, proche collaboratrice de Jung, a décrit une manière de vivre qu’elle appelait la vie provisoire : le sentiment que la vraie vie n’a pas encore commencé, que l’on est en attente, que le métier, la ville, le couple actuels ne sont que des étapes avant autre chose. Cette attitude protège d’un engagement qui ferait peur ; elle empêche aussi d’habiter le présent. Beaucoup de procrastinations au long cours ont cette couleur.
La littérature en offre un exemple immense. Le narrateur d’À la recherche du temps perdu veut écrire depuis l’enfance, et il ne le fait pas. Pendant des milliers de pages, il remet à plus tard, doute de son talent, se disperse dans les salons. Ce n’est qu’à la fin, dans Le Temps retrouvé, qu’il comprend que le livre à écrire est fait de tout ce temps qu’il croyait perdu. Proust ne fait pas l’éloge de la procrastination ; il montre qu’elle peut, quand on finit par l’écouter, devenir une matière.
Les tâches ne sont jamais tout à fait neutres. La déclaration d’impôts parle d’une voix d’État, le rapport parle avec celle du chef, le mémoire avec celle du directeur, la lettre de relance avec celle d’un créancier. Et ces voix réveillent les premières que nous ayons connues, celles des adultes qui demandaient, exigeaient, contrôlaient. Beaucoup procrastinent de façon sélective : jamais pour ses amis, toujours pour son supérieur ; jamais pour ses passions, toujours pour l’administration.
Lacan a décrit l’une des positions de la névrose obsessionnelle d’une formule frappante : l’obsessionnel attend la mort du maître. Il travaille, il se plie, il se tient prêt, mais la vraie vie, celle où il agirait pour son compte, est remise au jour où l’autorité aura disparu. En attendant, il diffère. On n’a pas besoin d’être obsessionnel pour reconnaître quelque chose de cette attente : la vie qui commencera « quand les enfants seront grands », « quand j’aurai changé de chef », « quand la maison sera finie ».
L’intérêt pratique de ce regard est considérable. Repérer que l’on procrastine surtout face à une figure d’autorité permet de se poser deux questions utiles : qu’est-ce qui, dans cette relation, me fait reculer ? Et la tâche m’appartient-elle un peu, malgré tout ? Il est souvent possible de reprendre une part de choix sur le moment, sur la manière, sur le sens que l’on donne à ce qu’on fait. Une tâche que l’on s’est réappropriée cesse d’être un ordre.
Freud a appelé compulsion de répétition cette tendance à revivre, sans le vouloir, des situations anciennes. La procrastination y est très sensible. Elle s’enracine souvent dans des scènes que l’on a oubliées, et qui se rejouent chaque fois qu’une tâche ressemble à l’originale. Quelques configurations reviennent souvent, sans qu’aucune ne soit une règle :
Ces histoires n’accusent personne. Les parents font ce qu’ils peuvent avec leur propre histoire, et l’enfant construit ses solutions avec ce qu’il a. Elles éclairent simplement pourquoi un adulte compétent devient, devant un formulaire, l’enfant qu’il était. Quand une scène ancienne reste très chargée, l’EMDR permet de la retraiter, si bien que la tâche d’aujourd’hui cesse d’en porter l’écho. Voir l’EMDR pour l’estime et la confiance en soi.
L’écoute analytique n’a rien d’un interrogatoire sur l’enfance. Elle vous laisse parler de ce qui vient, la tâche du jour, la colère de la semaine, un souvenir qui surgit sans raison apparente. Le psychothérapeute prête l’oreille aux retours, aux surprises, aux mots qui insistent. Trois choses, en particulier, éclairent souvent la procrastination.
« Il faut que je me botte les fesses », « je suis nul », « c’est plus fort que moi » : la manière dont on parle de ses retards dit déjà qui juge et qui est jugé. Un mot répété mérite qu’on s’y arrête.
Le dossier oublié dans le train, la pièce jointe qui ne part pas, le réveil qui ne sonne pas le jour J. Freud a montré que ces ratés ont souvent une logique. Les regarder sans se juger éclaire ce que l’on évite. Voir rêves, lapsus et actes manqués.
Rêver qu’on repasse un examen pas révisé est d’une banalité universelle. Freud notait que ces rêves portent souvent sur des épreuves que l’on a réussies, et qu’ils surviennent à l’approche d’une responsabilité : comme pour dire qu’on a déjà eu peur, et que l’on s’en est sorti.
Il y a enfin la séance elle-même. Elle est un rendez-vous, avec une heure, un début et une fin : le rapport au temps s’y montre. Arriver en avance, se presser, oublier, vouloir prolonger : rien de cela n’est reproché, tout peut se dire. Pour certaines personnes, c’est le premier endroit où elles expérimentent un temps qui n’est ni une menace ni une course.
Winnicott, pédiatre et psychanalyste, écrivait dans Jeu et réalité : « C’est en jouant, et seulement en jouant, que l’individu, enfant ou adulte, est capable d’être créatif et d’utiliser sa personnalité tout entière. » Beaucoup de procrastinateurs ont perdu le jeu dans leur travail : tout y est devenu sérieux, évalué, définitif. Retrouver un premier jet qui a le droit d’être un brouillon, un essai, une esquisse, c’est réintroduire du jeu dans un lieu que le jugement avait entièrement occupé. Cela s’entend, et cela se travaille.
La procrastination est souvent un compromis : elle dit oui à la tâche et non à quelque chose que la tâche réveille (un juge, une autorité, un renoncement, un succès qui ferait peur). L’écoute analytique cherche ce « non » pour lui rendre la parole. Quand il peut se dire, il a moins besoin de se cacher dans les retards, et les outils concrets se mettent enfin à fonctionner.
Exemple fictif
Exemple fictif : Florian, 36 ans, ingénieur apprécié, rend depuis un an tous ses rapports en retard. Le problème est apparu avec l’arrivée d’un nouveau directeur, un homme exigeant qui relit tout au stylo rouge. Florian travaille vite et bien sur ses projets personnels, aide volontiers ses collègues, et n’a aucun mal avec les autres tâches. Il dit : « C’est absurde, je pourrais les écrire en une heure. » En séance, il remarque qu’il parle de son directeur avec les mots qu’il employait, adolescent, pour son père, qui corrigeait ses devoirs le dimanche soir.
Quelle lecture vous semble la plus utile pour l’aider ?
Affirmation 1
L’écoute analytique fait place à l’histoire sans désigner de coupable. Elle regarde ce que vous avez fait, enfant puis adulte, de ce que vous avez vécu, et comment ces solutions anciennes continuent de jouer. Le but est de retrouver une liberté, pas d’instruire un procès.
Affirmation 2
Comprendre aide beaucoup : cela allège la honte et désamorce certains blocages. Mais une habitude installée depuis des années ne disparaît pas d’un coup. C’est pourquoi nous associons l’écoute à des outils concrets, issus des TCC, pour s’exercer à démarrer autrement.
Affirmation 3
Oui, et c’est même la règle. On peut repousser ses papiers par révolte, son roman par peur du jugement et son rendez-vous médical par angoisse de ce qu’on va apprendre. Chaque report a sa logique, et c’est en les écoutant un par un qu’on les comprend.
Affirmation 4
Le rêve n’est pas une prédiction. Freud remarquait que ces rêves portent souvent sur des examens réussis, et qu’ils surviennent avant une épreuve réelle. Ils disent l’inquiétude du moment, et peut-être aussi qu’on a déjà su la traverser.
Affirmation 5
Oui. Un désir très fort engage beaucoup de soi, et il peut se heurter à une culpabilité ou à une loyauté. Freud a décrit ces personnes qui reculent au moment où leur souhait va se réaliser. Différer en est une version silencieuse.
Nous pratiquons une écoute analytique nourrie de plusieurs grandes traditions, et nous ne la séparons jamais du concret de votre vie. Quand vous venez pour une procrastination, nous ne vous demandons pas de choisir entre « comprendre » et « agir » : les séances font place aux deux. On peut, dans la même heure, parler du père qui corrigeait au stylo rouge et décider de la première phrase du rapport de lundi.
L’EMDR, l’autre axe principal du cabinet, intervient quand un souvenir précis reste chargé : une copie lue à voix haute pour faire rire, un reproche jamais oublié, un échec dont on a eu honte. Pour ce travail, la spécialisation du psychothérapeute dans le trauma compte, et un bilan psycho-traumatique préalable l’aide à se dérouler dans de bonnes conditions. Les outils des TCC complètent l’ensemble pour s’exercer à démarrer, et la neuropsychologue peut évaluer l’attention quand un TDAH est évoqué.
Tout commence par une rencontre sans suite obligée, au cabinet de Colombes, de Pavillons-sous-Bois ou d’Ardèche, ou par écran interposé. Viennent ensuite des séances espacées comme il vous convient, ponctuées de moments où l’on regarde ensemble ce qui a bougé. Voir notre façon d’accompagner et l’écoute analytique dans nos pratiques.
Souvent, oui. Au-delà des mécanismes communs à tous, une remise à plus tard répétée peut protéger quelque chose : une image de soi, un désaccord qui ne peut pas se dire, un lien que la réussite mettrait en danger, ou des possibles qu’on n’ose pas refermer. Ces raisons se découvrent en parlant, rarement en y réfléchissant seul.
Parce qu’une tâche n’est jamais neutre : elle porte la voix de celui qui la demande et peut réveiller une relation plus ancienne. Une procrastination sélective (seulement pour un chef, seulement pour l’administration, seulement pour un projet très désiré) est un indice précieux. Elle indique où chercher.
Elle la lit comme un compromis entre deux voix intérieures, l’une qui veut faire, l’autre qui freine. Freud y aide avec les notions de surmoi, d’ambivalence et de culpabilité devant le succès ; Lacan, avec le temps pour comprendre et le moment de conclure ; la tradition jungienne, avec la vie provisoire. Ces repères servent à entendre ce que protège le report, pour que la personne retrouve sa liberté d’agir.
Finir expose au jugement, oblige à renoncer à la version idéale, et fait parfois perdre quelque chose (une étape, un lien, un statut). Freud a décrit des personnes qui reculent au moment où un souhait va se réaliser, sous l’effet d’une culpabilité inconsciente. Comprendre ce que la fin représente pour vous aide souvent à la franchir.
Elle apporte beaucoup en éclairant le sens du blocage et en allégeant la honte. Au cabinet, nous l’associons à l’EMDR quand des souvenirs restent chargés, et aux outils des TCC pour s’exercer à démarrer. C’est cette combinaison, ajustée à chacun, qui donne le plus de prise.
Si vous repoussez depuis longtemps ce qui compte, et que les outils ne tiennent jamais, il est peut-être temps d’écouter ce que le report protège. Une première rencontre, libre de tout engagement, suffit pour s’y mettre. Au cabinet ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.