EMDR et troubles alimentaires : traiter les souvenirs qui entretiennent le trouble
Une remarque sur le corps qui revient en boucle, une scène de honte au moment du repas, une image de soi devant le miroir qui fait encore mal des années plus tard. L'EMDR, psychothérapie surtout connue pour le traitement du psychotraumatisme, s'intéresse à ces souvenirs-là. Dans les troubles alimentaires, elle peut aider lorsque le passé continue de peser sur l'assiette et sur l'image du corps. Voici ce qu'elle propose, comment elle s'adapte aux TCA, et ce que la recherche permet d'affirmer, ou pas encore.
L'EMDR en quelques mots
EMDR est l'abréviation anglaise d'Eye Movement Desensitization and Reprocessing, que l'on peut traduire par désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires. La méthode a été mise au point par la psychologue américaine Francine Shapiro à la fin des années 1980. Pendant la séance, la personne garde à l'esprit un souvenir pénible tout en suivant des stimulations qui alternent à gauche et à droite : des mouvements des yeux le plus souvent, parfois des tapotements ou des sons. Entre chaque série, elle dit simplement ce qui lui vient, une image, une pensée, une sensation, et le travail repart de là.
Son indication la mieux établie reste l'état de stress post-traumatique. En France, le guide de la Haute Autorité de santé consacré aux troubles anxieux graves (2007) la place, avec les thérapies cognitivo-comportementales centrées sur le traumatisme, parmi les psychothérapies de choix dans ce trouble. En 2013, l'Organisation mondiale de la santé a recommandé ces deux approches pour l'état de stress post-traumatique, chez l'adulte comme chez l'enfant et l'adolescent. Les troubles alimentaires ne font pas partie de ces indications reconnues, et c'est justement tout l'objet de cette page : comprendre pourquoi l'EMDR y est explorée, et à quelles conditions.
Une stimulation alternée
Les mouvements des yeux, les tapotements ou les sons servent de support pendant que la personne reste en contact avec un souvenir. Le praticien règle le rythme et s'arrête dès que c'est nécessaire.
Passé, présent, futur
On travaille les souvenirs à l'origine de la souffrance, puis ce qui la déclenche aujourd'hui, puis la manière dont on aimerait réagir demain.
Les huit phases d'un traitement EMDR
L'EMDR ne se résume pas aux mouvements des yeux. C'est une psychothérapie complète, organisée en huit phases. Les premières, consacrées à l'histoire et à la préparation, peuvent durer longtemps dans les troubles alimentaires, et c'est souvent une bonne chose.
- Histoire et plan de traitementOn retrace le parcours de la personne, l'histoire du trouble alimentaire, l'état de santé physique, et l'on repère les souvenirs qui semblent compter.
- PréparationOn explique la méthode, on construit des ressources d'apaisement et l'on vérifie que la personne peut approcher des émotions fortes sans être submergée.
- Évaluation de la ciblePour un souvenir précis, on identifie l'image la plus pénible, la pensée négative sur soi qui s'y attache, la pensée que l'on voudrait pouvoir croire, l'émotion et l'endroit du corps où elle se loge.
- DésensibilisationLes séries de stimulations alternées commencent. On observe comment la détresse évolue au fil des séries.
- InstallationOn renforce la pensée positive choisie, une fois que le souvenir est devenu moins chargé.
- Scanner corporelOn passe le corps en revue pour repérer une tension restante. Dans les TCA, ce temps prend un relief particulier, puisque le rapport au corps est au cœur de la souffrance.
- ClôtureChaque séance se termine par un retour au calme, même si le travail n'est pas achevé.
- RéévaluationLa séance suivante commence par faire le point sur ce qui a bougé et sur ce qui reste à travailler.
Le modèle TAI : quand un souvenir reste bloqué
Pour expliquer ses effets, l'EMDR s'appuie sur un modèle théorique appelé traitement adaptatif de l'information, ou TAI. L'idée de départ est assez intuitive. La plupart de nos expériences, même désagréables, finissent par être « digérées » : elles rejoignent le reste de notre mémoire, on en tire quelque chose, et elles cessent de faire mal. Certaines expériences, trop intenses ou vécues trop tôt, resteraient au contraire stockées telles quelles, avec les images, les émotions, les sensations et les pensées du moment. Un rien suffit alors à les réactiver, et la personne réagit au présent avec l'intensité d'autrefois.
Le retraitement viserait à relier ce souvenir isolé aux autres réseaux de la mémoire, notamment à ce que la personne sait aujourd'hui en tant qu'adulte et aux expériences apaisantes qu'elle a vécues depuis. Le souvenir ne s'efface pas. Il devient un souvenir comme un autre, que l'on peut évoquer sans être envahi. Ce modèle sert à guider la pratique clinique. L'Institut français d'EMDR précise lui-même qu'il n'est rattaché à aucun mécanisme neurobiologique précis, la neurobiologie ne sachant pas encore, pour aucune psychothérapie, identifier ce qui agit.
À retenir
Le modèle TAI est une grille de lecture clinique, sans mécanisme cérébral démontré à ce jour. Il aide à choisir quels souvenirs travailler et dans quel ordre. Son intérêt dans les troubles alimentaires tient au fait que beaucoup de croyances sur le corps et sur la nourriture semblent nées d'expériences précises.
Trauma et troubles alimentaires : un lien fréquent, pas une règle
Pourquoi parler d'une thérapie du trauma à propos de l'anorexie, de la boulimie ou de l'hyperphagie boulimique ? Parce que de nombreux travaux observent que les deux se croisent souvent. Le dossier de l'Institut français d'EMDR (IFEMDR) rassemble plusieurs de ces études : l'état de stress post-traumatique y apparaît fréquemment associé aux trois grands troubles alimentaires, et les violences subies dans l'enfance, sexuelles en particulier, semblent liées plus spécifiquement aux troubles avec crises. Une enquête française menée en 2015 auprès de plus de 1 200 victimes de violences sexuelles, rapportée dans ce dossier, retrouvait des troubles alimentaires chez plus de trois personnes sur dix. Les recommandations de la HAS sur la boulimie citent d'ailleurs le psychotraumatisme parmi les situations où il est utile de penser à rechercher un trouble alimentaire.
Ces données décrivent des associations statistiques. Elles ne disent pas qu'un trouble alimentaire a forcément une origine traumatique, ni qu'une histoire traumatique conduit à un TCA. Beaucoup de personnes souffrant d'anorexie ou de boulimie n'ont vécu aucun événement de ce type. Les troubles alimentaires naissent de plusieurs facteurs à la fois, biologiques, psychologiques, familiaux et sociaux, comme l'explique la page causes des troubles alimentaires.
Grands et petits traumatismes : de quoi parle-t-on ?
En EMDR, on ne s'intéresse pas seulement aux événements graves, comme une agression ou un accident. Les protocoles publiés pour les TCA prennent aussi en compte des expériences plus ordinaires mais blessantes et répétées : des moqueries, des humiliations, un climat de critique, des conflits autour des repas. Ces vécus ne relèvent pas du stress post-traumatique au sens strict. Ils peuvent pourtant laisser une empreinte durable sur la façon dont on se regarde.
Le document de travail sur les critères diagnostiques hébergé par l'IFEMDR évoque aussi des prises alimentaires excessives qui s'installent en réaction à un événement éprouvant, comme un deuil ou un choc émotionnel. Là encore, le lien entre l'événement et le comportement mérite d'être exploré au cas par cas.
Quand le trouble alimentaire protège
Les cliniciens qui travaillent avec l'EMDR dans les TCA décrivent souvent le symptôme comme une défense : contrôler la nourriture pour ne plus sentir, manger pour engourdir une émotion, se couper de son corps pour ne pas éprouver la honte. Dans cette lecture, on ne cherche pas à arracher le symptôme. On essaie d'abord de comprendre ce qu'il protège, puis de rendre cette protection moins nécessaire. C'est un point de rencontre avec l'écoute analytique, développée sur la page psychanalyse et troubles alimentaires.
Image du corps et honte : des souvenirs qui laissent une trace
Dans un trouble alimentaire, la manière de se voir et de se juger occupe souvent toute la place. Une partie de ces jugements semble rattachée à des scènes précises, que la personne peut retrouver quand on l'y invite : une pesée humiliante, un commentaire sur sa silhouette, un regard ressenti comme méprisant, une photo que l'on n'a jamais supportée. Ces scènes ne sont pas toujours spectaculaires. Elles reviennent pourtant, au moment de s'habiller, de se regarder dans une vitrine, de s'asseoir à table.
C'est sur ces souvenirs que l'EMDR a été le plus étudiée dans les TCA. Dans la bibliographie réunie par l'IFEMDR jusqu'en 2021, le seul essai randomisé, publié en 2008, portait précisément sur l'image du corps négative chez des patientes hospitalisées (il est présenté plus bas). La clinicienne espagnole Natalia Seijo a par ailleurs décrit un protocole intitulé « le Soi rejeté », pensé pour la distorsion de l'image du corps : il vise à ce que la personne puisse reconnaître son corps comme le sien, puis l'accepter, en travaillant la honte et le rejet qui s'y attachent.
Les images qui poussent à agir
Le protocole publié par Renee Beer apporte une idée intéressante. Les peurs liées au trouble seraient entretenues par des images intrusives, tournées vers le passé ou vers l'avenir : la pire image de soi que l'on redoute de devenir, par exemple. Les crises et les conduites de compensation seraient, elles, poussées par des images positives de leur effet attendu, le soulagement que l'on anticipe. L'EMDR peut cibler les unes comme les autres. On travaille alors non seulement sur ce qui s'est passé, mais aussi sur ce que l'on imagine.
À retenir
- Certaines croyances sur le corps (« je suis repoussant », « je ne mérite pas de manger ») semblent ancrées dans des souvenirs précis.
- L'EMDR cible ces souvenirs, mais aussi des images anticipées qui alimentent la peur ou la crise.
- La honte est souvent au premier plan, ce qui demande un rythme lent et une relation de confiance solide.
Comment l'EMDR s'adapte aux troubles alimentaires
On ne pratique pas l'EMDR dans un TCA exactement comme après un accident de la route. Plusieurs cliniciens ont publié des protocoles adaptés, réunis pour la plupart dans un ouvrage collectif dirigé par Marilyn Luber en 2018 et 2019. Ils se rejoignent sur un point : aucun ne présente l'EMDR comme un traitement isolé. Tous l'intègrent dans une prise en charge plus large.
Seijo : de l'extérieur vers l'intérieur
Ce protocole relie trauma, attachement et dissociation. Il repère d'abord les « parties » de la personne et ses défenses (ne pas voir le trouble, ne pas sentir, avoir peur d'aller mieux), puis seulement les souvenirs. Le trauma n'est abordé qu'une fois ces défenses apaisées.
Le Soi rejeté : l'image du corps
On mesure l'écart entre l'image de soi et la réalité, on construit des ressources, dont l'évocation d'un regard bienveillant, on soigne le quotidien, puis on retraite la honte et le rejet. La relation aux figures d'attachement y tient souvent une place centrale.
Beer : EMDR et TCC ensemble
Ce protocole s'appuie sur le modèle transdiagnostique de Fairburn, à la base de la TCC des troubles alimentaires. Sur onze modules, six font appel à l'EMDR : souvenirs pénibles, peurs liées au trouble, impulsivité, estime de soi, perfectionnisme et image du corps. Voir la page TCC et troubles alimentaires.
Zaccagnino : l'anorexie hors phase aiguë
Pensé pour l'anorexie mentale une fois la phase aiguë passée, il relie souvenirs, déclencheurs, scénarios futurs et ressources. Il prévoit un dialogue avec la « partie qui contrôle », à l'aide d'une technique imagée de table de réunion intérieure.
Pourquoi parler de « parties » ?
Beaucoup de personnes souffrant d'un trouble alimentaire décrivent un conflit intérieur : une voix qui exige de contrôler, une autre qui culpabilise, une autre encore qui voudrait simplement manger en paix. Plusieurs protocoles EMDR donnent un nom à ces mouvements, avec la personne, pour mieux dialoguer avec eux. On parle par exemple d'une partie qui contrôle, d'un critique intérieur perfectionniste ou d'une partie cachée par la honte. La personne n'est pas pour autant « plusieurs » : ces noms aident à reconnaître des besoins contradictoires et à respecter ce que chacun cherche à protéger.
Quels souvenirs choisir comme cibles ?
Les protocoles proposent plusieurs portes d'entrée : l'événement qui a précédé l'apparition du trouble, des traumatismes plus anciens, l'histoire du rapport à la nourriture dans la famille, les conflits autour des repas, mais aussi les symptômes eux-mêmes et les images anticipées. Le choix se fait avec la personne, au fil de l'évaluation, et il peut changer en cours de route.
EMDR et troubles alimentaires : ce que dit la recherche
Sur ce point, mieux vaut être clair. L'EMDR repose sur un socle de recherche solide pour l'état de stress post-traumatique. Dans les troubles alimentaires, les données sont beaucoup plus minces : quelques essais de petite taille, de nombreuses études de cas, des communications de congrès. Elles sont encourageantes sur certains points, sans permettre de parler d'un traitement validé.
Les principaux travaux, en clair
| Étude | Ce qui a été fait | Ce qu'on peut en retenir |
|---|---|---|
| Essai randomisé, 2008 (Bloomgarden et Calogero) | 86 femmes en soins résidentiels pour un TCA : soins habituels seuls, ou soins habituels plus EMDR. | Moins de détresse liée aux souvenirs d'image du corps et une insatisfaction corporelle plus faible dans le groupe EMDR, encore visible au suivi à trois et douze mois. Pas de différence sur les autres mesures d'image du corps ni sur les autres indicateurs cliniques. |
| Revue systématique, 2017 (Balbo, Zaccagnino et coll.) | Recherche dans quatre bases de données des études publiées jusqu'en février 2017. | Approche jugée prometteuse, mais études trop rares et trop fragiles pour conclure à une efficacité. |
| Essai pilote randomisé, 2026 (Hatoum et coll.) | 38 adultes souffrant d'hyperphagie boulimique : 10 séances d'EMDR ou liste d'attente. | Baisse plus nette des crises, des préoccupations alimentaires et corporelles, de l'anxiété et des troubles du sommeil. Pas d'effet sur l'estime de soi ni sur la restriction. Étude de faisabilité, sans suivi à distance. |
| Essai randomisé, 2026 (Guerrini Usubini et coll.) | 31 femmes hospitalisées pour obésité avec hyperphagie boulimique et antécédent traumatique : quatre séances d'EMDR ou de TCC, en plus du programme habituel. | Les deux groupes s'améliorent, sans différence entre EMDR et TCC. Effectif réduit, durée très courte, étude financée par l'association EMDR Europe. |
Où en sont les preuves, trouble par trouble ?
Jauge illustrative construite par le cabinet à partir des études citées sur cette page. Ce n'est pas une mesure statistique.
Les études de cas : utiles, mais à lire avec prudence
La bibliographie rassemblée par l'IFEMDR compte plus d'une centaine de références, mais il s'agit surtout de communications de congrès, de chapitres et de cas uniques. On y trouve par exemple une anorexie de l'adolescence apparue après des expériences traumatiques précoces, deux situations d'ARFID traitées par EMDR associée à la TCC, ou une boulimie améliorée par la combinaison des deux approches. Ces récits aident les cliniciens à réfléchir. Un cas isolé ne permet jamais de généraliser.
Une étude italienne, signalée comme soumise à publication, suggérait chez des patientes anorexiques que la TCC agissait davantage sur les symptômes alimentaires et l'EMDR davantage sur l'estime de soi et les blessures non résolues. Faute de publication confirmée, on ne peut en tirer qu'une hypothèse, celle d'une complémentarité.
Des voix critiques existent aussi
Dès 1998, une équipe de chercheurs appelait à ne pas adopter l'EMDR trop vite dans les troubles alimentaires, faute de données. Beaucoup de synthèses disponibles en français émanent par ailleurs d'organismes de formation à l'EMDR. Elles restent utiles, à condition de les lire avec un regard critique et de revenir, quand on le peut, aux études originales.
À retenir
L'EMDR n'est pas un traitement de référence des troubles alimentaires. Les recommandations françaises placent la TCC adaptée aux TCA en première intention dans la boulimie et l'hyperphagie boulimique. L'EMDR peut compléter ce travail lorsque des souvenirs douloureux ou une image du corps blessée semblent entretenir le trouble, et les résultats les plus encourageants concernent pour l'instant l'image du corps et l'hyperphagie boulimique.
Prudence clinique : quand l'EMDR attend
Approcher des souvenirs douloureux demande un minimum de sécurité, dans le corps comme dans la vie. Dans les troubles alimentaires, cette sécurité n'est pas toujours là au début, et le calendrier compte autant que la méthode.
Le corps d'abord
En cas de dénutrition importante, de vomissements très fréquents ou de complications physiques, la priorité va à la stabilisation médicale. Tant que le corps est en danger, ouvrir un travail sur des souvenirs douloureux n'est pas raisonnable. Le protocole de Zaccagnino est d'ailleurs pensé pour l'anorexie hors phase aiguë.
Des ressources avant les souvenirs
Si la personne se coupe facilement de ses sensations, se sent submergée ou n'a pas encore de moyens de s'apaiser, la phase de préparation s'allonge. C'est aussi le cas quand des signes de dissociation sont présents.
Des situations à évaluer
Le guide de la HAS sur les troubles anxieux graves signale que l'EMDR est contre-indiquée en cas de pathologie psychotique. Un risque suicidaire, une crise de vie aiguë ou une consommation de substances imposent aussi d'ajuster le projet de soin.
Jamais seule
Un trouble alimentaire se soigne à plusieurs : médecin traitant, parfois psychiatre et diététicien, psychothérapeute. L'EMDR n'est qu'un outil au sein de ce suivi coordonné, jamais un substitut.
Il arrive qu'un souvenir travaillé en séance continue de « travailler » les jours suivants : rêves plus vifs, émotions qui remontent, fatigue. Cela se prépare, s'explique et se reprend à la séance suivante. Dans un trouble alimentaire, on reste attentif à ce que ces mouvements ne se traduisent pas par une hausse des symptômes, et l'on adapte le rythme si besoin.
La place de l'EMDR au cabinet, dans une approche intégrative
Au cabinet, l'EMDR n'arrive jamais en premier par principe. Nous commençons par écouter l'histoire de la personne et celle de son trouble, par vérifier que le suivi médical est en place, et par comprendre ce que le symptôme vient dire. Trois manières de travailler se complètent ensuite.
- Les outils de la TCC aident à desserrer le trouble au quotidien : repas plus réguliers, repérage des pensées en tout ou rien, alternatives aux crises. Voir TCC et troubles alimentaires.
- L'écoute analytique laisse le temps de déplier ce que le symptôme raconte de l'histoire, des liens et du rapport au corps. Voir psychanalyse et troubles alimentaires.
- L'EMDR intervient lorsque des souvenirs précis, des scènes de honte ou une image du corps blessée semblent entretenir le trouble, et que la personne dispose de ressources suffisantes pour les approcher.
L'ordre et la part de chaque outil se décident avec la personne et évoluent au fil du suivi. Cette façon de faire est décrite en détail sur la page approche intégrative des troubles alimentaires. Si vous vous demandez où vous en êtes dans votre rapport à la nourriture, la page test troubles alimentaires propose des questionnaires de réflexion.
Quiz : souvenir ou croyance ?
En EMDR, on distingue avec soin le souvenir, une scène précise avec ses images, ses odeurs, ses sons, et la croyance, une phrase que l'on se dit sur soi et qui s'est souvent accrochée à ce souvenir. Saurez-vous les reconnaître ? Huit phrases, deux réponses possibles. À la fin, découvrez le réseau de mémoire que vous avez reconstitué.
Ce jeu est un outil pédagogique. Il n'évalue pas votre situation et ne remplace pas une évaluation par un professionnel. Rien n'est enregistré ni envoyé : tout se passe dans votre navigateur.
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Questions fréquentes sur l'EMDR et les troubles alimentaires
L'EMDR peut-elle aider dans un trouble alimentaire ?
Elle peut trouver sa place lorsque des souvenirs pénibles, des scènes de honte ou une image du corps blessée semblent entretenir le trouble. Elle ne s'utilise pas seule : elle s'inscrit dans un suivi plus large, coordonné avec le médecin, et souvent associé à la TCC. Les données de recherche restent limitées, ce qui invite à la prudence.
Que dit la recherche sur l'EMDR et les TCA ?
Une revue systématique de 2017 jugeait l'approche prometteuse, mais les études trop rares et trop fragiles pour conclure. Un essai de 2008 mené auprès de 86 patientes hospitalisées a montré une baisse de la détresse liée aux souvenirs d'image du corps et de l'insatisfaction corporelle. Deux petits essais publiés en 2026 sur l'hyperphagie boulimique sont encourageants. Aucun essai solide n'existe pour l'anorexie mentale. Le niveau de preuve reste bien inférieur à celui obtenu dans le stress post-traumatique.
Quel lien entre traumatisme et troubles alimentaires ?
De nombreuses études observent une association fréquente entre stress post-traumatique et troubles alimentaires, en particulier entre les violences subies dans l'enfance et les troubles avec crises. Il s'agit d'un lien statistique, pas d'une règle : beaucoup de personnes souffrant d'un TCA n'ont pas vécu de traumatisme, et un traumatisme ne mène pas forcément à un TCA.
L'EMDR agit-elle sur l'image du corps ?
C'est la piste la mieux étudiée à ce jour. Dans l'essai de 2008, les souvenirs liés à l'image du corps devenaient moins pénibles et l'insatisfaction corporelle diminuait chez les patientes ayant reçu de l'EMDR en plus de leurs soins habituels. Des protocoles dédiés existent, comme celui du « Soi rejeté ». D'autres études sont nécessaires pour confirmer ces résultats.
Quand l'EMDR n'est-elle pas indiquée en premier ?
Quand l'état physique est préoccupant, par exemple en cas de dénutrition importante, la stabilisation médicale passe avant. Quand la personne manque encore de moyens pour s'apaiser, ou présente des signes de dissociation, on prend d'abord le temps de construire des ressources. La HAS signale aussi une contre-indication en cas de pathologie psychotique.
Comment se passe une séance d'EMDR ?
Après plusieurs séances consacrées à l'histoire et à la préparation, on choisit un souvenir précis. On repère l'image la plus pénible, la pensée négative sur soi qui s'y attache, la pensée que l'on aimerait croire, l'émotion et la sensation dans le corps. Viennent ensuite des séries de mouvements des yeux, de tapotements ou de sons, entrecoupées de pauses où l'on dit ce qui vient. Chaque séance se termine par un retour au calme.
L'EMDR remplace-t-elle la TCC ou le suivi médical ?
Non. Les protocoles publiés intègrent tous l'EMDR dans une prise en charge plus large, souvent aux côtés de la TCC, que les recommandations françaises placent en première intention dans la boulimie et l'hyperphagie boulimique. Le suivi médical, et nutritionnel si besoin, reste indispensable. Au cabinet, l'EMDR est l'un des outils d'une approche intégrative.
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Si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un proche : 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit, joignable jour et nuit. En cas d'urgence vitale : le 15 (Samu) ou le 112.
Pour aller plus loin sur les troubles alimentaires
- Troubles du comportement alimentaireLa vue d'ensemble
- Anorexie mentaleRestriction, peur de grossir, rapport au corps
- BoulimieCrises et cycle boulimique
- Hyperphagie boulimiqueCrises sans compensation
- ARFID et autres troublesPica, mérycisme, trouble purgatif...
- Causes et facteursCe qui installe et entretient un TCA
- TCA et TCCJournal alimentaire, repas réguliers, pensées
- Approche analytiqueDonner un sens au symptôme
- Approche intégrativeNotre façon de travailler
- Auto-testsFaire le point, sans diagnostic
- Aider un procheConseils et questions fréquentes
Sources et références
Cette page a été rédigée par le cabinet à partir des documents suivants, sans reprise de leur texte. Ils permettent d'approfondir.
- Institut français d'EMDR (IFEMDR), dossier « EMDR et TCA » : ifemdr.fr/dossier-emdr-et-tca
- IFEMDR, résumés de la revue systématique de 2017 : revue systématique, de l'essai pilote sur l'hyperphagie boulimique : essai pilote, et de l'essai EMDR et TCC : essai comparatif
- IFEMDR, présentations des protocoles : Seijo, le Soi rejeté, Beer, Zaccagnino, et bibliographie EMDR et TCA
- IFEMDR, « Traitement adaptatif de l'information et procédures de la thérapie EMDR » : ifemdr.fr
- IFEMDR, document de travail sur les critères diagnostiques des TCA (2021) : PDF
- Bloomgarden A., Calogero R. M., essai randomisé sur l'efficacité de l'EMDR chez des femmes souffrant d'un TCA, Eating Disorders, 16(5), 2008 : résumé (université du Kent)
- Haute Autorité de santé, guide « Affections psychiatriques de longue durée : troubles anxieux graves », 2007 : PDF
- Haute Autorité de santé, Boulimie et hyperphagie boulimique : repérage et éléments généraux de prise en charge, 2019 : recommandations
- Organisation mondiale de la santé, Guidelines for the management of conditions specifically related to stress, 2013 (recommandations sur le stress post-traumatique) : who.int
- EMDRIA, présentation des huit phases de la thérapie EMDR : emdria.org
- Takadoc, « Glossaire des TCA » et « La TCC dans les troubles alimentaires » : glossaire, TCC
- Santé.fr, lignes d'écoute en santé mentale, dont Anorexie Boulimie Info Écoute (FFAB) : sante.fr
- Numéro national de prévention du suicide (3114) : sante.fr