TCC et troubles alimentaires : comment la thérapie cognitivo-comportementale aide à sortir du cercle
La TCC, ou thérapie cognitivo-comportementale, occupe une place centrale dans le soin des troubles alimentaires. Elle ne cherche pas à vous faire « tenir » par la volonté. Elle part d'un constat simple : certaines règles, certaines pensées et certaines habitudes entretiennent le trouble, et on peut apprendre à les repérer puis à les desserrer, pas à pas. Journal alimentaire, repas réguliers, travail sur les pensées autour du corps, expériences concrètes : voici comment elle fonctionne, ce qu'elle fait très bien, et là où d'autres approches prennent le relais.
Qu'est-ce que la TCC dans les troubles alimentaires ?
La thérapie cognitivo-comportementale regroupe des psychothérapies structurées, plutôt brèves, centrées sur le présent. Elle s'intéresse à trois choses qui s'influencent en permanence : ce que l'on pense, ce que l'on ressent et ce que l'on fait. Dans un trouble du comportement alimentaire, ce triangle prend une forme très reconnaissable. Une pensée (« si je mange ce plat, je vais grossir ») déclenche une émotion (l'angoisse), qui pousse à un comportement (sauter le repas, ou au contraire manger sans pouvoir s'arrêter), qui renforce à son tour la pensée de départ.
La TCC appliquée aux troubles alimentaires ne se contente pas de conseils de bon sens. Elle s'appuie sur un modèle précis de ce qui fait durer le trouble, et elle propose des exercices pour agir sur chacun de ces maillons. Elle se fait avec la personne : le thérapeute ne décide pas à sa place, il construit avec elle une carte de son fonctionnement et des objectifs qu'ils partagent.
Les pensées
Règles rigides sur la nourriture, raisonnement en tout ou rien, valeur personnelle jugée à l'aune du poids. La TCC apprend à les remarquer, à les examiner et à les assouplir.
Les émotions
Une angoisse qui monte d'un coup, une honte soudaine : ces pics servent de repères, car ils signalent souvent qu'une règle ou une croyance vient d'être touchée. On apprend à les reconnaître et à les traverser sans passer par la nourriture.
Les comportements
Restriction, crises, vomissements, pesées à répétition, évitement des repas partagés. On les remplace progressivement par d'autres conduites, en mesurant à chaque fois ce qui se passe.
À retenir
La TCC des troubles alimentaires ne demande pas de « se reprendre en main ». Elle aide à comprendre la mécanique qui fait tourner le trouble, puis à la démonter morceau par morceau, à un rythme négocié ensemble.
Le modèle de Fairburn : le cercle qui entretient le trouble
La TCC actuelle des troubles alimentaires doit beaucoup au psychiatre britannique Christopher Fairburn et à son équipe d'Oxford. Leur idée forte : au-delà des étiquettes (anorexie, boulimie, hyperphagie boulimique), les mêmes mécanismes entretiennent souvent le trouble. On parle d'approche transdiagnostique, parce qu'elle traverse les diagnostics. Cette lecture aide aussi à comprendre pourquoi un trouble alimentaire peut changer de forme au fil des années chez une même personne.
Au cœur du modèle, le poids et la silhouette prennent une importance démesurée : la personne finit par se juger avant tout sur son corps et sur sa capacité à maîtriser ce qu'elle mange. Autour, un cercle se met en place. Suivez-le ci-dessous, avec à chaque étape l'endroit où la TCC vient le couper.
- Des règles et une restrictionSauter des repas, bannir des familles d'aliments, s'imposer des portions ou des heures immuables. On pense reprendre le contrôle.La TCC réinstalle des repas réguliers et assouplit les règles.
- La faim et la frustration montentLe corps et l'esprit réclament ce qui manque. La tension grandit, surtout en fin de journée ou dans les moments de fatigue et d'émotion.Le journal alimentaire aide à repérer ces moments à risque.
- La perte de contrôleUne règle est franchie, et la pensée en tout ou rien prend le dessus (« tant pis, c'est fichu »). Une crise peut survenir.La restructuration cognitive travaille ce « tout ou rien ».
- Culpabilité et compensationHonte, dégoût de soi, puis tentative d'effacer : vomir, jeûner, s'épuiser au sport. Et la promesse d'être encore plus strict demain, qui relance le cercle.On construit d'autres réponses à l'émotion et on réduit pas à pas les compensations.
Dans l'hyperphagie boulimique, le cercle est très proche, à une différence près : les crises ne sont pas suivies de conduites compensatoires régulières. Dans l'anorexie mentale de forme restrictive, c'est surtout le premier maillon qui s'emballe, la restriction devenant un but en soi. Pour mieux connaître chacun de ces troubles, voyez nos pages sur la boulimie, l'hyperphagie boulimique et l'anorexie mentale.
Pour aller plus loin : les mécanismes « supplémentaires »
Fairburn et ses collègues ont décrit, chez une partie des personnes, quatre fragilités qui s'ajoutent au cercle de base et le rendent plus résistant : un perfectionnisme clinique (des exigences très élevées qui envahissent tout), une estime de soi globalement basse, une difficulté à supporter les émotions intenses, et des difficultés relationnelles. Quand elles sont au premier plan, la TCC est élargie pour les travailler aussi. Un essai mené sur deux sites a comparé une version centrée sur l'alimentation et une version élargie : les deux ont donné des changements comparables, et la version élargie semblait mieux convenir aux personnes dont les difficultés associées étaient les plus marquées.
La TCC-E : une TCC « améliorée » pour les troubles alimentaires
La forme la plus connue de TCC pour les troubles alimentaires porte un nom anglais : enhanced cognitive behaviour therapy, abrégé CBT-E, que l'on traduit par TCC améliorée ou TCC-E. C'est un protocole individuel, qui suit un fil précis tout en s'ajustant à chaque personne. Le document d'information d'un service britannique de soins pour adolescents (Oxford Health) annonce en général 20 à 40 séances, sur environ 6 à 12 mois, le nombre dépendant surtout de la perte de poids au départ. Les fiches du NICE prévoient deux séances par semaine pendant les toutes premières semaines.
Comprendre ensemble et démarrer
On construit une carte personnalisée du trouble, on commence le journal alimentaire et on met en place une alimentation régulière. Les premières semaines sont souvent les plus denses.
Faire le point
Un temps de bilan : qu'est-ce qui a bougé, qu'est-ce qui résiste ? On décide de la suite du travail en fonction de ce qui entretient le trouble chez vous.
Travailler les mécanismes de fond
Image du corps et préoccupation pour le poids, restriction, lien entre événements de la journée, humeur et alimentation. Si besoin, perfectionnisme, estime de soi ou relations.
Consolider et prévenir la rechute
On repère les situations qui pourraient fragiliser les progrès et on rédige un plan personnel pour y faire face. Une séance de suivi peut avoir lieu quelques mois plus tard.
Chiffres issus des fiches patients de l'institut britannique NICE (recommandation NG69) et d'un essai publié dans l'American Journal of Psychiatry en 2009, mené auprès de 154 patients dont l'IMC était supérieur à 17,5. Références complètes en bas de page.
Que veut dire « 51 % » exactement ?
Dans cet essai, les chercheurs ont mesuré la place prise par les préoccupations alimentaires et corporelles. Un peu plus de la moitié des participants avaient, 60 semaines après la fin du traitement, des scores proches de ceux de la population générale. C'est un résultat encourageant. Il dit aussi, en creux, qu'une autre moitié gardait des difficultés notables. Les personnes très amaigries n'étaient pas incluses. Ce chiffre ne s'applique donc pas tel quel à chaque situation, et il ne constitue en aucun cas une promesse.
La boîte à outils de la TCC pour les troubles alimentaires
Chaque outil vise un maillon précis du cercle. On ne les utilise pas tous en même temps, ni dans le même ordre pour tout le monde. Dépliez chaque carte pour voir comment il se pratique concrètement.
Le journal alimentaire et émotionnel
Noter, au moment même, ce que l'on mange, quand, où, avec qui, et ce que l'on ressent. C'est la boussole de toute la thérapie.
Comment ça se passe ?
Le carnet n'est ni un outil de surveillance ni un compte de calories. Il sert à rendre visibles des enchaînements que l'on ne voit pas sur le moment : la crise qui suit une journée de restriction, le repas évité après une remarque, l'envie de manger qui arrive avec l'ennui ou la colère. On le relit ensemble en séance, sans jugement.
Une alimentation régulière
Trois repas et des collations, à des heures prévues à l'avance. Simple sur le papier, c'est souvent le levier qui fait le plus bouger les premières semaines.
Pourquoi est-ce si important ?
Manger à intervalles réguliers coupe le cercle à sa racine : moins de longues périodes de jeûne, donc moins de faim accumulée et moins de terrain pour la crise. Pour les personnes qui restreignent, cela permet aussi de reprendre contact avec des repères de faim et de satiété souvent brouillés.
Une pesée hebdomadaire convenue
Au lieu de monter sur la balance plusieurs fois par jour, ou de l'éviter totalement, on convient d'un rythme d'une fois par semaine.
Pourquoi se peser moins ?
Les pesées répétées donnent au chiffre un pouvoir énorme sur l'humeur de la journée, alors que le poids varie naturellement d'un jour à l'autre. L'évitement complet, lui, laisse la place aux craintes les plus sombres. Un rythme hebdomadaire, convenu avec le thérapeute et interprété ensemble, permet de regarder l'évolution réelle sans s'y noyer.
La restructuration cognitive
Repérer les pensées automatiques (« j'ai tout gâché », « je ne vaux rien si je grossis ») et les mettre à l'épreuve des faits.
Un exemple de travail ?
On part d'une situation précise notée dans le carnet. Quelle pensée est venue ? Avec quelle force y croyais-je ? Qu'est-ce qui la soutient, qu'est-ce qui la contredit ? Que dirais-je à une amie dans la même situation ? L'objectif n'est pas de penser positif, mais de retrouver une pensée plus juste, qui laisse davantage de choix.
Les expériences comportementales
Tester une prédiction dans la vraie vie, comme un petit protocole scientifique dont on est à la fois le chercheur et le sujet.
Comment s'y prendre ?
On formule la crainte (« si je déjeune avec mes collègues, tout le monde regardera mon assiette »), on note à quel point on y croit, puis on fait l'essai et on observe ce qui se passe vraiment. L'expérience vécue convainc souvent bien plus qu'un raisonnement.
L'exposition progressive aux aliments redoutés
Réintroduire, une marche après l'autre, les aliments devenus « interdits » ou angoissants.
Pourquoi progressivement ?
On établit ensemble une liste, du moins effrayant au plus effrayant, et on avance à un rythme qui reste supportable. À chaque marche, l'angoisse monte puis redescend, et l'aliment perd une partie de son pouvoir. Brûler les étapes risque au contraire de renforcer l'évitement.
Le travail sur l'image du corps
Réduire les vérifications (miroir, comparaisons) comme l'évitement total de son reflet, et élargir ce qui fonde l'estime de soi.
Que travaille-t-on ?
On observe comment la préoccupation pour le corps se manifeste au quotidien, puis on cherche à lui redonner une place plus modeste. Un exercice classique consiste à dessiner un camembert de ce qui compte dans sa vie : quand le poids et la silhouette en occupent presque tout l'espace, le travail consiste à faire grandir les autres parts (relations, études, travail, passions).
La tolérance émotionnelle
Apprendre à accueillir une émotion forte sans la faire taire par la nourriture, la restriction ou la purge.
Concrètement ?
On identifie les émotions qui précèdent les crises ou les restrictions, on prépare une liste d'actions possibles pour « surfer » sur la vague le temps qu'elle redescende, et on travaille sur les situations qui la déclenchent. Quand les émotions sont très envahissantes, d'autres approches peuvent compléter ce travail.
À retenir
- Le journal alimentaire et les repas réguliers forment le socle des premières semaines.
- Les outils sur les pensées, l'image du corps et les émotions viennent ensuite, selon ce qui entretient le trouble chez chacun.
- Le dernier temps de la thérapie prépare l'après : un plan personnel contre la rechute.
TCC et boulimie, hyperphagie, anorexie : ce que disent les recommandations
Les recommandations officielles donnent à la TCC une place importante dans les troubles alimentaires. Mais cette place n'est pas la même selon le trouble et selon l'âge. Voici une synthèse des textes de la Haute Autorité de santé (HAS) et de l'institut britannique NICE.
| Trouble | Place de la TCC | Autres options citées |
|---|---|---|
| Boulimie (adulte) | HAS 2019 : TCC individuelle adaptée aux troubles alimentaires en première intention. NICE : autosoin guidé d'abord, puis TCC si besoin (jusqu'à 20 séances). | HAS : thérapie interpersonnelle, thérapies psychanalytiques si la TCC n'est pas possible ou est refusée ; thérapie comportementale dialectique en cas de trouble de la personnalité borderline associé. |
| Boulimie (adolescent) | NICE : TCC proposée si la thérapie familiale ne convient pas, avec des séances associant les parents. | Thérapie familiale centrée sur la boulimie en premier (NICE) ; HAS : thérapies familiales possibles chez les adolescents et jeunes adultes. |
| Hyperphagie boulimique | NICE : autosoin guidé d'abord, puis TCC de groupe (16 séances d'environ 1 h 30) ou individuelle. | HAS 2019 : la recommandation traite la boulimie et l'hyperphagie boulimique ensemble et insiste sur un suivi pluriprofessionnel coordonné. |
| Anorexie (adulte) | NICE : TCC adaptée (jusqu'à 40 séances) parmi trois options de premier choix. | NICE : programme MANTRA, prise en charge clinique de soutien spécialisée (SSCM), et en alternative la thérapie psychodynamique focale. HAS 2010 : aucune approche n'est privilégiée, le choix se fait avec la personne. |
| Anorexie (enfant, adolescent) | NICE : TCC proposée si la thérapie familiale ne convient pas, avec une partie des séances associant les parents. | Thérapie familiale centrée sur l'anorexie en premier (NICE) ; HAS 2010 : thérapies familiales recommandées chez l'enfant et l'adolescent. |
La boulimie et l'hyperphagie boulimique : le terrain le plus solide
C'est pour ces deux troubles que les recommandations donnent à la TCC la place la plus nette. La HAS la place en première intention dans la boulimie et recommande aussi l'autosoin guidé, c'est-à-dire un programme structuré que l'on suit avec l'appui régulier d'un professionnel, plus efficace que la même démarche menée seul. Ces psychothérapies s'inscrivent toujours dans un suivi coordonné, avec un volet médical et nutritionnel.
L'anorexie mentale : une place réelle, partagée avec d'autres
Dans l'anorexie de l'adulte, la TCC fait partie des options recommandées, mais elle n'est pas seule. Un vaste essai mené en ambulatoire dans dix centres universitaires allemands, l'étude ANTOP, a comparé chez 242 femmes adultes une TCC améliorée, une psychothérapie psychodynamique focale et un traitement habituel optimisé, sur 40 séances en 10 mois. Les trois groupes ont repris du poids ; la TCC permettait une reprise de poids plus rapide, tandis que la thérapie psychodynamique focale donnait des résultats un peu plus favorables un an après la fin du traitement. Environ un quart des patientes présentaient encore une anorexie complète un an après la fin du traitement, ce qui rappelle la difficulté de ce trouble. Nous détaillons cette étude sur la page approche analytique des TCA.
Les enfants et les adolescents : la famille au premier plan
Chez les plus jeunes, les recommandations mettent en avant les thérapies familiales. La TCC peut être proposée, en associant les parents à une partie des séances. Il ne s'agit pas de chercher un coupable : les parents peuvent beaucoup pour remettre en place les repas et soutenir l'adolescent au quotidien. Notre page aider un proche en dit plus.
Et pour l'ARFID, le pica ou le mérycisme ?
L'ARFID désigne la restriction ou l'évitement de l'ingestion des aliments, sans peur de grossir. La recommandation britannique de 2017 ne couvre pas ces troubles. Des adaptations de la TCC existent, notamment pour l'ARFID, mais elles sont plus récentes et moins évaluées. Deux cas publiés associent TCC et EMDR dans l'ARFID, ce qui ne permet pas de généraliser. Voir notre page ARFID et autres troubles alimentaires.
Et le poids dans tout ça ?
La peur de grossir est souvent le frein principal au moment de commencer une TCC. Il faut en parler franchement, car la réponse dépend de la situation.
Dans l'anorexie mentale, retrouver un poids de santé fait partie du soin : la HAS rappelle qu'une psychothérapie seule ne suffit pas dans une anorexie sévère et qu'elle doit s'accompagner d'une renutrition, et qu'en cas de dénutrition très sévère la priorité est d'abord somatique. Dans la boulimie et l'hyperphagie boulimique, la TCC ne vise ni à faire maigrir ni à faire grossir : elle vise à apaiser le rapport à la nourriture et à faire reculer les crises. L'évolution du poids est suivie avec le médecin, au cas par cas.
Ce qui change, c'est la manière de regarder ce poids. La pesée hebdomadaire convenue, interprétée ensemble, remplace le chiffre qui dicte l'humeur du jour. Et l'estime de soi apprend peu à peu à s'appuyer ailleurs.
Les limites de la TCC : ce qu'elle ne fait pas toujours seule
Reconnaître les forces de la TCC n'empêche pas de regarder ses limites en face. Même dans les meilleures études, une partie des personnes n'atteint pas la rémission. Cela ne signifie pas un échec personnel, mais que le trouble s'appuie parfois sur autre chose que ce que la TCC travaille directement.
Quand le corps est en danger
En cas de dénutrition sévère, de malaises ou de troubles cardiaques, le suivi médical passe avant tout. La psychothérapie se limite alors au soutien, le temps de la stabilisation.
Quand d'autres troubles s'en mêlent
Anxiété, dépression, troubles de la personnalité, addictions accompagnent souvent les troubles alimentaires. La HAS cite par exemple la thérapie comportementale dialectique en cas de trouble de la personnalité borderline associé.
Quand le passé pèse encore
Des souvenirs traumatiques, une image du corps blessée par une histoire précise, des violences subies : les études relèvent des associations fréquentes entre psychotraumatisme et troubles alimentaires, sans qu'il s'agisse d'une règle. Ces vécus demandent parfois un travail spécifique.
Quand la question du sens revient
La TCC travaille surtout le « comment » du trouble. Beaucoup de personnes ont aussi besoin d'explorer le « pourquoi » : ce que le symptôme dit de leur histoire, de leurs liens, de leur désir. La TCC parle elle aussi de croyances de fond, forgées tout au long de la vie, parfois peu conscientes ; c'est sur ce terrain qu'une écoute analytique trouve sa place.
La place des autres approches à côté de la TCC
Les recommandations ne disent pas « la TCC ou rien ». Elles citent plusieurs psychothérapies, et elles insistent toutes sur un suivi pluriprofessionnel. Voici comment les principales approches se situent les unes par rapport aux autres.
L'approche analytique ou psychodynamique
Elle s'intéresse au sens du symptôme dans l'histoire singulière de la personne : le rapport au corps, au désir, à la séparation, aux liens familiaux. Elle figure parmi les approches citées par la HAS, et la thérapie psychodynamique focale a été évaluée dans l'anorexie de l'adulte, notamment dans l'étude ANTOP, où ses résultats étaient un peu plus favorables un an après la fin du traitement. Voir la page psychanalyse et TCA.
L'EMDR
L'EMDR a surtout fait ses preuves dans le psychotraumatisme. Dans les troubles alimentaires, les données sont encore limitées : une revue systématique de 2017 jugeait l'approche prometteuse, mais les études trop rares et trop fragiles pour conclure. Deux petits essais récents portent sur l'hyperphagie boulimique, dont l'un a comparé l'EMDR et la TCC chez 31 femmes hospitalisées ayant un passé traumatique : les deux groupes se sont améliorés de façon comparable, après quatre séances seulement et sans suivi à distance. Les protocoles publiés placent l'EMDR dans une prise en charge plus large, parfois articulée à la TCC, et non comme un traitement isolé. Voir la page EMDR et troubles alimentaires.
La thérapie familiale et la thérapie interpersonnelle
La thérapie familiale est recommandée en priorité chez l'enfant et l'adolescent. La thérapie interpersonnelle, centrée sur les relations et les événements de vie récents, est citée par la HAS comme une alternative dans la boulimie lorsque la TCC n'est pas possible.
Le suivi médical et nutritionnel
Aucune psychothérapie ne remplace le suivi du corps. La HAS recommande une prise en charge coordonnée associant les volets psychique, nutritionnel et somatique, avec un coordinateur clairement identifié. La psychothérapie y trouve sa place, sans prétendre tout faire seule.
Au cabinet : les outils de la TCC dans une approche intégrative
Au cabinet, nous ne choisissons pas une école contre une autre. Nous partons de la personne, de son trouble et de son histoire, et nous articulons trois registres qui se répondent.
Agir sur le présent
Les outils de la TCC donnent des prises concrètes dès les premières semaines : journal, rythme des repas, pensées en tout ou rien, plan face aux crises.
Comprendre l'histoire
L'écoute analytique laisse le temps de déplier ce que le symptôme raconte, sans réduire la personne à son comportement alimentaire.
Apaiser ce qui reste à vif
Lorsque des souvenirs traumatiques ou une image du corps blessée entretiennent le trouble, l'EMDR peut être proposé, en complément et une fois la situation stabilisée.
L'ordre et le dosage se décident ensemble, et ils évoluent au fil du suivi. La psychothérapie s'inscrit dans un accompagnement coordonné avec le médecin traitant et, selon les besoins, un professionnel de la nutrition ou un psychiatre, comme le recommande la HAS. Pour comprendre comment nous construisons ce parcours, lisez la page approche intégrative des TCA.
Le jeu des situations : quel outil de TCC choisiriez-vous ?
Huit situations du quotidien, trois outils à chaque fois. Choisissez celui qui vous semble répondre le mieux. Il n'y a pas de piège : dans la réalité, plusieurs outils se combinent souvent, mais l'un d'eux vise plus directement le problème décrit.
Ce jeu est un outil de découverte. Il ne remplace pas une évaluation et ne dit rien de votre situation personnelle. Vos réponses restent dans votre navigateur : rien n'est enregistré ni envoyé.
Quel outil viserait le plus directement ce problème ?
Rappel : ce jeu ne remplace pas une évaluation. Si vous vous reconnaissez dans plusieurs situations, un professionnel formé aux troubles alimentaires peut vous aider à y voir plus clair.
Questions fréquentes sur la TCC et les troubles alimentaires
Comment la TCC aide-t-elle dans un trouble alimentaire ?
Elle part d'un modèle de ce qui entretient le trouble (règles rigides, restriction, crises, culpabilité, place excessive du poids dans l'estime de soi) et propose des outils pour agir sur chacun de ces maillons : journal alimentaire, repas réguliers, travail sur les pensées, expériences concrètes, exposition progressive aux aliments redoutés et prévention de la rechute.
Combien de temps dure une TCC pour un TCA ?
Cela dépend du trouble et de sa sévérité. À titre de repère, la TCC-E compte en général 20 à 40 séances sur 6 à 12 mois. Les fiches de l'institut britannique NICE parlent de 20 séances au plus pour la boulimie de l'adulte et de 40 au plus pour l'anorexie de l'adulte. Le rythme réel se discute avec vous dès le début.
À quoi sert le journal alimentaire ?
À rendre visibles les liens entre ce que l'on vit, ce que l'on ressent et ce que l'on mange. On y note les repas, le contexte, les émotions et les éventuelles crises ou compensations. Ce n'est pas un outil de contrôle : on le relit ensemble pour comprendre, pas pour juger.
La TCC suffit-elle pour tous les TCA ?
Non. Elle est recommandée en première intention dans la boulimie et occupe une place importante dans l'hyperphagie boulimique et l'anorexie, mais une partie des personnes a besoin d'autre chose ou de plus. Chez l'enfant et l'adolescent, la thérapie familiale est souvent prioritaire. Et toute psychothérapie s'inscrit dans un suivi coordonné avec le médecin et, si besoin, la nutrition.
Va-t-on me demander de peser mes aliments ?
Le but n'est pas de compter ni de peser, mais de repérer ce qui se passe autour des repas. En revanche, dans la TCC-E, le suivi du poids de la personne fait partie du travail, en général par une pesée hebdomadaire convenue avec le thérapeute, plutôt que des pesées répétées seul chez soi.
Peut-on combiner la TCC avec une autre psychothérapie ?
Oui, c'est même ce que nous faisons au cabinet. Les outils de la TCC peuvent s'articuler avec une écoute analytique, qui travaille le sens et l'histoire du symptôme, et avec l'EMDR lorsque des vécus traumatiques entretiennent le trouble. L'important est que l'ensemble reste cohérent et coordonné.
La TCC convient-elle aux adolescents ?
Oui, elle peut être proposée aux adolescents, avec des séances qui associent les parents. Les recommandations françaises et britanniques mettent toutefois en avant la thérapie familiale chez les plus jeunes, notamment dans l'anorexie. Le choix se fait au cas par cas, avec l'adolescent et sa famille.
Trouver de l'aide maintenant
Anorexie Boulimie Info Écoute, la ligne de la Fédération française anorexie boulimie (FFAB) :
09 69 325 900
Appel non surtaxé, de 16 h à 18 h les lundis, mardis, jeudis et vendredis, hors jours fériés.
Si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un proche : 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit, joignable jour et nuit. En cas d'urgence vitale : le 15 (Samu) ou le 112.
Pour aller plus loin sur les troubles alimentaires
- Troubles du comportement alimentaireLa vue d'ensemble
- Anorexie mentaleRestriction, peur de grossir, rapport au corps
- BoulimieLes crises et le cycle boulimique
- Hyperphagie boulimiqueCrises sans compensation
- ARFID et autres troublesPica, mérycisme, trouble purgatif…
- Causes et facteursCe qui installe et entretient un TCA
- TCA et EMDRCe que l'on sait, et ses limites
- Approche analytiqueDonner un sens au symptôme
- Approche intégrativeNotre façon de travailler
- Auto-testsFaire le point, sans diagnostic
- Aider un procheConseils et questions fréquentes
Sources et références
Cette page a été rédigée par le cabinet à partir des documents suivants, sans reprise de leur texte. Ils permettent d'approfondir.
- Haute Autorité de santé, Boulimie et hyperphagie boulimique : repérage et éléments généraux de prise en charge, 2019 : recommandations et fiche prise en charge pluriprofessionnelle
- Haute Autorité de santé, Anorexie mentale : prise en charge, 2010 : synthèse
- National Institute for Health and Care Excellence (NICE), recommandation NG69 sur les troubles alimentaires, fiches patients : anorexie de l'adulte, boulimie de l'adulte, anorexie de l'enfant et de l'adolescent, boulimie de l'enfant et de l'adolescent, hyperphagie boulimique ; champ de la recommandation : document de cadrage
- Fairburn C. G. et coll., essai sur deux sites de la TCC transdiagnostique, American Journal of Psychiatry, 2009 : notice de l'article
- Oxford Health NHS Foundation Trust, service des troubles alimentaires de l'enfant et de l'adolescent, document d'information sur la TCC-E : PDF
- Zipfel S. et coll., étude ANTOP, The Lancet, mise en ligne en 2013 : présentation des résultats
- Institut Francophone EMDR (IFEMDR), dossier « EMDR et TCA » : ifemdr.fr, revue systématique : ifemdr.fr, essai EMDR et TCC dans l'hyperphagie boulimique : ifemdr.fr
- Takadoc, « La TCC : la thérapie de référence pour traiter les troubles alimentaires » : takadoc.eu
- Fédération française anorexie boulimie (FFAB), ligne d'écoute : nouveau numéro et horaires
- Numéro national de prévention du suicide (3114) : sante.fr
Les informations de cette page sont générales. Elles ne remplacent pas une consultation médicale ni une évaluation psychologique personnalisée.