Hyperphagie boulimique : reconnaître les compulsions et se faire aider
Manger vite, beaucoup, sans faim, avec l'impression de ne plus pouvoir s'arrêter, puis se sentir submergé par la honte. L'hyperphagie boulimique est l'un des troubles alimentaires les plus fréquents, et pourtant l'un des moins connus. Elle se cache derrière des mots qui jugent, comme « gourmandise » ou « manque de volonté ». Ici, nous vous aidons à la reconnaître, à la distinguer de la boulimie et à savoir ce qui peut aider.
Qu'est-ce que l'hyperphagie boulimique ?
L'hyperphagie boulimique, que l'on appelle aussi trouble des crises d'hyperphagie ou, en anglais, binge eating disorder, est un trouble du comportement alimentaire reconnu par les deux grandes classifications internationales : le DSM-5-TR de l'Association américaine de psychiatrie et la CIM-11 de l'Organisation mondiale de la santé. Elle se caractérise par des crises répétées pendant lesquelles la personne mange une grande quantité de nourriture en peu de temps, avec le sentiment très net de perdre le contrôle.
Ce qui la distingue de la boulimie tient en une phrase : après la crise, il n'y a pas de tentative régulière pour « effacer » ce qui a été mangé. Pas de vomissements provoqués, pas de laxatifs, pas de jeûne ni de sport à outrance pour compenser. La personne reste seule avec ce qu'elle a avalé et, très souvent, avec un sentiment de honte qui pèse plus lourd que la nourriture elle-même.
Des crises en peu de temps
Une quantité nettement plus grande que ce que la plupart des gens mangeraient dans la même situation, avalée sur une période courte et bien délimitée.
Une perte de contrôle
La sensation de ne plus pouvoir s'arrêter, ni choisir quoi ni combien manger. C'est le cœur du trouble, bien plus que la quantité elle-même.
Une détresse, sans compensation
Les crises font souffrir : dégoût de soi, culpabilité, abattement. Et elles ne sont pas suivies, de façon régulière, de vomissements ou d'autres conduites pour compenser.
- L'hyperphagie boulimique est un trouble psychique reconnu, pas un défaut de caractère.
- Elle se définit par des crises avec perte de contrôle, sans compensation régulière.
- Le poids n'est pas un critère de diagnostic : c'est le vécu des crises qui compte.
Les critères de l'hyperphagie boulimique, expliqués simplement
Avoir parfois trop mangé lors d'un repas de fête ne fait pas une hyperphagie boulimique. Le diagnostic repose sur un ensemble de repères précis, posés au cours d'une évaluation clinique. Voici comment le DSM-5-TR les décrit, reformulés avec nos mots.
Des crises qui s'accompagnent d'au moins trois de ces cinq signes
Pendant ou après les crises, on retrouve au moins trois des manifestations suivantes. Regardez-les s'allumer une à une : dès la troisième, le seuil est atteint.
- Manger beaucoup plus vite que d'habitudeLes bouchées s'enchaînent, sans vraiment goûter.
- Continuer jusqu'à se sentir malUne sensation de trop-plein pénible, parfois douloureuse.
- Manger beaucoup sans avoir faimLe corps ne réclame rien, et pourtant la crise démarre.
- Manger seul, par gêneSe cacher pour que personne ne voie la quantité.
- Se sentir mal après coupDégoût de soi, abattement ou forte culpabilité.
Seuil : au moins 3 signes sur 5
Une fréquence, une durée et une souffrance
Les crises reviennent en moyenne au moins une fois par semaine depuis au moins trois mois. Elles causent une détresse nette. Elles ne sont pas suivies, de manière régulière, de conduites destinées à compenser, et elles ne surviennent pas uniquement au cours d'une boulimie ou d'une anorexie mentale.
Comment évalue-t-on la sévérité ?
Le DSM-5-TR propose de graduer la sévérité selon le nombre moyen de crises par semaine : forme légère de 1 à 3 crises, moyenne de 4 à 7, sévère de 8 à 13, extrême à partir de 14. Ce niveau peut être relevé pour tenir compte d'autres symptômes et du retentissement sur la vie quotidienne.
Ce chiffre ne dit pas tout. Une personne qui fait deux crises par semaine peut être très en souffrance, et c'est cette souffrance qui justifie de demander de l'aide, quel que soit le « niveau ».
Ce que la CIM-11 de l'OMS ajoute
La classification de l'Organisation mondiale de la santé (code 6B82) décrit elle aussi des crises fréquentes et répétées, au moins hebdomadaires sur plusieurs mois. Elle insiste sur la perte de contrôle telle que la personne la ressent : le sentiment de ne pas pouvoir s'arrêter ni limiter ce que l'on mange. Elle parle de manger nettement plus, ou autrement, que d'habitude, sans fixer de quantité précise. Elle mentionne aussi la culpabilité ou le dégoût qui suivent souvent les crises, et le retentissement sur la vie personnelle, familiale, sociale ou professionnelle.
Cette nuance compte en pratique : une crise ne se mesure pas au nombre de calories, elle se reconnaît à ce que la personne vit pendant et après.
Pourquoi un questionnaire en ligne ne suffit pas
Les crises peuvent ressembler à d'autres situations : une hyperphagie liée à un médicament, à un trouble de l'humeur, à une autre maladie, ou encore une boulimie dont les compensations sont discrètes. Seule une évaluation par un professionnel, en lien avec le médecin, permet de faire la part des choses. Nos auto-tests sur les troubles alimentaires aident à réfléchir, ils ne posent pas de diagnostic.
Hyperphagie boulimique ou boulimie : quelles différences ?
Les deux troubles partagent les crises et la perte de contrôle, d'où la confusion fréquente entre les deux noms. Ce qui les sépare se joue surtout après la crise. Le tableau ci-dessous résume les repères principaux. Pour aller plus loin sur la boulimie, consultez notre page boulimie et cycle boulimique.
| Repère | Hyperphagie boulimique | Boulimie |
|---|---|---|
| Crises avec perte de contrôle | Oui, au moins une fois par semaine depuis trois mois | Oui, avec la même fréquence minimale |
| Compensations après la crise | Pas de façon régulière | Oui : vomissements, laxatifs, diurétiques, jeûne, sport excessif |
| Poids | Souvent en surpoids ou en obésité, selon la HAS | Le plus souvent dans la norme, ce qui rend le trouble invisible |
| Préoccupation du poids et de la silhouette | Fréquente, mais non exigée pour le diagnostic | Au centre du diagnostic : l'estime de soi en dépend fortement |
| Âge de début | Souvent un peu plus tard, fréquemment après 20 ans | Le plus souvent à la fin de l'adolescence ou au début de l'âge adulte |
| Femmes et hommes | Écart bien moins marqué que dans l'anorexie et la boulimie | Nettement plus fréquente chez les femmes |
Les frontières ne sont pas figées. L'IFEMDR rappelle qu'un trouble alimentaire peut changer de forme au fil du temps, et que plusieurs manifestations peuvent coexister chez une même personne. Une phase d'anorexie peut précéder des années d'hyperphagie, ou l'inverse. Notre page troubles du comportement alimentaire présente l'ensemble de ces formes.
Compulsions alimentaires, alimentation émotionnelle, grignotage : démêler les mots
Les mots du quotidien et ceux de la clinique se mélangent souvent. Certains désignent un trouble, d'autres une conduite que tout le monde connaît à un moment ou à un autre. Ouvrez chaque terme pour faire la différence.
Une envie de manger
C'est un désir, parfois très fort, d'un aliment précis. On peut le satisfaire, le différer ou y renoncer. Il n'y a pas de perte de contrôle. Lutter trop durement contre une envie peut pourtant la rendre envahissante, et c'est là que la frontière avec la compulsion devient plus floue.
Une compulsion alimentaire
On mange de façon précipitée, souvent des aliments très plaisants, sans pouvoir s'arrêter. Elle survient fréquemment après une période de privation ou sous le coup d'une émotion. Une compulsion isolée ne suffit pas à parler de trouble ; c'est leur répétition, la perte de contrôle et la détresse qui orientent vers une hyperphagie boulimique.
L'alimentation émotionnelle, ou « manger ses émotions »
Manger pour apaiser le stress, la tristesse, l'ennui ou l'anxiété, plutôt que par faim. Presque tout le monde le fait parfois. Cela devient un problème quand la nourriture devient la seule manière de faire face à ce que l'on ressent, de façon automatique. L'alimentation émotionnelle n'est pas un diagnostic en soi, mais elle fait souvent partie du tableau de l'hyperphagie boulimique. Nous en parlons aussi sur la page causes des troubles alimentaires.
Le grignotage compulsif
De petites prises répétées tout au long de la journée, souvent machinales, sans aliment particulier. Il n'y a pas de crise bien délimitée. Le grignotage peut être pénible et peser sur la santé, mais ce n'est pas la même chose qu'une crise d'hyperphagie.
L'hyperphagie nocturne
On parle de syndrome d'alimentation nocturne quand une personne mange de façon répétée la nuit, en se réveillant, ou en quantité excessive après le dîner. Elle en a conscience et s'en souvient, ce qui la distingue de certains troubles du sommeil. Cette conduite entraîne une gêne nette et ne s'explique pas mieux par une hyperphagie boulimique ou un autre trouble. Le DSM-5-TR le classe parmi les autres troubles alimentaires spécifiés ; nous le présentons avec les formes moins connues sur la page ARFID et autres troubles alimentaires.
Qui est concerné par l'hyperphagie boulimique ?
Les chiffres varient beaucoup selon les pays, les méthodes d'enquête et les critères utilisés. Nous ne retenons ici que des données dont nous avons pu vérifier la source.
Sources : Kessler et coll., Biological Psychiatry, 2013 (24 124 adultes interrogés) ; Côté et coll., Journal of Eating Disorders, 2025 (894 adultes) ; HAS, recommandation de 2019.
Dans les grandes enquêtes de l'OMS, l'hyperphagie boulimique apparaît plus fréquente que la boulimie. Le risque y est plus élevé chez les femmes, mais les hommes sont loin d'être épargnés : la Fondation pour la recherche médicale décrit même un trouble qui touche autant les hommes que les femmes, à la différence de l'anorexie mentale et de la boulimie. La même fondation avance une estimation plus élevée que les enquêtes de l'OMS, de 3 à 5 % de la population.
Pourquoi les chiffres diffèrent-ils autant ?
Les premières enquêtes reposaient sur les critères du DSM-IV, plus restrictifs. Le DSM-IV demandait des crises au moins deux jours par semaine pendant six mois ; le DSM-5 a ramené ce seuil à une crise par semaine pendant trois mois, ce qui augmente mécaniquement le nombre de personnes concernées. Les études diffèrent aussi par leur façon d'interroger les gens, par les pays étudiés et par la tranche d'âge retenue. L'IFEMDR souligne d'ailleurs que les données françaises sont rares. Enfin, la honte pousse beaucoup de personnes à taire leurs crises, y compris face à un médecin.
Une donnée revient pourtant dans plusieurs sources : le trouble est bien plus fréquent chez les personnes qui consultent pour leur poids que dans la population générale. Les chiffres français repris par l'IFEMDR vont de moins de 1 % des femmes en population générale à 9 à 15 % des femmes qui consultent pour un surpoids. C'est pourquoi la HAS invite les médecins à penser à l'hyperphagie boulimique face à une demande d'amaigrissement, de chirurgie de l'obésité, ou après une chirurgie qui n'a pas donné les résultats attendus.
Le cercle de l'hyperphagie boulimique : restriction, crise, honte
Beaucoup de personnes décrivent un enchaînement qui se répète. Le schéma ci-dessous s'inspire, en le simplifiant, du modèle cognitivo-comportemental de Christopher Fairburn, utilisé dans la TCC des troubles alimentaires. Il s'anime étape par étape.
- Des règles alimentaires strictes. Sauter un repas, s'interdire certains aliments, suivre un régime après l'autre.
- La tension monte. La faim, la frustration, mais aussi une émotion difficile, une soirée seule, une dispute.
- La crise. Elle apaise pendant quelques minutes, puis la personne ne se sent plus aux commandes.
- La honte et la culpabilité. Elles abîment l'estime de soi et poussent à se cacher.
- La promesse de se reprendre. On resserre les règles, et le cercle repart.
Dans l'hyperphagie boulimique, ce cercle tourne sans l'étape de compensation que l'on retrouve dans la boulimie. La restriction n'est pas toujours au premier plan : chez certaines personnes, ce sont surtout les émotions qui déclenchent les crises. Ce schéma aide à comprendre pourquoi « se tenir » plus fort finit souvent par entretenir le problème. La page TCC et troubles alimentaires montre comment on travaille concrètement pour desserrer chaque maillon.
La crise n'est pas le point de départ du problème : elle est souvent la réponse, coûteuse, à une privation ou à une émotion trop lourde. Comprendre ce qui la précède ouvre des portes que la seule volonté ne peut pas ouvrir.
Poids, honte et stigmatisation : le double fardeau
L'hyperphagie boulimique s'accompagne souvent d'un surpoids ou d'une obésité. Ce lien est réel, mais il prête à deux contresens. Toutes les personnes en obésité ne souffrent pas d'hyperphagie boulimique, loin de là. Et l'on peut souffrir d'hyperphagie boulimique avec un poids dans la norme. Le diagnostic repose sur les crises, jamais sur la balance.
Le regard des autres, et le sien
Les personnes concernées entendent souvent qu'il « suffirait de manger moins ». Une étude menée en 2025 à l'Université Laval, auprès de près de 900 adultes québécois, montre que deux personnes sur trois ne reconnaissent pas le trouble quand on leur en décrit les signes. Les préjugés reposent surtout sur l'aversion envers les personnes en surpoids et sur l'idée que le poids ne dépendrait que de la volonté.
Ces jugements ne sont pas sans effet. Une revue de la littérature publiée en 2016 dans la revue Appetite retrouve, de façon constante, une association entre le fait de subir une stigmatisation liée au poids et des conduites alimentaires difficiles, dont les crises d'hyperphagie. Les auteurs restent prudents : ces données ne prouvent pas que la stigmatisation provoque les crises. Elles invitent en tout cas à ne pas ajouter de la honte à la souffrance.
La HAS va dans le même sens. Elle demande aux soignants d'aborder le trouble avec tact et sans stigmatiser, et d'explorer avec la personne la honte et la culpabilité liées aux crises.
Et la santé physique ?
Les conséquences physiques tiennent surtout au surpoids ou à l'obésité qui accompagnent souvent le trouble. La Fondation pour la recherche médicale cite un risque accru de maladies métaboliques et cardiovasculaires et d'atteintes articulaires. La HAS recommande un suivi médical adapté, avec la recherche de complications comme le diabète de type 2. Ce suivi relève du médecin traitant ou d'une équipe spécialisée, et la psychothérapie vient en complément.
Pourquoi les régimes peuvent aggraver les choses
La HAS cite les demandes de régime amaigrissant et les habitudes alimentaires restrictives parmi les signes qui doivent faire penser à un trouble alimentaire. Une privation sévère nourrit la frustration, qui nourrit la crise, comme le montre le cercle décrit plus haut. C'est aussi pour cette raison que la HAS précise que les psychothérapies de l'hyperphagie boulimique ne visent pas directement l'amaigrissement, même si le poids peut évoluer au fil du soin. La prise en charge du poids, quand elle est utile, suit ses propres recommandations médicales.
Ce qui peut favoriser l'hyperphagie boulimique
Il n'existe pas de cause unique. Comme pour les autres troubles alimentaires, plusieurs facteurs se combinent, et leur poids varie d'une personne à l'autre. Notre page causes des TCA les détaille.
Les émotions
La difficulté à reconnaître, nommer et apaiser ce que l'on ressent revient souvent. La nourriture devient alors un régulateur rapide, mais qui coûte cher.
Les régimes et les règles
Les régimes répétés et la restriction dite cognitive, faite de règles rigides plutôt que d'écoute de la faim, peuvent installer le cercle privation et crise.
L'histoire de vie
Événements douloureux, climat familial autour des repas, facteurs biologiques et génétiques, pression sociale sur l'apparence : chaque histoire est singulière.
Les troubles souvent associés
La HAS signale que la dépression, les troubles anxieux, les addictions et certains troubles de la personnalité accompagnent fréquemment la boulimie et l'hyperphagie boulimique. Elle cite aussi le TDAH, les troubles bipolaires et les psychotraumatismes. Ces troubles associés comptent dans l'évaluation, car ils influencent le choix et l'ordre des soins.
Traumatismes et hyperphagie boulimique : ce que disent les études
Le dossier de l'IFEMDR rassemble plusieurs travaux qui retrouvent une association entre les violences subies dans l'enfance, notamment sexuelles, et l'alimentation compulsive à l'âge adulte. Une étude française menée auprès de près de 1 500 adultes en obésité, dont environ un tiers souffraient d'hyperphagie boulimique, va dans le même sens : les traumatismes vécus dans l'enfance ou au début de l'âge adulte, en particulier la négligence affective et, chez les femmes, les violences physiques et sexuelles, y sont liés à un risque plus élevé d'hyperphagie boulimique.
Une association n'est pas une cause. Toutes les personnes qui souffrent d'hyperphagie boulimique n'ont pas vécu de traumatisme, et un traumatisme ne mène pas forcément à un trouble alimentaire. Lorsque des souvenirs douloureux restent à vif, les prendre en compte peut toutefois changer la manière de soigner. C'est l'un des points d'entrée de l'EMDR, présenté sur la page EMDR et troubles alimentaires.
Soigner l'hyperphagie boulimique : ce que recommandent les experts
En 2019, la Haute Autorité de santé a publié des recommandations sur la boulimie et l'hyperphagie boulimique. Elles dessinent une prise en charge le plus souvent ambulatoire, coordonnée entre plusieurs professionnels, qui associe la santé psychique, l'alimentation et la santé physique. Voici les grandes étapes, telles que nous les comprenons et les appliquons.
- Une évaluation complèteFaire le point sur les crises, leur fréquence, leur contexte, la honte qui les entoure, l'histoire du poids et des régimes, les troubles associés. Le médecin évalue la santé physique.
- Nommer le trouble et construire un projetExpliquer ce qu'est l'hyperphagie boulimique, sans jugement, et définir ensemble des objectifs réalistes. Un interlocuteur coordinateur est identifié.
- Une psychothérapie structuréeLa HAS place la TCC individuelle adaptée aux troubles alimentaires en première intention. Un programme d'autosoin peut être proposé au début, de préférence guidé par un professionnel.
- Un suivi coordonné dans la duréeMédecin traitant, et selon les besoins diététicien, psychiatre ou équipe spécialisée. Le suivi se poursuit au moins un an après une nette amélioration, pour consolider les acquis.
La TCC, la psychothérapie la mieux étudiée
La thérapie cognitivo-comportementale aide à repérer ce qui déclenche les crises, à retrouver des repas réguliers, à assouplir les règles alimentaires et à trouver d'autres réponses aux émotions difficiles. Le carnet alimentaire et émotionnel en est un outil central. Nous détaillons son déroulé sur la page TCC et troubles alimentaires.
Les autres psychothérapies
Quand la TCC n'est pas possible ou pas souhaitée, la HAS cite la thérapie interpersonnelle et les thérapies d'inspiration analytique. Les thérapies familiales y figurent aussi, mais pour les adolescents et les jeunes adultes qui souffrent de boulimie. En cas de trouble de la personnalité limite associé, elle mentionne la thérapie comportementale dialectique. La pleine conscience, la relaxation ou l'activité physique n'ont pas fait la preuve de leur efficacité, mais elles ne sont pas contre-indiquées si le suivi pluriprofessionnel est maintenu.
Et les médicaments ?
Selon la HAS, certains antidépresseurs (les ISRS) peuvent être proposés en deuxième ligne chez l'adulte, en particulier quand une psychothérapie structurée n'est pas accessible, et toujours avec un accompagnement psychologique. Le topiramate ne doit être envisagé qu'après l'avis d'un centre spécialisé. Aucun médicament n'est présenté comme un traitement suffisant à lui seul. Ces décisions relèvent du médecin.
L'approche analytique : comprendre ce que la crise vient dire
Dans une écoute d'inspiration analytique, la crise n'est pas seulement un comportement à corriger. Elle peut se lire comme une manière de remplir un vide, d'apaiser une tension sans mots, de rejouer quelque chose de l'histoire du sujet et de ses liens. Ce travail prend du temps. Il donne à la personne la possibilité de comprendre pourquoi la nourriture a pris cette place, et pas seulement comment la limiter. Notre page psychanalyse et troubles alimentaires développe cette approche.
L'EMDR dans l'hyperphagie boulimique : des pistes encore jeunes
L'EMDR est d'abord une psychothérapie du psychotraumatisme, domaine où elle est bien validée. Dans les troubles alimentaires, les données sont beaucoup plus limitées. Pour l'hyperphagie boulimique, deux petits essais publiés en 2026 et résumés par l'IFEMDR ouvrent des pistes : un essai pilote australien chez 38 adultes, où les crises ont davantage diminué avec l'EMDR qu'en liste d'attente, et un essai italien chez 31 femmes hospitalisées pour une obésité, avec des antécédents traumatiques, où l'EMDR et la TCC ont donné des résultats comparables, sans groupe témoin pour savoir ce qui revenait à chacune. Ces études sont trop petites et trop courtes pour conclure.
Au cabinet, l'EMDR n'est donc jamais proposé comme un traitement isolé de l'hyperphagie. Il trouve sa place lorsque des souvenirs traumatiques, des humiliations liées au corps ou au poids, ou des images très chargées semblent nourrir les crises. Les données disponibles sont présentées en détail sur la page EMDR et troubles alimentaires.
Au cabinet : une approche intégrative
Au cabinet, nous recevons adolescents, adultes, couples et familles. Pour l'hyperphagie boulimique, nous nous appuyons sur les outils de la TCC, en première ligne comme le recommande la HAS, pour retrouver un rythme alimentaire et sortir du cercle des crises. Nous y associons une écoute analytique, pour comprendre ce que les crises viennent dire de l'histoire de chacun, et l'EMDR quand des événements douloureux restent présents. Ce travail se fait en lien avec le médecin traitant et, si besoin, avec un diététicien. La page approche intégrative des TCA explique comment nous articulons ces outils.
- La psychothérapie est au cœur du soin, avec la TCC en première intention selon la HAS.
- L'objectif premier est de sortir des crises et de la honte, pas de maigrir à tout prix.
- Le chemin prend du temps et connaît des hauts et des bas : une rechute n'efface pas le travail fait.
Vrai ou faux : 8 idées reçues sur l'hyperphagie boulimique
Huit affirmations que l'on entend souvent. Tranchez, puis lisez l'explication. Ce jeu sert à s'informer : il ne mesure rien de votre santé et ne remplace pas une évaluation. Vos réponses restent dans votre navigateur : rien n'est enregistré ni envoyé.
Question 1 sur 8
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Outil d'information, sans valeur de diagnostic. Il ne remplace pas une évaluation par un professionnel.
Questions fréquentes sur l'hyperphagie boulimique
Qu'est-ce que l'hyperphagie boulimique ?
C'est un trouble du comportement alimentaire marqué par des crises répétées, au moins une fois par semaine depuis trois mois, pendant lesquelles on mange beaucoup en peu de temps avec une perte de contrôle. Les crises causent une vraie détresse et ne sont pas suivies, de façon régulière, de vomissements, de laxatifs, de jeûne ou de sport excessif pour compenser.
Comment différencier une compulsion d'une simple envie de manger ?
Une envie se laisse différer ou satisfaire sans débordement. Dans une compulsion, on mange vite, souvent sans faim, avec le sentiment de ne plus pouvoir s'arrêter, et l'on se sent mal après. Ce sont la perte de contrôle, la répétition et la souffrance qui doivent alerter, plus que la quantité ou le type d'aliment.
L'hyperphagie touche-t-elle autant les hommes que les femmes ?
Les hommes sont bien plus concernés qu'on ne le pense. Les grandes enquêtes de l'OMS trouvent un risque plus élevé chez les femmes, mais l'écart est bien plus faible que pour l'anorexie ou la boulimie, et la Fondation pour la recherche médicale parle même d'une répartition équivalente.
Manger ses émotions, est-ce un trouble alimentaire ?
Pas en soi. Chercher du réconfort dans la nourriture de temps en temps est très courant. Cela devient préoccupant quand c'est devenu la principale façon de faire face à ce que l'on ressent, quand on perd le contrôle, ou quand cela s'accompagne de honte et de crises régulières. Dans ce cas, un avis professionnel peut aider à y voir clair.
Qu'est-ce que l'hyperphagie nocturne ?
C'est le fait de manger de façon répétée la nuit, en se réveillant, ou de manger beaucoup après le dîner, en en ayant conscience et en s'en souvenant. On parle de syndrome d'alimentation nocturne. Il fait partie des autres troubles alimentaires spécifiés et se distingue de l'hyperphagie boulimique, même si les deux peuvent se ressembler.
Quelle thérapie pour arrêter les compulsions alimentaires ?
La HAS recommande en première intention une TCC individuelle adaptée aux troubles alimentaires, au sein d'un suivi coordonné avec le médecin. Si elle n'est pas possible ou pas souhaitée, elle cite la thérapie interpersonnelle et les thérapies d'inspiration analytique. Au cabinet, nous associons les outils de la TCC, l'écoute analytique et, quand un vécu traumatique entretient les crises, l'EMDR.
Faut-il maigrir pour aller mieux ?
Non, ce n'est pas l'objectif premier. La HAS précise que les psychothérapies de l'hyperphagie boulimique ne visent pas directement la perte de poids, même si le poids peut évoluer au fil du soin. Les régimes stricts risquent au contraire d'entretenir le cercle privation et crise. Quand une prise en charge du poids est utile pour la santé, elle se fait avec le médecin, en parallèle.
L'EMDR peut-il aider en cas d'hyperphagie boulimique ?
Peut-être, dans certaines situations. Un petit essai australien a observé moins de crises après l'EMDR qu'en liste d'attente, et un essai italien a trouvé des résultats comparables à ceux de la TCC. Ces données restent bien trop limitées pour en faire un traitement de référence. L'EMDR a surtout sa place lorsque des souvenirs traumatiques ou des humiliations liées au corps semblent nourrir les crises, toujours en complément d'une prise en charge globale.
Trouver de l'aide maintenant
Anorexie Boulimie Info Écoute, ligne de la Fédération française anorexie boulimie (FFAB), non surtaxée :
09 69 325 900
Lundi, mardi, jeudi et vendredi, de 16 h à 18 h, hors jours fériés.
En cas d'urgence médicale : le 15 (ou le 112). Si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour quelqu'un : le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit, jour et nuit.
Pour aller plus loin sur les troubles alimentaires
- Troubles du comportement alimentaireLa vue d'ensemble et tous nos dossiers
- Anorexie mentaleSignes, formes et accompagnement
- BoulimieComprendre les crises et le cycle boulimique
- ARFID et autres troublesHyperphagie nocturne, pica, orthorexie
- Causes des TCACe qui déclenche et entretient le trouble
- TCC et troubles alimentairesOutils concrets et déroulé du suivi
- EMDR et troubles alimentairesCe que l'on sait, et ses limites
- Psychanalyse et TCADonner un sens au symptôme
- Approche intégrativeComment nous croisons les outils au cabinet
- Auto-testsFaire le point, sans diagnostic
- Aider un procheConseils et questions des familles
Sources et références
Cette page a été rédigée par le cabinet à partir des documents suivants, sans reprise de leur texte. Ils permettent d'approfondir.
- Haute Autorité de santé, Boulimie et hyperphagie boulimique : repérage et éléments généraux de prise en charge, recommandation de bonne pratique, 2019 : recommandations et fiche prise en charge pluriprofessionnelle
- Organisation mondiale de la santé, CIM-11, code 6B82 : icd.who.int
- Institut Francophone EMDR (IFEMDR), dossier « EMDR et TCA » : ifemdr.fr/dossier-emdr-et-tca, et résumé de l'essai pilote sur l'hyperphagie boulimique : ifemdr.fr
- IFEMDR, document de travail sur les critères diagnostiques des TCA (2021) : PDF
- Fondation pour la recherche médicale, dossier sur les troubles des conduites alimentaires : frm.org
- Kessler R. C. et coll., prévalence de l'hyperphagie boulimique dans les enquêtes mondiales de santé mentale de l'OMS, Biological Psychiatry, 2013 : pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
- Université Laval, étude de Côté M. et coll. sur la méconnaissance de l'hyperphagie boulimique, Journal of Eating Disorders, 2025 : salledepresse.ulaval.ca
- Vartanian L. R. et Porter A. M., stigmatisation du poids et comportement alimentaire, revue de la littérature, Appetite, 2016 : pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
- Quilliot D. et coll., traumatismes de l'enfance ou du début de l'âge adulte et hyperphagie boulimique chez 1 484 adultes en obésité : hal.archives-ouvertes.fr
- Guerrini Usubini A. et coll., EMDR et TCC chez des patientes hospitalisées pour une obésité avec hyperphagie boulimique et antécédents traumatiques, Research in Psychotherapy, 2026 : résumé de l'IFEMDR
- Takadoc : glossaire des TCA, causes des troubles alimentaires et TCC et troubles alimentaires
- Fédération française anorexie boulimie (FFAB), ligne d'écoute : ffab.fr
Les informations de cette page sont générales. Elles ne remplacent pas une consultation médicale ni une évaluation psychologique personnalisée.