Grossophobie : quand le poids attire remarques, regards et rejet
Un siège de train où l’on vous regarde vous asseoir avec un soupir. Un médecin qui parle de votre poids alors que vous veniez pour une entorse. Un entretien d’embauche qui se fige dès que vous entrez. Une tante qui vous tend la corbeille de fruits quand les autres prennent du gâteau. La grossophobie, c’est l’ensemble de ces remarques, de ces regards et de ces mises à l’écart que vivent les personnes grosses ou en surpoids, souvent depuis l’enfance. Elle ne se passe pas dans la tête de ceux qui la subissent : elle se passe dans la rue, au travail, dans les soins, en famille. Cette page décrit ce qu’elle fait vivre, ce qu’elle laisse en soi, ce que dit la loi, et comment nous accompagnons les personnes qui en sont touchées.
Le mot grossophobie désigne les attitudes négatives, les moqueries, les remarques et les discriminations dirigées contre les personnes en raison de leur corpulence. Les chercheurs anglophones parlent de « weight stigma », la stigmatisation liée au poids. Elle prend des formes très variées : l’insulte franche, bien sûr, mais aussi la plaisanterie qui fait rire tout le monde sauf la personne visée, le conseil de régime que personne n’a demandé, le regard sur le contenu d’un caddie, le siège laissé vide à côté de soi, la photo prise en cachette dans le métro et partagée en ligne.
Le mot a été popularisé en France ces dernières années, notamment par des témoignages comme celui de Gabrielle Deydier, dont le livre On ne naît pas grosse (éditions Goutte d’Or, 2017) racontait ce que vit au quotidien une femme grosse, du marché du travail au cabinet médical. Mais la réalité qu’il désigne est ancienne. Les personnes que nous recevons nous la décrivent souvent depuis l’école maternelle.
Un mot sur les mots. Certaines personnes préfèrent dire « en surpoids » ou « en obésité », d’autres revendiquent le mot « gros » ou « grosse » pour lui retirer sa charge d’insulte. Il n’y a pas de bon terme imposé : nous utilisons celui que chaque personne choisit pour elle-même. Sur cette page, nous employons ces mots comme des descriptions, jamais comme des jugements.
Enfin, la grossophobie ne concerne pas seulement les personnes très corpulentes. Des personnes au poids moyen la subissent par ricochet, quand on leur fait comprendre qu’elles « commencent à se laisser aller », et beaucoup ont peur d’y être exposées, ce qui nourrit la honte de son poids et de son ventre bien au-delà de ceux qui en sont directement la cible.
Dans la rue, au travail, chez le médecin : où se vit la grossophobie
Les personnes qui nous parlent de grossophobie évoquent rarement un seul épisode. Elles décrivent un climat, qui change de forme selon les lieux. Parcourez les onglets : vous reconnaîtrez peut-être des scènes que vous n’aviez jamais pensé à nommer.
Le corps exposé. Les sièges trop étroits du cinéma, de l’avion ou du bus, les tourniquets, les cabines d’essayage où rien n’est à sa taille, les regards quand on mange une glace dans la rue, les commentaires lancés par des inconnus. L’espace public n’est pas pensé pour tous les corps, et chaque obstacle rappelle à la personne qu’elle « dépasse ». Beaucoup finissent par limiter leurs sorties, choisir les heures creuses, renoncer à certains lieux.
Le soupçon de paresse. Au travail, la corpulence est encore souvent associée, à tort, à un manque de dynamisme ou de rigueur. Les personnes concernées décrivent des entretiens d’embauche écourtés, des postes « en contact avec la clientèle » qui leur échappent, des plaisanteries à la machine à café, des remarques sur ce qu’elles mangent à la cantine. Certaines se sentent obligées d’en faire deux fois plus pour prouver qu’elles ne sont pas ce que l’on suppose.
Venir pour une chose, entendre parler de son poids. Beaucoup de personnes rapportent des consultations où le poids est venu au premier plan, quel que soit le motif. Des revues de la littérature médicale ont décrit ce phénomène et ses effets : se sentir jugé peut conduire à repousser des soins, à moins faire confiance aux soignants. Ce n’est pas la règle, et beaucoup de médecins sont attentifs à ces questions. Mais quand cette expérience a eu lieu, elle laisse des traces, et elle mérite d’être dite.
L’inquiétude qui blesse. En famille, la grossophobie prend souvent le visage de l’amour inquiet : les régimes imposés à l’enfant, la part de dessert supprimée, la comparaison avec un frère plus mince, le « je dis ça pour ta santé ». Ces phrases sont rarement méchantes dans l’intention ; elles sont souvent dévastatrices dans leurs effets. Nous les détaillons à la page sur les remarques sur le corps en famille.
Être choisi ou écarté. Sur les applications de rencontre, certains profils précisent qu’ils ne veulent pas de personnes « rondes ». D’autres personnes se voient proposer des relations cachées, comme si l’on avait honte d’être vu avec elles. Ces expériences touchent au cœur de l’estime de soi : la possibilité d’être aimé tel que l’on est. La page oser séduire avec ses complexes en parle.
Pris un par un, ces épisodes peuvent sembler mineurs. C’est leur accumulation qui pèse. Une personne grosse n’entend pas une remarque par an : elle en entend parfois plusieurs par semaine, depuis l’enfance, venant de proches comme d’inconnus. Quand ces remarques sont répétées et ciblées, en particulier à l’école ou au travail, elles peuvent relever du harcèlement ; la page sur les moqueries et le harcèlement sur le physique les aborde sous cet angle.
Jauge : ce que le rejet lié au poids vous coûte
Cette jauge ne compte pas les remarques reçues. Elle mesure ce qu’elles ont laissé en vous et dans votre vie : la vigilance, les renoncements, la manière dont vous vous parlez. Réglez chaque curseur de 0 à 10.
Le cinquième curseur mérite qu’on s’y arrête. Quand on a entendu pendant des années que l’on est paresseux, sans volonté, responsable de son corps, il arrive que l’on finisse par le penser soi-même. Ce phénomène porte un nom dans la recherche : l’intériorisation des préjugés liés au poids. Une revue de 74 études publiée en 2018 par Rebecca Pearl et Rebecca Puhl l’associe de façon constante à davantage de dépression, d’anxiété, de difficultés alimentaires et à une image du corps plus douloureuse. Autrement dit, ce n’est pas seulement le regard des autres qui fait mal : c’est aussi ce regard, une fois installé à l’intérieur.
« Tu te fais des idées » : ce n’est pas dans votre tête
Les personnes qui subissent la grossophobie s’entendent souvent dire qu’elles sont trop sensibles, qu’elles voient le mal partout, que le collègue « plaisantait ». Cette réponse ajoute une deuxième blessure à la première : non seulement on a été visé, mais on n’est pas cru. Elle pousse à douter de sa propre perception, à se demander si l’on n’a pas mal interprété, si l’on n’en fait pas trop.
Nous tenons à le dire clairement, parce que c’est un point de départ du travail que nous faisons avec ces personnes : la stigmatisation liée au poids est une réalité documentée depuis des décennies. Une revue de référence, publiée par Rebecca Puhl et Chelsea Heuer en 2009, rassemble les travaux qui la décrivent à l’école, au travail, dans les soins, dans les médias et dans les relations proches. Ce que vous vivez s’inscrit dans un phénomène connu et étudié ; ce n’est pas une invention de votre esprit.
Cela ne veut pas dire que chaque regard est hostile. La honte, quand elle est installée, rend aussi plus vigilant, et il arrive qu’on lise du mépris là où il n’y en a pas. Le travail consiste justement à démêler les deux : ce qui a réellement eu lieu, et qui mérite d’être reconnu comme tel, et ce que la blessure ancienne fait voir partout. Cette distinction ne peut se faire que si la première partie est d’abord entendue. On ne peut pas aider quelqu’un à moins se méfier tant qu’on n’a pas reconnu qu’il avait de bonnes raisons de le faire.
C’est pourquoi, au cabinet, nous ne commençons jamais par interroger la « perception » d’une personne qui nous décrit des remarques grossophobes. Nous commençons par les faits, par ce qu’ils ont fait, par ce qu’ils ont coûté. C’est seulement ensuite, et si la personne le souhaite, que nous regardons ce qui, en elle, continue de porter ces remarques quand elles ne sont plus là.
Ce que la grossophobie laisse en soi
La vigilance permanente. Beaucoup de personnes décrivent un état d’alerte dès qu’elles quittent la maison : repérer les sièges, anticiper l’escalier étroit, surveiller les rires d’un groupe d’adolescents. Cette vigilance est épuisante. Elle ressemble, à plus petite échelle, à ce que vivent les personnes exposées à un stress répété, et elle finit par peser sur le sommeil, l’humeur et la concentration. Le dossier stress décrit cette usure.
La honte et le retrait. La honte pousse à se cacher, à prendre moins de place, à renoncer : aux vacances, aux photos de groupe, aux sorties, parfois aux soins. Le monde rétrécit autour de la personne, non parce qu’elle ne pourrait pas faire ces choses, mais parce qu’elle redoute ce qu’on lui fera sentir en les faisant. La page sur la honte de son corps décrit ce mécanisme.
La relation à l’alimentation. Manger sous le regard des autres devient compliqué. Certaines personnes mangent très peu en public et beaucoup en cachette, avec un sentiment de faute. La honte nourrit alors le cercle restriction, perte de contrôle, culpabilité, qui peut aller jusqu’à un trouble des conduites alimentaires comme l’hyperphagie boulimique. Le dossier troubles alimentaires en parle sans jugement.
Les souvenirs qui reviennent. Une pesée devant la classe, un surnom, un fou rire dans le bus, une phrase d’un soignant : certaines scènes restent intactes des décennies plus tard, et se réveillent à la moindre occasion. Elles se comportent comme des souvenirs traumatiques au petit pied, chargés d’émotion, prêts à resurgir. C’est souvent par elles que l’EMDR peut aider.
L’humeur. À force, la tristesse peut s’installer, avec un sentiment de ne pas avoir droit à une vie pleine. Quand cette tristesse dure, qu’on perd l’envie et le plaisir, il peut s’agir d’une dépression, que le dossier dépression décrit et qui se soigne.
Ce qui fragilise, ce qui protège
Face aux mêmes remarques, deux personnes ne réagissent pas de la même façon. Certaines circonstances rendent plus vulnérable, d’autres protègent. Cochez ce qui vous concerne de chaque côté, et regardez la balance pencher.
Ce qui fragilise
Ce qui protège
Les appuis de la colonne de droite ne sont pas des conseils de « pensée positive ». Ce sont des facteurs concrets, que l’on peut construire. Une personne qui ne commente jamais votre corps, un soignant qui vous écoute, un lieu où l’on bouge pour le plaisir : chacun de ces appuis offre un endroit où le regard des autres cesse d’être un tribunal. En consultation, nous cherchons souvent avec la personne lequel de ces appuis est le plus accessible pour elle, et par quoi commencer.
Grossophobie et discrimination : ce que dit la loi
Le droit français ne parle pas de grossophobie, mais il protège contre les discriminations fondées sur l’apparence physique et sur l’état de santé. L’article 225-1 du code pénal définit la discrimination comme toute distinction opérée entre les personnes notamment sur le fondement de leur apparence physique ou de leur état de santé, parmi une liste d’autres critères. L’article 225-2 du même code punit cette discrimination de trois ans d’emprisonnement et d’une amende lorsqu’elle consiste, par exemple, à refuser la fourniture d’un bien ou d’un service, à refuser d’embaucher, à sanctionner ou à licencier une personne, ou à subordonner une offre d’emploi à une condition fondée sur l’un de ces critères. Texte vérifié le 2 novembre 2026.
Savoir cela compte, même quand on n’engage aucune démarche. Beaucoup de personnes que nous recevons ont pris pour de la malchance, ou pour leur propre faute, un refus d’embauche ou un service refusé. Découvrir que la loi range l’apparence physique parmi les motifs de discrimination change la façon dont on raconte son histoire : ce qui était « je n’étais pas à la hauteur » peut devenir « j’ai été écarté pour une raison que la loi interdit ».
Porter plainte est une démarche judiciaire que le cabinet n’organise pas. Nous accompagnons en revanche les personnes avant, pendant et après, si elles choisissent de le faire : pour les aider à mettre les faits en ordre dans leur mémoire, à supporter l’attente, à vivre ce que la démarche réveille, quel que soit son résultat. La page sur les discriminations liées à l’apparence physique développe ce sujet pour toutes les apparences.
Exemple fictif : Nadia, 52 ans, « je n’ose plus aller chez le médecin »
Nadia est un personnage inventé, construit à partir d’éléments que nous entendons souvent, pour illustrer notre façon de réfléchir.
Situation
Nadia est aide-soignante. Elle est grosse depuis l’enfance, où sa mère la mettait au régime et la comparait à sa sœur. Au travail, un cadre lui a dit qu’elle « donnait une mauvaise image du service » ; elle n’a pas obtenu le poste qu’elle visait. Il y a deux ans, un médecin a mis ses douleurs de genou sur le compte de son poids sans l’examiner. Depuis, elle repousse tous les rendez-vous médicaux. Elle se dit « fatiguée de se justifier », mange très peu au self et beaucoup le soir, seule, et se reproche tout.
Par quoi commencer ?
Dans la suite imaginée de cette histoire, Nadia apporte en séance une liste de dix-sept scènes, de l’école à aujourd’hui. Elle la lit à voix haute et s’arrête sur la quatrième, une pesée en classe de CM1. C’est celle-là qu’elle choisit de travailler en EMDR. Quelques mois plus tard, elle prend rendez-vous pour son genou chez une médecin recommandée par une collègue. Elle a préparé une phrase : « je sais que mon poids compte, mais je viens pour mon genou ». Elle n’a pas eu besoin de la dire.
Vrai ou faux : ce que l’on dit de la grossophobie
Six affirmations que l’on entend souvent, y compris dans la bouche des personnes concernées. Répondez avant de lire l’explication.
Affirmation 1
« Faire honte aux personnes grosses les aide à maigrir. »
Faux. Les travaux sur la stigmatisation liée au poids montrent plutôt l’inverse : se sentir jugé est associé à davantage de détresse, de difficultés alimentaires et d’évitement de l’activité physique et des soins.
Affirmation 2
« La loi française protège contre les discriminations liées à l’apparence physique. »
Vrai. L’article 225-1 du code pénal cite l’apparence physique et l’état de santé parmi les critères de discrimination, et l’article 225-2 en punit plusieurs formes, comme le refus d’embauche ou de service (texte vérifié le 2 novembre 2026).
Affirmation 3
« Si on est blessé par une plaisanterie sur son poids, c’est qu’on manque d’humour. »
Faux. Une plaisanterie répétée sur le corps de quelqu’un reste une remarque sur son corps. Le rire du groupe ne la rend pas inoffensive ; il la rend souvent plus difficile à contester.
Affirmation 4
« Quand on a subi la grossophobie, on voit du mépris partout. »
C’est plus nuancé. La blessure rend plus vigilant, et il arrive de lire du mépris là où il n’y en a pas. Mais la plupart du temps, les remarques décrites sont bien réelles. Les deux se démêlent en consultation, en commençant toujours par reconnaître ce qui a eu lieu.
Affirmation 5
« On peut finir par se juger soi-même avec les mots des autres. »
Vrai. C’est l’intériorisation des préjugés liés au poids, associée dans la recherche à davantage de dépression, d’anxiété et de difficultés alimentaires. Elle se travaille.
Affirmation 6
« La grossophobie ne concerne que les personnes très corpulentes. »
Faux. Elle touche surtout elles, mais la peur d’y être exposé pèse sur beaucoup de personnes de poids moyen, qui surveillent leur corps pour ne jamais « basculer » de l’autre côté.
Comment nous accompagnons les personnes touchées par la grossophobie
La première chose que nous offrons, c’est un lieu où le poids n’est pas commenté. Cela peut paraître évident ; pour beaucoup de personnes, c’est une expérience nouvelle. Nous ne fixons aucun objectif de poids, nous ne prescrivons rien, et nous n’abordons la question de la corpulence que si la personne le souhaite. Le premier rendez-vous est sans engagement, on peut venir accompagné, et tout peut se faire en téléconsultation, ce qui évite à certains de traverser une salle d’attente.
Reconnaître les faits. Nous prenons le temps de mettre en ordre ce qui a été vécu, souvent depuis l’enfance, et de le nommer. Cette étape n’est pas une formalité : elle rend à la personne la confiance en sa propre perception, abîmée par des années de « tu exagères ».
Apaiser les souvenirs. L’EMDR, en séances de 80 minutes, permet de retraiter les scènes qui restent à vif : la pesée en classe, le surnom, la consultation humiliante, la remarque du supérieur. Une fois retraitées, ces scènes cessent de dicter la honte et la vigilance au présent. Voir l’EMDR au cabinet.
Reprendre de la liberté. Les outils de la TCC aident à revenir progressivement vers les lieux évités, à manger plus librement devant les autres, à préparer des réponses aux remarques, et à se défaire des phrases intériorisées. Voir les TCC au cabinet.
Comprendre ce qui se rejoue. L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, s’intéresse à la place que ce corps a eue dans la famille, aux comparaisons, aux attentes, et à ce que la personne en a fait. Elle prend le temps qu’il faut.
Quand l’humeur est très basse ou qu’un trouble alimentaire se dessine, notre psychothérapeute peut proposer un bilan psychologique, avec un compte rendu écrit. Nous travaillons en lien avec votre médecin si vous le souhaitez. Et si vous envisagez une chirurgie de l’obésité, le cabinet réalise aussi les bilans psychologiques qui la précèdent : voir l’après-chirurgie de l’obésité.
À retenir
La grossophobie est une réalité documentée : remarques, regards, discriminations, dans la rue, au travail, dans les soins et en famille.
Elle peut s’installer à l’intérieur : on finit par se juger avec les mots des autres.
Le code pénal (articles 225-1 et 225-2) cite l’apparence physique et l’état de santé parmi les critères de discrimination.
Au cabinet, nous commençons par reconnaître les faits, puis nous travaillons les souvenirs (EMDR), les évitements (TCC) et l’histoire (écoute analytique), sans objectif de poids.
Questions fréquentes sur la grossophobie
Qu’est-ce que la grossophobie ?
C’est l’ensemble des attitudes négatives, des moqueries, des remarques et des discriminations dirigées contre les personnes en raison de leur corpulence. Elle va de l’insulte à la plaisanterie répétée, du conseil de régime non demandé au refus d’embauche, en passant par les regards dans les transports ou des remarques en consultation médicale. La recherche parle de stigmatisation liée au poids. Elle est documentée depuis des décennies, à l’école, au travail, dans les soins et en famille, et elle a des effets réels sur la santé psychique.
La grossophobie est-elle punie par la loi ?
Le mot n’apparaît pas dans la loi, mais l’article 225-1 du code pénal range l’apparence physique et l’état de santé parmi les critères de discrimination. L’article 225-2 punit de trois ans d’emprisonnement et d’une amende la discrimination qui consiste notamment à refuser un bien ou un service, à refuser d’embaucher, à sanctionner ou à licencier une personne. Texte vérifié le 2 novembre 2026. Porter plainte est une démarche judiciaire ; au cabinet, nous accompagnons les personnes avant, pendant et après, sans l’organiser.
Comment réagir face à une remarque grossophobe ?
Il n’y a pas d’obligation de répondre : se protéger, c’est aussi parfois partir. Quand on souhaite répondre, une phrase courte et préparée aide beaucoup, par exemple « je ne commente pas ton corps, merci de ne pas commenter le mien » ou « je ne t’ai pas demandé ton avis sur mon poids ». Dire l’effet produit est souvent mieux entendu qu’une accusation. Si les remarques sont répétées au travail ou à l’école, garder une trace datée est utile. En consultation, nous préparons parfois ces réponses ensemble.
Pourquoi est-ce que je me sens coupable de mon poids ?
Parce que le message selon lequel le poids serait uniquement une affaire de volonté est partout, depuis l’enfance : dans la famille, à l’école, dans les médias, parfois dans les soins. À force, on finit par le reprendre à son compte. C’est ce que la recherche appelle l’intériorisation des préjugés liés au poids. Or le poids dépend de nombreux facteurs, génétiques, médicaux, psychologiques, sociaux. Cette culpabilité n’aide pas à prendre soin de soi ; elle se travaille, en particulier en déconstruisant les phrases entendues et en apaisant les souvenirs qui les portent.
J’évite le médecin à cause de mon poids : que faire ?
Vous n’êtes pas seul dans ce cas : des revues de la littérature décrivent ce phénomène chez les personnes qui se sont senties jugées en consultation. Quelques pistes aident : choisir un médecin recommandé par une personne de confiance, préparer une phrase qui recentre sur le motif de la visite, venir accompagné, noter ses questions à l’avance. Si la peur est forte ou liée à un souvenir précis, nous pouvons la travailler en consultation, avec l’EMDR notamment. Reprendre le chemin des soins fait partie de ce que nous accompagnons.
Un psy peut-il m’aider si c’est la société qui est grossophobe ?
Oui, et sans vous demander de vous adapter à une injustice. Un psychothérapeute ne changera pas le regard de la société, mais il peut vous aider à ce que ce regard ne s’installe plus en vous : apaiser les souvenirs blessants, défaire les phrases intériorisées, reprendre les lieux et les activités abandonnés, retrouver confiance dans votre perception. Beaucoup de personnes en sortent plus capables de se défendre, de choisir leurs relations et leurs soignants, et de vivre plus librement dans leur corps.
Références
Livres, articles et textesLes travaux cités sur cette page
Les sources mentionnées dans le texte de cette page.
Puhl R. M., Heuer C. A. (2009). « The Stigma of Obesity: A Review and Update ». Obesity, vol. 17, n° 5, p. 941–964. doi.org/10.1038/oby.2008.636.
Pearl R. L., Puhl R. M. (2018). « Weight Bias Internalization and Health: A Systematic Review ». Obesity Reviews, vol. 19, n° 8, p. 1141–1163. doi.org/10.1111/obr.12701.
Phelan S. M., Burgess D. J., Yeazel M. W., Hellerstedt W. L., Griffin J. M., van Ryn M. (2015). « Impact of Weight Bias and Stigma on Quality of Care and Outcomes for Patients with Obesity ». Obesity Reviews, vol. 16, n° 4, p. 319–326. doi.org/10.1111/obr.12266.
Gabrielle Deydier, On ne naît pas grosse, éditions Goutte d’Or, 2017.
Code pénal, articles 225-1 et 225-2 (Légifrance), texte vérifié le 2 novembre 2026.
Vous n’avez pas à prouver que ce que vous avez vécu était « assez grave ». Un premier rendez-vous permet de déposer les remarques, les regards et les refus accumulés, et de choisir ensemble par où commencer. Au cabinet ou en téléconsultation.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.