Honte de son poids, de son ventre : quand un chiffre prend toute la place
Rentrer le ventre sur chaque photo, sans même y penser. Garder son manteau au restaurant. Se peser le matin et savoir, avant le café, si la journée sera supportable. Refuser la piscine avec les enfants, la robe du mariage, la chemise rentrée dans le pantalon. La honte de son poids ou de son ventre est l’une des plus répandues, chez les femmes comme chez les hommes, à tous les âges et à toutes les corpulences. Elle ne dépend pas de ce qu’indique la balance : elle dépend de ce que l’on croit que ce chiffre dit de nous. Cette page explique ce qu’elle fait au quotidien, d’où elle vient, et comment nous travaillons avec elle, sans jamais réduire une personne à son poids.
Avoir honte de son poids ou de son ventre : de quoi parle-t-on ?
Avoir honte de son poids, ce n’est pas seulement trouver qu’on a « quelques kilos en trop ». C’est éprouver, à l’endroit du corps, un sentiment qui dépasse le corps : celui d’être en faute, d’être vu tel qu’on ne voudrait pas être vu, d’avoir quelque chose à cacher. La personne n’est plus seulement mécontente d’un tour de taille. Elle a l’impression que son ventre, ses cuisses, ses bras parlent d’elle avant qu’elle ait ouvert la bouche, et qu’ils disent quelque chose de mauvais : manque de volonté, laisser-aller, échec.
Cette honte ne suit pas la balance. Nous recevons des personnes dont le poids est dans la moyenne et qui ne supportent pas leur ventre, des personnes très corpulentes qui vivent leur corps sans drame jusqu’au jour où une remarque les atteint, des hommes que leur « bedaine » empêche de se baigner, des femmes qui ont perdu vingt kilos et se cachent toujours. Ce qui fait souffrir, c’est rarement le chiffre lui-même. C’est le sens qu’il a pris, le regard que l’on imagine, et la place que cette préoccupation finit par occuper dans les journées.
Il faut aussi le dire d’emblée : ce sentiment n’est pas toujours une affaire de perception déformée. Les personnes plus rondes reçoivent réellement des remarques, des conseils non demandés, des regards appuyés dans les transports, parfois des refus. Une partie de la honte vient de là, de ce que l’on a vécu, et non d’une fragilité personnelle. La page sur la grossophobie et le rejet lié au poids traite cette réalité en détail ; celle-ci s’intéresse surtout à ce qui se passe à l’intérieur, quand la honte s’est installée.
Pourquoi le ventre, plus que le reste du corps ?
En consultation, le ventre revient plus souvent que n’importe quelle autre zone quand il est question de poids. Il y a à cela des raisons très concrètes. Le ventre est au centre du corps, à la hauteur du regard d’une personne assise en face. Il change d’une heure à l’autre : plat le matin, gonflé le soir, rond après un repas, différent selon les règles, la fatigue, le stress, la digestion. Il forme un pli quand on s’assoit, ce que tous les ventres du monde font, mais que l’on vit comme une preuve. Il se voit de profil dans les vitrines, il « dépasse » dans les vêtements ajustés, il marque sous un tee-shirt mouillé.
Le ventre porte aussi une histoire. Pour une femme, il est celui des grossesses, des cicatrices de césarienne, de la peau qui s’est distendue ; la page sur le corps après une grossesse en parle longuement. Pour un homme, il est souvent le lieu où l’âge et la vie sédentaire se déposent, et où l’on projette la peur de « se laisser aller » comme un père ou un oncle. Pour tous, il est lié à ce que l’on mange, donc à la culpabilité, aux interdits, aux régimes, au plaisir que l’on s’est reproché.
Enfin, le ventre est une zone intime, vulnérable, que l’on protège instinctivement. Les enfants croisent les bras devant lui quand ils ont peur ; les adultes posent un coussin dessus sur le canapé, tiennent un sac contre eux, choisissent la chaise qui permet de cacher le bas du corps derrière la table. Ce geste, que beaucoup font sans le remarquer, dit bien que la honte du ventre touche à quelque chose de plus profond que l’esthétique : à la sensation d’être exposé.
« Je me suis aperçue que je retenais mon ventre depuis l’âge de douze ans. Toute la journée. Le jour où je l’ai compris, j’ai eu mal au dos rien que d’y penser. »
Cette phrase, ou une phrase très proche, nous l’entendons souvent. Rentrer le ventre en permanence est un effort musculaire réel, qui gêne la respiration, crispe le diaphragme, entretient une tension diffuse. Nous y reviendrons plus bas, parce que relâcher ce ventre, littéralement, fait partie du travail.
Ce que la honte du poids fait faire au quotidien
La honte ne reste jamais une pensée. Elle se traduit en gestes, en renoncements, en petites stratégies qui finissent par organiser la vie. La plupart des personnes que nous recevons n’en ont pas conscience : ces gestes sont devenus des habitudes, presque des réflexes. Le thermomètre ci-dessous les rassemble par familles. Cochez ce que vous reconnaissez, sans chercher à bien répondre.
Ce qui frappe, quand on regarde ces gestes de près, c’est qu’ils fonctionnent tous de la même façon. Chacun soulage un peu, tout de suite : la veste rassure, la photo évitée épargne une mauvaise surprise, la pesée du matin donne l’illusion de garder le contrôle. Mais chacun confirme aussi, en silence, que le corps est un problème à gérer et qu’il serait dangereux de le laisser voir. La psychologie appelle cela des comportements de sécurité. Ils entretiennent exactement ce qu’ils cherchent à apaiser, et c’est la raison pour laquelle la honte grandit souvent alors même que le poids ne change pas. Les pages sur le camouflage du corps et sur les renoncements à la plage ou à la piscine détaillent ces deux familles.
Le chiffre de la balance : une mesure qui devient un verdict
Un poids est une mesure physique, au même titre qu’une taille ou une pointure. Il varie dans la journée d’un à deux kilos selon l’eau, le sel, la digestion, le cycle hormonal, sans que la masse de graisse change pour autant. Pourtant, chez beaucoup de personnes, ce chiffre a cessé d’être une mesure pour devenir un jugement. Cinq cents grammes de plus le lundi matin, et c’est la semaine entière qui est gâchée ; un kilo de moins, et l’on se sent autorisé à sortir, à porter une jupe, à accepter une invitation.
Nous voyons alors se mettre en place une sorte de comptabilité morale. Le corps est crédité ou débité selon ce qu’on a mangé, le sport qu’on a fait ou pas fait, et la personne finit par se demander chaque soir si elle a « mérité » son repas. Cette logique est épuisante, et elle a un effet paradoxal bien connu des cliniciens : plus l’alimentation est pensée en termes de faute et d’interdit, plus elle échappe au contrôle. La restriction appelle la perte de contrôle, qui appelle la culpabilité, qui appelle une nouvelle restriction. Quand ce cercle devient intense, avec des crises où l’on mange beaucoup en se sentant incapable de s’arrêter, il peut s’agir d’un trouble des conduites alimentaires, que le site décrit dans le dossier troubles alimentaires, notamment à la page sur l’hyperphagie boulimique.
Il ne s’agit pas de dire que le poids n’a aucune importance pour la santé : c’est une question que votre médecin connaît et suit avec vous. Il s’agit de remarquer que la honte n’a jamais aidé personne à prendre soin de soi. Les chercheurs qui étudient la stigmatisation liée au poids le montrent depuis une vingtaine d’années : se sentir jugé, ou se juger soi-même pour son poids, est associé à davantage de détresse, d’évitement de l’activité physique et de difficultés avec l’alimentation, pas moins. Ce que l’on appelle l’intériorisation des préjugés, quand on finit par penser de soi ce que l’on a entendu dire des personnes rondes, est l’un des mécanismes les mieux documentés de ce domaine.
Un exercice simple, que nous proposons souvent, consiste à observer pendant une semaine ce qui change dans votre journée selon le chiffre du matin : ce que vous portez, ce que vous mangez, si vous sortez, comment vous parlez à vos proches. Beaucoup de personnes découvrent alors, avec une certaine stupeur, qu’un appareil posé dans la salle de bains a pris le pouvoir sur leur humeur. Certaines décident ensuite de se peser moins souvent, d’autres de confier la mesure à leur médecin. Ce n’est pas une règle : c’est une manière de reprendre la main.
D’où vient la honte de son poids ?
Personne ne naît avec la honte de son ventre. Elle s’apprend, souvent très tôt, et presque toujours dans le regard des autres. Quand nous demandons aux personnes que nous recevons de retrouver le premier moment où elles ont eu honte de leur poids, la plupart répondent sans hésiter. Elles se souviennent de la scène, du lieu, parfois de la phrase exacte, alors qu’elles avaient huit, dix ou treize ans.
Les remarques de l’enfance. « Tu ne vas pas reprendre du gâteau ? » ; « Rentre ton ventre, tu as l’air d’une femme enceinte » ; un surnom à l’école, une pesée devant toute la classe, un médecin qui commente la courbe devant l’enfant comme s’il n’était pas là. Ces phrases sont rarement dites pour blesser. Elles sont dites par inquiétude, par habitude, parce qu’on les a soi-même entendues. Mais elles s’impriment, et elles reviennent des années plus tard, avec la même voix, devant le miroir d’une cabine d’essayage. La page sur les remarques sur le corps en famille leur est consacrée.
Les régimes à répétition. Beaucoup de personnes honteuses de leur poids ont suivi leur premier régime à l’adolescence, parfois avant. Chaque tentative a été vécue comme une promesse, puis comme un échec personnel quand le poids est revenu. Or la reprise de poids après un amaigrissement est un phénomène très fréquent, qui tient largement aux adaptations du corps à la restriction. La lire comme une faute morale nourrit la honte au fil des années : on finit par se croire « incapable », alors qu’on a surtout été d’une grande persévérance.
Le regard social. Les publicités, les séries, les vitrines, les réseaux sociaux mettent en scène des ventres plats comme s’ils étaient la norme, et les ventres ronds comme un problème à résoudre. Les personnes plus corpulentes sont encore souvent représentées en personnages comiques ou en « avant » d’une transformation. Il est difficile de ne pas absorber ces images. La page sur la comparaison permanente montre comment elles s’installent dans le regard que l’on porte sur soi.
Ce que le corps a porté. Il arrive enfin que le poids soit lié à une histoire plus lourde : une prise de poids après un deuil, une séparation, une dépression, un traitement médical, une période de violence. Certaines personnes nous disent que leur corps est devenu « une armure », un rempart contre les regards ou contre le désir des autres. Ce n’est pas une explication générale, et nous ne la plaquons sur personne. Mais quand elle se présente, elle mérite d’être entendue avec délicatesse, parce que la honte du poids recouvre alors une autre douleur. Si un médicament a modifié votre silhouette, la page sur les maladies et traitements qui changent le corps en parle.
Inconfort, complexe ou souffrance : où en êtes-vous ?
Ne pas aimer son ventre est très courant ; cela ne fait pas de chacun un patient. Ce qui compte, c’est la place que la préoccupation prend dans la vie, et ce qu’elle empêche. Faites glisser le curseur jusqu’à la description qui vous ressemble le plus.
une gêneun complexeune souffrance
Ces repères servent à mettre des mots sur une expérience que beaucoup de personnes gardent pour elles par honte, justement. Si vous vous êtes arrêté sur l’une des deux dernières descriptions, sachez que ce que vous vivez est fréquent, compréhensible, et qu’il existe des façons d’en sortir qui ne passent pas par un nouveau régime.
Les phrases que l’on se dit devant le miroir
La honte du poids a sa langue. Elle parle à la deuxième personne, comme un adulte sévère : « regarde-toi », « tu n’as aucune volonté », « tu ne vas quand même pas sortir comme ça ». Ces phrases ont l’air de constats ; ce sont des jugements. Retournez les cartes pour voir ce que nous entendons derrière chacune.
Remarquez qu’aucune de ces cartes ne vous demande de vous trouver beau ou belle. C’est un point auquel nous tenons. On ne sort pas de la honte en se forçant à s’aimer devant le miroir, encore moins en répétant des phrases positives auxquelles on ne croit pas. On en sort en apprenant à regarder son corps comme un corps, ni trophée ni accusé, et en cessant peu à peu de lui faire payer ce qu’il n’a pas commis. La page sur la honte du corps approfondit ce mécanisme, au-delà de la question du poids.
Exemple fictif : Mathieu, 41 ans, « je ne vais plus à la plage avec mes enfants »
Mathieu n’existe pas. Son histoire rassemble des éléments que nous entendons souvent, chez les hommes en particulier, qui parlent rarement de leur ventre et le vivent souvent seuls.
Situation
Mathieu, 41 ans, cadre dans une entreprise de transport, a pris une quinzaine de kilos en cinq ans, depuis un changement de poste et la naissance de son deuxième enfant. Il ne se baigne plus, porte des chemises amples même l’été, refuse les photos de vacances. Il a essayé trois régimes, tous suivis de reprises. Il dit qu’il a « honte devant ses enfants », et que sa femme « ne le regarde plus », ce qu’elle dément. Enfant, il était surnommé « le gros » par un oncle, et sa mère le mettait au régime avant chaque rentrée.
Quelle piste semble la plus utile ?
Dans la suite imaginée de cette histoire, Mathieu retourne à la piscine municipale avec son fils un mardi soir, à une heure creuse, en tee-shirt. Trois semaines plus tard, il l’enlève. Il n’a pas perdu un kilo entre-temps. Ce qui a changé, c’est qu’il a cessé d’attendre un autre corps pour vivre avec celui-ci, et qu’il a pu dire en séance ce que ce surnom d’enfance lui avait fait. Le poids, lui, est devenu une question parmi d’autres, qu’il traite avec son médecin, sans en faire un tribunal.
Vrai ou faux : six idées reçues sur le poids et la honte
Ces affirmations circulent dans les familles, les vestiaires, les cabinets médicaux et les réseaux sociaux. Répondez, puis lisez notre explication.
Affirmation 1
« La honte de son poids touche surtout les personnes très corpulentes. »
Faux. Elle touche toutes les corpulences. Nous recevons des personnes au poids moyen qui ne supportent pas leur ventre, et des personnes très rondes qui vivent bien leur corps. La honte dépend du sens donné au poids, de l’histoire et des remarques reçues.
Affirmation 2
« Les hommes ne sont pas concernés. »
Faux. Les hommes en parlent moins, mais beaucoup renoncent à la plage, évitent les vestiaires, portent des vêtements amples pour cacher leur ventre. Le silence masculin sur ce sujet rend la honte plus solitaire encore. Voir la page sur les complexes des hommes.
Affirmation 3
« Se sentir jugé pour son poids peut rendre l’alimentation plus difficile. »
Vrai. Les travaux sur la stigmatisation liée au poids associent le fait de se sentir jugé à davantage de détresse et de difficultés alimentaires. La honte nourrit le cercle restriction, perte de contrôle, culpabilité.
Affirmation 4
« Pour ne plus avoir honte, il suffit de maigrir. »
C’est plus nuancé. Certaines personnes se sentent mieux après avoir maigri, beaucoup découvrent que la honte a survécu aux kilos. L’image intérieure du corps change plus lentement que le corps lui-même. Voir la page « Avoir maigri et ne toujours pas s’aimer ».
Affirmation 5
« Le poids varie d’un à deux kilos dans la même journée. »
Vrai. L’eau, le sel, la digestion, le cycle hormonal font bouger la balance sans que la masse grasse change. Lire chaque variation comme une réussite ou un échec n’a donc pas de sens.
Affirmation 6
« Un psychothérapeute va me faire suivre un programme pour perdre du poids. »
Faux. Au cabinet, nous ne prescrivons ni régime ni objectif de poids. Nous travaillons sur la honte, les évitements, les souvenirs et le rapport à l’alimentation. La question du poids, si elle se pose pour votre santé, reste suivie par votre médecin, en lien avec nous si vous le souhaitez.
Ce que nous faisons au cabinet
Les personnes qui viennent nous voir pour la honte de leur poids arrivent souvent avec une crainte : qu’on leur parle encore de leur poids. Nous ne le faisons pas, sauf si elles le souhaitent. Notre point de départ, c’est ce qu’elles vivent : ce qu’elles ont cessé de faire, ce qu’elles se disent, ce qui leur revient en mémoire, ce qu’elles espèrent. Le premier rendez-vous est sans engagement ; on peut venir accompagné, et tout peut se faire en téléconsultation, ce qui aide beaucoup de personnes pour qui se montrer est justement la difficulté.
Les outils de la TCC servent à défaire les cercles décrits plus haut. Nous repérons ensemble les camouflages, les vérifications, les pesées, les évitements ; nous les classons du plus facile au plus difficile à lâcher ; puis vous faites des expériences progressives, à votre rythme. Nous travaillons aussi la façon de se décrire : passer de « mon ventre est horrible » à « mon ventre est rond et forme un pli quand je m’assois » paraît dérisoire, et cela change pourtant beaucoup l’émotion attachée à la phrase. Voir les TCC au cabinet.
L’EMDR est particulièrement utile quand des souvenirs précis nourrissent la honte : une pesée humiliante, un surnom, une remarque d’un parent, d’un professeur ou d’un soignant, une scène de vestiaire. Ces souvenirs restent souvent « à vif » des décennies plus tard. Les séances d’EMDR durent 80 minutes au cabinet ; elles visent à ce que ces scènes deviennent des souvenirs comme les autres, qui ne dictent plus le regard sur soi. Voir l’EMDR au cabinet.
L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, s’intéresse à ce que le corps et l’alimentation représentent dans votre histoire : la place de la nourriture dans la famille, ce que l’on a voulu protéger ou cacher, le lien entre le poids et le désir, entre le corps et les deuils. Elle prend le temps qu’il faut, sans plaquer d’interprétation.
Quand des signes d’un trouble alimentaire se présentent, ou quand l’humeur est très basse, notre psychothérapeute peut proposer un bilan psychologique, avec un compte rendu écrit. Nous travaillons en lien avec votre médecin quand c’est utile et avec votre accord. Et si votre honte s’accompagne d’un projet de chirurgie de l’obésité, le cabinet réalise aussi des bilans psychologiques avant l’intervention : la page sur l’après-chirurgie de l’obésité en parle.
À retenir
La honte du poids ne suit pas la balance : elle dépend du sens que le chiffre a pris et du regard que l’on imagine.
Les gestes pour se cacher ou se surveiller soulagent sur le moment et entretiennent la honte à la longue.
La honte ne motive pas : elle pousse à se cacher, et rend souvent l’alimentation plus difficile.
Au cabinet, nous ne prescrivons pas de régime : nous travaillons les évitements (TCC), les souvenirs blessants (EMDR) et le sens de ce corps dans votre histoire (écoute analytique).
Questions fréquentes sur la honte du poids et du ventre
Comment arrêter d’avoir honte de son ventre ?
Rarement en se forçant à l’aimer. Ce qui aide, c’est d’abord de repérer les gestes qui entretiennent la honte (rentrer le ventre, se cacher, se peser, éviter), puis de les réduire progressivement. Apprendre à décrire son ventre en mots neutres, comme un appareil photo, change aussi l’émotion attachée à lui. Quand des souvenirs blessants reviennent, l’EMDR peut les apaiser. Si la honte vous fait renoncer à des choses importantes, un rendez-vous au cabinet permet de construire ces étapes avec vous, au cabinet ou en téléconsultation.
Pourquoi ai-je honte de mon poids alors que je suis mince ?
Parce que la honte du poids ne dépend pas du chiffre. Elle dépend de ce qu’on a entendu, de la façon dont on a appris à regarder son corps, des comparaisons et parfois d’une préoccupation qui s’est installée sur une zone précise, comme le ventre. Beaucoup de personnes au poids moyen ou bas se trouvent « trop grosses ». Si cette impression occupe vos pensées, s’accompagne de restrictions ou de vérifications répétées, il est utile d’en parler : cela peut relever d’un complexe envahissant, d’une dysmorphophobie ou d’un trouble alimentaire, qui se distinguent et se soignent.
Est-ce normal de se peser tous les jours ?
Ce n’est pas une question de norme, mais d’effet. Si la pesée quotidienne vous laisse indifférent, elle n’a pas d’importance. Si le chiffre décide de votre humeur, de vos vêtements ou de vos sorties, il est devenu un verdict plutôt qu’une mesure, alors qu’il varie naturellement d’un à deux kilos dans la journée. Beaucoup de personnes se sentent plus libres en espaçant les pesées ou en laissant cette mesure à leur médecin. C’est un des points que nous travaillons en consultation, avec les outils de la TCC.
La honte de son corps peut-elle faire grossir ?
Elle peut rendre l’alimentation plus difficile. Les travaux sur la stigmatisation liée au poids montrent que le fait de se sentir jugé, par les autres ou par soi-même, est associé à davantage de détresse, de restrictions suivies de pertes de contrôle, et à moins d’activité physique, notamment parce qu’on évite les lieux où l’on serait vu. La honte n’est pas la seule cause d’un poids, loin de là, mais elle n’aide jamais à prendre soin de soi. Apaiser la honte est donc utile, quel que soit votre projet concernant votre poids.
Un psy peut-il m’aider si je ne veux pas maigrir ?
Oui. Au cabinet, nous ne fixons aucun objectif de poids. Vous pouvez venir parce que la honte vous empêche de vivre, de vous baigner, de vous déshabiller devant votre partenaire, de manger tranquillement, sans aucun projet d’amaigrissement. Le travail porte sur le regard que vous portez sur vous, sur les évitements, sur les souvenirs qui pèsent et sur le sens de ce corps dans votre histoire. Si un jour vous souhaitez travailler la question du poids avec votre médecin, nous pouvons être en lien avec lui, avec votre accord.
Comment parler de mon complexe du ventre à mon partenaire ?
Commencez par ce que vous ressentez plutôt que par ce que vous pensez de votre corps : « j’ai du mal à me laisser regarder » est plus facile à entendre que « je suis affreux ». Dites aussi ce qui vous aiderait : qu’il ou elle ne commente pas votre poids, qu’il ou elle accepte la lumière tamisée pour un temps, qu’il ou elle vous dise ce qu’il ou elle aime sans insister. Si la honte pèse beaucoup sur l’intimité, des séances de couple de 80 minutes sont possibles au cabinet. La page sur la peur de se déshabiller devant l’autre approfondit ce sujet.
Références
Livres et articlesQuelques travaux évoqués sur cette page
Les travaux de référence mobilisés dans cette page.
Rebecca M. Puhl et Chelsea A. Heuer, « The Stigma of Obesity: A Review and Update », Obesity, 17(5), 941–964, 2009. doi.org/10.1038/oby.2008.636.
Rebecca L. Pearl et Rebecca M. Puhl, « Weight Bias Internalization and Health: A Systematic Review », Obesity Reviews, 19(8), 1141–1163, 2018. doi.org/10.1111/obr.12701.
Tracy L. Tylka, Rachel A. Annunziato, Deb Burgard et al., « The Weight-Inclusive versus Weight-Normative Approach to Health: Evaluating the Evidence for Prioritizing Well-Being over Weight Loss », Journal of Obesity, 2014. doi.org/10.1155/2014/983495.
Vous n’avez pas besoin d’avoir perdu ou pris un seul kilo pour consulter. Un premier rendez-vous permet de parler de ce que la honte vous coûte, sans pesée ni régime, et de choisir ensemble par où commencer. Au cabinet ou en téléconsultation.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.