Les premiers mots qui restent
Un enfant de huit ans peut déjà dire qu’il est « gros » ou « moche », souvent en reprenant des mots entendus. La façon dont les adultes répondent compte beaucoup. Voir quand un enfant se trouve laid ou gros.
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« Je me trouve moche. » « Je ne supporte pas les photos. » « Je cache mon corps, même l’été. » « J’ai honte devant mon partenaire. » « Je ne reconnais plus mon corps. » Ces phrases, nous les entendons en consultation presque chaque semaine, dites à voix basse, souvent en fin de séance, comme si elles ne méritaient pas qu’on s’y arrête. Elles le méritent. Un complexe n’est ni un caprice ni de la vanité : c’est une souffrance qui se loge dans le rapport à son propre corps, et qui peut finir par décider des vêtements, des sorties, des amours et du travail.
Ce dossier part des mots des patients pour expliquer ce qu’est l’image du corps, pourquoi elle se dérègle, ce qui entretient le malaise et ce qui aide à respirer de nouveau dans sa peau. Vous y trouverez une carte du corps à toucher, un court quiz qui vous indique la page par laquelle commencer, et la liste de toutes les pages, rangées par familles.
Dans la langue de tous les jours, avoir un complexe, c’est trouver qu’une partie de soi ne va pas, et en souffrir : un nez, un ventre, une peau, une taille, une calvitie, des cicatrices, une silhouette entière. Le mot a une longue histoire en psychologie, puisque Carl Gustav Jung en a fait un concept au début du XXe siècle, à partir de ses expériences d’associations de mots : un complexe désignait chez lui un ensemble de souvenirs et de représentations très chargés d’émotion, en grande partie inconscients. Le sens courant a gardé l’essentiel de cette idée. Ce qui fait souffrir n’est pas seulement le détail lui-même, mais tout ce qui s’y est accroché au fil du temps : une remarque, une comparaison, une honte, une peur de ne pas être aimé.
L’image du corps, ou image corporelle, désigne la façon dont chacun se représente son corps, le perçoit, le ressent et le juge. Le psychiatre et psychanalyste Paul Schilder, dans un livre fondateur paru en 1935 (traduit en français en 1968 sous le titre L’Image du corps), la décrivait comme le portrait de notre corps que nous formons dans notre esprit : la manière dont il nous apparaît à nous-mêmes. Ce portrait n’est pas une photographie. Il se construit avec l’histoire, les regards reçus, les émotions, la culture, et il peut s’écarter beaucoup de ce que voient les autres. La page image corporelle : ce que le miroir ne montre pas l’explique pas à pas.
La plupart des gens ont, à un moment ou à un autre, une partie d’eux-mêmes qu’ils aimeraient différente. Cela devient une souffrance quand le complexe prend de la place : du temps passé à y penser, des vérifications, des évitements, une honte qui empêche d’aller à la piscine, de se déshabiller devant quelqu’un, de prendre la parole, de poster une photo. C’est souvent à ce moment-là que les personnes nous consultent, parfois après des années à se dire que « ce n’est pas assez grave ».
Les personnes ne viennent presque jamais en disant « j’ai un trouble de l’image du corps ». Elles arrivent avec une phrase, toujours la même, qui résume des années. Touchez les cartes : derrière chacune, ce que nous entendons souvent quand on prend le temps de l’écouter.
Chacune de ces phrases a sa page : « je me trouve moche », ne pas supporter les photos ou multiplier les selfies, cacher son corps, ne pas oser se déshabiller devant l’autre et, pour la dernière, quand une maladie ou un traitement change le corps ou le corps après une grossesse.
Avant de lire plus loin, faites une petite expérience. Touchez sur la silhouette, ou dans la liste, les endroits qui vous préoccupent le plus. Ne réfléchissez pas trop : prenez ce qui vient en premier. Le nombre de zones choisies dit déjà quelque chose de la forme que prend votre malaise.
Selon les zones que vous avez touchées, voici les pages les plus proches. Le visage et le nez : complexe du visage et du nez. La peau : acné et maladies de peau, ou cicatrices et brûlures. Les cheveux : chute des cheveux, calvitie, pilosité. La poitrine : complexe de la poitrine. Le ventre, les hanches : honte de son poids, de son ventre. La zone intime : complexe des organes génitaux. Les épaules et les bras chez quelqu’un qui ne se trouve jamais assez costaud : ne jamais se trouver assez musclé. La silhouette entière ou la taille : être trop petit, être trop grand.
Tout le monde n’a pas la même chose, et c’est important : l’aide la plus utile n’est pas la même. Ce n’est pas la taille du « défaut » qui fait la différence, ni même son existence, mais la place que prend la préoccupation, la détresse qu’elle cause et ce qu’elle fait renoncer à vivre. Faites glisser le curseur.
Le terme de dysmorphophobie a été proposé en 1891 par le psychiatre italien Enrico Morselli ; les classifications actuelles parlent de trouble dysmorphique corporel et le rangent parmi les troubles apparentés au TOC, à cause des rituels qui l’accompagnent. Le Manuel Merck l’estime à 2 à 3 % de la population générale, avec un début le plus souvent à l’adolescence. Les troubles des conduites alimentaires (anorexie, boulimie, accès hyperphagiques) ont leur propre dossier : troubles alimentaires. Les rituels peuvent aussi rappeler un TOC, et la honte sociale une anxiété sociale, sans que ce soit la même chose.
Certaines personnes en arrivent à se faire du mal, à ne plus manger, ou à penser que la vie ne vaut plus d’être vécue à cause de leur apparence. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Il serait faux, et blessant, de dire à quelqu’un que tout se passe « dans sa tête ». Beaucoup de complexes ont une date de naissance précise : le surnom donné au collège, la remarque d’une grand-mère sur les cuisses à table, le moniteur de natation qui rit, le message reçu après une photo, l’entretien d’embauche où le regard s’est arrêté sur le fauteuil roulant ou sur la cicatrice. Certaines personnes vivent aussi, aujourd’hui, des discriminations réelles à cause de leur poids, de leur couleur de peau, d’une différence visible, de leur âge ou de leur apparence de genre.
Dans ces situations, nous ne commençons pas par corriger une perception. Nous commençons par reconnaître ce qui a eu lieu. Le travail consiste ensuite à empêcher que ces scènes continuent de parler à la place de la personne : en EMDR, on peut retraiter le souvenir d’une humiliation pour qu’il cesse de revenir avec la même brûlure ; dans la parole, on peut démêler ce qui appartient à celui qui s’est moqué et ce que l’on a fini par croire de soi. Les pages les remarques sur le corps en famille, moqueries et harcèlement sur le physique, grossophobie et discriminations liées à l’apparence sont écrites dans cet esprit, en lien avec notre dossier harcèlement.
Les complexes ne sont pas une affaire de jeunes filles devant leur miroir, même si c’est l’image qui vient d’abord. Nous recevons des hommes qui n’en ont jamais parlé à personne, des adolescents des deux sexes, des personnes de quatre-vingts ans, des personnes minces, rondes, très grandes ou très petites, des personnes trans ou non binaires pour qui le regard des autres sur l’apparence se mêle à la question de l’identité, sans se confondre avec elle.
Un enfant de huit ans peut déjà dire qu’il est « gros » ou « moche », souvent en reprenant des mots entendus. La façon dont les adultes répondent compte beaucoup. Voir quand un enfant se trouve laid ou gros.
La puberté transforme le corps à un rythme que l’on ne choisit pas, au moment même où le regard des pairs devient décisif. Voir adolescence et puberté.
Calvitie, taille, muscles, sexe : les hommes parlent peu de leurs complexes, qui n’en sont pas moins lourds. Voir les complexes des hommes.
Rides, silhouette qui change, regard social qui devient indifférent : vieillir bouscule aussi l’image de soi. Voir vieillir et ne plus se reconnaître et ménopause et image du corps.
Pour les personnes trans et non binaires, ce que l’on ressent de son corps, qui l’on est et la façon dont les autres lisent l’apparence sont trois choses distinctes. Voir personnes trans et non binaires.
Une tache de naissance, une cicatrice, un handicap visible, une amputation : la question n’est pas d’« accepter », mais de trouver sa place face aux regards. Voir différence visible et handicap.
Idée reçue 1
Faux. Les personnes qui souffrent le plus de leur apparence sont rarement satisfaites d’elles-mêmes au point de s’admirer : elles se vivent comme indignes d’être regardées. C’est la honte, bien plus que la vanité, qui est au travail.
Idée reçue 2
Faux, le plus souvent. Le compliment soulage quelques minutes, puis il est mis en doute (« tu dis ça pour me faire plaisir »). Écouter ce que la personne ressent, sans minimiser ni surenchérir, aide davantage. Voir aider un proche complexé.
Idée reçue 3
Vrai, en général. Nous connaissons notre visage par le miroir, inversé ; nous l’examinons de près, sous une lumière crue, en cherchant l’erreur. Les autres le voient en mouvement, de plus loin, et pensent surtout à autre chose.
Idée reçue 4
C’est plus nuancé. Une intervention esthétique peut soulager certaines personnes. Chez d’autres, et notamment dans la dysmorphophobie, la préoccupation se déplace vers un autre endroit. Savoir ce que l’on attend vraiment aide à décider. Voir chirurgie et médecine esthétiques.
Idée reçue 5
Faux. On peut souffrir de son corps à soixante-dix ans comme à quinze, et il n’y a pas d’âge pour se sentir mieux dans sa peau. Les changements du vieillissement réveillent d’ailleurs parfois de très vieux complexes.
Idée reçue 6
Vrai. Vérifier sans cesse et ne jamais regarder sont deux réponses opposées à la même peur ; toutes deux empêchent de découvrir qu’on supporte de se voir. Voir le miroir : vérifier sans cesse ou l’éviter.
Nous ne commençons pas par une méthode, ni par une opinion sur votre apparence. Nous commençons par la façon dont votre corps vous fait souffrir : depuis quand, dans quelles situations, devant qui, avec quels mots, et ce que cela vous fait renoncer à vivre. À partir de là, trois approches se combinent, dans un dosage qui dépend de chaque personne.
Nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, elle s’intéresse à ce que le complexe vient dire : une place dans la famille, une rivalité, un deuil, une peur de ne pas être aimé, un regard qui a manqué. Le défaut est souvent le lieu où une histoire s’est déposée.
Quand des souvenirs de moqueries, de remarques ou de regards blessants restent à vif, l’EMDR permet de les retraiter, en séances de 80 minutes. L’image de soi qui s’y était attachée (« je suis repoussant ») peut alors se desserrer.
Vérifications au miroir, demandes de réassurance, camouflage, évitements : on les repère, puis on les réduit pas à pas, avec des exercices d’exposition progressive et de description neutre de son corps.
Notre psychothérapeute réalise des bilans psychologiques, et le cabinet en propose notamment avant une chirurgie de l’obésité ou une chirurgie esthétique. Les adolescents sont reçus par notre psychothérapeute, qui est aussi pédopsychothérapeute : seuls, et les parents à d’autres moments. Les couples sont reçus en séances de 80 minutes quand le complexe s’est invité dans l’intimité. Tout peut se faire en téléconsultation, ce qui aide beaucoup les personnes à qui le seul trajet jusqu’au cabinet coûte déjà. Le détail est sur la page notre façon d’accompagner les complexes et l’image du corps, et les bilans sur la page bilans.
Six questions, une minute, pour savoir quelle famille de pages vous concerne d’abord. Ce quiz sert à s’orienter dans le dossier ; pour faire le point plus en détail, le dossier propose aussi un test sur votre rapport à votre corps.
Les pages du dossier sont rangées en dix familles, des repères jusqu’à l’accompagnement. Chacune répond à une préoccupation précise, avec des exercices à faire sur place et une foire aux questions. Elles se lisent dans l’ordre qui vous convient.
La question n’est pas tant de savoir s’il est normal que de savoir ce qu’il vous coûte. Trois repères aident : le temps que vous y passez chaque jour, en pensées, en vérifications ou en camouflage ; la détresse qu’il provoque ; et ce qu’il vous fait éviter ou abandonner (sorties, plage, rencontres, photos, intimité, travail). Un complexe qui vous gêne parfois sans rien vous interdire fait partie de la vie. Un complexe qui organise vos journées mérite d’être entendu, quelle que soit la taille du détail. Le test sur le rapport au corps aide à faire le point.
Le plus souvent, ce qui change n’est pas le détail mais la place qu’il occupe. Beaucoup de personnes que nous suivons voient encore leur nez, leur ventre ou leur cicatrice, mais cessent d’y penser toute la journée, recommencent à aller à la piscine, se laissent photographier, arrêtent de se cacher dans l’intimité. Ce déplacement passe par la compréhension de ce qui s’est accroché au complexe, par le retraitement des souvenirs blessants et par la réduction progressive des vérifications et des évitements. Nous ne promettons pas un résultat ; nous constatons que ce travail ouvre souvent de l’espace.
Dans la dysmorphophobie, la préoccupation pour un ou plusieurs défauts, souvent peu visibles ou invisibles pour les autres, est intense et envahissante : elle occupe en général plus d’une heure par jour, s’accompagne de comportements répétitifs difficiles à arrêter (miroir, comparaison, camouflage, triturage de la peau, demandes de réassurance) et cause une grande détresse. Les classifications la rangent parmi les troubles apparentés au TOC. Un complexe ordinaire, même pénible, laisse davantage de liberté. La page dysmorphophobie donne les repères détaillés.
Évitez de balayer la phrase (« mais non, tu es très beau ») comme de la confirmer (« c’est vrai que ton nez… »). Demandez-lui plutôt ce qui s’est passé, quand il l’a pensé, s’il a entendu quelqu’un le dire. Souvent, la phrase arrive après une remarque, une comparaison ou une moquerie, et c’est de cela qu’il a besoin de parler. Montrez aussi, par votre façon de parler de votre propre corps et de celui des autres, que l’apparence n’est pas ce qui fait la valeur d’une personne. Voir quand un enfant se trouve laid ou gros.
Ce n’est pas obligatoire, mais beaucoup de personnes trouvent utile de faire le point sur ce qu’elles attendent : soulager une gêne précise et ancienne n’est pas la même chose qu’espérer qu’une opération règle une honte, une rupture ou une solitude. Le cabinet réalise des bilans psychologiques avant une chirurgie esthétique ou une chirurgie de l’obésité, avec un compte rendu écrit. Nous ne prenons parti ni pour ni contre l’intervention : nous aidons à y voir clair. Voir chirurgie et médecine esthétiques.
Oui, et c’est même souvent plus simple pour commencer. Beaucoup de personnes qui souffrent de leur apparence redoutent la salle d’attente, le trajet, le regard du clinicien sur leur corps. La téléconsultation permet de venir en parler depuis chez soi, caméra allumée ou non au début. Au cabinet, tout peut se faire à distance, y compris les bilans psychologiques et les séances de couple. Seul le bilan neuropsychologique se fait au cabinet, et il est rarement nécessaire pour ces questions.
Il n’est pas nécessaire que ce soit « grave » pour prendre rendez-vous. Vous pouvez venir avec une phrase, une gêne, une photo que vous n’avez pas supportée, ou pour un proche. Le premier rendez-vous est sans engagement, au cabinet ou en téléconsultation, et vous pouvez venir accompagné.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.