Ne pas supporter de se voir en photo, ou multiplier les selfies
« Supprime-la tout de suite. » La phrase part avant même d’avoir vraiment regardé l’image. Certaines personnes ne supportent plus aucune photo d’elles, se cachent derrière les autres au moment du cliché de groupe, refusent le portrait du badge. D’autres, à l’inverse, prennent vingt selfies pour en garder un, retouchent, comparent, effacent. Ces deux attitudes paraissent opposées ; elles répondent pourtant souvent à la même inquiétude : ne pas savoir à quoi l’on ressemble vraiment, et redouter ce que les autres voient.
La réponse courte : parce qu’une photo vous montre un visage que vous ne connaissez presque pas. Vous vous voyez tous les jours dans le miroir, c’est-à-dire inversé, en mouvement, d’assez près, et le plus souvent dans un moment où vous vous préparez. La photo, elle, fige un instant pris de l’extérieur, à l’endroit, sous un angle que vous n’avez pas choisi. Ce décalage suffit à rendre l’image étrangère, et ce qui est étranger paraît vite raté.
En 1977, trois chercheurs américains, Theodore Mita, Marshall Dermer et Jeffrey Knight, ont montré à des étudiantes deux tirages de leur propre portrait : l’un normal, l’autre inversé comme dans un miroir. Elles préféraient le plus souvent la version inversée, celle qu’elles avaient l’habitude de voir ; leurs amis, eux, préféraient la version normale, celle qu’ils connaissaient. Nous aimons ce qui nous est familier : c’est ce que l’on appelle l’effet de simple exposition. Une part du malaise devant les photos tient à ce mécanisme banal, qui n’a rien à voir avec la beauté.
D’autres raisons s’ajoutent. La photo arrête un visage vivant au milieu d’une expression, la bouche entrouverte, un œil à demi fermé ; dans la vraie vie, cette fraction de seconde passe inaperçue, noyée dans le mouvement. La photo s’examine longtemps, alors que personne ne vous dévisage ainsi en conversation. Et le selfie ajoute sa propre déformation : pris à bout de bras, il grossit ce qui est le plus proche de l’objectif. En 2018, une équipe de chirurgiens américains (Ward et ses collègues) a calculé qu’à une trentaine de centimètres, la base du nez paraît environ 30 % plus large qu’elle ne le serait sur un portrait pris à 1,5 mètre, distance à laquelle l’effet disparaît. Beaucoup de personnes jugent leur nez, leur menton ou la forme de leur visage sur des images qui les déforment.
Enfin, il y a ce que l’on cherche en regardant. Quand une partie du corps inquiète, l’œil va droit vers elle, s’y arrête, et le reste de l’image disparaît. On ne regarde plus une photo : on vérifie un défaut. C’est le cœur de ce qui rend les photos insupportables, et c’est aussi ce qui se travaille le mieux.
À retenir
Une photo montre un visage inversé par rapport au miroir, figé et vu sous un angle inhabituel : le malaise vient souvent de cette étrangeté.
Un selfie pris à bout de bras grossit le nez et le centre du visage ; à 1,5 mètre, cette déformation disparaît.
Éviter toutes les photos et multiplier les selfies peuvent répondre à la même inquiétude : ne pas savoir à quoi l’on ressemble.
Quand les photos organisent la vie (fêtes évitées, heures de retouche, détresse durable), un accompagnement aide vraiment.
Fuir l’objectif ou le chercher sans cesse : deux réponses à la même inquiétude
Nous rencontrons en consultation des personnes qui n’ont pas une seule photo d’elles depuis dix ans, et d’autres dont le téléphone en contient des milliers. Elles se ressemblent plus qu’on ne le croit. Dans les deux cas, l’image est devenue un juge, et l’on cherche soit à lui échapper, soit à obtenir enfin un verdict favorable. Parcourez les trois profils : beaucoup de gens passent de l’un à l’autre selon les périodes.
« Moi, je prends la photo. » C’est la ruse la plus répandue : se proposer pour tenir l’appareil, se placer au dernier rang, baisser la tête, tendre la main devant l’objectif. Puis viennent les demandes : « Tu ne la publies pas, hein ? », « Tu peux me couper ? ». Certaines personnes refusent la photo de classe de leur enfant, le portrait officiel de l’entreprise, la photo d’identité tant qu’elle n’est pas obligatoire. L’évitement soulage sur le moment, et il a un prix discret : on disparaît peu à peu de sa propre histoire, et l’image que l’on garde de soi n’est plus jamais confrontée à la réalité.
« Encore une, celle-là ne va pas. » Ici, on ne fuit pas l’image, on la travaille : trouver la bonne lumière, le bon angle, tourner légèrement le visage, recommencer. On garde la meilleure, on la retouche un peu, parfois beaucoup, et l’on surveille ensuite les réactions. Le soulagement dure tant que la photo plaît. Le lendemain, il faut recommencer, et l’écart entre la photo retouchée et le visage du matin devient lui-même une source de malaise. Ce n’est pas de la vanité : c’est une tentative, épuisante, de se rassurer.
« Je n’en prends jamais, sauf quand je m’y mets. » Beaucoup de personnes alternent : des semaines sans aucune photo, puis une soirée entière à se photographier pour vérifier si « c’est vraiment si terrible ». L’une et l’autre phase renforcent l’idée qu’il existerait une seule vraie image, terrible ou rassurante, qu’il faudrait trouver. Or il n’y en a pas : il y a des milliers d’images possibles d’un même visage, selon la lumière, l’humeur, l’angle et la distance.
L’exercice « Ce que voit l’autre » : votre photo à la bonne distance
Quand vous examinez une photo de vous, vous la regardez comme personne d’autre ne vous regarde jamais : de près, longtemps, en zoomant. Dans la vie, les gens vous voient à un mètre, à deux mètres, en mouvement, pendant quelques secondes. Cet exercice vous propose de voir votre propre photo avec la quantité de détails qu’un œil perçoit à différentes distances. C’est une simulation simplifiée : elle montre seulement à quel point les détails sur lesquels on s’acharne s’effacent vite pour les autres.
Choisissez une photo de vous, de préférence une que vous n’aimez pas trop, sans aller vers celle qui vous fait le plus mal. Votre photo ne quitte pas votre appareil : tout se passe sur votre téléphone ou votre ordinateur, rien n’est envoyé ni gardé. Faites glisser le curseur, puis restez quelques secondes à chaque étape.
Que s’est-il passé pendant l’exercice ? Certaines personnes sont soulagées dès le troisième cran ; d’autres continuent à « voir » le défaut même quand il n’est plus visible, parce qu’il est inscrit dans leur tête plus que sur l’image. Ce second cas est très instructif : il montre que l’inquiétude ne vient pas seulement de la photo. C’est précisément ce que l’on explore en séance, et c’est souvent là que le travail devient libérant.
Vingt selfies pour en garder un : ce qui se passe vraiment
Prendre des selfies n’a rien d’inquiétant en soi : c’est une façon moderne de raconter sa journée, de garder un souvenir, de s’amuser avec son image. La question n’est pas le nombre, mais ce que l’on cherche et ce que l’on ressent après. Une étude canadienne et australienne publiée en 2018 dans la revue Body Image (Mills, Musto, Williams et Tiggemann) a demandé à des étudiantes de prendre un selfie et de le publier, avec ou sans possibilité de le refaire et de le retoucher. Celles qui avaient publié un selfie se sentaient ensuite plus anxieuses, moins confiantes et moins attirantes que celles du groupe témoin, et la possibilité de choisir puis de retoucher la photo n’empêchait pas cet effet.
Ce résultat rejoint ce que nous entendons souvent : la séance de selfies, censée rassurer, laisse plutôt une impression de défaite. On a passé vingt minutes face à son visage, à le juger sous tous les angles. La photo gardée est une version de soi que l’on ne pourra pas reproduire dans la vraie vie, et chaque retouche creuse l’écart entre l’image publiée et le visage du matin. Les réactions des autres deviennent alors un thermomètre que l’on consulte toutes les cinq minutes.
Exemple fictif. Malik, 24 ans, prend chaque matin des photos de son visage dans la même lumière, près de la fenêtre, pour « vérifier » sa ligne de cheveux. Il compare avec celles de la veille, de la semaine précédente, du mois dernier. Certaines images le rassurent pendant une heure ; d’autres le plongent dans une journée sombre. Il a fini par ne plus sortir sans casquette. Ce qu’il appelait une habitude est devenu un rituel de vérification, qui ne lui apporte jamais la certitude qu’il cherche, parce qu’une photo ne peut pas répondre à une angoisse.
Les réseaux sociaux ajoutent la comparaison permanente avec des images retouchées, filtrées, choisies parmi des centaines. Nous y consacrons une page à part : réseaux sociaux et filtres. Et quand votre propre visage à l’écran pendant les réunions devient pénible, voyez se voir en visioconférence.
Ce que coûtent les photos évitées
On pense rarement au prix de l’évitement, parce qu’il se paie plus tard. Un jour, on feuillette l’album d’un mariage, d’un voyage, de l’enfance de ses enfants, et l’on s’aperçoit que l’on n’y est pas. Les enfants le remarquent aussi : « Pourquoi il n’y a jamais maman sur les photos ? » Ils grandissent avec des images d’un parent toujours derrière l’appareil, et parfois avec l’idée, transmise sans un mot, qu’un corps se cache.
Exemple fictif. Hélène, 52 ans, a refusé toutes les photos depuis la naissance de son deuxième enfant. Au mariage de sa fille, elle a passé la journée à surveiller le photographe pour sortir du cadre. Quelques semaines plus tard, sa fille lui a montré l’album, un peu triste : « Tu n’es sur aucune photo avec moi. » C’est cette phrase, plus que le malaise lui-même, qui l’a décidée à consulter. Pendant les séances, il est apparu que la photo n’était qu’une porte : derrière, il y avait vingt ans de remarques sur son poids, un corps qu’elle ne regardait plus du tout, et une grande solitude.
L’évitement a aussi des effets plus quotidiens : renoncer à une candidature qui demande une photo, laisser un profil vide sur un site de rencontre, ne pas oser proposer une visio, refuser la photo de l’équipe. Chaque renoncement paraît petit. Mis bout à bout, ils dessinent une vie où l’on prend moins de place. Vous trouverez d’autres situations proches dans oser séduire avec ses complexes et plage, piscine, vestiaires.
Enfin, il faut le dire : la souffrance devant les photos ne vient pas toujours d’une perception déformée. Une photo partagée pour se moquer, un cliché détourné en classe, des commentaires blessants sous une publication laissent une trace réelle. Dans ce cas, la peur de l’objectif est la mémoire d’une humiliation, et c’est cette humiliation que l’on soigne. Voir moqueries et harcèlement sur le physique.
Votre rapport aux photos en ce moment
Cochez ce qui vous est arrivé au cours du dernier mois. Les signes sont répartis en trois familles, parce que l’inquiétude se manifeste avant, pendant et après la photo. Votre réponse reste sur votre écran.
Selfies, photos et dysmorphophobie : quand l’inquiétude devient envahissante
Ne pas aimer ses photos est extrêmement répandu. Ce qui doit alerter, c’est la place que l’inquiétude prend : le temps passé, la détresse, les renoncements. Quand une personne passe plusieurs heures par jour à penser à un défaut que les autres ne voient pas ou jugent minime, à le vérifier, à le camoufler, à demander si cela se voit, on parle de dysmorphophobie, ou trouble dysmorphique corporel. Les photos y jouent souvent un rôle central : on se photographie pour vérifier, ou l’on ne supporte plus aucune image. Faites glisser le curseur pour situer votre propre expérience.
Si vous vous reconnaissez dans les deux derniers paliers, sachez que ces difficultés sont fréquentes, souvent tues par honte de paraître futile, et qu’elles répondent bien à un accompagnement. Les liens avec les troubles alimentaires, l’anxiété et la dépression sont détaillés dans complexe, dysmorphophobie, TCA : quelles différences ?
Vrai ou faux : six idées reçues sur les photos et l’image de soi
Affirmation 1
« La photo montre la vérité ; le miroir, lui, est indulgent. »
Faux. Ni l’un ni l’autre ne montre « la vérité ». Le miroir inverse le visage ; la photo le fige et dépend de l’objectif, de la distance, de la lumière. Ce sont deux images partielles d’un visage qui, dans la vie, bouge et s’exprime.
Affirmation 2
« Un selfie pris à bout de bras grossit le nez. »
Vrai. Plus l’objectif est proche, plus ce qui est au centre du visage paraît grand par rapport aux oreilles et aux joues. À environ 30 cm, la base du nez peut sembler près d’un tiers plus large qu’à 1,5 mètre, où la déformation disparaît.
Affirmation 3
« Quelqu’un qui prend beaucoup de selfies s’aime forcément beaucoup. »
Faux. Certaines personnes en prennent par jeu, d’autres par inquiétude : elles cherchent la photo qui les rassurera enfin. Le nombre de selfies ne dit rien de l’amour de soi ; ce qui compte, c’est ce que l’on ressent après.
Affirmation 4
« Nous préférons souvent notre image inversée, celle du miroir. »
Vrai. Une expérience de 1977 l’a montré : on préfère la version de son visage que l’on voit le plus souvent, alors que nos proches préfèrent la version qu’eux connaissent. La familiarité compte beaucoup dans ce que l’on trouve « bien ».
Affirmation 5
« Retoucher ses photos aide à se sentir mieux. »
C’est plus nuancé. Une retouche ponctuelle, pour le plaisir, n’a rien d’inquiétant. Mais quand on retouche systématiquement, l’écart avec son visage réel grandit, et une étude a montré que choisir et retoucher son selfie ne protégeait pas d’une baisse de moral après publication.
Affirmation 6
« Le mieux est de ne plus jamais se faire prendre en photo. »
Faux. L’évitement soulage tout de suite, mais il entretient la peur et prive de souvenirs. Revenir progressivement devant l’objectif, dans des conditions choisies, aide bien davantage, surtout lorsqu’on apprend à regarder l’image entière.
Comment être plus à l’aise sur les photos : ce qui aide, pas à pas
Il ne s’agit pas d’apprendre à « bien poser », ni de se forcer à aimer toutes ses photos. L’objectif est plus modeste et plus durable : que les images reprennent une place ordinaire dans votre vie. Voici les étapes que nous proposons souvent, à adapter à votre rythme. Si une étape paraît impossible, ce n’est pas un échec : c’est une information utile à apporter en séance.
Observer avant de changerPendant une semaine, notez simplement les moments où une photo vous a posé problème : ce que vous avez fait (éviter, refaire, retoucher, supprimer, vérifier les réactions) et ce que vous avez ressenti juste après. Ce relevé montre souvent que le soulagement dure peu.
Décrire l’image entière, en mots neutresDevant une photo de vous, décrivez-la comme le ferait quelqu’un qui doit la retrouver dans une pile : le décor, la couleur des vêtements, la posture, l’expression, puis seulement le visage, sans adjectif de valeur. « J’ai les cheveux attachés, je ris, la lumière vient de gauche. » Le regard sort du détail.
Changer la distancePour les selfies, tendez moins le bras ou demandez à quelqu’un de vous photographier d’un peu plus loin. Regardez ensuite la photo sur l’écran sans zoomer, à la taille où les autres la verront.
Se donner une règle simpleTrois prises au maximum, aucune retouche du visage, puis on choisit et on n’y revient plus. Au début, c’est inconfortable ; l’inconfort redescend tout seul si on ne le soulage pas en recommençant.
Revenir dans le cadreChoisissez une occasion peu risquée (un repas en famille, une sortie avec un ami bienveillant) et acceptez d’être sur la photo de groupe, sans demander à la voir aussitôt. Puis une occasion un peu plus exposée.
Retarder la vérificationAprès une publication, attendez plusieurs heures avant de regarder les réactions, puis une journée. La valeur de la photo ne se mesure pas au nombre de cœurs, et votre humeur cesse de dépendre de ce compteur.
Ces exercices viennent des thérapies cognitives et comportementales, qui ont beaucoup étudié les vérifications et les évitements liés à l’apparence. Ils marchent mieux quand on comprend aussi d’où vient l’inquiétude : c’est l’objet de la section suivante. Pour aller plus loin sur ce mécanisme, voyez le besoin d’être rassuré sur son apparence.
Au cabinet : ce que nous travaillons autour des photos et de l’image de soi
Une personne vient rarement consulter « pour les photos ». Elle vient parce qu’elle se sent laide, parce qu’elle s’isole, parce qu’un événement familial approche, ou parce qu’elle ne supporte plus de passer ses soirées à retoucher son visage. Le premier rendez-vous sert à comprendre ce que les images représentent pour elle, depuis quand, et ce qu’elles l’empêchent de vivre.
Les outils de la TCC aident à desserrer le cercle : repérer les vérifications, les retouches, les évitements ; les réduire progressivement ; apprendre à regarder une image entière plutôt qu’un détail ; mettre à l’épreuve la conviction que « tout le monde ne voit que ça ». Voir les thérapies cognitives et comportementales.
L’EMDR est souvent précieux quand une image précise est restée à vif : une photo de classe moquée, un cliché partagé sans accord, une remarque devant l’album de famille, un commentaire humiliant sous une publication. Ces souvenirs continuent de déclencher la honte bien des années plus tard ; leur retraitement, en séances de 80 minutes, permet souvent de regarder à nouveau l’objectif sans revivre la scène. Voir l’EMDR au cabinet.
L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, s’intéresse à ce que l’image vient dire. Dans La Chambre claire (1980), Roland Barthes décrit ce moment où, se sentant visé par l’objectif, il se met à « poser » et se fabrique un autre corps : se sentir regardé transforme déjà la personne. Pour certains, la photo réveille une question ancienne : suis-je regardable, suis-je aimable tel que je suis ? Le travail par la parole permet de déplier cette question, qui dépasse de loin l’apparence. Sur le rôle du regard dans la construction de l’image de soi, voir le corps dans la psychanalyse.
Pour les adolescents, très exposés aux images, le pédopsychothérapeute reçoit le jeune seul, et les parents à d’autres moments. Tout l’accompagnement peut se faire en téléconsultation, ce qui aide les personnes pour qui se montrer est justement difficile. Notre façon de travailler est détaillée dans notre accompagnement des complexes et de l’image du corps.
Questions fréquentes sur les photos et les selfies
Pourquoi je me trouve moche en photo et pas dans le miroir ?
Parce que le miroir vous montre une image inversée, en mouvement, que vous voyez tous les jours depuis toujours : elle vous est familière. La photo montre votre visage à l’endroit, figé au milieu d’une expression, sous un angle et une lumière que vous n’avez pas choisis. Les recherches sur l’effet de simple exposition montrent que nous préférons ce que nous voyons souvent. Ce n’est donc pas la photo qui dit la vérité et le miroir qui ment : ce sont deux images partielles, et la photo est simplement moins familière.
Pourquoi mon nez paraît plus gros sur les selfies ?
Parce qu’un selfie est pris de très près, à environ trente centimètres. À cette distance, ce qui est au centre du visage et proche de l’objectif, comme le nez, paraît plus grand que ce qui est sur les côtés. Des chirurgiens ont calculé que la base du nez peut sembler environ 30 % plus large qu’à 1,5 mètre, distance où l’effet disparaît. Avant de juger votre nez sur un selfie, regardez une photo prise par quelqu’un d’autre, à distance normale de conversation.
Est-ce grave de ne pas supporter d’être pris en photo ?
Le plus souvent, non : beaucoup de gens n’aiment pas leurs photos. Cela devient une difficulté quand l’évitement s’étend : renoncer à des fêtes, refuser toutes les photos de famille, ne plus oser postuler à un emploi qui en demande une, ressentir une détresse qui dure des heures après avoir vu une image. Dans ce cas, il est utile d’en parler. Les photos ne sont souvent que la partie visible d’une inquiétude plus large sur l’apparence, qui se travaille bien en consultation.
Prendre beaucoup de selfies, est-ce du narcissisme ?
Pas forcément, et souvent pas du tout. Certaines personnes s’amusent avec leur image, d’autres documentent leur vie. Pour d’autres encore, multiplier les selfies est une façon de se rassurer : on cherche la photo qui prouvera que l’on est acceptable. Ce n’est pas de l’amour excessif de soi, plutôt une inquiétude. La bonne question n’est pas « combien », mais « comment je me sens après ». Si chaque séance vous laisse plus mal qu’avant, cela vaut la peine d’y regarder de plus près.
Comment être plus à l’aise sur les photos ?
Commencez par changer la distance : demandez à quelqu’un de vous photographier à un ou deux mètres plutôt que de tendre le bras. Regardez la photo sans zoomer, et décrivez-la entière, décor et expression compris, avant de vous attarder sur un détail. Limitez-vous à trois prises et renoncez aux retouches du visage. Enfin, revenez progressivement sur les photos de groupe, dans des moments peu risqués. L’inconfort diminue avec la répétition, à condition de ne pas le soulager en recommençant sans cesse.
Peut-on se faire aider par un psy quand on ne supporte plus son image ?
Oui, et c’est même une demande fréquente. Au cabinet, notre psychothérapeute associe les outils de la TCC pour réduire les vérifications et les évitements, l’EMDR quand un souvenir d’humiliation reste à vif, et une écoute analytique pour comprendre ce que l’image vient représenter dans votre histoire. Le premier rendez-vous est sans engagement, on peut venir accompagné, et tout peut se faire en téléconsultation, ce qui facilite les choses quand se montrer est difficile.
Références
Les travaux cités sur cette page.
Mita, T. H., Dermer, M., & Knight, J. (1977). « Reversed facial images and the mere-exposure hypothesis ». Journal of Personality and Social Psychology, 35(8), 597–601. DOI : 10.1037/0022-3514.35.8.597.
Ward, B., Ward, M., Fried, O., & Paskhover, B. (2018). « Nasal Distortion in Short-Distance Photographs: The Selfie Effect ». JAMA Facial Plastic Surgery, 20(4), 333–335. DOI : 10.1001/jamafacial.2018.0009.
Mills, J. S., Musto, S., Williams, L., & Tiggemann, M. (2018). « "Selfie" harm: Effects on mood and body image in young women ». Body Image, 27, 86–92. DOI : 10.1016/j.bodyim.2018.08.007.
Barthes, R. (1980). La Chambre claire. Note sur la photographie. Paris : Cahiers du cinéma, Gallimard, Seuil.
Revenir dans le cadre, sur les photos de famille comme dans sa propre vie, est un chemin qui se fait rarement seul. Un premier rendez-vous permet de comprendre ce que les images réveillent chez vous et de choisir, ensemble, par où commencer. Au cabinet ou en téléconsultation.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.