L’image corporelle, c’est la représentation que chacun se fait de son propre corps : la façon dont on le perçoit, ce qu’on en pense, ce qu’on ressent à son égard et ce qu’on fait à cause de cela. Elle ne coïncide jamais tout à fait avec le corps réel, celui que mesurent une toise ou un appareil photo. Elle se construit dès la petite enfance, dans les bras et sous le regard des autres, puis se remanie à l’adolescence, avec les amours, les grossesses, les maladies, les années.
C’est pour cela que deux personnes de même silhouette peuvent vivre leur corps de façon opposée, et qu’une même personne peut se trouver bien le matin et insupportable le soir sans avoir changé d’un gramme. Cette page explique simplement quatre notions qui se confondent souvent (corps réel, schéma corporel, image du corps, image inconsciente du corps), raconte quelques expériences étonnantes qui montrent combien notre corps intérieur est une construction, et vous propose de dessiner le profil de votre propre image corporelle.
Qu’est-ce que l’image corporelle ? Une définition simple
On pourrait croire que nous connaissons notre corps mieux que personne, puisque nous l’habitons. C’est à la fois vrai et faux. Nous le sentons de l’intérieur comme personne, mais nous ne le voyons jamais tel que les autres le voient : de dos, en mouvement, à distance de conversation, dans la lumière ordinaire d’une rue. Ce que nous en connaissons est un assemblage de sensations, de reflets, de photos, de souvenirs et de mots entendus. C’est cet assemblage que l’on appelle l’image corporelle.
Le psychiatre et psychanalyste autrichien Paul Schilder, qui en a fait le premier une étude d’ensemble dans un livre de 1935, la définissait en substance comme l’image de notre propre corps que nous formons dans notre esprit. Il insistait sur un point que la recherche n’a cessé de confirmer depuis : cette image n’est pas fixe. Elle se construit, se défait et se reconstruit en permanence, au contact du monde et des autres. Elle s’étend même au-delà de la peau : le chapeau, la canne de l’aveugle, la voiture que l’on conduit en font partie, d’une certaine manière.
Les chercheurs d’aujourd’hui distinguent en général plusieurs dimensions dans l’image corporelle. Une dimension perceptive : comment j’estime la taille, la forme, les proportions de mon corps. Une dimension cognitive : ce que je pense de mon corps, les phrases que je me répète à son sujet. Une dimension affective : ce que je ressens en le regardant ou en y pensant, fierté, indifférence, honte, dégoût. Et une dimension comportementale : ce que je fais à cause de tout cela, vérifier, cacher, éviter, ou au contraire montrer. On y ajoute volontiers une dimension relationnelle, parce que l’image du corps se vit toujours sous un regard, réel ou imaginé.
Ce découpage n’est pas qu’une affaire de manuel. Il explique pourquoi une personne peut savoir parfaitement qu’elle est mince (dimension cognitive) et se sentir pourtant énorme dans un maillot (dimension affective), ou ne penser presque jamais à son apparence mais avoir cessé d’aller à la piscine depuis quinze ans (dimension comportementale). Selon la dimension qui souffre le plus, le travail n’est pas le même.
Corps réel, schéma corporel, image du corps, image inconsciente du corps
Ces quatre expressions circulent, souvent mélangées. Elles désignent pourtant des réalités différentes, qui ne souffrent pas de la même façon et ne se soignent pas de la même façon. Parcourez les onglets.
Ce que mesurent les instruments. Le corps réel, c’est celui que décrivent une toise, une balance, une radiographie, une photo prise dans de bonnes conditions. Il a une taille, un poids, une forme, une couleur de peau, des cicatrices, une façon de bouger. Il change avec l’âge, la maladie, les grossesses, l’alimentation, le sport. Même lui n’est jamais saisi tout entier : une photo dépend de l’objectif, de la distance, de la lumière, de l’angle. Un selfie pris à bout de bras, par exemple, déforme le visage en grossissant ce qui est au centre, notamment le nez.
La carte du corps qui permet d’agir. Le schéma corporel est la représentation, en grande partie automatique et non consciente, qui permet au cerveau de savoir où sont nos membres, de passer une porte sans s’y cogner, d’attraper un verre les yeux fermés. Les neurologues Henry Head et Gordon Holmes l’ont décrit en 1911, en étudiant des patients atteints de lésions cérébrales. Il s’ajuste en permanence : après quelques jours avec une voiture plus large, on ne frôle plus les poteaux. Il peut aussi se dérégler, comme le montrent le membre fantôme après une amputation ou certaines expériences décrites plus bas.
Le portrait chargé d’émotions. L’image du corps, au sens où nous l’employons dans ce dossier, est la représentation consciente, ou presque, que l’on a de son apparence, avec les pensées et les émotions qui s’y attachent. C’est elle qui dit « j’ai de grosses cuisses », « mon nez est de travers », « je suis trop maigre ». C’est elle qui souffre dans les complexes. Elle s’appuie sur le corps réel, mais elle le trie, l’agrandit, le rapetisse, le colore selon notre histoire et notre humeur du jour.
Le corps tel que l’histoire l’a inscrit. La psychanalyste Françoise Dolto, dans L’Image inconsciente du corps (1984), distinguait le schéma corporel, en principe le même pour tous les humains d’un même âge, de l’image du corps, propre à chacun, liée à son histoire et largement inconsciente. Elle se forme dans les premiers échanges, à travers les soins, les paroles, les manques, et elle continue d’agir à notre insu. Dolto remarquait qu’un enfant dont le corps est atteint peut avoir une image du corps solide s’il a été accueilli et parlé, et qu’un corps en parfaite santé peut s’accompagner d’une image du corps blessée. Voir Françoise Dolto.
Ces distinctions ont des conséquences très concrètes. Quand une personne amputée continue de sentir sa jambe, c’est le schéma corporel qui n’a pas encore suivi ; la page après une chirurgie lourde ou une amputation en parle. Quand une adolescente se trouve « énorme » en pesant quarante-cinq kilos, c’est l’image du corps qui est en jeu, et parfois un trouble des conduites alimentaires (voir le dossier troubles alimentaires). Et quand un homme qui a toujours été félicité pour son physique se sent pourtant laid depuis l’enfance, c’est souvent du côté de l’image inconsciente, de la manière dont il a été regardé et parlé, qu’il faut chercher.
À quel niveau cela se joue-t-il ? Petit exercice
Pour vous approprier ces notions, rattachez chaque situation au niveau qu’elle concerne d’abord. Trois réponses possibles : le corps réel, le schéma corporel, l’image du corps.
Des mois après une amputation, Bernard sent encore son pied qui le démange.
Après un repas de fête, Léa se sent énorme alors que rien n’a changé.
La toise du médecin indique que Samir a pris trois centimètres cette année.
Ses amis trouvent la photo réussie ; Chloé n’y voit qu’un visage « déformé ».
Le premier jour avec son nouveau vélo cargo, Martin heurte deux fois le portail.
Une cicatrice de dix centimètres traverse le genou de Jeanne depuis son opération.
Quatre expériences qui montrent que le corps est une construction
Ces expériences sont connues des chercheurs, beaucoup moins du public. Elles ont un point commun : elles montrent que la façon dont nous éprouvons notre corps se fabrique, et donc qu’elle peut se tromper, dans un sens ou dans l’autre. Touchez les cartes.
La dernière expérience a donné naissance à une notion importante, l’auto-objectivation : le fait de se surveiller de l’extérieur, comme si l’on était sans cesse sous le regard d’un juge. Nous la retrouvons chez beaucoup de personnes complexées, qui disent « je me vois parler » plutôt que « je parle ». Elle explique en partie pourquoi les complexes gâchent tant l’intimité, le sport ou les conversations : l’attention part vers la surveillance de soi au lieu de rester dans l’expérience. Les pages complexes pendant les rapports sexuels et se voir en visioconférence y reviennent.
Comment se construit l’image du corps, de la naissance à l’âge adulte
Un nouveau-né ne sait pas où s’arrête son corps. Il le découvre par les soins, la faim apaisée, la peau touchée, la voix qui accompagne les gestes. Plusieurs psychanalystes ont décrit ce moment, chacun avec ses mots. Sigmund Freud écrivait en 1923, dans Le Moi et le Ça, que le moi est avant tout un moi corporel : notre sentiment d’être quelqu’un naît d’abord de sensations du corps. Didier Anzieu, avec la notion de Moi-peau (1985), a montré comment la peau et les contacts de la petite enfance servent de modèle à l’enveloppe psychique, ce qui contient, protège et fait limite ; voir Didier Anzieu.
Le regard joue un rôle aussi décisif que le toucher. Donald Winnicott, pédiatre et psychanalyste anglais, s’est demandé ce que voit un bébé quand il regarde le visage de sa mère ; sa réponse, dans Jeu et réalité (1971), est qu’il s’y voit lui-même, dans la façon dont ce visage lui répond. Un visage qui sourit, s’inquiète, s’émerveille ou se ferme renvoie à l’enfant une première image de ce qu’il est. Quelques mois plus tard, entre six et dix-huit mois environ, l’enfant se reconnaît dans le miroir avec jubilation : c’est ce que Jacques Lacan a appelé le stade du miroir, décrit en 1936 puis en 1949. L’enfant y découvre une image unifiée de lui-même, en avance sur ce que son corps maladroit lui fait éprouver, une image à laquelle il s’identifiera toute sa vie avec un mélange d’amour et d’inquiétude. Voir Winnicott et Lacan.
Viennent ensuite les mots. « Tu as les jambes de ton père », « elle est costaude, celle-là », « il est maigre comme un clou », « tu as un si joli sourire » : les phrases dites sur le corps d’un enfant s’y déposent et participent à son image, bien plus qu’on ne le croit. Puis l’école, la cour, les surnoms, le regard des pairs. Puis l’adolescence, qui bouleverse tout : le corps change plus vite que l’image intérieure, sous les yeux d’un groupe qui compare. L’âge adulte n’arrête pas le mouvement : un amour qui regarde avec tendresse, une rupture, une grossesse, une maladie, un handicap, le vieillissement remanient l’image du corps à chaque étape. Ce qui s’est construit ainsi n’est donc jamais définitif. Ces auteurs sont présentés plus longuement dans le corps dans la psychanalyse.
Votre image corporelle en cinq dimensions
Voici un petit exercice pour dessiner le profil de votre image corporelle aujourd’hui. Pour chaque dimension, placez le curseur selon la gêne qu’elle vous cause : 0, aucune gêne ; 10, une gêne très forte. La forme du dessin compte autant que sa taille : elle montre où se concentre la difficulté.
Pourquoi l’image du corps change d’un jour à l’autre
« Le matin, ça va ; le soir, je ne me supporte plus. » « Au travail, je n’y pense pas ; dès que je rentre et que je passe devant la glace de l’entrée, ça recommence. » Beaucoup de personnes s’étonnent de ces variations, et s’en servent contre elles-mêmes : si c’était dans ma tête, ce serait stable. C’est exactement l’inverse. Le corps réel change très peu d’une heure à l’autre ; ce qui fluctue autant, c’est l’image, parce qu’elle dépend de ce qui se passe en nous et autour de nous.
Plusieurs choses font varier l’image du corps. L’humeur d’abord : la tristesse, la fatigue, l’anxiété assombrissent le regard que l’on porte sur soi, et une journée difficile se termine souvent devant le miroir par un verdict sévère. Les comparaisons ensuite : vingt minutes sur un réseau social, une soirée avec une amie très mince, une publicité dans le métro suffisent à abaisser l’image de soi. Les sensations aussi : un pantalon qui serre après le repas, un ventre gonflé, la chaleur, les règles, donnent l’impression d’avoir « grossi » en une heure. Les regards et les mots enfin : un compliment, une remarque, un silence, un regard qui s’attarde ou qui se détourne.
Savoir que l’image varie aide à ne pas prendre chaque mauvais moment pour une vérité. En consultation, nous proposons parfois de noter pendant une semaine les moments où l’on se trouve le plus mal, et ce qui s’est passé juste avant. Presque toujours, il apparaît que les pires moments ne suivent pas un changement du corps, mais une fatigue, une dispute, une solitude, une comparaison. C’est souvent un tournant : on comprend que le corps sert d’écran à d’autres difficultés, qui peuvent être travaillées pour elles-mêmes. Le dossier estime de soi explique de la même façon pourquoi l’estime de soi peut être stable ou fluctuante.
Regarder son corps autrement : apparence, description, fonctions
Si l’image du corps se construit, elle peut aussi se reconstruire. Trois pistes, issues de la recherche et de la pratique clinique, aident beaucoup de personnes à desserrer l’étau. Quand la souffrance est forte, elles trouvent naturellement leur place dans un accompagnement.
Décrire au lieu de juger. Les personnes qui souffrent de leur image ne se regardent pas, elles s’évaluent : « mes bras sont horribles ». L’exposition au miroir, étudiée notamment par Sherrie Delinsky et Terence Wilson en 2006, consiste à se regarder de façon guidée, de la tête aux pieds, en décrivant chaque partie avec des mots neutres, comme le ferait un peintre ou un appareil photo : « mes bras sont longs, la peau est claire, il y a des taches de rousseur sur l’avant-bras ». Dans leur étude, quelques séances de cet exercice ont nettement amélioré l’image du corps des participantes. Il se fait au début avec un clinicien, parce qu’un miroir utilisé seul, sans consigne, sert vite à vérifier et à se condamner.
Regarder tout le corps, pas seulement la zone détestée. L’attention a tendance à se resserrer sur ce qui ne plaît pas. Élargir le regard, s’obliger à voir aussi les mains, les yeux, les épaules, la façon de marcher, rééquilibre l’image. La page détester une partie de son corps explique ce mécanisme d’attention.
S’intéresser à ce que le corps fait. Une équipe néerlandaise dirigée par Jessica Alleva a montré en 2015 qu’un programme d’écriture centré sur les fonctions du corps (ce qu’il permet de sentir, de faire, de créer, d’exprimer, de partager avec les autres) améliorait la satisfaction à l’égard de l’apparence chez des femmes qui avaient une image du corps négative. Le corps n’est pas qu’une surface à regarder : il porte un enfant, court après un bus, danse, serre quelqu’un dans ses bras, guérit d’une blessure. Ce déplacement paraît modeste ; il est souvent très soulageant.
Vrai ou faux : l’image du corps en cinq questions
Affirmation 1
« Le visage que je vois dans le miroir n’est pas celui que voient les autres. »
Vrai. Le miroir inverse la gauche et la droite. Comme aucun visage n’est parfaitement symétrique, celui que les autres voient est légèrement différent, et c’est en partie pour cela qu’on se trouve étrange sur les photos.
Affirmation 2
« Une bonne image du corps, c’est se trouver beau. »
Faux. Une image du corps apaisée, c’est surtout pouvoir vivre dans son corps sans qu’il occupe toutes les pensées, le respecter, en prendre soin et le montrer sans honte, qu’on le trouve beau ou non.
Affirmation 3
« Le schéma corporel peut s’étendre à des objets. »
Vrai. Un outil longtemps utilisé, une voiture, un fauteuil roulant finissent par être intégrés à la carte du corps : on « sent » leur largeur sans y penser. Henry Head et Gordon Holmes l’avaient déjà remarqué en 1911.
Affirmation 4
« Si je perds du poids, mon image du corps s’améliorera. »
C’est plus nuancé. Chez certaines personnes, oui. Chez beaucoup d’autres, l’image intérieure ne suit pas, ou la gêne se déplace sur une autre zone, la peau, le ventre, le visage. Voir avoir maigri et ne toujours pas s’aimer.
Affirmation 5
« L’image du corps est fixée à la fin de l’adolescence. »
Faux. Elle se remanie toute la vie : grossesse, maladie, amours, vieillissement, mais aussi thérapie. C’est ce qui rend le travail possible à tout âge.
Ce que nous travaillons au cabinet quand l’image du corps fait souffrir
Nous partons de la dimension qui souffre le plus, et de l’histoire de la personne. Quand ce sont les gestes (vérifier, cacher, éviter) qui enferment, les outils de la TCC permettent d’en sortir progressivement, avec par exemple un travail guidé de description neutre devant le miroir, ou une liste graduée de situations à reprendre. Quand ce sont des souvenirs qui brûlent encore (une moquerie, un regard dans un vestiaire, une remarque médicale, un geste humiliant), l’EMDR, pratiquée en séances de 80 minutes, aide à les retraiter. Quand l’image du corps semble porter quelque chose de plus ancien, un regard qui a manqué, une place difficile dans la famille, un deuil, une rivalité, l’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, donne le temps de le comprendre.
Notre psychothérapeute réalise aussi des bilans psychologiques, utiles pour distinguer un complexe envahissant d’une dysmorphophobie ou d’un trouble des conduites alimentaires, et le cabinet en propose avant une chirurgie de l’obésité ou une chirurgie esthétique. Les adolescents sont reçus seuls, et leurs parents à d’autres moments. Tout peut se faire en téléconsultation. Voir notre façon d’accompagner les complexes et l’image du corps.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre schéma corporel et image du corps ?
Le schéma corporel est une carte du corps en grande partie automatique, qui permet au cerveau de savoir où sont nos membres et d’agir sans y penser : marcher, attraper, passer une porte. Il est à peu près le même chez tous les humains. L’image du corps est la représentation, chargée d’émotions et d’histoire, que chacun se fait de son apparence et de son corps. Françoise Dolto ajoutait qu’elle est en grande partie inconsciente et propre à chaque personne. On peut avoir un schéma corporel parfaitement fonctionnel et une image du corps très douloureuse, et l’inverse.
Qu’est-ce qu’une image corporelle négative ?
C’est une image du corps qui fait souffrir : on se voit plus gros, plus laid ou plus marqué que les autres ne nous voient, on pense souvent du mal de son corps, on ressent de la honte ou du dégoût en le regardant, et l’on organise une partie de sa vie pour le cacher ou éviter certaines situations. Elle n’est pas une maladie en soi, mais elle peut s’accompagner d’une anxiété, d’une dépression, d’une dysmorphophobie ou d’un trouble des conduites alimentaires. Le radar de cette page aide à repérer quelle dimension est la plus touchée.
Pourquoi je ne me reconnais pas sur les photos ?
Pour plusieurs raisons qui s’additionnent. Le miroir vous montre un visage inversé, que vous connaissez par cœur ; la photo vous montre la version que voient les autres, moins familière, donc plus étrange. La photo fige aussi une expression, alors que, dans la vie, votre visage bouge. L’objectif, la distance et la lumière déforment, surtout dans les selfies pris de près. Enfin, une photo se regarde en cherchant ce qui ne va pas. La page ne pas supporter les photos développe ces points.
Peut-on changer son image corporelle ?
Oui. Parce qu’elle s’est construite avec des expériences, des regards et des mots, l’image du corps peut se transformer avec d’autres expériences, d’autres regards et d’autres mots. La recherche a montré l’intérêt de l’exposition guidée au miroir avec une description neutre, du travail sur l’attention et d’exercices centrés sur ce que le corps permet de faire. En psychothérapie, on y ajoute le travail sur les souvenirs blessants et sur l’histoire. Le changement porte moins sur ce que l’on voit que sur la place que cela prend.
L’image du corps est-elle la même chose que l’estime de soi ?
Non, mais elles sont liées. L’estime de soi est la valeur globale que l’on s’accorde ; l’image du corps est la façon dont on vit son corps et son apparence. Chez certaines personnes, l’image du corps pèse énormément dans l’estime de soi, au point que tout se joue sur l’apparence ; chez d’autres, beaucoup moins. Une image du corps douloureuse peut coexister avec une estime de soi solide dans d’autres domaines. Voir le dossier estime de soi.
Qu’est-ce que l’image inconsciente du corps selon Dolto ?
Pour Françoise Dolto, l’image inconsciente du corps est la trace, propre à chacun, de la façon dont le corps a été vécu dans la relation aux autres depuis la naissance : les soins, les paroles, les manques, les plaisirs. Elle se distingue du schéma corporel, commun à tous. Elle explique qu’un enfant au corps atteint puisse avoir une image du corps solide s’il a été accueilli et parlé, et qu’un corps sans problème puisse être habité dans la honte. Elle l’a exposée dans L’Image inconsciente du corps, en 1984.
Références
Les livres et travaux évoqués sur cette page.
Paul Schilder, The Image and Appearance of the Human Body, 1935 ; traduction française : L’Image du corps. Étude des forces constructives de la psyché, Gallimard, 1968.
Françoise Dolto, L’Image inconsciente du corps, Seuil, 1984.
Didier Anzieu, Le Moi-peau, Dunod, 1985.
Henry Head et Gordon Holmes (1911). « Sensory disturbances from cerebral lesions ». Brain, 34, 102–254.
Matthew Botvinick et Jonathan Cohen (1998). « Rubber hands “feel” touch that eyes see ». Nature, 391, 756. DOI : 10.1038/35784.
Anouk Keizer et coll. (2013). « Too fat to fit through the door: first evidence for disturbed body-scaled action in anorexia nervosa during locomotion ». PLOS ONE, 8(5), e64602. DOI : 10.1371/journal.pone.0064602.
T. H. Mita, M. Dermer et J. Knight (1977). « Reversed facial images and the mere-exposure hypothesis ». Journal of Personality and Social Psychology, 35(8), 597–601.
Barbara Fredrickson et coll. (1998). « That swimsuit becomes you: sex differences in self-objectification, restrained eating, and math performance ». Journal of Personality and Social Psychology, 75(1), 269–284.
Jessica Alleva et coll. (2015). « Expand Your Horizon: a programme that improves body image and reduces self-objectification by training women to focus on body functionality ». Body Image, 15, 81–89. DOI : 10.1016/j.bodyim.2015.07.001.
Si votre corps vous fait souffrir dans le miroir, dans le regard des autres ou dans l’intimité, nous pouvons chercher ensemble à quel niveau cela se joue et ce qui peut bouger. Premier rendez-vous sans engagement, au cabinet ou en téléconsultation.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.