Détester une partie de son corps : quand tout se concentre sur un détail
Le ventre, le nez, les cuisses, les bras, les dents, le menton, les seins, le sexe, les mains, les pieds : beaucoup de personnes n’ont pas de problème avec leur corps en général, mais avec une partie précise, qu’elles détestent. Elles la cachent, la vérifient, la touchent, y pensent en se levant et en se couchant, et finissent par ne plus voir qu’elle. Le reste du corps, et parfois le reste de la personne, disparaît derrière ce détail.
Pourquoi une seule partie du corps peut-elle concentrer autant de rejet ? Pourquoi celle-là et pas une autre ? Comment l’attention se fixe-t-elle, et comment se desserre-t-elle ? Cette page répond à ces questions à partir de ce que nous voyons en consultation et de ce qu’a montré la recherche. Elle vous propose de situer votre zone sur une silhouette, de mesurer ce qu’elle vous coûte, et quelques exercices pour élargir le regard.
Détester une partie de son corps : ce qui se passe
« Je déteste mon ventre. » « J’ai horreur de mes mains. » « Mon menton, je ne peux pas le voir. » Le verbe est fort, et il est juste : il ne s’agit pas d’une simple préférence esthétique, mais d’un rejet, parfois d’une colère, dirigé contre un morceau de soi. Ce rejet se reconnaît à quelques signes : on évite de regarder cette zone, ou au contraire on ne peut s’empêcher de la regarder ; on la cache systématiquement ; on la compare à celle des autres ; on la touche, on la pince, on la mesure ; on imagine qu’elle est la première chose que les autres remarquent.
Ce qui frappe, quand on écoute les personnes en parler, c’est le contraste entre l’intensité du rejet et la sérénité qu’elles peuvent avoir pour le reste de leur corps. Une femme qui aime ses épaules, ses yeux, sa silhouette, peut ne pas supporter ses genoux. Un homme sûr de lui dans son métier peut vivre chaque été comme une épreuve à cause de son torse. Le malaise ne s’étale pas : il se concentre. Et cette concentration a un effet paradoxal. À force d’être isolée, regardée de près, commentée intérieurement, la partie détestée grossit dans l’esprit jusqu’à devenir, aux yeux de la personne, ce qui la définit.
Ce n’est pas de la coquetterie, et ce n’est pas non plus forcément une maladie. C’est un mécanisme que l’on retrouve à des degrés divers chez presque tout le monde, et qui peut aller du léger agacement à une préoccupation qui occupe des heures. Quand la préoccupation porte sur un défaut souvent peu visible pour les autres, qu’elle prend plus d’une heure par jour et s’accompagne de rituels difficiles à arrêter, on parle de dysmorphophobie. Mais bien avant ce stade, détester une partie de soi coûte déjà, et mérite qu’on s’y arrête. La page qu’est-ce qu’un complexe ? aide à situer ce coût.
Où se fixe votre regard ? La silhouette
Touchez la ou les zones que vous détestez, ou que vous avez le plus de mal à accepter. Prenez seulement celles qui vous viennent avec une vraie gêne, pas toutes celles que vous aimeriez un peu différentes.
Pourquoi un détail prend toute la place : l’effet zoom
Notre attention n’est pas une caméra neutre. Elle va là où il y a de l’émotion, et ce qu’elle regarde longtemps grandit. Une équipe de chercheuses de l’université de Maastricht, autour d’Anita Jansen, l’a montré de façon très directe en 2005. Elles ont demandé à des femmes de regarder des photos de leur propre corps et de celui d’une autre personne, pendant qu’un appareil enregistrait le trajet de leur regard. Les femmes qui avaient des préoccupations alimentaires et corporelles regardaient surtout les parties de leur corps qu’elles jugeaient laides, et les belles parties du corps des autres. Les autres femmes faisaient exactement l’inverse : elles s’attardaient sur leurs parties préférées, et sur les parties moins flatteuses de l’autre.
Autrement dit, la plupart des gens se regardent avec un biais favorable, qui protège leur image d’eux-mêmes. Les personnes qui souffrent de leur corps ont perdu ce biais, et l’ont même inversé. Une seconde série d’expériences, publiée en 2011 par Elke Smeets, Anita Jansen et Anne Roefs, est allée plus loin : quand on amène pendant quelque temps des femmes à fixer leurs parties « laides », leur satisfaction corporelle baisse ; quand on entraîne des femmes insatisfaites à regarder leurs parties « belles », elle remonte. L’attention ne fait pas que refléter le malaise : elle l’entretient.
Dans la vie quotidienne, cet effet zoom prend des formes très concrètes. On entre dans une pièce et l’on vérifie aussitôt si son ventre se voit dans le reflet de la baie vitrée. On regarde une photo de groupe et l’on ne voit que son menton. On écoute à peine la conversation parce qu’on surveille si l’autre regarde ses dents. On essaie un vêtement et l’on ne voit ni la couleur, ni la coupe, ni l’ensemble, seulement ce que le vêtement révèle de la zone. C’est épuisant, et c’est aussi trompeur : à force de zoomer, on perd la mesure réelle du détail dans l’ensemble.
À retenir
Plus on fixe une partie de son corps, plus elle prend de place dans l’esprit.
Les personnes à l’aise avec leur corps se regardent avec un biais favorable ; celles qui en souffrent l’ont souvent inversé.
Déplacer l’attention vers le corps entier n’est pas se mentir : c’est retrouver la juste mesure.
Le travail porte aussi sur l’histoire de cette partie, et sur ce qu’elle est venue porter.
Pourquoi cette partie-là et pas une autre ?
C’est souvent la question que les personnes se posent elles-mêmes, et c’est l’une des plus intéressantes à explorer en séance. La partie détestée n’est presque jamais choisie au hasard. Elle a une histoire, et cette histoire dit souvent quelque chose d’important.
Une partie héritée. « J’ai le nez de mon père », « les hanches de ma mère », « les jambes de ma grand-mère ». Quand une partie du corps rappelle un parent, elle peut porter tout ce que l’on éprouve pour lui : la colère, la peur de lui ressembler, le chagrin de l’avoir perdu, ou la phrase qu’il répétait sur son propre corps. Rejeter le menton peut être une façon de rejeter une filiation, ou d’en porter le poids.
Une partie commentée. Beaucoup de zones détestées ont été un jour le sujet d’une remarque : à table, dans la cour, dans un vestiaire, chez le médecin, dans une relation amoureuse. Une seule phrase, bien placée au mauvais moment, peut suffire à désigner une partie du corps comme « le problème ». Les pages les remarques sur le corps en famille et moqueries et harcèlement parlent de ces scènes, qui restent souvent étonnamment précises des décennies plus tard.
Une partie qui a changé au mauvais moment. La poitrine qui pousse avant celle des copines, ou après ; le ventre après une grossesse ; la peau après une acné sévère ; le cou et les mains avec l’âge ; une cicatrice après une opération. La partie détestée marque alors un passage qui n’a pas encore été digéré. Voir le corps après une grossesse et cicatrices et brûlures.
Une partie chargée de sexualité ou de genre. Seins, hanches, sexe, pilosité, carrure, voix : certaines zones portent les attentes sociales sur ce que devrait être une femme ou un homme. Les détester peut traduire une gêne vis-à-vis du désir, de la séduction, du regard des autres sur son corps sexué, ou, pour certaines personnes trans et non binaires, un décalage entre le corps et l’identité, qui est une autre question et demande d’être écoutée comme telle. Voir complexe de la poitrine et personnes trans et non binaires.
Une partie qui sert d’adresse. Enfin, il arrive que la partie détestée ne soit liée à rien de précis, et qu’elle serve surtout à donner une forme à une souffrance diffuse : un sentiment d’imperfection, une angoisse, une solitude. Freud a décrit ce mouvement de déplacement, par lequel une émotion se détache de ce qui l’a fait naître pour se fixer sur un objet plus supportable. Il est plus facile de haïr son nez que de penser « je ne suis pas aimable ». L’écoute analytique s’intéresse précisément à ces trajets.
Ce que cette partie vous coûte : la jauge
Pensez à la partie que vous avez choisie sur la silhouette, et à une semaine ordinaire. Placez chaque curseur entre 0 (jamais, pas du tout) et 10 (tout le temps, énormément).
Le curseur « Je lui en veux » mérite une attention particulière. On parle peu de la colère que l’on peut ressentir contre une partie de son corps, comme si elle nous avait trahis. Cette colère est fréquente, et elle n’a rien de honteux. Mais quand elle s’accompagne d’envies de se faire mal à cet endroit, ou se traduit déjà par des gestes (se pincer jusqu’au bleu, se gratter jusqu’au sang, se frapper), il ne faut pas rester seul avec elle. La section suivante en parle.
Les zones les plus souvent détestées, et ce qu’elles ont de particulier
Chaque zone a ses enjeux propres. Parcourez les onglets pour celle qui vous concerne ; chacune a sa page dans le dossier.
Le visage, impossible à cacher. Nez, menton, oreilles, dents, front, asymétrie : le visage est ce que l’on montre en premier et ce que l’on ne peut pas couvrir. C’est aussi la zone la plus déformée par les selfies et les visioconférences, où l’on se voit de près pendant des heures. Voir complexe du visage et du nez et se voir en visioconférence.
Le ventre, zone de toutes les comparaisons. Chez les femmes comme chez les hommes, le ventre concentre beaucoup de rejet : il change avec les repas, les cycles, les grossesses, l’âge, et il est la cible privilégiée des injonctions à la minceur. On le rentre, on le cache sous un coussin, on évite de s’asseoir face aux gens. Une page entière lui est consacrée : honte de son poids, de son ventre.
La peau, qui se voit et qui se touche. Acné, rougeurs, cicatrices, psoriasis, vitiligo, rides, vergetures : la peau est à la fois visible et accessible aux mains, ce qui favorise les vérifications et le triturage. Elle est aussi, comme l’a souligné Didier Anzieu avec le Moi-peau, une enveloppe psychique autant que physique. Voir acné et maladies de peau.
La poitrine, trop ou pas assez. Trop petite, trop grosse, asymétrique, qui tombe, qui pousse chez un garçon : la poitrine est chargée d’enjeux de féminité, de virilité et de séduction. Elle se cache facilement sous les vêtements, mais beaucoup moins à la plage ou dans l’intimité. Voir complexe de la poitrine.
La zone intime, dont on parle le moins. Taille du pénis, forme des lèvres, pilosité, couleur : ces complexes sont très fréquents et presque jamais dits, souvent nourris par la pornographie ou les vestiaires. Ils pèsent lourd sur la sexualité. Voir complexe des organes génitaux et le dossier sexologie.
Les cheveux et les poils, entre trop et pas assez. Calvitie, cheveux qui s’affinent, poils jugés en trop sur le visage ou le corps, chez les femmes comme chez les hommes : la pilosité touche à l’âge, au genre, à l’origine. Voir chute des cheveux, calvitie, pilosité.
Les bras, les cuisses, les genoux, les mains, les pieds, la taille, la carrure ou les muscles reviennent aussi très souvent. La page être trop petit, être trop grand et la page ne jamais se trouver assez musclé en traitent certains. Les mécanismes décrits sur cette page valent pour toutes les zones.
Quand la haine d’une partie du corps passe aux actes
Détester une partie de soi reste souvent dans les pensées et dans les vêtements. Parfois, le rejet se traduit par des gestes qui abîment le corps. Nous les nommons ici sans dramatiser et sans les banaliser, parce que beaucoup de personnes les cachent par honte et ne savent pas qu’on peut en parler.
Le plus fréquent est le triturage de la peau : gratter un bouton, une croûte, une imperfection, longtemps, parfois jusqu’à la plaie, dans l’idée de « corriger » la zone. Quand il devient répétitif, laisse des marques et résiste aux tentatives d’arrêt, on parle de dermatillomanie, que les classifications rangent, comme la dysmorphophobie, parmi les troubles apparentés au TOC. Il y a aussi les régimes ou les exercices ciblés poussés à l’extrême pour une seule zone, les interventions esthétiques répétées sur la même partie sans jamais de soulagement, les tentatives de se « corriger » soi-même (couper, raser, comprimer, bander). Et parfois, plus rarement, des gestes de colère dirigés contre la zone : se frapper, se pincer jusqu’au bleu, se blesser à cet endroit.
Si vous vous faites du mal
Si vous vous blessez, si vous avez envie de vous faire du mal ou si vous pensez à disparaître à cause de votre corps, n’attendez pas. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Ces gestes ne font pas de vous quelqu’un de « fou » ou de « faible ». Ils sont presque toujours une tentative de faire quelque chose d’une tension insupportable. Ils se travaillent, avec des outils précis de la TCC pour repérer les déclencheurs et mettre en place d’autres réponses, et avec un travail sur ce qui nourrit la tension elle-même. La page dysmorphophobie et la page chirurgie et médecine esthétiques prolongent ces questions.
Exemple fictif : Simone, 63 ans, « mes bras, je ne peux plus les montrer »
Une situation inventée pour cette page.
Situation
L’été dernier, sa petite-fille de six ans a dit en riant : « Mamie, tes bras ils font des vagues. » Depuis, Simone ne porte plus que des manches longues, même en pleine chaleur. Elle a refusé une baignade avec ses petits-enfants, évite de lever les bras sur les photos et se surprend à toucher le haut de ses bras plusieurs fois par jour pour « vérifier ». Elle a honte d’en être affectée à son âge : « c’est ridicule, à soixante-trois ans ».
Qu’est-ce qui pourrait aider Simone ?
L’histoire de Simone montre qu’une remarque sans méchanceté peut suffire à faire naître un rejet tenace, surtout quand elle touche un endroit déjà sensible : ici, le corps qui vieillit. Elle montre aussi combien les évitements s’installent vite : en quelques mois, la baignade, les photos, les manches courtes ont disparu. La page vieillir et ne plus se reconnaître prolonge cette histoire, et le dossier vieillissement aborde aussi le corps et l’image de soi avec l’âge.
Élargir le regard : quatre exercices à essayer
Ces exercices s’appuient sur ce que nous utilisons en séance, et sur ce que la recherche a montré à propos de l’attention et de l’image du corps. Ils demandent un peu de régularité. Si l’un d’eux déclenche une détresse trop forte, arrêtez-le : il vaut mieux le reprendre avec un clinicien.
Dézoomer devant le miroirPlacez-vous à au moins un mètre cinquante du miroir, la distance d’une conversation. Regardez-vous de la tête aux pieds, dans l’ordre, sans vous arrêter plus longtemps sur la zone détestée que sur les autres. Une minute suffit. Le but est de voir le détail à la place qu’il occupe réellement dans l’ensemble.
Décrire sans jugerDécrivez la partie détestée comme le ferait un peintre ou un appareil photo : forme, taille, couleur, texture, sans adjectif de valeur. « Mes bras sont fins aux poignets, plus larges en haut, la peau y est souple et claire. » Puis faites de même pour une partie que vous aimez. L’exercice du miroir des mots vous y aide.
Rendre à la partie ses fonctionsÉcrivez cinq choses que cette partie de votre corps fait ou vous a permis de faire. Des bras qui ont porté des enfants, des cuisses qui montent les escaliers, un ventre qui digère et qui a peut-être porté une grossesse, un nez qui reconnaît l’odeur du pain. Cette façon de regarder le corps par ce qu’il permet, et pas seulement par ce qu’il montre, améliore l’image du corps chez beaucoup de personnes.
Reprendre une chose évitéeChoisissez une seule situation que vous évitez à cause de cette partie, et découpez-la en petites marches. Pour Simone, ce serait un tee-shirt à la maison, puis au jardin, puis devant sa fille, puis avec ses petits-enfants. Chaque marche est montée quand l’inquiétude a nettement baissé. Voir plage, piscine, vestiaires.
Ce qui ne figure pas dans cette liste est aussi important. Nous ne vous proposons pas de vous répéter que cette partie est belle, ni de la regarder de près pendant de longues minutes : le premier exercice sonne faux, le second entretient le zoom. Et nous ne vous conseillons pas de demander à vos proches leur avis sur cette zone, qui relève de la réassurance et ne rassure jamais longtemps. Voir avoir besoin de compliments.
Vrai ou faux : détester une partie de son corps
Affirmation 1
« Regarder longtemps une partie de son corps peut augmenter le rejet. »
Vrai. Les expériences sur l’attention montrent que fixer ses parties « laides » diminue la satisfaction corporelle. C’est pourquoi les exercices au miroir se font en regardant le corps entier, avec des mots neutres.
Affirmation 2
« Si les autres ne remarquent rien, c’est que j’invente. »
Faux. Vous ne l’inventez pas : vous le voyez, et vous en souffrez. Ce qui diffère, c’est la place que ce détail prend dans votre regard et dans celui des autres. Votre souffrance est réelle, même si le détail est discret.
Affirmation 3
« Une intervention esthétique règle le problème. »
C’est plus nuancé. Certaines personnes sont soulagées durablement. D’autres, surtout quand la préoccupation est obsédante, ne voient pas la différence ou déplacent leur rejet vers une autre zone. Savoir ce que l’on attend vraiment est essentiel. Voir chirurgie et médecine esthétiques.
Affirmation 4
« La partie détestée a souvent une histoire. »
Vrai. Une remarque, une ressemblance avec un parent, un changement à la puberté ou après une grossesse : retrouver cette histoire aide à comprendre pourquoi cette partie-là porte tant d’émotion.
Affirmation 5
« Il suffit de cacher la zone pour ne plus y penser. »
Faux. Le camouflage soulage sur le moment, mais il rappelle sans cesse qu’il y aurait quelque chose à cacher, et prive de l’expérience de se montrer sans catastrophe. Voir cacher son corps.
Ce que nous proposons au cabinet
Quand quelqu’un vient nous parler d’une partie de son corps qu’il déteste, nous commençons par l’écouter en parler, avec ses mots, sans donner d’avis sur l’apparence. Nous cherchons ensemble depuis quand cette zone pose problème, ce qui s’est passé autour, ce qu’elle vous fait faire et ne plus faire, et ce qu’elle vous coûte. Notre psychothérapeute peut proposer un bilan psychologique pour faire la différence entre un complexe localisé, une dysmorphophobie ou un autre trouble, et le cabinet réalise aussi des bilans psychologiques avant une chirurgie esthétique.
Ensuite, les approches se combinent. Les outils de la TCC permettent de travailler l’attention, les vérifications, le toucher, le camouflage et les évitements, avec des exercices précis comme ceux de cette page, menés pas à pas. L’EMDR, en séances de 80 minutes, aide quand la partie détestée est liée à une scène qui reste à vif : une moquerie, une remarque, un regard dans un vestiaire, un examen médical humiliant. L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, s’intéresse à ce que cette partie porte : une ressemblance, une rivalité, une peur, un désir, un deuil. Tout peut se faire en téléconsultation, ce qui facilite souvent le premier pas. Le déroulé complet est décrit sur la page notre façon d’accompagner.
Questions fréquentes
Pourquoi je déteste une partie de mon corps ?
Le plus souvent, plusieurs raisons se combinent. La partie détestée a souvent une histoire : une remarque, une moquerie, une ressemblance avec un parent, un changement à la puberté, après une grossesse ou avec l’âge. Ensuite, l’attention se fixe sur elle : plus on la regarde, plus elle grossit dans l’esprit, et les vérifications et le camouflage entretiennent ce mouvement. Enfin, elle sert parfois à donner une forme à une souffrance plus diffuse, comme un sentiment de ne pas être aimable. Comprendre ces trois dimensions aide à desserrer le rejet.
Comment accepter une partie de son corps que l’on n’aime pas ?
Le mot « accepter » est souvent trop haut pour commencer. Il est plus réaliste de viser à ce que cette partie prenne moins de place. Regardez votre corps en entier plutôt que la zone seule, décrivez-la avec des mots neutres, rappelez-vous ce qu’elle vous permet de faire, et reprenez une à une les situations évitées, par petites marches. Réduisez aussi les vérifications et les demandes d’avis. Si la zone est liée à un souvenir blessant ou si le rejet est très intense, un accompagnement permet d’aller plus loin.
Est-ce de la dysmorphophobie de détester une seule partie de son corps ?
Pas forcément. Beaucoup de personnes n’aiment pas une partie de leur corps sans avoir de dysmorphophobie. On parle de dysmorphophobie quand la préoccupation porte sur un ou plusieurs défauts peu visibles ou invisibles pour les autres, qu’elle occupe en général plus d’une heure par jour, s’accompagne de comportements répétitifs (vérifier, comparer, cacher, toucher, demander) et cause une détresse importante ou gêne la vie. La jauge de cette page et la page dysmorphophobie vous aident à faire la différence.
Pourquoi les autres ne voient-ils pas ce que je vois ?
Parce que vous ne regardez pas de la même façon. Vous connaissez ce détail par cœur, vous l’examinez de près, souvent dans le miroir, sous une lumière défavorable, en cherchant ce qui ne va pas. Les autres vous voient de plus loin, en mouvement, dans votre ensemble, et pensent surtout à autre chose. Ils ne mentent pas quand ils disent ne rien remarquer, et vous n’inventez pas ce que vous voyez : c’est la place du détail dans le regard qui diffère.
Faut-il opérer la partie que l’on déteste ?
Cette décision vous appartient : nous ne la prenons pas pour vous, et nous ne la jugeons pas. Certaines personnes sont soulagées par une intervention. D’autres, notamment quand la préoccupation est envahissante, restent insatisfaites ou voient le rejet se déplacer vers une autre zone. Avant de décider, il est utile de savoir ce que l’on attend vraiment : corriger un détail précis et ancien, ou apaiser une honte plus large. Le cabinet réalise des bilans psychologiques avant une chirurgie esthétique, avec un compte rendu écrit. Voir chirurgie et médecine esthétiques.
Je me gratte ou je me pince la zone que je déteste : est-ce grave ?
C’est fréquent, et cela mérite d’être pris au sérieux sans honte. Toucher, gratter ou pincer la zone soulage souvent une tension sur le moment, mais peut laisser des marques et renforcer le rejet. Quand ces gestes deviennent répétitifs et difficiles à arrêter, des outils précis de la TCC aident à repérer les déclencheurs et à mettre en place d’autres réponses. Si vous vous blessez ou si vous avez envie de vous faire du mal, prenez rendez-vous rapidement, et en cas de danger immédiat, faites le 15.
Références
Anita Jansen, Chantal Nederkoorn et Sandra Mulkens (2005). « Selective visual attention for ugly and beautiful body parts in eating disorders ». Behaviour Research and Therapy, 43(2), 183–196. DOI : 10.1016/j.brat.2004.01.003.
Elke Smeets, Anita Jansen et Anne Roefs (2011). « Bias for the (un)attractive self: on the role of attention in causing body (dis)satisfaction ». Health Psychology, 30(3), 360–367. DOI : 10.1037/a0022095.
Sherrie Delinsky et G. Terence Wilson (2006). « Mirror exposure for the treatment of body image disturbance ». International Journal of Eating Disorders, 39(2), 108–116.
Jessica Alleva et coll. (2015). « Expand Your Horizon: a programme that improves body image and reduces self-objectification by training women to focus on body functionality ». Body Image, 15, 81–89.
Manuel Merck, édition grand public, « Dysmorphophobie ».
Si une partie de votre corps occupe vos pensées, vos gestes et vos choix, vous pouvez venir en parler. Nous chercherons avec vous pourquoi elle porte tant d’émotion et comment desserrer son emprise. Au cabinet ou en téléconsultation, sans engagement.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.