Chute des cheveux, calvitie, pilosité : quand cela mine le moral
Les cheveux dans la bonde de la douche, que l’on compte. Le front que l’on mesure dans le miroir de l’ascenseur. La raie qui s’élargit sous la lumière du bureau. Les poils au menton que l’on arrache en cachette, ou la barbe qui ne pousse pas quand tous les copains en ont une. Perdre ses cheveux, ou avoir des poils « là où il ne faudrait pas », peut toucher bien plus profondément qu’on ne l’avoue. Cette page parle des inquiétudes des hommes et de celles des femmes, de ce que les cheveux représentent, des situations où la chute a une autre histoire, et de la façon dont nous accompagnons celles et ceux pour qui c’est devenu une souffrance.
Pourquoi la chute des cheveux peut-elle autant affecter le moral ?
« Je perds mes cheveux et ça me déprime » : beaucoup de personnes tapent cette phrase en se sentant ridicules de la penser. Elles ne le sont pas. La chute des cheveux combine plusieurs choses difficiles à vivre. Elle est lente, ce qui laisse tout le temps de la surveiller jour après jour. Elle est incertaine : jusqu’où ira-t-elle ? Elle est visible pour les autres avant parfois de l’être pour soi, quand un ami fait une remarque ou qu’une photo prise d’en haut révèle le sommet du crâne. Et elle touche à l’âge, à la séduction, à l’image que l’on se fait de soi depuis des années.
La chute de cheveux est aussi une perte au sens propre. On dit « perdre ses cheveux » comme on dit perdre un proche ou perdre son emploi, et ce n’est pas un hasard : il y a souvent un petit deuil à faire, celui d’une image de soi. Comme tout deuil, il passe par des phases de refus, de colère, de marchandage (les lotions, les compléments, les coiffures qui cachent), de tristesse, avant, parfois, une forme d’apaisement. Sur ce cheminement, voir le dossier deuil.
Ce que nous voulons dire d’emblée : la souffrance liée aux cheveux n’a pas à être proportionnée à la quantité perdue. Une personne peut être très affectée par une chute que personne ne remarque, une autre vivre sereinement une calvitie complète. Ce qui compte, c’est ce que cela touche chez vous, et la place que cela prend. Le bilan médical de la chute (origine, traitements possibles) relève du médecin ou du dermatologue ; ce qui se joue dans votre vie et dans votre tête, c’est ce que nous pouvons accompagner.
Ce que les cheveux racontent : force, jeunesse, féminité, identité
Peu de parties du corps portent autant de significations. Les cheveux se coupent, se colorent, se coiffent, se montrent ou se couvrent : ils sont à la frontière entre le corps que l’on a et l’image que l’on se donne. Touchez les cartes pour découvrir quelques-unes de ces significations, que nous entendons souvent en séance.
Calvitie : ce que vivent les hommes, et ce qu’ils taisent
La forme la plus fréquente de chute chez l’homme est l’alopécie androgénétique, une calvitie progressive, souvent familiale, qui commence par les golfes ou le sommet du crâne. Elle est très répandue et devient de plus en plus fréquente avec l’âge, mais elle peut débuter dès la vingtaine. Elle est si banale qu’on s’autorise à en rire : les surnoms, les blagues de fin de repas, les « tu as encore perdu des cheveux ! » lancés sans méchanceté apparente. Pour l’homme concerné, cette banalité a un revers : il n’ose pas dire que cela le touche, de peur de passer pour coquet ou fragile.
En consultation, les hommes parlent rarement de leurs cheveux en premier. Ils viennent pour une anxiété, un manque de confiance, une difficulté à séduire, et c’est au fil des séances qu’arrive la phrase : « Depuis que je perds mes cheveux, je ne me sens plus moi-même. » Nous entendons des rituels très installés : photos du crâne prises chaque semaine pour comparer, casquette jamais quittée, refus de la piscine ou de la pluie, temps considérable passé à lire sur les traitements. Certains vivent la calvitie avec une vraie colère, contre leur corps ou contre l’hérédité.
Exemple fictif : Sofiane, 27 ans, garde sa casquette au bureau, en soirée, et même chez sa compagne. Il a renoncé au football le dimanche « à cause des photos de l’équipe ». Quand il en parle enfin, il ne demande pas qu’on lui dise que ça ne se voit pas : il veut comprendre pourquoi cela prend autant de place, alors que son père, chauve depuis ses trente ans, n’en a jamais fait une histoire. Le travail a permis de relier sa honte à des moqueries de lycée sur un autre sujet, et à la peur de ne pas être aimé tel qu’il est. Sur les complexes masculins plus largement, voir les complexes des hommes.
Les traitements médicaux et les techniques de greffe existent ; ils relèvent du médecin, et nous ne sommes ni pour ni contre. Ils aident beaucoup de personnes. Comme pour toute démarche esthétique, la question utile est : qu’en attendez-vous, et qu’est-ce qui changera dans votre vie ? Voir chirurgie et médecine esthétiques.
Chez les femmes, la chute des cheveux dont on parle peu
Les femmes aussi perdent leurs cheveux, et elles en parlent beaucoup moins. La chute féminine prend souvent la forme d’un affinement diffus, d’une raie qui s’élargit, d’une queue de cheval qui devient plus mince. Elle peut être liée à des facteurs hormonaux, génétiques, à certains traitements, à une carence, à une maladie ; c’est au médecin d’en rechercher l’origine. Ce que nous voyons, nous, c’est la solitude avec laquelle beaucoup de femmes le vivent : « Les gens me disent que je m’inquiète pour rien, alors j’ai arrêté d’en parler. »
Il existe une forme de chute particulièrement déroutante, l’effluvium télogène : une chute diffuse et abondante qui survient généralement deux à trois mois après un événement marquant pour le corps (un accouchement, une forte fièvre, une opération, un régime sévère, un choc émotionnel). Elle est le plus souvent réversible, mais elle arrive à un moment où on ne l’attend plus, ce qui la rend inquiétante. Après une naissance, elle s’ajoute aux autres transformations du corps, à la fatigue, parfois à une humeur fragile : voir le corps après une grossesse. À la ménopause, l’affinement des cheveux peut rejoindre d’autres changements vécus comme une perte de féminité : voir ménopause et image du corps.
Les femmes décrivent aussi des stratégies épuisantes : ne jamais se coiffer devant quelqu’un, choisir les éclairages, refuser les sorties par temps de vent, craindre le moment où le coiffeur fera une remarque. Certaines passent à la perruque ou au foulard et s’y sentent libérées, d’autres s’y sentent déguisées. Il n’y a pas de bonne solution universelle : il y a celle qui vous permet de vivre sans que vos cheveux décident de vos journées.
Pelade, traitements, trichotillomanie : quand la chute a une autre histoire
Toutes les chutes ne se ressemblent pas, et leur vécu non plus.
La pelade
Des plaques qui apparaissent du jour au lendemain
La pelade fait tomber les cheveux par plaques rondes, parfois sur tout le crâne, les sourcils ou les cils. Son caractère soudain et imprévisible est souvent ce qui pèse le plus : on vit dans l’attente de la prochaine plaque. Beaucoup de personnes se demandent si un choc ou un stress l’a provoquée, et se le reprochent. La culpabilité n’a pas lieu d’être, et la question mérite d’être posée à son médecin.
Les traitements
Quand la chute est due à un soin
La chimiothérapie, certains médicaments ou une radiothérapie peuvent faire tomber les cheveux. On perd alors ses cheveux et l’intimité de sa maladie en même temps, puisque la chute rend visible ce que l’on aurait parfois voulu garder pour soi. Voir cancer et image du corps.
L’arrachage
La trichotillomanie
Certaines personnes arrachent leurs cheveux, leurs cils ou leurs sourcils de façon répétée, souvent sans s’en rendre compte, en lisant, en travaillant, devant un écran, avec un soulagement suivi de honte. C’est un trouble apparenté aux troubles obsessionnels, qui commence souvent dans l’enfance ou à l’adolescence. Il se travaille bien, notamment avec les outils de la TCC. Voir le dossier TOC.
Dans ces situations, il est fréquent que l’on cache la chute, parfois même à ses proches. Une partie du travail consiste à sortir de ce secret, à son rythme. Pour les enfants et les adolescents concernés par la pelade ou l’arrachage, notre pédopsychothérapeute peut recevoir le jeune, avec ou sans ses parents selon la situation.
Trop de poils, pas assez : les complexes de la pilosité
La pilosité est l’un des complexes les plus cachés, justement parce qu’elle se cache bien. Chez les femmes, des poils sur le visage, le menton, la lèvre supérieure, le ventre ou les seins sont fréquents, mais vécus avec une honte particulière, comme une atteinte à la féminité. Certaines passent un temps considérable à les épiler, vérifient leur menton à la lumière du jour plusieurs fois par jour, évitent les gros plans et les baisers en plein jour. Quand la pilosité est abondante et suit une répartition de type masculin, on parle d’hirsutisme ; le médecin recherche parfois une cause hormonale, comme un syndrome des ovaires polykystiques.
Chez les hommes, le complexe est souvent inverse ou contradictoire : trop de poils sur le dos, les épaules, le torse, que l’on n’ose pas montrer à la plage ; ou pas assez de barbe, à un âge où tous les amis en portent une, avec le sentiment de paraître « encore un gamin ». Les normes changent d’une époque à l’autre, d’une génération à l’autre, d’un milieu à l’autre, ce qui n’empêche pas chacun de les vivre comme des lois absolues.
Pour les personnes trans et non binaires, la pilosité peut avoir un tout autre sens : elle touche alors à l’identité et au regard des autres sur le genre, et pas seulement à l’apparence. Nous distinguons ces dimensions avec attention : voir personnes trans et non binaires : corps, apparence et regard des autres.
Quelle place prennent vos cheveux dans votre journée ?
Ce n’est pas la quantité de cheveux qui fait souffrir, c’est la place que l’inquiétude prend. Déplacez chaque curseur de 0 (jamais) à 10 (tout le temps), en pensant aux deux dernières semaines.
Quiz : qu’est-ce qui pèse le plus dans votre inquiétude ?
Deux personnes qui perdent leurs cheveux peuvent souffrir pour des raisons très différentes. Ce quiz pédagogique vous aide à repérer la vôtre, pour choisir vos lectures. Il ne pose aucun diagnostic.
Vrai ou faux : cinq idées reçues sur les cheveux et le moral
Affirmation 1
« S’inquiéter de ses cheveux, c’est de la coquetterie. »
Faux. La chute des cheveux touche à l’âge, à la séduction, à l’identité. Elle peut entraîner de la honte, de l’évitement et de la tristesse, chez les hommes comme chez les femmes.
Affirmation 2
« Une chute importante peut survenir plusieurs semaines après un choc ou un accouchement. »
Vrai. L’effluvium télogène survient généralement deux à trois mois après l’événement déclencheur, ce qui empêche souvent de faire le lien. Il est le plus souvent réversible.
Affirmation 3
« Compter ses cheveux chaque jour aide à se rassurer. »
Faux, le plus souvent. Le comptage soulage un instant, puis chaque chiffre devient une nouvelle source d’inquiétude. C’est une vérification qui entretient la préoccupation.
Affirmation 4
« Un homme chauve plaît moins. »
C’est plus nuancé. Les goûts varient énormément, et beaucoup d’hommes chauves plaisent. Ce qui change souvent la donne, c’est la gêne de la personne elle-même : celui qui se cache attire plus l’attention que celui qui assume.
Affirmation 5
« S’arracher les cheveux peut être un trouble à part entière. »
Vrai. La trichotillomanie est un trouble apparenté aux troubles obsessionnels. Ce n’est ni un caprice ni un manque de volonté, et elle répond bien à un accompagnement adapté.
Nous ne faisons pas repousser les cheveux. Ce que nous faisons, c’est aider à ce que la chute, la pilosité ou l’arrachage cessent de gouverner vos journées. Selon ce qui se joue pour vous, nous associons plusieurs approches.
Ce qui entretient la souffrance
Les vérifications : miroirs, photos du crâne, comptage des cheveux.
Le camouflage permanent, qui fait vivre dans la peur d’être « découvert ».
Les évitements : piscine, coiffeur, pluie, intimité, photos.
Les heures de recherches et de comparaisons en ligne.
Le secret, et la honte de s’en soucier.
Ce que nous travaillons
Avec les outils de la TCC, réduire pas à pas vérifications et évitements, et pour l’arrachage, repérer le moment où la main part.
En EMDR, retraiter les remarques et moqueries qui ont donné sa force à la honte (séances de 80 minutes).
Dans une écoute analytique nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, entendre ce que cette perte touche : l’âge, la filiation, la séduction.
Un bilan psychologique par notre psychothérapeute si la préoccupation est envahissante ou avant une démarche esthétique.
Nous travaillons en lien avec les médecins qui vous suivent pour la chute elle-même, avec votre accord. Tout peut se faire en téléconsultation, et certaines personnes trouvent plus simple de commencer ainsi, sans avoir à enlever leur casquette ou leur foulard dans une salle d’attente. Pour une vue d’ensemble, voir notre façon d’accompagner les complexes et le dossier estime de soi.
À retenir
La souffrance liée aux cheveux ne dépend pas de la quantité perdue, mais de ce que cela touche chez vous.
Hommes et femmes sont concernés ; les femmes en parlent moins et se sentent souvent seules.
Une chute peut survenir deux à trois mois après un accouchement ou un choc : faire le lien rassure.
Vérifier, compter, camoufler soulage un instant et entretient l’inquiétude ; ces gestes se desserrent avec un accompagnement.
Questions fréquentes sur la chute des cheveux et le moral
Comment accepter sa calvitie ?
L’acceptation ne se décrète pas : c’est souvent l’aboutissement d’un petit deuil, celui d’une image de soi. Ce qui aide : réduire les vérifications et les comparaisons, reprendre les activités évitées, en parler plutôt que de le taire, et regarder ce que la calvitie touche chez vous (l’âge, la séduction, la ressemblance avec un parent). Certains hommes choisissent de raser, d’autres un traitement : ce qui compte, c’est que le choix soit le vôtre. Si la gêne est envahissante, un accompagnement aide à avancer.
Perdre ses cheveux peut-il rendre dépressif ?
La chute des cheveux peut entraîner une vraie tristesse, une perte de confiance, un repli, surtout quand elle est rapide, précoce ou mal vécue par l’entourage. Chez certaines personnes, cela s’ajoute à d’autres difficultés et contribue à un état dépressif. Si l’humeur reste basse pendant plusieurs semaines, que le sommeil, l’appétit ou l’envie de voir les autres changent, il est utile de consulter. Le sujet mérite d’être pris au sérieux, sans honte.
Pourquoi je perds mes cheveux trois mois après mon accouchement ?
Il s’agit souvent d’un effluvium télogène, une chute diffuse qui survient généralement deux à trois mois après un événement marquant pour le corps, comme un accouchement, une forte fièvre ou un choc. Il est le plus souvent réversible, mais il est impressionnant et arrive à un moment où le corps et le moral sont déjà sollicités. Le médecin peut confirmer l’origine. Si cette chute s’ajoute à une fatigue et une tristesse qui durent, n’hésitez pas à en parler au cabinet.
Comment arrêter de s’arracher les cheveux ?
L’arrachage répété des cheveux, des cils ou des sourcils s’appelle la trichotillomanie. Il ne s’arrête pas par la seule volonté. Les outils de la TCC sont particulièrement utiles : repérer les moments et les situations où la main part, ce qui précède le geste (ennui, tension, concentration), et apprendre un geste de remplacement. Nous y associons une écoute de ce que le geste vient apaiser. Le travail est possible à tout âge, y compris chez l’enfant et l’adolescent.
J’ai des poils au menton et j’en ai honte : est-ce fréquent ?
Oui, beaucoup de femmes ont des poils sur le visage, en particulier au menton ou à la lèvre supérieure, et beaucoup en ont honte en silence. Quand la pilosité est abondante ou apparaît brusquement, le médecin peut rechercher une cause hormonale. Quand l’épilation, les vérifications et l’évitement des gros plans prennent beaucoup de place, ou que la honte touche l’intimité, un accompagnement aide à desserrer ces gestes et à travailler le regard porté sur soi.
Que vous perdiez vos cheveux, que vous les arrachiez ou que vous détestiez vos poils, vous n’avez pas à le vivre en silence. Un premier rendez-vous, sans engagement, permet de comprendre ce que cela touche chez vous et de choisir par où commencer.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.