Mon enfant se trouve gros ou moche : comprendre ce qu’il dit, savoir quoi répondre
« Je suis grosse. » « J’ai un nez de cochon. » « Personne ne m’aime parce que je suis moche. » Quand un enfant de six, huit ou dix ans dit cela, les parents restent souvent sans voix, partagés entre l’envie de le rassurer très vite et la peur d’avoir raté quelque chose. Ces phrases sont plus fréquentes qu’on ne le croit, et elles ne veulent pas toujours dire la même chose : un chagrin du jour, une moquerie entendue à la cantine, une comparaison avec un frère, parfois une vraie souffrance qui s’installe. Cette page vous aide à faire la différence, à trouver les mots qui ouvrent la conversation plutôt que de la fermer, et à savoir quand un rendez-vous avec notre pédopsychothérapeute peut aider.
Mon enfant dit qu’il est gros ou moche : que se passe-t-il ?
La première chose à savoir, c’est qu’un enfant qui dit « je suis moche » ne parle pas toujours de son apparence. À cet âge, le corps est le langage le plus disponible pour dire qu’on ne se sent pas à la hauteur. Une fillette qui n’a pas été invitée à un anniversaire peut conclure, avec la logique implacable de ses sept ans, que c’est « parce qu’elle est grosse ». Un garçon qui perd tous ses matchs de foot à la récréation peut décider que ses jambes sont « nulles ». Le corps devient l’explication visible d’un malaise qui, lui, est invisible : la peur d’être rejeté, la jalousie envers un petit frère, la sensation d’être moins aimé.
Il arrive aussi, bien sûr, que l’enfant parle exactement de ce qu’il dit. Il a entendu le mot « grosse » dans la cour, il a vu un camarade se boucher le nez en passant près de lui, un adulte a fait une remarque sur ses dents ou ses oreilles. Dans ce cas, la phrase n’est pas une impression à corriger : c’est le récit d’une blessure réelle, qui mérite d’être prise au sérieux comme telle. Nous y revenons plus bas, car la réponse des adultes n’est pas la même selon que l’enfant traduit un chagrin en mots de corps ou qu’il rapporte une violence subie.
Entre les deux, il y a la grande majorité des situations : un peu de chaque. Une moquerie a touché un point sensible, qui existait déjà. Une comparaison avec une cousine a réveillé une inquiétude ancienne. Ce que nous observons souvent en consultation, c’est que la phrase de l’enfant est une porte entrouverte. Si l’adulte la referme trop vite, même gentiment, l’enfant apprend que ce sujet ne se partage pas. S’il la pousse un peu, avec curiosité, l’enfant découvre qu’on peut parler de ce qui fait honte. Toute la suite de cette page tient dans cette différence.
À quel âge un enfant commence-t-il à se trouver laid ?
Plus tôt que beaucoup d’adultes ne l’imaginent. Les chercheuses australiennes Hayley Dohnt et Marika Tiggemann ont suivi pendant un an des fillettes de cinq à huit ans : dès l’entrée à l’école élémentaire, une partie d’entre elles souhaitaient déjà une silhouette plus mince que la leur, et ce désir était lié à ce qu’elles percevaient chez leurs copines et dans les images qu’elles regardaient. Les garçons ne sont pas épargnés, même si leurs inquiétudes prennent souvent d’autres formes : être petit, être « faible », ne pas avoir de muscles, avoir des oreilles décollées ou des lunettes.
Pour comprendre pourquoi ces préoccupations peuvent apparaître si jeunes, il faut se souvenir que l’image que l’enfant a de lui-même se construit dans le regard des autres. Le pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott a décrit, dans Jeu et réalité (1971), le visage de la mère comme le premier miroir du bébé : en regardant sa mère, le nourrisson voit d’abord ce qu’elle lui renvoie de lui-même. Jacques Lacan, avec le stade du miroir, a montré comment le petit enfant, entre six et dix-huit mois, se reconnaît dans la glace avec jubilation, en se retournant vers l’adulte qui confirme : « oui, c’est toi ». Françoise Dolto, enfin, a distingué le schéma corporel, à peu près le même pour tous les enfants d’un âge donné, et ce qu’elle appelait l’image inconsciente du corps (1984), propre à chacun, tissée des paroles, des gestes et des émotions échangés avec ceux qui l’entourent. Nous en parlons plus longuement sur la page image corporelle : ce que le miroir ne montre pas.
Ces auteurs disent, chacun à sa manière, une chose simple et très concrète : un enfant ne se voit pas tout seul. Il se voit à travers ce qu’on lui dit, ce qu’on ne lui dit pas, la façon dont on le regarde quand il mange, quand il danse, quand il essaie un maillot de bain. C’est pourquoi la parole des adultes compte tant, dans un sens comme dans l’autre.
D’où viennent les complexes d’un enfant ?
Il n’y a presque jamais une seule cause, et chercher « à qui la faute » n’aide personne, surtout pas les parents qui lisent cette page en se demandant ce qu’ils ont mal fait. Il est plus utile de repérer les différentes voix qui parlent du corps autour de l’enfant, pour savoir lesquelles on peut baisser.
Les autres enfants
Les moqueries sur le physique sont parmi les plus fréquentes à l’école. Un surnom (« la girafe », « le hamster », « Dumbo ») peut coller pendant des années. Quand ces moqueries sont répétées, quand elles viennent d’un groupe et que l’enfant n’arrive pas à se défendre, il s’agit de harcèlement, et la priorité est de le faire cesser, pas d’aider l’enfant à « mieux s’accepter ». Le complexe est alors la conséquence d’une violence réelle. Notre dossier harcèlement et la page moqueries et harcèlement sur le physique détaillent ce que l’on peut faire, avec l’école et en dehors.
Les adultes, souvent sans le vouloir
Une grand-mère qui pince la joue en disant « tu as encore pris, toi », un oncle qui appelle son neveu « le petit gros » avec affection, un médecin qui commente la courbe de poids devant l’enfant comme s’il n’était pas là, une maîtresse qui félicite une élève pour sa minceur. Aucune de ces personnes ne veut faire de mal. Mais un enfant ne fait pas la différence entre une taquinerie tendre et un verdict. La page les remarques sur le corps en famille explique comment ces phrases s’impriment, parfois pour toute la vie, et comment en parler à ceux qui les prononcent.
La façon dont les parents parlent de leur propre corps
C’est la voix la plus discrète, et l’une des plus puissantes. Un enfant qui entend sa mère soupirer devant le miroir, son père répéter qu’il « doit perdre son ventre », ses parents refuser le dessert « parce qu’on a été trop gourmands ce week-end », apprend que le corps est quelque chose qu’on surveille et qu’on corrige. Une étude américaine menée auprès de plusieurs milliers d’adolescents (Jerica Berge et ses collègues, 2013) a observé que les conversations parentales centrées sur le poids et la silhouette étaient associées à davantage de régimes et de comportements alimentaires à risque, alors que les conversations centrées sur le fait de bien manger, sans parler de poids, allaient plutôt dans le sens d’une protection. Ce n’est pas une raison de se culpabiliser : c’est une raison de s’écouter parler.
Les images
Dessins animés, jouets, publicités, vidéos regardées sur la tablette d’un grand frère : les enfants baignent très tôt dans des corps standardisés. Le dossier écrans aborde la place des écrans dans la vie des enfants, et la page réseaux sociaux et filtres la comparaison avec des images retouchées, qui touche aujourd’hui des enfants de plus en plus jeunes.
Ce que l’enfant vit dans son corps
Une maladie de peau, un appareil dentaire, une cicatrice, une différence de naissance, une prise de poids liée à un traitement, une puberté précoce : certains enfants ont réellement un corps qui se remarque, et doivent apprendre très tôt à vivre avec le regard des autres. Pour eux, les pages différence visible et handicap et quand une maladie ou un traitement change le corps donnent des repères. La souffrance n’y est pas imaginaire, et la réponse ne consiste pas à dire que « ça ne se voit pas ».
Que répondre à un enfant qui dit qu’il est gros ou moche ?
Sur le moment, le réflexe presque universel est de contredire : « mais non, tu es très belle ! ». C’est sincère, c’est tendre, et c’est rarement suffisant. L’enfant entend que son parent l’aime, ce qui est précieux, mais aussi que son impression est fausse, donc qu’il n’y a rien à en dire de plus. Et puisque le parent « est obligé » de le trouver beau, le compliment ne pèse pas lourd face à la phrase entendue à la cantine. Ce qui aide davantage, c’est de s’intéresser à ce que l’enfant ressent avant de se prononcer sur son apparence.
Concrètement, trois mouvements suffisent souvent. D’abord accueillir : « Tu as l’air triste en disant ça. » Ensuite chercher d’où ça vient, sans interrogatoire : « Il s’est passé quelque chose aujourd’hui ? Quelqu’un t’a dit quelque chose ? » Enfin, élargir doucement, en parlant de ce que son corps lui permet, de ce qu’il aime faire, de ce qui fait qu’on l’aime, sans faire de l’apparence le centre de sa valeur. Le jeu ci-dessous vous propose de vous entraîner, à partir de situations que les parents nous racontent souvent.
Elle rentre de l’école et lance : « Je suis grosse, c’est Lina qui l’a dit. »
Il refuse d’aller à la piscine avec la classe et pleure en enfilant son maillot
Il se compare à son meilleur ami, plus grand d’une tête, et dit qu’il est « un bébé »
Elle se moque de la silhouette d’une camarade, puis demande si elle-même est « comme elle »
Depuis des semaines, il répète qu’il est « moche » et ne veut plus être pris en photo
Un mot sur le compliment, qui n’est pas interdit : dire à un enfant qu’on le trouve beau reste une bonne chose, à condition que ce ne soit pas la seule réponse, ni la plus fréquente. Les enfants qui grandissent avec un sentiment de valeur stable sont plutôt ceux qu’on félicite pour ce qu’ils font, ce qu’ils osent, ce qu’ils inventent, la façon dont ils traitent les autres, et à qui l’on dit aussi, en passant, qu’ils sont beaux. Le dossier estime de soi de l’enfant et de l’adolescent développe cette idée.
Les réponses qui ferment la porte, et pourquoi on les dit quand même
Personne ne choisit la mauvaise réponse par manque d’amour. On minimise parce que la souffrance de son enfant est insupportable. On propose un régime parce qu’on veut lui éviter ce qu’on a soi-même vécu. On plaisante parce que c’est ainsi qu’on a appris, dans sa propre famille, à traverser les sujets gênants. Reconnaître ces réflexes est la première étape pour en changer. Ce vrai ou faux reprend les idées que les parents nous confient le plus souvent.
Affirmation 1
« Si je lui dis qu’il est beau assez souvent, il finira par le croire. »
Faux, le plus souvent. La réassurance soulage quelques minutes, puis l’enfant redemande, parce qu’au fond la question n’est pas « suis-je beau ? » mais « suis-je aimable tel que je suis ? ». On répond mieux à cette question-là par l’attention et le temps partagé que par le compliment répété.
Affirmation 2
« S’il est un peu rond, lui en parler l’aidera à faire attention. »
Faux. Parler du poids de l’enfant, même avec douceur, augmente le risque qu’il se mette à surveiller son corps et à manger en cachette. Si un médecin estime qu’il faut changer quelque chose, ce changement concerne toute la famille (les repas, les sorties, le sommeil), sans désigner l’enfant.
Affirmation 3
« La façon dont je parle de mon propre corps compte. »
Vrai. L’enfant apprend par imitation bien plus que par les conseils. Un parent qui se traite de « grosse vache » devant le miroir enseigne, sans le vouloir, qu’un corps se juge et se punit.
Affirmation 4
« Les moqueries endurcissent : il faut qu’il apprenne à se défendre. »
Faux. Les moqueries répétées sur le physique n’endurcissent pas, elles blessent, et leurs effets sur l’image de soi peuvent durer jusqu’à l’âge adulte. Apprendre à répondre est utile, mais c’est aux adultes de faire cesser le harcèlement.
Affirmation 5
« C’est une phase, ça passera tout seul. »
C’est parfois vrai, pas toujours. Un « je suis moche » isolé, lié à une journée difficile, passe en effet souvent. Une phrase qui revient pendant des semaines, qui s’accompagne de renoncements (piscine, photos, anniversaires) ou de changements dans l’alimentation, mérite qu’on s’y arrête.
Affirmation 6
« Un petit enfant peut déjà souffrir de son apparence. »
Vrai. Dès la maternelle, certains enfants ont honte de leur corps, surtout s’ils ont été moqués ou s’ils ont une différence visible. Leur souffrance est réelle même si elle s’exprime avec des mots d’enfant.
Il existe une autre réponse, moins visible, qui ferme aussi la porte : le silence gêné. Changer de sujet, rire nerveusement, dire « on en reparlera » sans jamais en reparler. L’enfant comprend que le sujet embarrasse l’adulte et il le garde pour lui. Si vous ne savez pas quoi dire, il est tout à fait possible de le dire : « Je ne sais pas trop quoi te répondre, mais je suis content que tu m’en parles, et on va réfléchir ensemble. » Les enfants supportent très bien qu’un adulte cherche ; ils supportent mal qu’il se dérobe.
Comment aider un enfant à aimer son corps au quotidien ?
« Aimer son corps » est peut-être un objectif trop haut, et il peut devenir une injonction de plus. Ce que l’on peut viser, plus modestement, c’est un enfant qui habite son corps sans en avoir honte, qui l’utilise pour jouer, courir, danser, se blottir, et qui ne le réduit pas à une image. Quelques habitudes familiales y contribuent plus sûrement que de longues conversations.
Parler du corps en verbes plutôt qu’en adjectifs. « Tes jambes t’ont porté jusqu’en haut de la colline » plutôt que « tu as de belles jambes ». Le corps devient ce qui permet, pas ce qui se regarde.
Retirer le poids des conversations familiales. Pas de pesée commentée, pas de « tu vas grossir » devant l’assiette, pas de catégories d’aliments « interdits » associées à la honte. On peut parler de goût, de faim, de satiété, de plaisir.
Ne commenter le corps de personne. Ni celui de la voisine, ni celui de la présentatrice télé, ni celui du cousin. L’enfant en déduit que, chez lui, on ne juge pas les corps, y compris le sien.
Multiplier les expériences corporelles agréables. Une activité où l’on prend du plaisir sans être noté : grimper, nager pour jouer, faire des cabanes, danser dans le salon. Le plaisir du mouvement est un antidote très concret au regard sur soi.
Regarder ensemble les images d’un œil critique. Sans faire de cours : « Tu crois que c’est sa vraie peau, ou il y a un filtre ? » Les enfants adorent démasquer les trucages.
Prendre au sérieux les moqueries. Demander régulièrement, l’air de rien, comment ça se passe avec les autres, et réagir quand l’enfant raconte quelque chose.
Ces habitudes valent pour les parents eux-mêmes. Beaucoup de pères et de mères nous disent qu’en essayant de ne plus critiquer leur propre corps devant leur enfant, ils ont découvert à quel point ils le faisaient, et combien c’était ancien. Si ce travail vous concerne aussi, la page aider un enfant ou un proche complexé prolonge ces conseils, et le reste du dossier complexes et image du corps s’adresse aux adultes.
Complexes chez l’enfant : quand faut-il s’inquiéter ?
Un enfant qui se plaint de son nez un soir de dispute n’a pas besoin d’un psychologue. Ce qui doit attirer l’attention, ce n’est pas la phrase elle-même, mais ce qui l’entoure : sa durée, sa répétition, et surtout ce que l’enfant commence à ne plus faire. Le thermomètre ci-dessous rassemble les signes que nous regardons avec les parents lors d’un premier rendez-vous. Cochez ceux que vous observez depuis plusieurs semaines.
Deux situations demandent une attention particulière. La première concerne l’alimentation : un enfant qui se met à refuser de manger, à cacher de la nourriture, à vomir ou à faire du sport de façon acharnée pour « brûler », même très jeune, doit être vu rapidement. Les troubles des conduites alimentaires peuvent commencer avant l’adolescence, et le dossier troubles alimentaires explique comment ils se repèrent. La seconde concerne l’humeur : un enfant qui dit qu’il voudrait disparaître, qu’il serait mieux mort, ou qui se fait du mal, n’exagère pas pour attirer l’attention. Il faut l’écouter et agir.
Quand il ne faut pas attendre
Un enfant qui ne mange presque plus, qui perd du poids rapidement, qui parle de mourir ou qui se blesse a besoin d’une aide immédiate. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Exemple fictif : Noah, 9 ans, et le maillot de bain
Une situation inventée pour cette page, à partir de ce que nous entendons souvent.
Situation
Noah est en CM1. Depuis la rentrée, il dit qu’il est « gros comme un ballon » et refuse les séances de piscine avec sa classe ; il a eu mal au ventre trois jeudis de suite. Il était plutôt rond petit, ce que toute la famille commentait gentiment (« notre petit nounours »). Cet été, un cousin plus âgé l’a surnommé « Bouboule » devant tout le monde. Sa mère, qui suit elle-même un régime depuis des mois, ne sait plus si elle doit le rassurer, le pousser à aller à la piscine ou demander au médecin de le mettre au régime.
Qu’est-ce qui semble le plus utile pour Noah ?
Ce qui frappe, dans des histoires comme celle de Noah, c’est que tout le monde voulait bien faire. Le surnom affectueux de la petite enfance, la plaisanterie du cousin, le régime de la mère : rien de cela n’était malveillant. Mais tout cela parlait du corps de Noah, et Noah a fini par croire que c’était la chose la plus importante à son sujet. Le travail consiste souvent à remettre le corps à sa place, une place parmi d’autres.
Comment le cabinet accompagne un enfant complexé et ses parents
Un premier rendez-vous ne signifie pas que votre enfant « a un problème ». Il permet de comprendre ce qui se joue et, très souvent, de rassurer tout le monde. Notre pédopsychothérapeute reçoit l’enfant avec ses parents, seul, ou les deux selon les moments : c’est le premier échange qui permet de choisir. Si l’enfant refuse de venir, ce qui arrive quand la honte est forte, les parents peuvent être reçus seuls ; beaucoup de choses peuvent déjà évoluer à partir de ce qui change à la maison.
Avec les plus jeunes, la parole passe beaucoup par le jeu, le dessin et les histoires. Un enfant qui ne saurait pas dire « j’ai honte de mon ventre » dessinera un ours qui se cache derrière un arbre, ou fera jouer à une figurine une scène de cour de récréation. C’est souvent dans ces détours que se dit l’essentiel : la jalousie envers un petit frère arrivé récemment, la peur de ressembler à un parent malade, la tristesse d’un divorce, ou tout simplement une moquerie dont il n’avait parlé à personne. L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, et notamment du travail de Françoise Dolto sur l’image du corps, aide à entendre ce que le corps vient dire à la place des mots.
Les souvenirs
Quand une scène reste à vif
Une humiliation au vestiaire, un surnom crié dans la cour, une remarque d’adulte qui a fait rire toute la table : ces scènes peuvent rester « collées » et revenir chaque fois que l’enfant se regarde. L’EMDR, adapté aux enfants, permet de les retraiter. Notre page EMDR, enfants et adolescents explique comment il se pratique avec les plus jeunes.
Les évitements
Revenir pas à pas
Quand l’enfant renonce à la piscine, aux photos ou aux sorties, des outils inspirés de la TCC aident à reprendre ces activités par petites étapes, avec lui, à son rythme, en lui faisant découvrir qu’il peut les traverser.
L’école
Travailler avec l’équipe
Quand des moqueries ont lieu à l’école ou quand l’enfant ne veut plus y aller, notre pédopsychothérapeute peut participer à une réunion avec l’équipe éducative, avec votre accord, et une séance peut être proposée avant une rentrée qui s’annonce difficile.
Le bilan
Comprendre plus largement
Si la question dépasse le corps (tristesse durable, anxiété, difficultés scolaires), un bilan psychologique peut être proposé, dès la petite enfance, après un rendez-vous préliminaire. Un compte rendu écrit vous est remis. Voir les bilans.
En pratique
Le cabinet reçoit les enfants et leurs familles dans ses trois lieux de consultation et en téléconsultation. Le rythme des séances est adapté à l’enfant, et nous faisons régulièrement le point avec les parents sur l’avancée du travail. Pour en savoir plus sur notre façon de travailler, voir notre façon d’accompagner les complexes.
Questions fréquentes des parents
Mon enfant de 7 ans dit qu’il est gros : est-ce normal ?
C’est fréquent, et ce n’est pas forcément inquiétant. À cet âge, « je suis gros » peut vouloir dire « on s’est moqué de moi », « je me sens moins bien que les autres » ou reprendre un mot entendu à la maison. Le plus utile est de demander ce qui s’est passé et ce qu’il ressent, avant de le contredire. Si la phrase revient souvent pendant plusieurs semaines, s’il renonce à des activités ou si son alimentation change, un rendez-vous avec notre pédopsychothérapeute permet de comprendre ce qui se joue.
Faut-il dire à son enfant qu’il est beau ?
Oui, mais pas seulement, et pas comme seule réponse à sa souffrance. Le compliment sur l’apparence rassure peu quand l’enfant vient de raconter une moquerie : il risque surtout de clore la conversation. Mieux vaut d’abord écouter ce qu’il vit, puis lui dire ce que l’on aime chez lui, dans ce qu’il fait, ce qu’il ose, sa façon d’être avec les autres. Le dire beau en passant, dans un moment ordinaire, a plus de poids que de le répéter quand il va mal.
Comment réagir si mon enfant est moqué sur son physique à l’école ?
D’abord le croire, le remercier de vous en avoir parlé et lui dire que ce n’est pas de sa faute. Ensuite, prévenir l’enseignant ou l’équipe de l’établissement, par écrit si les moqueries se répètent : les faire cesser est la responsabilité des adultes. Évitez de lui conseiller de « ne pas y faire attention », ce qui le laisse seul. Si les moqueries ont laissé une trace (peur d’y aller, maux de ventre, repli), notre pédopsychothérapeute peut l’aider et, si besoin, participer à une réunion avec l’école.
Mon enfant est en surpoids : comment en parler sans le blesser ?
En parlant le moins possible de son poids, et le plus possible de la vie de toute la famille : repas partagés, sommeil, activités agréables, moins d’écrans le soir. Les conversations centrées sur la silhouette sont associées à davantage de régimes et de comportements alimentaires à risque chez les adolescents. Si son médecin propose un accompagnement, demandez que les échanges sur le poids aient lieu hors de sa présence quand c’est possible, et que l’enfant ne soit jamais désigné comme le problème de la famille.
À partir de quel âge un enfant peut-il voir un psy pour un complexe ?
Il n’y a pas d’âge minimum. Notre pédopsychothérapeute reçoit les jeunes enfants avec leurs parents, et travaille avec eux par le jeu, le dessin et les histoires. Avec les plus grands, la parole prend plus de place. Il arrive aussi que les parents viennent d’abord seuls, pour réfléchir à ce qu’ils peuvent changer à la maison : c’est souvent suffisant quand le complexe est récent.
Mon enfant refuse les photos depuis des mois : que faire ?
Ne pas le forcer, mais ne pas laisser le refus devenir un sujet tabou. Vous pouvez lui proposer de choisir lui-même les photos que l’on garde, de prendre la photo plutôt que d’y figurer, ou de poser avec un objet qu’il aime. Si ce refus s’accompagne d’autres évitements (piscine, miroir, sorties), il traduit souvent une honte qui mérite d’être entendue. La page ne pas supporter les photos explique ce mécanisme chez l’adulte comme chez l’enfant.
Références
Les travaux cités sur cette page.
Dohnt, H., & Tiggemann, M. (2006). « The contribution of peer and media influences to the development of body satisfaction and self-esteem in young girls: a prospective study ». Developmental Psychology, 42(5), 929–936. doi : 10.1037/0012-1649.42.5.929.
Berge, J. M., Maclehose, R., Loth, K. A., Eisenberg, M., Bucchianeri, M. M., & Neumark-Sztainer, D. (2013). « Parent conversations about healthful eating and weight: associations with adolescent disordered eating behaviors ». JAMA Pediatrics, 167(8), 746–753. doi : 10.1001/jamapediatrics.2013.78.
Winnicott, D. W. (1971). Playing and Reality. Londres, Tavistock. Traduction française : Jeu et réalité. L’espace potentiel, Paris, Gallimard, 1975.
Dolto, F. (1984). L’Image inconsciente du corps. Paris, Seuil.
Vous n’avez pas besoin d’être sûr qu’il y a « un problème » pour demander conseil. Un premier rendez-vous, sans engagement, permet de comprendre ce que votre enfant essaie de dire avec son corps, et de trouver ensemble comment l’aider. Au cabinet ou en téléconsultation.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.