Affirmation 1
« Plus on se compare, plus on est insatisfait de son corps. »
Vrai. Une synthèse de 156 études publiée en 2009 a trouvé ce lien de façon constante, avec un effet plus marqué chez les femmes et chez les plus jeunes.
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Elle a des bras plus fins. Il a encore tous ses cheveux, à quarante-cinq ans. Elle a retrouvé son ventre trois mois après l’accouchement. Ils ont tous l’air plus jeunes sur la photo. La comparaison physique est un réflexe humain, et pourtant elle a une particularité étrange : quand elle devient une habitude, vous la perdez presque à tous les coups. Ce n’est pas parce que vous êtes moins bien que les autres. C’est parce que le match est truqué, et que les règles, vous les avez apprises sans le savoir. Cette page explique d’où vient ce besoin de se mesurer, pourquoi il tourne toujours en votre défaveur, ce qu’il cache parfois, et comment en sortir.
Parce que c’est ainsi que les êtres humains se situent quand ils n’ont pas de mesure fixe. Le psychologue américain Leon Festinger l’a formulé en 1954 dans sa théorie de la comparaison sociale : nous avons besoin d’évaluer nos opinions et nos capacités, et quand aucun critère objectif n’est disponible, nous nous tournons vers les autres. Pour savoir si l’on court vite, on peut prendre un chronomètre. Pour savoir si l’on est séduisant, il n’existe pas de chronomètre. Il reste les autres, autour de soi, et désormais sur les écrans.
L’apparence est donc le terrain idéal de la comparaison : aucune norme stable, des critères qui changent d’une époque, d’un milieu, d’une génération à l’autre, et un corps qui est visible en permanence. Se comparer un peu est inévitable, et pas forcément nocif : c’est ainsi qu’on choisit une coupe de cheveux, qu’on s’inspire d’une allure, qu’on se rassure en constatant que d’autres ont aussi des rides ou des vergetures.
Le problème commence quand la comparaison devient automatique, fréquente, et presque toujours défavorable. En 2009, les psychologues Taryn Myers et Janis Crowther ont rassemblé les résultats de 156 études : plus les personnes ont tendance à comparer leur apparence à celle des autres, plus elles sont insatisfaites de leur corps. Le lien était plus fort chez les femmes que chez les hommes, et plus marqué chez les plus jeunes. Ce constat parle à presque toutes les personnes que nous recevons pour un complexe : elles ne se trouvent pas laides dans l’absolu, elles se trouvent laides par rapport à quelqu’un.
Ce qu’on oublie, c’est que cette comparaison n’est pas un instrument de mesure neutre. Elle obéit à des règles cachées, toujours les mêmes, et toutes jouent contre vous.
Retournez les cartes. Vous reconnaîtrez sans doute plusieurs de ces règles, que vous appliquez sans les avoir jamais choisies.
Ces règles ne sont pas des fautes de raisonnement dont il faudrait avoir honte. Elles viennent d’un esprit qui cherche à se protéger d’un danger, celui de ne pas être à la hauteur, et qui scrute donc tout ce qui pourrait le confirmer. Mais une fois qu’on les voit, il devient plus difficile de croire au verdict.
La comparaison ne porte pas sur tout le corps de la même façon. Elle a ses terrains favoris, qui changent d’une personne à l’autre et d’un âge à l’autre. Placez chaque curseur selon la fréquence de vos comparaisons ces dernières semaines, de 0 (jamais) à 10 (plusieurs fois par jour). La forme qui se dessine est la vôtre.
Si un terrain se détache, les pages du dossier qui lui sont consacrées vous aideront à aller plus loin : la honte du poids et du ventre, le visage et le nez, la musculature, le vieillissement.
On se compare partout, mais certains endroits semblent conçus pour cela. Ils ont en commun d’exposer des corps côte à côte, ou de les montrer sous leur meilleur jour.
La plage, la piscine, le vestiaire. Les corps y sont découverts, alignés, et il n’y a pas grand-chose d’autre à regarder. On passe en revue les silhouettes à la recherche de quelqu’un de « pire » ou de « mieux », et l’on en sort plus tendu qu’en arrivant. La page plage, piscine, vestiaires décrit ce qui se joue là.
La photo de groupe. Elle offre ce que la vie ne donne jamais : tous les visages immobiles, à la même échelle, l’un à côté de l’autre. On s’y cherche d’abord, et l’on ne se lâche plus. Les autres ont l’air détendus, nous avons l’air crispé ; c’est en partie parce que nous connaissons notre crispation de l’intérieur.
Le fil d’actualité. Les réseaux sociaux ont démultiplié les occasions de se comparer, avec des images choisies, cadrées, souvent retouchées. La comparaison y est presque toujours dirigée vers le haut, vers plus beau, plus mince, plus musclé. La page réseaux sociaux et filtres y est entièrement consacrée.
La famille. On compare les frères et sœurs dès l’enfance, souvent à voix haute : « elle a pris les jambes de sa mère, lui le nez du grand-père ». Certaines personnes se comparent encore, à cinquante ans, à une sœur désignée comme « la jolie » de la famille. Ces comparaisons-là ont un poids particulier, parce qu’elles ont été faites par ceux dont le regard comptait le plus.
Le couple et ses fantômes. L’ex du partenaire, les collègues, les personnes qu’il ou elle suit sur les réseaux : la comparaison s’invite dans l’intimité et devient une question de place. « Suis-je assez bien pour qu’il reste ? » La page mon partenaire a des complexes s’adresse à ceux qui vivent cela de l’autre côté.
Le soi d’avant. On oublie souvent cet adversaire-là : le corps que l’on avait à vingt ans, avant la grossesse, avant la maladie, avant la prise de poids d’un traitement. La comparaison avec soi-même est parfois la plus cruelle, parce que l’on ne peut pas se dire que l’autre « a de la chance » : l’autre, c’était nous.
Les psychologues distinguent deux directions. La comparaison vers le haut se fait avec quelqu’un que l’on juge mieux que soi. Elle peut inspirer, quand l’écart paraît franchissable et que l’autre nous ressemble : une amie qui a repris le sport après un accouchement, un collègue du même âge qui a changé de style. Mais quand l’écart paraît immense et définitif, elle produit de l’envie, de la honte, du découragement. C’est la direction dominante sur les écrans, et dans les complexes.
La comparaison vers le bas se fait avec quelqu’un que l’on juge moins bien. Elle soulage un instant : « au moins, je ne suis pas comme lui ». Beaucoup de personnes complexées la pratiquent en secret, et en éprouvent ensuite de la culpabilité, parce qu’elle consiste à se rassurer aux dépens d’un autre. Surtout, elle ne change rien au fond : elle conserve la même échelle, avec ses barreaux, ses classements, ses gagnants et ses perdants. Le jour où l’on croise quelqu’un de « mieux », on redescend aussitôt.
C’est pourquoi l’objectif n’est pas d’apprendre à se comparer « dans le bon sens ». Il est de sortir de l’échelle elle-même : de cesser de faire du corps un rang, pour en refaire un lieu où l’on vit. Cela ne se décrète pas ; cela se travaille, en repérant les moments où l’échelle se met en place, et ce qu’elle vient résoudre.
Déplacez le curseur jusqu’à la description qui vous ressemble le plus. Il n’y a pas de bonne réponse, seulement un repère.
Quand une comparaison revient sans cesse vers la même personne, ou le même type de personne, elle dit souvent quelque chose qui dépasse le corps. En séance, nous demandons volontiers : à qui vous comparez-vous, exactement ? La réponse surprend souvent celui qui la donne. Une sœur aînée. Une mère admirée et intimidante. Le meilleur ami de l’adolescence, celui qui plaisait. Une collègue qui a obtenu le poste.
La comparaison physique est alors une langue pour autre chose : la peur d’être moins aimé, de perdre sa place, de ne pas être choisi. Les psychanalystes ont beaucoup travaillé cette question de la rivalité. Jacques Lacan aimait citer une scène des Confessions de saint Augustin : un tout-petit, qui ne parle pas encore, regarde son frère de lait au sein, pâle, avec un regard amer. Pour Lacan, cette scène montre que l’on se constitue en partie dans le miroir de l’autre, du semblable, et que l’envie naît précisément là, dans l’image de celui qui semble avoir ce qui nous manque. On en trouve un écho dans la page sur Lacan et dans celle consacrée au corps dans la psychanalyse.
Il ne s’agit pas de « tout ramener à l’enfance », ce qui serait aussi réducteur que de tout ramener au corps. Mais quand la comparaison résiste aux exercices, quand elle revient toujours vers la même figure, il est souvent utile de se demander ce que cette figure représente, et ce que le corps est chargé de dire à sa place. L’écoute analytique est faite pour ce genre de questions.
D’autres fois, la comparaison se nourrit d’une estime de soi déjà fragile, qui cherche dans le classement une preuve de sa valeur. Le dossier estime de soi décrit bien cette dépendance au regard extérieur, et la page sur le besoin de compliments en montre une autre facette.
Affirmation 1
Vrai. Une synthèse de 156 études publiée en 2009 a trouvé ce lien de façon constante, avec un effet plus marqué chez les femmes et chez les plus jeunes.
Affirmation 2
Faux, ou alors pour très peu de temps. Le soulagement est bref, souvent suivi de culpabilité, et l’échelle de classement reste en place : à la prochaine personne « mieux », on retombe.
Affirmation 3
C’est plus nuancé. Se comparer peut inspirer, quand l’autre nous ressemble et que l’écart paraît franchissable. C’est la comparaison automatique, permanente et toujours perdante qui fait souffrir.
Affirmation 4
Faux. Le match est truqué : vous comparez vos coulisses à leur vitrine, votre point faible à leur point fort, une sensation à une image. Les personnes que tout le monde trouve belles perdent aussi, avec les mêmes règles.
Affirmation 5
Vrai. Après une grossesse, une maladie, un traitement, ou simplement avec l’âge, le corps d’avant devient un adversaire. C’est souvent l’une des comparaisons les plus douloureuses, parce qu’elle touche au deuil.
Odile est un personnage de fiction, composé à partir de situations fréquentes chez les personnes qui nous consultent après soixante ans.
Situation
Odile a pris sa retraite il y a six ans. Depuis un an, elle n’aime plus aller à l’aquagym avec ses amies : dans le vestiaire, elle se compare à elles et se trouve « la plus fripée ». Elle passe du temps à regarder des photos de femmes de son âge sur internet, toujours mieux conservées qu’elle. Elle s’est mise à éviter les miroirs en pied. Sa sœur cadette, « la jolie » de la famille selon leur mère, vient de fêter ses soixante-cinq ans et Odile n’a pas voulu être sur les photos. Elle dit qu’elle est « ridicule de s’en faire à son âge ».
Qu’est-ce qui semble le plus utile pour Odile ?
L’histoire d’Odile rappelle que la comparaison n’a pas d’âge. Le dossier vieillissement et la page vieillir, le corps et l’image de soi prolongent cette question.
On ne cesse pas de se comparer par décision. On peut, en revanche, affaiblir le réflexe, petit à petit. Voici une progression en cinq temps, inspirée des outils des thérapies cognitives et comportementales.
Si ces exercices vous paraissent impossibles, ou si la comparaison résiste à tous vos efforts, ce n’est pas un échec personnel. C’est le signe qu’elle répond à quelque chose de plus profond, qui se travaille mieux accompagné.
Les personnes qui consultent pour une comparaison envahissante disent souvent qu’elles en ont honte : « c’est futile », « je devrais avoir d’autres soucis ». Nous ne la trouvons pas futile. Une comparaison permanente use, isole, et finit par abîmer le rapport à soi et aux autres. Elle mérite d’être prise au sérieux.
Notre travail commence par une compréhension partagée : sur quoi vous vous comparez, avec qui, depuis quand, et ce que cela vous coûte. Notre psychothérapeute peut proposer un bilan psychologique, qui donne lieu à un compte rendu écrit, pour faire la part entre un complexe envahissant, une préoccupation proche de la dysmorphophobie, une tristesse de fond ou une anxiété plus générale. Puis nous associons plusieurs approches. Les outils de la TCC aident à repérer et affaiblir le réflexe, comme dans les exercices ci-dessus, avec un accompagnement qui permet d’aller plus loin. L’EMDR, en séances de 80 minutes, s’adresse aux souvenirs qui ont installé la comparaison : une mère qui comparait ses enfants à voix haute, une moquerie qui opposait votre corps à celui d’un autre, une photo de classe. L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, cherche ce que la comparaison raconte de votre histoire, de vos rivalités, de votre place.
Nous recevons dans nos trois lieux de consultation comme à distance, et la page notre façon d’accompagner les complexes et l’image du corps détaille l’ensemble de ce travail.
On n’arrête pas d’un coup, mais on peut affaiblir le réflexe. Commencez par compter vos comparaisons pendant deux jours, sans vous juger. Repérez ensuite la règle truquée qui les rend perdantes, par exemple comparer vos coulisses à la vitrine des autres. Complétez le tableau avec ce que vous ignorez, puis changez de question : que permet mon corps aujourd’hui ? Si la comparaison résiste, elle répond souvent à une histoire plus ancienne, qui se travaille en séance.
Parce que la comparaison ne mesure pas, elle sélectionne. Elle choisit votre point faible, retient les meilleurs traits de plusieurs personnes à la fois, et oppose ce que vous ressentez de l’intérieur à ce que vous voyez des autres de l’extérieur. Avec ces règles, presque tout le monde perd, y compris les personnes que vous admirez. Le verdict dit davantage de votre regard que de votre corps.
Oui, dans une certaine mesure. Se comparer est l’une des façons dont les êtres humains se situent, surtout dans les domaines sans mesure objective comme l’apparence. Cela devient un problème quand la comparaison est automatique, très fréquente, presque toujours défavorable, et qu’elle vous fait renoncer à des sorties, des activités ou des relations. C’est alors une souffrance, pas un trait de caractère.
Commencez par remarquer que cette comparaison porte rarement sur le corps seul : elle exprime une inquiétude sur votre place, la peur de ne pas être assez aimé ou de ne pas durer. En parler avec votre partenaire, sans lui demander de vous rassurer encore et encore, aide souvent. Si la comparaison devient obsédante, elle mérite un travail personnel, et parfois quelques séances de couple, d’une durée de 80 minutes au cabinet.
Ils multiplient les occasions de se comparer, presque toujours vers le haut, à des images choisies, cadrées et parfois retouchées. Les études menées chez les adolescents et les jeunes adultes associent un usage fréquent des réseaux à une image du corps plus négative, surtout chez ceux qui ont déjà tendance à se comparer. Trier ses abonnements est une première étape simple, détaillée sur la page consacrée aux réseaux sociaux et aux filtres.
Articles et livresLes travaux cités sur cette pageUn premier rendez-vous permet de comprendre avec qui, sur quoi et pourquoi vous vous comparez, et de choisir avec vous la première étape. Au cabinet ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.