Une vigilance de tous les instants
Avant chaque entretien, chaque visite, chaque premier contact, le corps se prépare au rejet. Cette alerte permanente fatigue, perturbe le sommeil, et peut finir en épuisement. Voir le dossier stress.
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L’entretien s’était bien passé au téléphone. En vous voyant arriver, la recruteuse a eu un léger temps d’arrêt, l’échange a duré douze minutes, et le refus est tombé le lendemain : « profil pas tout à fait en adéquation avec l’image de la maison ». Une discrimination liée à l’apparence, c’est cela : être traité moins bien qu’un autre, pour un emploi, un logement, un service, une promotion, à cause de son poids, de sa taille, de son visage, d’une cicatrice, d’une différence visible. Ce n’est pas une affaire de complexe, c’est un fait, et la loi française en fait un délit. Cette page décrit ce que l’on vit dans ces situations, le doute qu’elles laissent, ce que dit la loi, et comment le cabinet accompagne ceux qui les ont traversées.
C’est une différence de traitement fondée sur l’apparence d’une personne, dans un domaine où cette apparence ne devrait pas compter : obtenir un emploi, le garder, être promu, louer un appartement, entrer dans un lieu, être servi, être soigné. Une remarque désobligeante, une moquerie, un regard blessent ; une discrimination, en plus, prive de quelque chose. Elle ferme une porte.
Les formes sont nombreuses. Une candidate en forte corpulence écartée d’un poste au contact du public. Un homme de petite taille à qui l’on ne confie jamais l’animation d’une équipe. Une personne au visage marqué par une brûlure que l’on place systématiquement en arrière-boutique. Un adolescent à l’acné sévère refusé pour un job d’été en vente. Une femme dont on juge les cheveux, la tenue, les tatouages « pas assez professionnels ». Une personne dont l’apparence ne correspond pas à ce que l’on attend de son genre, dévisagée puis refusée à l’entrée d’un lieu. Certains parlent de « lookisme » pour désigner ce tri silencieux par le physique.
Parmi ces formes, la discrimination liée au poids est l’une des mieux étudiées. En 2009, les chercheuses Rebecca Puhl et Chelsea Heuer ont publié une synthèse des travaux disponibles : les préjugés envers les personnes en surpoids se retrouvaient dans l’emploi, dans l’éducation et jusque dans les soins, avec des conséquences sur la santé psychique et physique. Le dossier y consacre une page entière, la grossophobie. Les discriminations liées à un handicap ou à une différence visible ont aussi leur page, différence visible et handicap.
Ce dossier sur les complexes tient à le dire clairement : toute souffrance liée au corps ne vient pas d’une mauvaise image de soi. Quand on a été écarté à cause de son apparence, la souffrance a une cause extérieure, réelle, et l’accompagnement part de là.
Les discriminations sont rarement dites en face. Elles se devinent à un ensemble de signes, que l’on finit par ne plus remarquer tant ils sont devenus ordinaires. Cochez les situations que vous avez déjà rencontrées, au cours de votre vie.
Le dernier item, le renoncement, est souvent le plus révélateur. Beaucoup de personnes discriminées finissent par ne plus postuler, ne plus visiter, ne plus consulter, pour s’épargner un nouveau refus. La discrimination atteint alors son effet le plus silencieux : elle n’a même plus besoin d’avoir lieu.
Derrière le mot « discrimination », il y a des moments précis, souvent brefs, qui restent gravés. Retournez les cartes : chacune décrit une scène fréquente et ce qu’elle touche en profondeur.
La plupart des discriminations ne s’avouent pas. Personne ne dit « nous ne vous prenons pas parce que vous êtes gros » ou « parce que votre cicatrice dérange ». On parle de profil, d’adéquation, de candidat retenu, de logement déjà loué. La personne repart avec une question qui n’aura jamais de réponse certaine : était-ce mon physique, ou moi ?
Les psychologues Jennifer Crocker et Brenda Major ont décrit en 1989 cette situation sous le nom d’ambiguïté d’attribution. Une personne qui appartient à un groupe stigmatisé ne sait jamais tout à fait si un refus, une froideur, une critique, vise ce qu’elle a fait ou ce qu’elle est aux yeux de l’autre. Ce doute a deux visages. Il peut protéger l’estime de soi : « ce n’est pas ma compétence qui est en cause ». Il peut aussi ronger : on ne peut jamais faire confiance à un compliment, ni tirer de leçon d’un échec, puisqu’on ne sait pas ce qui a vraiment été jugé.
Ce doute se double souvent d’un autre, plus intime : « et si c’était de ma faute ? Si j’avais perdu du poids, si j’avais caché ma cicatrice, si je m’étais habillé autrement ». C’est ce que l’on appelle l’intériorisation du stigmate : on finit par reprendre à son compte le jugement de ceux qui vous ont écarté. Dans le domaine du poids, cette intériorisation est fréquente, et elle pèse parfois plus lourd que la discrimination elle-même, parce qu’elle se poursuit en l’absence de tout discriminateur.
Une partie du travail en séance consiste justement à démêler ces fils : ce qui relève d’un traitement injuste, ce qui relève de choix personnels, et ce qui relève d’un regard sur soi que d’autres ont fabriqué. Il ne s’agit pas de voir des discriminations partout, ni de n’en voir nulle part, mais de pouvoir enfin penser ce qui s’est passé.
Les personnes qui ont vécu des discriminations liées à leur apparence décrivent des effets qui se ressemblent, quelle que soit la caractéristique visée.
Avant chaque entretien, chaque visite, chaque premier contact, le corps se prépare au rejet. Cette alerte permanente fatigue, perturbe le sommeil, et peut finir en épuisement. Voir le dossier stress.
Être écarté pour ce que l’on est, et non pour ce que l’on a fait, produit une honte particulière, qui porte sur l’existence même. Elle pousse à se cacher, à se faire petit. Voir la honte de soi.
La colère est une réaction saine à l’injustice. Mais quand elle ne peut s’adresser à personne, faute de preuve ou de lieu, elle se retourne contre soi ou contre les proches, et elle épuise.
Ne plus postuler à certains emplois, ne plus visiter d’appartements, ne plus aller chez le médecin. Le renoncement protège du rejet, et il rétrécit la vie.
À force de portes fermées, une tristesse de fond peut s’installer, avec le sentiment que rien ne changera. Quand elle dure, elle peut prendre la forme d’une dépression.
Le corps qui a « causé » le rejet devient l’objet de la colère : régimes répétés, camouflage, désir de chirurgie, parfois conduites alimentaires troublées. Voir la honte du poids.
Chaque personne est atteinte à des endroits différents. Placez les curseurs selon ce que vous ressentez aujourd’hui, de 0 (pas touché) à 10 (très touché). Le radar dessine la forme de votre blessure, et vous aide à repérer par où commencer.
Nous ne faisons pas de droit au cabinet, et les démarches judiciaires ne passent pas par nous. Mais savoir que la loi nomme ce que l’on a vécu change souvent quelque chose : ce n’était pas de la malchance, ni une faute personnelle. Voici les deux textes essentiels du code pénal, que nous avons relus sur Légifrance dans leur version en vigueur.
L’article 225-1 du code pénal définit la discrimination comme toute distinction opérée entre les personnes physiques sur le fondement d’une série de critères. L’apparence physique figure expressément dans cette liste, aux côtés notamment de l’origine, du sexe, de l’état de santé, du handicap, de l’âge, de l’identité de genre ou de la particulière vulnérabilité résultant de la situation économique. Le même article étend la définition aux personnes morales.
L’article 225-2 du code pénal précise dans quelles situations une telle discrimination est punie : notamment le refus de fournir un bien ou un service, le refus d’embaucher, la sanction ou le licenciement d’une personne, le fait de subordonner la fourniture d’un bien ou d’un service, ou une offre d’emploi, une demande de stage ou une période de formation, à l’un de ces critères. C’est un délit, puni de trois ans d’emprisonnement et d’une amende, et la peine est aggravée lorsque le refus de bien ou de service a lieu dans un lieu accueillant du public ou vise à en interdire l’accès.
Code pénal, articles 225-1 et 225-2. Texte vérifié le 2 novembre 2026.
Entre un article de loi et une décision de justice, il y a la question de la preuve, souvent difficile dans ces situations, et des démarches qui relèvent des professionnels du droit. Notre rôle est ailleurs : vous aider à tenir pendant ces démarches si vous les entreprenez, à ne pas vous laisser détruire si vous y renoncez, et à vous relever dans les deux cas. La page les violences discriminatoires du dossier violence aborde aussi les atteintes qui visent l’identité d’une personne.
Affirmation 1
Vrai. Elle figure dans la liste de l’article 225-1 du code pénal, aux côtés de l’origine, du sexe, de l’âge, du handicap ou de l’état de santé.
Affirmation 2
Faux. Les discriminations sont rarement dites en face. Elles se cachent derrière des formules neutres, ce qui rend la preuve difficile, mais ne change rien à ce que l’on a subi.
Affirmation 3
Faux. Faire porter la solution à la personne discriminée revient à donner raison à la discrimination. Chacun est libre de modifier son apparence pour lui-même, mais personne n’y est tenu pour avoir droit à un emploi ou à un service.
Affirmation 4
C’est plus nuancé. Après plusieurs rejets injustes, la vigilance augmente, et il devient difficile de savoir ce qui vise son physique ou autre chose. Ce doute est une conséquence de la discrimination, pas une preuve que l’on exagère.
Affirmation 5
Vrai. Les recherches rassemblées par Rebecca Puhl et Chelsea Heuer en 2009 les ont retrouvés dans l’emploi, l’éducation et la santé. Ils peuvent conduire des personnes à repousser des examens utiles.
Sandrine est un personnage de fiction ; les formules de refus qu’elle entend sont, elles, tirées de récits que l’on nous fait souvent.
Situation
Sandrine a vingt ans d’expérience dans l’accueil hôtelier. Depuis la fermeture de son hôtel, elle a passé sept entretiens. Quatre fois, le premier échange téléphonique était chaleureux, et l’entretien en personne a été bref. La dernière recruteuse lui a dit que « la clientèle attend une certaine image ». Sandrine a commencé un régime très strict, ne sort plus le week-end, et se dit qu’elle « l’a bien cherché ». Elle dort mal et pleure souvent. Elle n’ose plus postuler.
Qu’est-ce qui semble le plus utile pour Sandrine ?
Si la tristesse s’installe au point de ne plus voir d’issue, ou si des idées de vous faire du mal apparaissent, n’attendez pas. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Notre point de départ est le même que pour toute violence : nous vous croyons. Beaucoup de personnes discriminées n’ont jamais raconté ce qu’elles ont vécu, de peur qu’on leur réponde qu’elles se font des idées, ou qu’on leur conseille, une fois de plus, de changer d’apparence. Au cabinet, l’apparence n’est pas le problème à corriger : c’est le traitement subi qui est au centre.
Notre psychothérapeute peut proposer un bilan psychologique, qui s’appuie sur des entretiens et des évaluations validées et donne lieu à un compte rendu écrit, remis à la personne, qui en fait l’usage qu’elle juge utile. Il mesure ce que les discriminations ont produit : anxiété, tristesse, épuisement, rapport au corps. Ensuite, nous associons plusieurs approches. L’EMDR, en séances de 80 minutes, aide à apaiser les scènes qui reviennent, l’entretien écourté, le refus à l’entrée, la remarque du soignant. Les outils de la TCC aident à reprendre ce qui a été abandonné, postuler, consulter, sortir, en préparant chaque étape. L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, laisse la place à la colère, à la honte, et à ce que ces rejets ont réveillé d’une histoire plus ancienne, quand ils en réveillent une.
Le cabinet reçoit chacun, quelle que soit sa corpulence, sa taille, son apparence, son âge, son genre, dans ses trois lieux de consultation et en téléconsultation. Notre façon de travailler est décrite plus largement sur la page accompagner les complexes et l’image du corps.
Oui. L’article 225-1 du code pénal cite l’apparence physique parmi les critères de discrimination, avec l’origine, le sexe, l’âge, l’état de santé ou le handicap. L’article 225-2 précise les situations dans lesquelles elle est punie, notamment un refus d’embauche, une sanction, un licenciement ou un refus de fournir un bien ou un service. Texte vérifié le 2 novembre 2026. Les démarches judiciaires relèvent des professionnels du droit.
C’est souvent difficile, parce que les discriminations ne sont presque jamais dites en face. Certains signes reviennent : un échange chaleureux qui se refroidit dès qu’on vous voit, des refus répétés alors que votre profil convient, des formules sur « l’image » ou la « présentation ». Ce doute est en lui-même éprouvant. En parler avec quelqu’un qui vous croit aide à démêler ce qui s’est passé.
En remettant la responsabilité à sa place : un traitement injuste est le fait de celui qui l’inflige, pas de celui qui le subit. Beaucoup de personnes reprennent pourtant à leur compte le jugement reçu, au point de s’en vouloir de leur corps. Ce mouvement se travaille en séance, par la parole, par l’EMDR sur les scènes les plus marquantes, et par des pas concrets pour reprendre ce qui a été abandonné.
Le mot désigne l’ensemble des préjugés, moqueries et traitements défavorables envers les personnes grosses. Lorsqu’elle conduit à une différence de traitement dans l’accès à un emploi, à un service ou à un logement, elle peut relever de la discrimination liée à l’apparence physique, reconnue par le code pénal. La page du dossier consacrée à la grossophobie en décrit les formes et les effets.
Elle peut y contribuer. Les rejets répétés entretiennent une vigilance épuisante, de la honte, de la colère sans destinataire et un découragement qui peut s’installer durablement. Quand la tristesse, la perte d’élan ou les troubles du sommeil durent plusieurs semaines, il est important de consulter. Le cabinet reçoit au cabinet ou en téléconsultation.
Les démarches judiciaires relèvent des professionnels du droit, et le cabinet ne les organise pas. Nous vous accompagnons avant, pendant et après : pour décider si vous souhaitez agir, tenir pendant une procédure souvent longue, et vous relever, quelle que soit l’issue. Un bilan psychologique, avec son compte rendu écrit, peut décrire ce que vous avez vécu ; vous en faites l’usage que vous jugez utile.
Textes et articlesCe que cette page citeUn premier rendez-vous permet de raconter ce que vous avez vécu, d’être cru, et de choisir avec vous la façon de vous relever. Au cabinet ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.